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Pour qui découvre
Castelfranc pour la première fois, l’impression est toujours saisissante et,
niché au cœur de la forêt, ce beau château en grande partie néo-gothique a
tout pour que l’on puisse prêter foi aux rumeurs inquiétantes qui courent
sur lui. Le château actuel à remplacé il y a bien longtemps un édifice
datant de l’époque de la croisade contre les Albigeois. Il appartint à la
famille de Nautonier, famille protestante qui fournit nombre de pasteurs, ce
qui explique le nom de cette terre: en souvenir de ses amitiés protestantes,
Henri IV déclara le château franc de tout impôt. D'ailleurs, jusqu’au XVIIIe
siècle, des "Assemblées du Désert" se déroulèrent au pied du rocher qui
s’élevait il y a quelques années encore au pied du château et que de
précédents propriétaires firent détruire pour mettre en valeur la vue sur la
façade. C’est d’ailleurs sur ce rocher que se dressait primitivement le
donjon du XIIe siècle. À cette époque, les Lautrec avait fait construire
Castelfranc pour y résider, le lieu étant plus commode par ses ressources en
eau et son accès que leur château du Mont-Redon. Le rocher protégeait des
vents du nord les corps de logis qui l’entouraient au midi et un mur
d’enceinte protégeait l’ensemble des coups de main. Pierre de Martin, écuyer
du seigneur de Montredon Guy d’Arpajon, ayant reçu le château en cadeau de
mariage, s’allia au début du XVIe siècle à la famille de Nautonnier qui
donna en la personne de Guillaume de Nautonnier le premier astronome
français. Passionné de sciences, Guillaume de Nautonier sa livrait à des
expériences météorologiques sur un lac qu’il avait crée en barrant la
vallée.
Le visiteur voulant découvrir Castelfranc rencontre d’ailleurs au bout d’un
long chemin de terre, juste avant le château, l’un des premiers
observatoires astronomiques construits en France. En très bon état, la tour
d’observation présentant une galerie supérieure en bois a conservé une très
belle porte d’entrée Renaissance décorée de gracieuses figures. C’est
d’ailleurs grâce encore à l’un des dons de Henri IV que fut édifié
l’observatoire. Les fils de Guillaume de Nautonnier étant partisans du duc
de Rohan, le château fut en 1627 attaqué et détruit sur l’ordre de Condé par
le marquis de Ragny. En 1628 on commença à le reconstruire mais, un arrêt du
parlement de Toulouse en date de 1654 ordonna la démolition de ce qui avait
été reconstruit. En fait, Castelfranc ne fut reconstruit qu’au XVIIIe siècle
à l'emplacement des fossés de l’ancien château. En 1855, la famille de
Solages fit remanier le château dans le goût romantique sévissant à l’époque
et, l’énorme rocher de granit de quinze mètres de haut et de cent mètres de
tour que nous avons évoqué plus haut permit de mettre en place un décor pour
le moins pittoresque. À la place de l’antique donjon bien ruiné, on édifia
d’autres ruines, celles-ci bien modernes mais fabriquées de toute pièces à
partir d’éléments parfois anciens... La façade du château, flanquée d’une
échauguette à chaque angle, est percées de belles fenêtres géminées dont les
meneaux sculpté représentent des grotesques, des personnages fantastiques ou
des fruits.
Ces éléments sculptés viennent de maisons anciennes démolies à Toulouse au
XIXe siècle et les Solages eurent recours au même procédé pour construire
l’aile de cloître conduisant à la chapelle contenant des tombeaux de membres
des familles de Solages et de Bernis: certains des chapiteaux utilisés
proviendraient du couvent des Carmes de Toulouse, construit en 1270 et
démoli à la Révolution. Une grosse tour flanque l’un des angles de la façade
postérieure, ouvrant sur une perspective magnifique faisant contraste avec
la densité des bois se massant de façon inquiétante devant la façade
principale. Même si le résultat de ce "rhabillage" du XIXe siècle n’est pas
irréprochable, le pittoresque créé par l’aile de cloître et la chapelle
aussi bien que la qualité des éléments architectoniques de remploi donnent à
l’ensemble une poésie bien en rapport avec le site isolé dans lequel fut
implanté Castelfranc. Les échauguettes à la gracilité presque maladive aussi
bien que les mâchicoulis d’opérette décorant l’édifice sont des concessions
au goût troubadour qu’il convient de conserver dans la mesure ou le château
fut conçu avant tout comme un pastiche de demeure féodale par une famille
noblement attestée dans la région depuis de nombreux siècles. Au-dessus de
la porte d’entrée, on peut encore voir les armes et la devise des Solages:
"Sol Agens", que l’on peut traduire en "Soleil agissant". Depuis le départ
de la famille de Solages, le château a vu passer de nombreux propriétaires
successifs mais il a tout de même été soigneusement restauré malgré de
récentes périodes d’abandon propices au vandalisme. Il a été heureusement
débarrassé des lourds volets que l’on voit en fort mauvais état sur les
photographies du début du siècle et qui altéraient son aspect de manoir
romantique tout droit sorti d’une estampe du XIXe siècle. (1)
Éléments protégés MH : la façade principale, le belvédère, l'orangerie et la
chapelle : inscription par arrêté du 1er décembre 1993.
château de Castelfranc 81360 Montredon-Labessonnié, propriété privée, ne se
visite pas.
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