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Antoine de Blottefière, chevalier, gouverneur de la
ville et du château de Doullens, acquiert en 1595 le fief de Vauchelles sous
Ailly. Il n'est pas impossible qu'une première maison seigneuriale ait
existé, dont des vestiges pourraient subsister dans le soubassement du
bâtiment des communs sur la basse cour. Son fils cadet François de
Blottefière, vicomte de Domart, capitaine d'infanterie au régiment de
Picquigny puis lieutenant du roi en Picardie, fait construire vers 1630
l'actuelle demeure (logis principal, ailes basses, bâtiment des communs, mur
de clôture). La demeure était distribuée en enfilade simple, probablement de
part et d'autre d'un escalier central rampe-sur-rampe, comme au château de
Ribeaucourt. Chaque niveau du logis principal devait abriter une salle et
une chambre, sans doute complétées de pièces de service, de commodités et de
logements secondaires dans les ailes et les étages de combles. François de
Blottefière rattache en 1670 le domaine de Mouflers à celui de Vauchelles.
Nicolas de Blottefière, marquis de Vauchelles, cède le domaine en 1756 à sa
fille Marguerite de Blottefière, épouse de Jean-Baptiste du Sauzay, marquis
d'Amplepuis, seigneur de Ronno, de Rébé, de Saint-Jean la Bussière et de
Jarnosse. C'est à cette époque que l'escalier est décentré vers l'est, afin
d'aménager un vestibule au rez-de-chaussée et une nouvelle chambre au centre
du premier étage. Cette pièce de style rocaille présente un lambris dont le
revers porte l'inscription à la craie: "Hénon/1761/Licot", qui peut être
interprétée comme une signature et une datation, ou alors comme un simple
graffiti indiquant à tout le moins que le lambris était posé à cette date.
Dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, les propriétaires font
entreprendre d'importants travaux au château, détaillés à travers le fonds
du Sauzay aux Archives nationales: ajout de pavillons en retour d'équerre
sur la cour (1767), et probablement de la chapelle, qui présente un appareil
comparable ; remaniement du mur de la cour et construction du portail
principal (1771); création d'une salle à manger dans l'aile est et pose d'un
lambris dans le salon (années 1785). Les deux pavillons devaient abriter
d'une part la cuisine, d'autre part la sacristie, le logement du chapelain
ou le chartrier. À l'édicule d'angle du pavillon est, abritant le fournil,
répondait un édicule similaire, quoique plus petit, à l'angle du pavillon
ouest, qui servait peut-être de bûcher. Vétuste, cette construction a été
détruite au début des années 1970. Par ailleurs, sur les plans d'intendance
des années 1770, on distingue attenante à la chapelle une petite aile en
retour d'équerre sur jardin, dans le prolongement de celle située sur la
cour, peut-être pour abriter une dépendance de jardin. Saisi sous la
Révolution, le domaine de Vauchelles est restitué en 1815 à Louis Joseph
Henri, marquis du Sauzay, ancien colonel et chevalier de Saint-Louis, époux
d'Hortense des Essarts. En 1842, il passe à leur fille unique
Agathe-Hortense du Sauzay, épouse d'Auguste-Gabriel, comte de Gomer.
C'est peut-être elle qui fait redécorer deux pièces de l'aile ouest, un
salon en style néo-rocaille et une petite salle à manger en style néo-Henri
II. Elle fait ériger à ses frais la nouvelle église paroissiale avant de
laisser en 1881 le domaine de Vauchelles à sa nièce et filleule, Agathe des
Essarts, épouse du comte de Saint-Sauveur. Ses descendants le possèdent
toujours. À la fin du XIXe ou au début du XXe siècle sont aménagés les
garages et le parterre de pelouse au centre de la cour. Les aménagements
intérieurs, sans caractère particulier à l'exception de ceux déjà
mentionnés, datent pour la plupart des XIXe ou XXe siècle. Durant la Seconde
Guerre mondiale, le château a été occupé par l'organisation allemande de
génie militaire Todt, ce dont auraient souffert la chapelle (aujourd'hui
encore désaffectée), le mobilier et les archives. En remplacement d'une
simple pelouse, un jardin régulier a été aménagé au sud du logis, sur les
plans de l'architecte amiénois Patrick Delamotte, établis par devis du 24
mars 1983.
Une avenue bordée de pelouse mène au portail d'entrée cintré, en pierre à
bossages continus. Le mur de clôture en brique, qui s'élève de part et
d'autre, est scandé de jambes de pierre à bossages chanfreinés. La cour
pavée est ornée en son centre d'un parterre de gazon et bordée à l'est du
bâtiment des communs. La cour est encadrée de la basse-cour à l'est (à
l'arrière du bâtiment des communs) et du potager à l'ouest, tous deux
accessibles par un portail en brique et pierre. Le muret qui séparait le
potager de la cour a été remplacé par une palissade d'arbustes. En fond de
cour, le corps de logis est long de trois travées sur deux niveaux avec
comble à surcroît. Les façades sur cour et jardin sont identiques, et
rythmées d'éléments saillants en pierre (bandeaux et chaînes de pierre
harpées en bossage à anglets), que l'on retrouve également sur les ailes,
les pavillons en retour d'équerre et le bâtiment des communs. À chacun des
deux niveaux principaux des deux façades, l'appareil de brique est animé de
quatre niches concaves ovales en pierre. Le mur-pignon de l'aile est est
également rythmé de bandeaux et de jambes harpées en pierre. La travée
centrale du corps de logis, plus haute, comporte trois niveaux, chacun
souligné par une baie surmontée d'un fronton triangulaire, trilobé ou
cintré. La porte centrale a un encadrement saillant à refends. Les trois
lucarnes-pignons à devant de pierre sont surmontées d'un fronton cintré
brisé. Les lucarnes des ailes sont simplement des lucarnes-pignons à devants
de bois.
La chapelle à deux travées et abside polygonale prolonge l'aile ouest. Elle
est construite en brique avec bandeaux, chaînes harpées et encadrement de
baies cintrées en pierre, et couverte en tuile. Les deux pavillons en retour
d'équerre sur la cour sont animés de bandeaux et de chaînes de pierre. La
porte cintrée est encadrée de deux niches de pierre en forme de navette, et
surmontée d'un fronton massif orné d'une table carrée, que l'on retrouve sur
le fronton de la lucarne du toit brisé qui la surmonte. Le pignon du
pavillon ouest est appareillé à assises alternées de brique et pierre.
L'élévation arrière des deux pavillons présente trois travées, une porte
encadrée de deux fenêtres. Celle du pavillon est montre une division
différente, puisque la déclivité du côté de la basse-cour est compensée par
un étage de soubassement, et que le brisis du toit est remplacé par un étage
carré. Le mur-pignon extérieur de ce pavillon est appareillé en brique et
pierre à assises alternées. L'ancien fournil, petit édicule accolé à l'angle
du pavillon, présente un niveau de soubassement en brique, et des élévations
avec chaînes harpées et damiers en brique et pierre. Le logis a conservé
pour l'essentiel la distribution du XVIIIe siècle, simple en profondeur au
rez-de-chaussée, de part et d'autre du vestibule traversant, et semi-double
au premier étage avec couloir longitudinal au sud dans la moitié ouest du
bâtiment. Un jardin régulier, formé de quatre parterres de gazon séparés
d'allées rectilignes organisées autour d'un bassin central circulaire,
s'étend devant la façade sud. Ce jardin est encadré d'un alignement d'arbres
à l'est et d'un bois à l'ouest. Deux portails, avec vantaux de fer forgé,
permettent d'accéder au jardin et à la basse-cour depuis la route de
Mouflers.
Construite dans le même appareil de brique et pierre, l'aile est abritant
les communs est très certainement contemporaine du logis, c'est-à-dire
qu'elle a dû être construite dans les années 1630, à l'initiative de
François de Blottefière. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, Marguerite
de Blottefière, marquise du Sauzay, fait entreprendre d'importants travaux
au château, qui visent notamment à transférer les services et activités
agricoles à l'est de la cour et autour de la basse-cour. De cette campagne
datent la construction des deux pavillons de garde symétriques, à la faveur
du remaniement du mur de clôture de la cour (1770), la construction du
bâtiment neuf ou bâtiment de la basse-cour, abritant grange, pressoir,
écurie et sellerie (par Bordeux, maçon à Flixecourt, 1775), l'agrandissement
de l'aile des communs, qui abrite des services domestiques et le logement du
receveur-feudiste, enfin la construction de deux petits bâtiment se faisant
face sur la cour. Même s'il faut l'interpréter avec prudence, le plan
d'intendance des années 1770 indique la présence de bâtiments existants à
cette époque: outre le bâtiment des communs dans son emprise initiale et le
nouveau bâtiment d'exploitation, on distingue les deux pavillons de garde de
la cour, qui devaient abriter des logements (du concierge et/ou du
jardinier). Dans la basse-cour se trouvaient peut-être un colombier, ainsi
qu'un long bâtiment fermant l'espace au sud, dans le prolongement du logis,
et qui correspond peut-être au moins en partie au bâtiment visible sur le
plan cadastral de 1832. À la fin du XIXe siècle, les deux petits bâtiments
se faisant face dans la cour ont été transformés en remises.
L'aile des communs borde la cour à l'est. Elle présente un appareil
similaire à celui du logis, en brique avec bandeaux et chaînes de pierre
harpées en bossage à anglets. Le soubassement de grès, surmonté d'un bandeau
en damier de brique et pierre, épouse la légère déclivité de la cour.
L'ancienne chaîne d'angle permet de distinguer le bâtiment d'origine à huit
travées, de la partie à deux travées ajoutée au nord, qui présente un
appareil identique. L'élévation arrière du bâtiment est en pierre de taille,
et présente un étage de soubassement lié à la dénivellation du terrain dans
la basse-cour. Ce niveau abrite, pour la partie la plus ancienne, étables et
écuries voûtées de brique, et celliers voûtés en berceau de pierre. Cette
élévation est soulignée de deux bandeaux horizontaux, et présente au niveau
principal cinq grandes fausses baies rectangulaires, et trois petites
fenêtres basses percées ultérieurement. Pour la partie plus récente,
l'élévation présente deux niveaux superposés de trois petites baies
ordonnancées. L'ensemble du bâtiment est couvert d'un toit d'ardoise à longs
pans et croupes. Six lucarnes à devant de pierre, alternativement
lucarnes-pignons et oculi, scandent le toit sur la cour. Sur la basse-cour,
on retrouve les trois mêmes lucarnes-pignons, alternant avec trois petites
lucarnes à croupe débordante et épi de faîtage. Prolongeant au nord ce grand
bâtiment, un bâtiment est également construit en brique et pierre, avec
bandeau et appareil en damier en partie supérieure. L'élévation arrière est
en pierre de taille, comme pour le bâtiment contigu, et aveugle. Le toit à
longs pans et croupe couvre un comble à surcroît éclairé par une lucarne à
croupe ronde débordante et épi de faîtage.
Le bâtiment est aujourd'hui occupé par quatre garages fermant par quatre
portes identiques à deux vantaux. Un bâtiment identique lui fait face de
l'autre côté de la cour. Il a conservé une partie de son élévation
d'origine. Le mur-pignon de ce bâtiment est construit en assises alternées
de brique et de pierre. Le toit à longs pans et croupes couvre un comble à
surcroît éclairé par une lucarne à croupe ronde débordante et épi de
faîtage. La plus grande partie de ce bâtiment est occupée par un logement,
tandis que la porte d'une remise a été percée dans la travée gauche. Dans
l'alignement de ces deux bâtiments mais séparés d'eux par un passage, se
trouvent deux pavillons symétriques de deux travées construits au droit du
mur de la cour, à distance égale du portail. Ils sont construits en brique
sur soubassement de grès, et les deux baies du rez-de-chaussée présentent un
encadrement cintré. Les élévations sont agrémentées d'un bandeau et de
chaînes d'angle à bossage continu en pierre. Le toit à deux pans et croupes
couvre un comble à surcroît éclairé sur la cour par une lucarne à croupe
débordante. Le pavillon situé à l'est ouvre sur le passage menant à la
basse-cour, accessible par un portail de pierre avec grille. Dans le
prolongement de ce pavillon, bordant la basse-cour au nord, est situé
l'ancien bâtiment d'exploitation agricole, construit en brique et rythmé de
larges chaînes harpées de pierre. Ces chaînes délimitent trois travées à
l'ouest et quatre travées à l'est. Le centre du bâtiment est marqué par la
porte charretière à encadrement de pierre cintré. L'élévation était
identique côté basse-cour et côté extérieur, mais des baies ont été ouvertes
sur le premier côté pour répondre au nouvel usage. Des chaînes harpées se
retrouvent sur les deux murs pignons, et épousent même la ligne oblique des
pignons découverts. Le toit d'ardoise à longs pans est ponctué de trois
lucarnes à croupe ronde saillante. (1)
Éléments protégés MH : les façades et les toitures du château et de
l'ensemble des communs ; les murs de clôture entourant la cour d'honneur ;
la basse-cour avec le portail monumental d'entrée et les deux autres
portails : classement par arrêté du 20 janvier 1976.
château de Vauchelles 80620 Vauchelles-lès-Domart, tel 03 22 51 62 51,
port 06 08 96 76 77, location chambres d’hôtes confortables, équipées avec
un mobilier familial, l'édifice est entouré d'un parc clos. Deux salles
communicantes de 100 et 150 m² permettant d'accueillir 200 personnes assises
donnant sur le jardin fleuri.
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