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Dès le Haut Moyen Âge, la
seigneurie de Gos fut riche et puissante mais, sur un autre plan, Gos était
également particulièrement important puisqu'il était l’un des points de
défense les plus importants de tout le voisinage. À l’origine, avant que le
château ne soit reconstruit au XVIIIe siècle, le corps de logis fortifié
était défendu par deux tours rondes et entouré de fossés. Comme nous aurons
l’occasion de le voir en étudiant l’histoire de Gos, le château manqua
plusieurs fois d’être démantelé car il présentait un refuge potentiel pour
quiconque voulait contrôler les alentours. En fait, Gos résista comme nous
l’avons dit jusqu’au XVIIIe siècle et des gravures nous montrent l’effet
qu’il pouvait alors encore produire, avec ses grosses tours crénelées
flanquant le vieux pont-levis et son mur d’enceinte à courtine aux angles
cantonnés d’échauguettes. Le château actuel, rebâti peu de temps avant la
Révolution ne présente rien de bien notable, avec son allure de grande
demeure bourgeoise du XIXe siècle cantonnée de deux grosses tours carrées.
Les Bène construisirent à la même époque une chapelle privée qui fut démolie
dès la Révolution. L’aile Est est quant à elle plus récente encore
puisqu'elle date de l’arrivée des religieuses de Saint-Joseph, en 1837.
L'installation d’un pensionnat par ces dernières altéra également les
dispositions intérieures qui auraient pu présenter un intérêt: le salon fut
converti en chapelle et une cloche fut installée dans l’une des tours.
Aujourd’hui ne demeurent guère à l’intérieur que quelques plafonds à la
française et une rampe d'escalier en fer forgé du XVIIIe siècle.
Dès le Haut Moyen Âge, la seigneurie de Gos fut riche et puissante et, au
XVe siècle, elle était toujours entre les mains de la famille de Galant qui
possédait la seigneurie voisine de Barre et celles de Lacaze, de Gijounet et
de Cabannes. Par un événement assez rare pour être mentionné, toutes les
archives de Gos furent découvertes au château en 1942 par le chanoine Thomas
qui eut la curiosité d’explorer un mur sonnant creux dans la chambre où les
sœurs l’avaient accueilli pour les vacances. Dans ces archives du plus grand
intérêt pour l’histoire de la seigneurie, l’on trouve notamment une charte
notariale écrite en latin sur parchemin et datée du 19 juillet 1356. Elle
concerne une dette des habitants vis-à-vis des consuls de Lacaune pour
l’achèvement des fortifications de cette ville. Au cours du Moyen Âge, Gos
apparaît plusieurs fois dans l’histoire: à la fin de la guerre de Cent Ans,
vers 1380, une des nombreuses troupes de soldats licenciés au gré des trêves
alors si fréquentes se transforma en bande de routiers et élut domicile au
château de Gos. De ce point fortifié propice à servir leurs desseins, les
brigands mirent un moment la région en coupe réglée, et il fallut
l’intervention de troupes importantes pour les déloger. Pour éviter que de
tels incidents ne se reproduisent, l’on jugea alors préférable, de
démanteler une partie des fortifications de Gos. Mais il est impossible de
parler de Gos sans évoquer largement la famille de Bène qui, durant 370 ans,
eut les droits seigneuriaux sur Gos et Barre et conserva pendant prés de 400
ans la propriété de Gos, jusqu’à la mort du dernier des de Bène survenue en
1849.
La famille de Bène se retrouve en plusieurs lieux du Tarn sous des
orthographes différentes telles que Bayne ou Beyne. Les de Bène avaient pour
armes "D'azur à un chevron d'or, accompagné de trois colombes d'argent
placées deux en chef et une en pointe". La famille devait être originaire
d’Italie mais résidait depuis déjà longtemps à Saint-Pons-de-Thomières où
elle s'était enrichie par le commerce, au point de finalement s'intégrer à
la noblesse locale. Daté de 1417, un acte sur parchemin qui nous est parvenu
porte diverses reconnaissances en faveur de M. de Bène, seigneur de
Roquefère et coseigneur de Barre. Cet acte nous apprend donc que les de Bène
possédaient déjà des droits seigneuriaux à Barre avant que de posséder Gos.
En 1420, Pierre de Galant vendit à Jean de Bène le château de Gos avec les
droits seigneuriaux et les terres franches ou nobles qui lui appartenaient.
Les recensements de biens établis en 1504 nous apprennent également que si
sa famille avait partiellement vendu la seigneurie de Gos, Bringuier de
Galant était encore à l’époque seigneur de Barre pour trois quarts. En 1541,
les droits avaient changé de mains et c’est Michel de Pontault, seigneur de
Belmont, qui était seigneur de Barre pour les trois quart. Les droits
seigneuriaux de Barre passèrent ensuite à la famille de Rochemore de Grilhe:
l’on trouve en 1612 Antoine de Grilhe, conseiller à la cour des aides de
Montauban. Les droits restèrent dans cette famille durant cinquante ans puis
furent finalement achetés en 1662 par les de Bène qui n’avaient jusque là
qu’une partie de la seigneurie de Barre. À partir de cette date, le marquis
de Bène qui n’exerçait jusqu’à présent de droits seigneuriaux que sur son
fief de Gos fut dès lors également seigneur de Barre où il détenait
désormais tous les droits de justice. L’on sait d’ailleurs que monsieur de
Bène dut emprunter pour arriver à acheter la seigneurie.
L’on ne connaît que peu de choses sur ce qui se passa à Barre même durant
les guerres de Religion: après 1550, bien que la Réforme n’ait fait que peu
d’adeptes dans ces alentours, les Bène comme les Barrau, propriétaires du
château voisin du Muratel, passèrent au protestantisme et les horreurs se
déchaînèrent comme partout dans la région. En 1562, le parlement de Toulouse
décréta l’arrestation des personnes impliquées dans les troubles, ainsi que
la confiscation de leurs biens. Cette mesure touchait le seigneur de Gos
Étienne de Bène qui devait cinq ans plus tard être gravement blessé au siège
de Lodève, mais les arrêts ne furent pas exécutés. Les fortifications de Gos
qui avaient été démantelées à l’époque des routiers durent être par la suite
rétablies, puisqu’aux alentours de 1570, alors que Gos était un des points
forts du parti protestant, les religionnaires s’en servaient de base pour
lancer des actions militaires sur les environs. Devant les crimes commis, le
Conseil général diocésain de Castres ordonna à nouveau que Gos soit
démantelé, sous la menace de représailles de Montmorency si l’ordre n’était
pas exécuté. Néanmoins, ce dernier resta lettre morte dans la mesure où
entre temps, le seigneur chargé de l’exécuter était lui même passé à la
Réforme. Soixante ans plus tard, à la fin des années 1620, Gos était
toujours aussi solide et encore occupé par les protestants. Peu de temps
avant la Paix d’Alès (1629), un seigneur catholique nommé Jean Pujol décida
de libérer Gos du joug protestant. Malgré sa réputation de "Pétardier"
solidement établie, il ne put enfoncer qu’une partie des défenses de Gos et
dut battre en retraite. Toutes ces haines fratricides devaient laisser des
séquelles durables et, en 1673, Louis de Bène, seigneur de Barre, porta
plainte contre un catholique qui avait soi disant tenté de le tuer.
On connaît parfaitement la procédure qui suivit cet épisode maïs, hélas,
l’on ne connaît pas le motif réel de l’agression. Dans les premières années
du XVIIIe siècle, les de Bène se reconvertirent au catholicisme et Michel de
Bène poussa le zèle jusqu’à placer ses deux fils chez les jésuites de
Castres. Durant quatre siècles et ce jusqu’à la Révolution, les Bène furent
donc seigneurs de Gos et le dernier de la lignée fut page de la reine
Marie-Antoinette avant d’émigrer en Suisse. Restée en France, sa sœur
faillit de justesse payer les conséquences de cette émigration puisqu'elle
fut condamnée à mort à l’âge de vingt et un ans et ne dut son salut qu’à la
chute de Robespierre. Monsieur de Bène avait pour compagnon d’exil l’abbé de
Pins, châtelain d’Ouillats, qui devait jouer un rôle important dans la
reconversion du château de Gos en maison religieuse. Le cardinal Fech,
archevêque de Lyon voulait que les sœurs de Saint-Joseph aient une maison à
Rome. Devant les difficultés rencontrées, l’abbé de Pins qui était devenu le
coadjuteur de l’archevêque proposa de donner son château d’Ouillats où les
sœurs s’installèrent en 1824. Devant le grand succès de vocation rencontré
par l’établissement, monsieur de Bène, rentré d’émigration sous la
Restauration, célibataire et âgé, offrit Gos aux religieuses. Le succès de
l’établissement provoqua la jalousie du curé de Barre, car les habitants de
Gos n’allaient plus à son église, préférant écouter la messe au château. En
1982, le château de Gos fut mis en vente et, ses bâtiments morcelés furent
acquis par divers propriétaires. (1)
château de Gos 81320 Barre, propriété accolé à l'église, visible de la rue.
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