|
La construction du donjon roman qui
surveille le pont sur la Creuse est attribuée aux seigneurs de Preuilly
(Touraine) au XIe ou au XIIe siècle. Il était cerné d’une petite enceinte de
pierre dont il reste des fragments. Le parement de la tour a été entièrement
refait récemment, sans aucune lecture archéologique préalable. En revanche,
l’intérieur est intact et d’autant plus intéressant qu’il n’a fait l’objet
que de modifications secondaires depuis sa construction (sommet réaménagé et
voûtes créées à l’époque moderne en partie basse). Si le lignage des
seigneurs de la Roche-Posay est assez bien connu pour la période qui nous
intéresse, l’histoire du château et de la ville reste entièrement à écrire,
du Moyen Âge à l’époque moderne. Dès avant l’an mil, le seigneur de Preuilly
en Touraine (Ecfridus) est aussi seigneur de La Roche-Posay. Ce fief lui a
sans doute été concédé par l’évêque de Poitiers, qui possède alors de
nombreux biens à l’est du Poitou, dont Angles et Chauvigny. Geoffroy de
Preuilly, fils du précédent, est connu comme le fondateur de l’imposante
abbaye Saint-Pierre de Preuilly. Ses descendants figurent dans l’entourage
des comtes d’Anjou et de Touraine et sont régulièrement mentionnés dans les
textes. Au début du XIIe siècle, leur château de Preuilly est assiégé par
Foulques le Jeune, comte de Touraine, mais celui de la Roche-Posay n’est pas
mentionné avant le 13e siècle. En 1260, Eschivard, seigneur de Preuilly,
reconnaît tenir en fief d’Hugues, évêque de Poitiers, son château de La
Roche-Posay et les biens qui en dépendent. Un siècle plus tard, c’est
désormais directement au roi que les seigneurs de la Roche-Posay rendent
hommage. La famille de Preuilly conserve La Roche-Posay jusqu’au début du
XVe siècle. Vers 1420, la seigneurie passe par mariage à Geoffroy de
Chasteigner, dont les descendants délaissent le château. En 1662, René Isoré
d’Hervault, marquis de Pleumartin, gouverneur de Poitou, le reçoit de sa
femme Marie-Gabrielle Chasteigner. Le château de La Roche-Posay
demeure dans sa famille jusqu’au début de la Révolution.
La petite ville de la Roche-Posay est installée sur la rive gauche de la
Creuse qui forme la limite entre Touraine et Poitou. Elle s’est développée
autour de son château qui surveillait le pont sur la rivière. Ce château est
centré sur un donjon roman, protégé par une petite enceinte ovoïde arasée,
mais encore bien lisible sur le parcellaire. La construction de ce donjon
est attribuée à la famille de Preuilly entre le début du XIe siècle et le
milieu du XIIe siècle. En l’absence de textes, et de toute étude
archéologique, il est difficile d’être plus précis. Marcel Deyres, qui
décrit rapidement l’édifice en 1992, propose la fin du XIe siècle par
comparaison avec le donjon de Loches, alors daté de 1100. Or l’on sait que
la construction de ce dernier donjon a pu être remontée au 1er quart du XIe
siècle par des études récentes de dendrochronologie. La tour maîtresse de la
Roche-Posay présente une qualité de réalisation similaire, en grand appareil
de pierre de taille, mais son programme architectural est beaucoup plus
modeste. Elle est conservée dans toute son élévation, soit 25 mètres de
hauteur. Notons cependant que le niveau original du sol, à l’extérieur,
n’est pas connu, puisque la grande baie qui permet aujourd’hui d’entrer dans
la partie basse a été percée récemment. Cette grosse tour de plan presque
carré est construite en bel appareil de pierres de taille de tuffeau. Le
parement extérieur a été presque entièrement changé dans les années 1990
mais nous avons pu observer l’édifice avant restauration, et on conserve
également des clichés anciens. Les murs épais sont renforcés par des
contreforts plats. L’élévation extérieure est marquée par un léger ressaut
horizontal, correspondant à une interruption des travaux ou à une reprise.
Cette trace a été conservée lors de la réfection du parement, ainsi que les
lignes de trous de boulin, qui ne sont lisibles que la moitié inférieure de
la tour. Notons cependant que ces trous sont moins nets sur les clichés
antérieurs aux travaux, et que leur restauration, laissée à l’appréciation
des maçons, a pu être sur-interprétée. Les deux premiers niveaux de ce
donjon n’en formaient qu’un à l’origine. Ils ont reçu des voûtes en arc de
cloître à l’époque moderne (XVIIe siècle). Éclairé par de simples fentes de
jour, la partie basse faisait auparavant office de réserve, comme c’est
toujours le cas dans les donjons romans. Elle était desservie par un
escalier rampant dans l’épaisseur du mur. À l’origine, cet escalier n’avait
pour rôle que de mettre en communication la salle basse depuis l’étage.
Contrairement à ce qui est souvent écrit, la porte qui donne à l’extérieur,
sur la face est, n’est pas l’entrée principale de la tour ; elle a été
aménagée après coup. C’est par l’étage noble, aujourd’hui troisième niveau,
que l’on accédait au donjon. L’ancienne porte d’entrée, bien conservée, est
ouverte sur la face nord à plus de six mètres au-dessus du sol extérieur.
Elle donne aujourd’hui sur un très haut volume intérieur assez vide, sous
une toiture contemporaine coiffant le sommet de la tour, et reposant sur le
haut des murs où un chemin de ronde périphérique est encore aménagé, à
hauteur de l’ancien, signalé par des vestiges de consoles portant le parapet
(sans doute un aménagement de la fin du Moyen Âge). À l’intérieur, les
traces laissées sur les parements révèlent l’ancienne distribution de la
tour romane: à l’origine, il n’existait à l’étage qu’un seul niveau
"habitable", celui de l’entrée, doté d’une fenêtre à l’est et de latrines au
nord-ouest. Toutes les ouvertures anciennes sont couvertes de beaux arcs
plein cintre clavés. Le parement ouest est marqué d’une série de curieuses
niches dont l’usage pose question. Notons également l’absence de cheminée.
Quant à l’escalier en vis logé dans l’épaisseur du mur est, il ne donnait
accès qu’au chemin de ronde, à une dizaine de mètres plus haut. C’est dans
un second temps que l’on a créé des planchers intermédiaires, et une porte
pour les desservir depuis l’escalier : les reprises sont très nettes. Notons
que ces nouveaux étages sur planchers restaient très peu éclairés: on peut
douter de leur usage pour l’habitation. Cette haute tour romane ne présente
donc à l’origine qu’un unique niveau noble, dans un grand volume aveugle.
Elle semble davantage avoir été bâtie pour surveiller les rives de la
Creuse, et marquer la présence des seigneurs de ce lieu, que pour leur
servir de résidence.
Éléments protégés MH: la porte de ville : inscription par arrêté du 18
février 1927. Le donjon : classement par arrêté du 23 janvier 1942.
château de La Roche Posay 86270 La Roche-Posay, lieu de concerts, de
visites guidées ponctuelles et d'animation autour de la Cité Médiévale.
Ce site recense tous les châteaux de France, si vous possédez des documents
concernant ce château (architecture, historique, photos) ou si vous
constatez une erreur, contactez nous. Licence photo©webmaster"B-E", photos
ci-dessous interdites à la publication sur Internet, pour un autre usage
nous demander.
source
des photos par satellite:
https://www.google.fr/maps
A voir sur cette page "châteaux
de la Vienne" tous les châteaux répertoriés à ce jour
dans ce département. |
|