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Ce domaine n'a pas toujours été d'un seul tenant.
Au XVIe siècle, il s'agit d'un hameau comprenant plusieurs maisons et terres
dont les habitants et exploitants rendent hommage au prieuré de Grand Chaume
(commune de Queaux), ainsi qu'on peut le reconstituer à partir du terrier de
1548. Composé de plusieurs maisons, granges, cour et courtillages, vergers
et jardin, ruisseau et fontaine, il semble être rassemblé progressivement en
un seul fief, dévolu au début du XVIIe siècle à René Frottier "écuyer
seigneur du Bagneux et des Escorcières", qui est le seul désormais à rendre
hommage au prieur de Grand Chaume (hommage du 15 décembre 1624). En 1661, un
acte d'échange entre deux membres de la famille Frottier nous apprend que le
domaine se compose d'une maison noble et toutes ses dépendances,
accompagnées de la métairie de la Porte, également située aux Escorcières,
attenante à la maison noble. Dépendent également du fief, les métairies et
moulin de Bouzante, la métairie de la Gaudinière, celle de Chez Bourlot, et
la "métairie noble" de la Pommeraie (qui comprend en réalité deux fermes).
La famille Frottier reste propriétaire du fief des Escorcières jusqu'en
1791. Après un bref passage entre les mains d'un Deluzine, famille alliée
aux Delauzon, le domaine est confisqué et vendu en 1796 comme bien national.
C'est la famille Delauzon qui le rachète.
Il se compose alors d'une maison de maître, de neuf métairies et borderies
situées sur la commune de Gouex et de deux métairies et bordereies situées à
Mazerolles. A Gouex, outre les fermes déjà citées, se sont ajoutées au
domaine, une métairie aux Bordes, une à Vassou, et celle de la Varenne.
C'est cette même famille Delauzon et plus particulièrement Louis Ferdinand
qui réalise d'importants travaux entre 1807 et 1820, transformant la maison
de maître en château, à peu près tel qu'on peut le voir aujourd'hui. Un
premier plan cadastral napoléonien, dit plan masses de culture, établi en
1807, puis un second établi en 1811, montrent une partie de ces
transformations, passant d'un plan en U à un plan en L. Il semble que
l'ensemble des travaux soit de grande ampleur car la table des augmentations
et diminutions fait mention d'une reconstruction dont l'achèvement est noté
en 1820. En 1845, les héritiers de Ferdinand Delauzon vendent le domaine,
comprenant le château et les onze métairies, à Jean François Pierrugues du
Harlay. La famille y réside régulièrement à la belle saison, entre avril et
octobre et poursuit les améliorations: construction d'une nouvelle chapelle
de style néo-gothique, édifiée à l'emplacement d'un bâtiment figurant sur le
cadastre napoléonien, dont l'emprise au sol était identique.
Il n'a pas été possible de déterminer si ce bâtiment était également une
chapelle ou non. Elle est consacrée en 1859, date portée sur l'inscription
apposée au-dessus de la porte d'entrée. A cette époque, l'église paroissiale
de Gouex, devenue trop exigüe, est en cours de restauration. La chapelle des
Escorcières sert aux offices et aux baptêmes, bien qu'éloignée du bourg et
trop petite pour la population. Le chemin de croix de la chapelle est béni
par le curé de Gouex, le père Lavault en 1872. Puis la famille du Harlay
réalise la construction d'une écurie et une remise en 1867, d'une maison en
1878 (actuelle maison située à côté de la piscine). Géré par un régisseur
qui a également son logis sur place, vraisemblablement construit en 1865, le
domaine est resté dans la famille jusqu'au milieu du XXe siècle. Repéré lors
de l'inventaire de 1977, les photographies réalisées à l'époque montrent une
cloche qui ornait le faîtage du château, côté ouest, ainsi qu'un château
d'eau, aujourd'hui disparus.
Le domaine des Escorcières se situe au nord du bourg de Gouex, entre la D-25
qui mène à Lussac-les-Châteaux et la Vienne dont il est distant de 450
mètres, à mi-pente d'un versant boisé orienté à l'est. Il se compose du
château, de deux maisons et de nombreuses dépendances réparties sur un parc
arboré d'environ vingt hectares. Il est clos de murs sur toute la longueur
ouest, ainsi qu'au sud, où se situe le portail d'entrée. La métairie de la
Porte construite dans le prolongement du château, est totalement intégrée au
domaine actuel. Le château de plan en L présente un étage carré et un étage
de comble. Le toit à croupes est couvert d'ardoises. Un bandeau filant
s'interrompant sur la façade est délimite les niveaux des façades ouest, sud
et nord. La façade sud s'organise autour de huit travées d'ouvertures. Le
comble est éclairé par des lucarnes à linteau en arc surbaissé surmonté d'un
fronton triangulaire. L'accès par la façade sud se fait par trois portes à
deux vantaux surmontées d'un linteau sobrement décoré. Dans la partie
inférieure, la présence de jours atteste de l'existence d'une cave. Au
dessus de la porte principale, une pierre porte ce qui semble être un début
de date (17..). Le pavillon en retour d'équerre présente une façade est
s'organisant autour de cinq travées d'ouvertures. Le rez-de-chaussée
surélevé est accessible par un escalier à volées double en pierre depuis la
terrasse agrémentée d'un bassin à fontaine. A la base des baies situées
au-dessus de la porte d'entrée, on peut apercevoir deux pierres à volutes
sortantes en remploi, qui pourraient provenir du bâtiment précédent.
Dans le prolongement sud de ce retour se trouve un bâtiment en
rez-de-chaussée sur cave. L'accès aux pièces du rez-de-chaussée se fait par
le vestibule, desservant ce qui devait être la cuisine côté ouest et les
salons et bibliothèque à l'est. Deux escaliers, l'un en pierre à l'est,
l'autre en bois à l'ouest desservent les étages. Une grande galerie éclairée
par des baies orientées au nord assure la distribution des chambres du
premier étage. Le pavillon en retour d'équerre dispose également d'une
petite galerie-haute de circulation. Près du château, bordant l'allée
sud-ouest, s'élève une grange construite en appareil régulier de moellons
calcaires dressés. De plan rectangulaire, sa façade principale s'ouvre à
l'ouest. La façade est s'élève sur trois niveaux dont les ouvertures ont été
modifiées au gré des usages. Le bâtiment semble avoir été rehaussé afin de
créer un étage carré et un comble à surcroît. A l'origine l'angle nord-est
abritait un logis s'élevant sur un étage carré, comme l'indique la présence
d'une porte à imposte vitré accostée d'une pierre d'évier. Deux souches de
cheminées ornent le toit de ce même côté. Dans le prolongement vers le sud,
la grange s'ouvrait par deux grandes portes charretières avec larmier en
pierre, et une porte d'étable. Côté ouest, la grange s'élève sur un seul
niveau, ayant fonction d'étable et d'écurie. Deux portes s'ouvrent en pignon
en façade, couvertes d'un toit à longs pans en tuile plate. Face à cette
grange se trouve le logis de la ferme dit maison du régisseur avec grange
attenante. A l'arrière du logis se trouve le fournil couvert d'un toit à
longs pans en tuile plate logeant un grand four à pain et une cuisinière à
bois.
Le parc s'étend au nord et à l'est du château. Il est traversé par un
ruisseau coulant à environ 17 mètres en contrebas du château, vers le nord,
des Escorcières à la ferme de La Varenne. Au nord-ouest du parc s'élève une
serre, aux murs de briques et de pierres. La façade est rythmée par six
pilastres encadrant des verrières à structure métallique fixée sur un
linteau bois. Le toit est en terrasse. En 1977, à l'avant de ce bâtiment, se
situait un château d'eau, aujourd'hui détruit. Le réservoir reposait sur
deux larges piles composées de pierre de taille et de moellons. D'après les
propriétaires actuels, il était alimenté par le ruisseau, au moyen d'un
bélier hydraulique encore partiellement en place. Il se situe dans un petit
abri circulaire, couvert d'ardoise, le long du ruisseau et distant de
quelques 80 mètres du château. Un lavoir se trouve à l'avant de l'abri. Au
sud, une fontaine avec un bassin maçonné est encore visible, ainsi que
quelques ruines de bâtiments dont la fonction n'a pas été identifiée. Enfin,
dans la partie nord du parc, occupée par un bois composé de feuillus et de
résineux, on trouve deux piliers en pierre de taille marquant peut-être
autrefois une entrée du domaine. Des murs partant vers l'est et vers
l'ouest, il ne reste que quelques vestiges.
La petite chapelle se trouve au sud-est du château des Escorcières et on y
accède par la terrasse en contrebas de la façade est. Les encadrements de
baies et chaînages d'angle sont en pierre de taille calcaire, l'ensemble du
bâtiment est enduit. L'accès se fait par une porte à deux vantaux en bois,
en arc en plein-cintre. A la base de la verrière située au-dessus de la
porte, se trouve une plaque de marbre gravée, rappelant les origines de la
famille, du sud de la France (région de Marseille). L'intérieur est sobre,
les murs sont partiellement couverts d'un lambris de demi-revêtement. La
clôture du chœur, l'autel et son tabernacle sont en bois. Deux statues de
Vierge couronnée à l'enfant décorent la chapelle, l'une dans une niche
au-dessus de l'autel, l'autre sur une applique murale en bois. Une lampe de
sanctuaire est également présente. On accède à une petite sacristie située
au sud-ouest derrière l'autel par une porte décorée d'un arc en accolade de
style néo-gothique. (1)
château des
Escorcières 86320 Gouex, propriété privée, ne se visite pas.
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