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Le premier seigneur connu
est Gaspard d'Escroux, mentionné seigneur d'Escroux mais aussi de Berlats
dans la première moitié du XIIIe siècle. Sa fille et héritière, Isabelle d'Escroux,
se marie en 1242 avec Augustin de Bayne. La famille de Bayne apparaît au
XIIIe siècle comme une famille puissante, ce que révèle également le jeu des
alliances. Leur blason est "d'argent, au lion de sinople, armé et lampassé
de gueules chargé d'un lambel de trois pendants d'argent, chaque pendant
chargé de trois tourteaux de gueule". En 1264, un acte de transaction est
conclu avec la famille de Lévis pour la terre de Roquefère. En 1313,
Jean-Augustin se marie avec Césarine Alexandrine de Lautrec, fille du
vicomte Hector César. Leur fils, Jean II de Bayne, sauve la vie du comte de
Vendôme qui était aussi seigneur de Castres. En récompense, il reçoit les
seigneuries de Viane et d'Arfons; en 1360, il obtient encore de nouveaux
fiefs dont l'intégralité de celui de Berlats. Il se marie en 1361 avec
Henriette Le Noir de Cambon. En 1368, il est ordonné sénéchal et capitaine
général du comté de Castres. Son fils et héritier Robert de Bayne épouse en
1381 Hélène d'Arles de Vassin et il est donné mission à leur fils, Jean III
de Bayne, en 1415, de commander toutes les villes et châteaux du comté et de
convoquer la noblesse qui lui doit alors obéissance. Pendant les guerres de
Religion, Florent de Bayne s'allie avec plusieurs autres seigneurs hugenots
pour mettre sur pied une assemblée à Pierre Ségade, près du faubourg de
Viane. En novembre 1572, Bertrand de Rabastens, alors vicomte de Paulin,
prend le commandement en demandant au gouverneur de Viane, Jean de Portès,
catholique, de céder sa place à son cadet Bertrand de Portès, capitaine
protestant.
C'est probablement à Florent de Bayne qu'il faut attribuer la reconstruction
du château, pouvant être datée d'après le style dans la deuxième moitié du
XVIe siècle. Charles de Bayne lui succède en 1585 et épouse Suzanne de
Castelpers en 1591. Son fils, Jean de Bayne, épouse Françoise de Citon en
1630 et leur fils, Charles, épouse en 1674 Françoise de Jaussand, dont il
eut deux filles. L'aînée, Elisabeth, héritière d'Escroux, épouse en 1710,
Jean Louis de Durand de Bonne, seigneur de Sénégas de confession
protestante. Ils eurent onze enfants. L'aîné, Daniel Jean-Louis de Bonne de
Sénégas, est seigneur de Berlats, d'Escroux et de la Capelle. Il a un fils
tardivement, Jacques-Antoine-Louis de Durand de Bonne, qui était alors
qualifié de comte de Berlats et de La Capelle. En 1826, au moment du lever
du premier cadastre, la famille Durand de Bonne n'est plus propriétaire et
les parcelles de 269 à 273 et 520 appartiennent à un certain Ouradou,
suppléant du juge de paix à Lacaune de son état. Les recherches de F. Cros
établissent la succession des propriétaires des XIXe et XXe siècles: la
famille Enjalbal acquiert le château par la suite, qui est ensuite partagé
entre les familles Gros à la fin du XIXe siècle, puis Carayon au début du
XXe siècle. Au début du XXIe siècle, les trois familles se partageaient la
propriété. Elle fut rachetée par un particulier, Frédéric Murgaz qui oeuvre,
depuis, à la stabilisation des vestiges. La cheminée monumentale du premier
étage du corps de logis sud a été déposée et déplacée, elle est conservée au
rez-de-chaussée du château de Nages.
Le château d'Escroux s'élève sur une prééminence située à 669 mètres
d'altitude dominant un ruisselet affluent du Gijoussel. L'ensemble est
constitué de plusieurs corps de bâtiments établis autour d'une cour. Au sud
se trouvent les jardins et le pigeonnier, au sud-ouest, grange et étable. La
déclivité du site est utilisée à bon escient pour la défense naturelle, avec
un aplomb à l'est et au nord. L'entrée se trouvait à l'ouest, protégée par
une tour de défense ronde percée de fentes de tir et d'une bouche à feu
double. Les corps de logis seigneuriaux s'établissaient sur un plan en L, au
sud et à l'est, identifiables par les vestiges des cheminées monumentales à
l'étage. Les niveaux de cuisine et de caves et de stockage de denrées étant
au rez-de-chaussée. L'ensemble était desservi par une tour d'escalier en vis
élevée dans la cour intérieure, à l'ouest, qui permettait d'accéder
directement au premier étage et notamment à la grande salle où se trouvait
la cheminée de grès monumentale déposée au château de Nages. L'accès aux
autre salles du premier étage s'établissait selon toute vraisemblance par
une galerie extérieure, pour laquelle les empochements de poutres sont
visibles tout le long. La reconstruction est homogène et peut être située
dans la deuxième moitié du XVIe siècle. Elle se caractérise par un ensemble
de formes et de moulures contemporaines et par l'adoption généralisée pour
les pierres d'encadrement d'une pierre de grès caractéristique: un grès
rose, rouge ou veiné selon les bancs, provenant des carrières de l'Aveyron
qui signe les constructions de la deuxième moitié du XVIe siècle de l'est du
Tarn, comme à Lacaune ou Gijounet.
Les encadrements des ouvertures, qu'elles soient rectangulaires, en arc
plein cintre ou couvertes d'un arc surbaissé, sont soulignés par de fines
moulures toriques associées à des congés droits formant retour, et parfois
un bandeau, Les croisées les plus moulurées sont soulignées par un tore à
listel et un appui saillant associant quart-de-rond aplati et bandeau. Elles
sont contemporaines d'autres dont le meneau et la traverse sont abbattus par
un chanfrein. Une autre caractéristique du XVIe siècle est le type de bouche
à feu qui se trouve dans la tour ronde: elle est dotée d'une fente
horizontale terminée aux deux extrémités par une bouche à feu. Les
élévations des épais murs sont montées avec des plaquettes de schiste liées
au mortier. Les voûtes, en berceau segmentaire pour les caves ou pièces de
stockage et du pigeonnier, ou en cul-de-four pour le rez-de-chaussée de la
tour ronde, sont constituées de plaquettes de schiste fichées de chant au
niveau du couvrement. Dans le pigeonnier, la voûte prend son départ sur une
assise constituée de plaquettes d'ardoise ceinturant le bâtiment. Outre sa
fonction architecturale, cette ceinture de pierre sert ainsi de barrière
contre les rongeurs. Le château ne peut être dissocié de ses parties
agricoles. Le pigeonnier, qui est un bâtiment indépendant, est une
construction particulièrement soignée composée de deux niveaux voûtés et
accueillant sur la totalité du deuxième niveau des nids de pigeons maçonnés
composés de plaques de pierre dont le nombre est indissociable de la taille
du domaine. La porte du rez-de-chaussée est appareillée et en arc plein
cintre mouluré par un fin tore. La grange-étable est un grand bâtiment
rectangulaire probablement contemporain, caractérisé par un percement de
jours d'aération très régulier. (1)
château des Bayne d'Escroux 81530 Lacapelle-Escroux, lieu-dit Escroux,
propriété privée, ne se visite pas.
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