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Situé au sommet du site du
village, le château d'Ansouis domine tout le secteur environnant, au-delà
des limites du territoire. A l'origine, il n'occupait que l'extrême pointe
du mamelon, de forme quasi triangulaire, mais se développa ensuite,
englobant le noyau primitif du village en contrebas au sud, jusqu'à la
première enceinte urbaine et à l'église. Des jardins en terrasses
l'entourent sur trois côtés, un parc boisé couvre le versant nord-ouest très
abrupt. D'autres jardins ornés de pièces d'eau s'étendent au nord-est, sans
corrélation directe avec l'édifice. Du premier château, que les textes
mentionnent à partir de 961 et qui appartint aux comtes de Provence et de
Forcalquier, il ne reste apparemment rien. Le château médiéval fut
probablement édifié et progressivement agrandi pour les barons d'Ansouis, à
partir des dernières années du XIIe ou du début du XIIIe siècle. L'existence
d'une résidence fortifiée importante ne s'imposait pas, en effet, au comte
de Forcalquier qui possédait déjà un château à Pertuis. On ne sait rien de
l'édifice avant 1383, date à laquelle fut dressé l'inventaire de la
succession du baron Jean de Sabran. Ce texte permet d'entrevoir dans ses
grandes lignes la structure du château et d'en tracer un schéma
hypothétique, que confirment et éclairent par endroits les données de
l'observation archéologique. Le château se composait d'un ensemble
hétérogène de constructions adossées pour la plupart au mur septentrional de
l'enceinte.
Presque tous ces bâtiments existent encore, plus ou moins remaniés; au
centre, sur la partie la plus élevée du site, un donjon rectangulaire séparé
de l'enceinte, au nord, par un étroit passage qui subsiste actuellement sous
la forme d'un couloir voûté débouchant dans la cuisine. En 1383, le donjon
comportait trois étages occupés par une garde-robe (rez-de-chaussée), une
chambre qui était l'ancienne salle (premier étage) et une lingerie (second
étage). La présence de cette construction ne se manifeste plus aujourd'hui
que négativement sous la forme d'une masse quadrangulaire inaccessible,
masquée par des bâtiments modernes et recouverte, au niveau du deuxième
étage, par le petit jardin dit de l'Oratoire. Le petit couloir au nord, la
grande citerne creusée dans le rocher (jadis au milieu de la cour) au sud et
les corps de bâtiment anciens conservés à l'est et à l'ouest permettent
néanmoins de tracer les contours approximatifs de cette tour, très
comparable par ses dimensions au donjon de Pertuis. A l'est, entre le donjon
et l'angle nord-est de l'enceinte, un petit corps de bâtiment d'un seul
niveau, appuyé contre le mur d'enceinte, dans lequel se trouvaient deux
chambres à plain-pied de la cour. Ces deux pièces existent encore, couvertes
de berceaux brisés parallèles ; la plus proche du donjon ouvre au nord par
une fenêtre géminée. A l'ouest du donjon, un autre corps de bâtiment
également adossé à l'enceinte, comprenant une cuisine au rez-de-chaussée et
une chambre à l'étage. Le rez-de-chaussée a été comblé; la cuisine actuelle,
située au premier étage et couverte d'un berceau brisé, aurait été
reconstruite au XVe siècle.
Contigu à celui-ci, un grand corps de bâtiment allongé contre la courtine
septentrionale jusqu'à l'angle nord-ouest, composé au rez-de-chaussée d'un
grand cellier de plain-pied avec la cour et d'un petit cellier accessible
par une porte ouverte au fond du grand, à l'étage de trois chambres en
enfilade; le grand cellier correspondrait à l'actuelle chapelle, en partie
creusée dans la roche et couverte d'un berceau brisé sur un doubleau doté de
deux claveaux-consoles; sur le mur oriental, on voit une porte en arc brisé
murée, du côté du petit cellier aujourd'hui condamné. Devant ce corps de
bâtiment et partiellement collé contre sa façade, un corps de logis
contenant un autre cellier surmonté d'une salle accessible depuis la cour
sans doute par un escalier extérieur. Le volume de ce corps de logis peut
être identifié avec le bâtiment aujourd'hui appelé donjon en raison de
l'élévation qu'il a reçue par la suite. Les niveaux ayant été totalement
remaniés, l'ancienne disposition n'est plus reconnaissable. Dans l'angle
sud-ouest de la cour, deux petites pièces servant d'office et de carnerie et
un petit corps de bâtiment contenant le four n'ont pas été retrouvés.
L'office et la carnerie se trouvaient peut-être dans la tour sud-ouest, dont
ne subsiste que la partie basse des murs et une porte à claveaux
extradossés, toute la partie supérieure et la structure interne ayant été
refaites ultérieurement.
Une chapelle comportant une chapelle latérale avec un autel dédié à
Saint-Elzéar (baron d'Ansouis mort en 1331) se dressait dans la partie
méridionale de la cour que les constructions modernes ont fait disparaître.
Un fragment (tas de charge de voûte d'ogive) trouvé lors de récents travaux
au château appartenait peut-être à cet édifice disparu. Le texte de 1383 ne
parle pas de l'enceinte qui enfermait tout l'ensemble. Il ne subsiste de
celle-ci que la base de la tour sud-ouest et de la courtine occidentale,
arasées au niveau du premier étage, aux murs épais de deux mètres assis sur
le rocher entaillé à l'aplomb du parement extérieur et ornés des deux côtés
de bossages à chanfrein. Un arrachement conservé au rez-de-chaussée dans le
mur oriental de la tour permet de situer le départ de la courtine
méridionale, dans laquelle s'ouvrait la porte principale d'accès au château.
Cette courtine rejoignait le mur oriental de l'enceinte dont on voit encore
une partie du parement intérieur (sans bossages) avec les vestiges d'une
poterne couverte d'un arc à claveaux extradossés. Le parement extérieur des
côtés est et nord, irrégulier et peu soigné, résulte vraisemblablement de
remaniements consécutifs à des effondrements: surplombant des pentes très
abruptes et invisibles du village, ces murs n'avaient peut-être pas reçu le
même appareil à bossages que les autres côtés.
Toutes ces constructions, juxtaposées les unes aux autres, devaient conférer
au château un aspect quelque peu incohérent. L'hétérogénéité de l'ensemble
était en outre accentuée par les différences de niveau provenant des
inégalités de terrain et de l'architecture elle-même. Le sol de la cour,
élevé dans la partie nord-est, s'abaissait très rapidement en allant vers
l'ouest. Pour cette raison, certains corps de bâtiments voisins ne
communiquaient pas entre eux. D'autre part, les hauteurs données aux
bâtiments étaient très disparates: seul le donjon comportait au moins trois
étages, les autres n'en avaient qu'un ou deux. Il est encore possible que
d'autres constructions non pourvues de mobilier, greniers et écuries
(l'inventaire de 1383 signale sans les localiser d'importantes quantités de
grains et de bétail ainsi que deux véhicules) aient été contenues dans
l'enceinte, mais le baron possédait aussi une maison dans le village, une
métairie et une bastide dans la campagne. La distribution intérieure reste
imprécise. L'ordre des pièces suggère seulement l'existence de quelques
dispositifs d'accès: accès direct à partir de la cour pour tous les
rez-de-chaussée, escaliers extérieurs desservant les premiers étages du
donjon et du corps de logis. Les trois chambres en enfilade à l'étage du
corps de bâtiment communiquaient avec la salle (peut-être par
l'intermédiaire de l'escalier extérieur, qui aurait été bâti dans l'angle
des deux corps de bâtiment), la chambre était accessible à partir du premier
étage du donjon. Le seul escalier intérieur, sans doute ménagé dans
l'épaisseur du mur, desservait le second étage du donjon.
Il n'est pas possible de dater avec précision la construction de cet
ensemble, l'analyse archéologique permet seulement d'établir un ordre
chronologique des divers éléments. Le donjon et l'enceinte appartiennent,
par leurs dimensions et leur style, au XIIIe siècle et pourraient avoir fait
l'objet d'au moins deux campagnes de travaux: une nette différence sépare
les bossages à chanfrein de la tour sud-ouest et du mur occidental des
bossages rustiques des parties disparues (courtine méridionale, tour sud-est
ou donjon) remployés dans les élévations de l'église paroissiale. Les autres
corps de bâtiment ont été ajoutés par la suite, vraisemblablement dans le
courant du XIVe siècle. Le grand cellier, dont la porte murée à l'est fut
construite pour communiquer avec l'extérieur, a précédé probablement la
cuisine et certainement le petit cellier. Le corps de logis, par son
implantation au milieu de la cour et sa fonction; il abritait la salle
remplaçant celle du donjon, semble être l'élément le plus récent. A l'est,
les chambres paraissent avoir été édifiées après le remaniement des
courtines orientale et septentrionale, auxquelles elles ont été accolées. On
peut, avec quelque vraisemblance, situer la destruction du donjon au cours
du XVe siècle ou au début du XVIe siècle. Le vieil édifice, mal entretenu,
se serait effondré~ entraînant peut-être dans sa chute le corps de bâtiment.
Faute de moyens suffisants, les propriétaires auraient alors fait araser et
combler au niveau du premier étage le donjon, puis reconstruire une cuisine
au-dessus de l'ancienne remplie, de même que le petit cellier, par les
décombres: deux portes de l'actuelle cuisine, au linteau orné d'une
accolade, attestent et datent ce remaniement.
Le château "moderne" est le résultat de plusieurs campagnes de travaux
échelonnés du XVIe au XVIIIe siècles, qui ont agrandi et transformé
considérablement l'édifice médiéval. Il y eut peu de constructions au XVIe
siècle. La famille de Sabran, presque ruinée par la crise économique de la
fin du moyen-âge qui l'avait obligée à se défaire de la majeure partie de
son patrimoine, n'avait guère les moyens de suivre le grand mouvement de
rénovation architecturale qui affecta à cette époque la plupart des
résidences seigneuriales des environs (Lourmarin, La Tour-d'Aigues, etc).
Une modification très importante fut pourtant effectuée au château avant
1578, probablement pendant les guerres de religion auxquelles le baron d'Ansouis
participa activement: tout le côté sud de l'enceinte castrale, depuis la
tour sud-ouest jusqu'à l'angle sud-est, fut abattu et remplacé par la
première enceinte urbaine en contrebas; ce vieil ouvrage fut remis en état
et modernisé par l'adjonction d'un bastion, fort éperon triangulaire destiné
à couvrir les abords du portail d'entrée, et d'un chemin de ronde bâti au
sommet du mur, y compris sur la portion servant de façade à l'église
paroissiale. De vastes terrasses, permettant l'installation de pièces
d'artillerie, prirent la place des maisons ruinées du premier noyau
aggloméré d'Ansouis, depuis longtemps abandonné et racheté par le baron. La
démolition de la courtine méridionale ouvrit un espace suffisant pour la
construction d'un escalier en vis desservant la grande salle.
L'espace dégagé par la destruction de l'enceinte ne fut cependant vraiment
mis à profit que beaucoup plus tard, en 1614. Le 4 novembre de cette année,
Gaspard de Sabran entreprit d'agrandir sa demeure et confia à deux maçons,
Jean Brun de Cucuron et Achille Leaumont d'Ansouis, la construction d'un
corps de bâtiment entre le mur et la tour de la prison (tour sud-ouest),
avec un rez-de-chaussée voûté et des étages éclairés par des croisées et des
demi-croisées: il s'agit apparemment du corps de bâtiment, dont la façade
méridionale était à l'origine dans l'alignement de celle de la tour
sud-ouest. A peine ouvert, le chantier fut interrompu par la mort de Gaspard
de Sabran, survenue quelques semaines plus tard. L'héritier du baron, son
cousin Sextius d'Escalis, n'était encore qu'un enfant. La succession ne fut,
semble-t-il, réglée qu'au bout d'une douzaine d'années, après le décès de la
veuve de Gaspard (usufruitière) et la prise de majorité de Sextius: en 1626
encore, son tuteur le commandeur de Cabannes était obligé de solliciter une
commission du Parlement pour procéder à des réparations indispensables aux
cuves à vin du château. Les travaux reprirent vers 1630. De cette seconde
campagne, un seul prix-fait a été retrouvé. Daté du 12 février 1633, il
concerne la partie occidentale de l'édifice, où Daniel Sadalian, maçon de
Saint-Martin-de-la-Brasque, fut chargé d'édifier une "cave et habitation" de
dimensions non précisées. Avec cette campagne, le château changea
radicalement d'aspect. Le projet de Sextius d'Escalis était d'édifier un
grand corps de logis dans la manière des hôtels aixois contemporains.
Les travaux durèrent certainement plusieurs années. Au mois d'octobre 1641,
Daniel Sadalian et son fils Jean se mettaient encore au service de Sextius
d'Escalis pour une année complète, moyennant des gages élevés. L'édifice
n'était donc pas achevé à cette date. Outre les difficultés inhérentes au
site et à la complexité du projet, un changement de parti dans l'ordonnance
de la façade vint retarder la clôture du chantier. Jean-Jacques Gloton voit
dans cet ouvrage, qu'il attribue à Jean Lombard, l'un des plus typiques
produits de l'architecture aixoise des années 1640. Vers la fin du XVIIe
siècle Henri d'Escalis (fils de Sextius) vendit le château et la seigneurie
d'Ansouis à Jean-Baptiste de Villeneuve, dont le fils Jean-Hyacinthe avait
épousé sa fille et unique héritière Marie-Thérèse. C'est à cette nouvelle
dynastie de barons qu'il faut attribuer les aménagements intérieurs
aujourd'hui visibles, qui furent exécutés vers le milieu du XVIIIe siècle.
Le château échappa, semble-t-il, aux saccages révolutionnaires. Au cours du
XIXe siècle, il passa en diverses mains avant d'être acheté en 1836 par le
duc de Sabran (descendant d'une branche cadette de la famille des anciens
barons d'Ansouis) qui y fit quelques transformations: couverture de la cour,
actuelle salle d'armes, construction d'une chapelle appuyée contre la façade
orientale du grand corps de logis (détruite depuis), reconstruction du
portail d'entrée près du bastion, réaménagement des jardins.
Edifice composite, de plan très irrégulier; grand corps de logis sud
rectangulaire, simple en profondeur, à étage de soubassement partiel voûté,
rez-de-chaussée et étage desservis par un grand escalier hors-oeuvre aux
volées parallèles couvertes de berceaux inclinés; élévation antérieure à six
travées de fenêtres couronnées de frontons et porte d'entrée à décor
architecturé; au sud-est, corps de logis annexe qui remploie la base (étage
de soubassement voûté en berceau brisé et élévations parementées à bossages
en table) d'une ancienne tour d'angle; côté nord, quatre petits corps de
bâtiment au rez-de-chaussée voûté, dont un contient la cuisine et un autre
un ancien cellier transformé en chapelle, encadrent les vestiges de l'ancien
donjon recouverts par un petit jardin suspendu au niveau du premier étage;
importants décors intérieurs en gypserie; anciennes écuries, rampe fermée
par un portail et terrasse d'accès depuis le village au sud; petit jardin de
buis taillés suspendu au niveau du toit de l'église paroissiale; grand
jardin au nord en contrebas, accessible par un pont et par une porte
monumentale fermée d'une grille, contenant un miroir d'eau, un bassin et un
oratoire; quatre statues de lions réparties dans les jardins. (1)
Éléments protégés MH: le château et son parc, avec les restes des remparts
et la tour carrée : classement par arrêté du 10 mai 1948.
château d'Ansouis 84240 Ansouis, acheté en 2008 et restauré par ses nouveaux
propriétaires, Gérard et Frédérique Rousset-Rouvière, le château entame une
nouvelle vie, tel. 04 90 77 23 36, ouvert au public du 1er avril à la
Toussaint de 14h30 à 16h30, tous les jours (sauf le mardi), pendant les
vacances scolaires sur demande et toute l'année pour les groupes sur
rendez-vous.
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