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La première trace
écrite date de mai 1361 lorsque le Roi décharge Guichard d'Ars, bailli de
Sens, des poursuites en dommages-intérêts dont il est l'objet. Nommé par le
Régent capitaine de la ville et du bailliage de Sens, le bailli, informé que
le roi d'Angleterre et le prince de Galles occupaient, non loin de Sens, les
lieux de Régennes et de la Malicorne, convoqua plusieurs nobles du
voisinage, experts en l'art de la guerre, visita avec eux les villages et
forteresses des environs et, sur leur avis, ordonna la démolition de ce qui
pourrait servir à l'ennemi d'asile ou de lieu de ravitaillement. Ainsi
furent détruits les monastères de Sainte-Colombe, Saint-Jean,
Saint-Pierre-le-Vif et Saint-Rémy près Sens, le petit Hôtel-Dieu, l'église
des Cordeliers et la plus grande partie des faubourgs de Sens, les
maisons-fortes de Piffonds, Pradelles et Villefranche, les moulins des
religieux de Saint-Jean de Jérusalem à Cerisiers ainsi que ceux de l'abbaye
de Dilo à Theil, les deux forteresses de la Chapelle-sur-Oreuse dont l'une
relevait de l'abbé de Sainte-Colombe et l'autre de Gautier Chatorat. Le
bailli ne peut être tenu responsable de toutes ces ruines faites dans
l'intérêt public.
Le château avait primitivement un plan de forme trapézoïdale, avec une
entrée sur la façade Est. Il ne reste aujourd'hui que la façade est, la
façade nord et une tour à l'angle sud-ouest appelée le Colombier Il existait
des fossés qui étaient alimentés et contrôlés par un système de vannes et de
canaux, qu'un vaste étang de sept hectares remplissait d'eau. Ces fossés ont
disparu peu après 1820, pour être remplacés par des cours et des jardins,
comme ce fut le cas pour les fossés de Villeneuve-sur-Yonne. Cependant, on
peut voir une trace d'un fossé au niveau de la façade Nord, puisqu'il faut
gravir quelques marches pour atteindre le chevet de l'église qui se situe en
face de cette façade. La façade Est possédait un pont-levis à flèches,
visible par l'emplacement des deux longues rainures. En effet, un système de
poulie permettait d'ouvrir ou fermer l'accès au château, en tirant deux
chaînes de fer qui glissaient à travers ces rainures. L'entrée est voûtée en
plein cintre. A droite de cette entrée, on observe un petit passage réservé
aux piétons, voûté en plein cintre également, et qui possédait son propre
petit pont-levis. La rainure située au dessus de ce passage pour piéton nous
prouve bien l'existence de ce dernier. Au dessus de notre entrée, une
fenêtre centrale a remplacé la bretèche à archère et qui assurait la défense
de la porte. La façade Est conserve sa belle charpente en forme de carène de
navire renversé qui date de la reconstruction du bâtiment du XVe siècle. La
partie la plus au Nord de cette façade Est accueille aujourd'hui la mairie.
Si l'on se fie au plan de Pierre Babillon, la façade Est s'étendrait sur 44
mètres, et si l'angle Nord-Est est assez droit, on constate un désaxement du
mur à partir du pont-levis qui donne au château sa forme trapézoïdale
La
partie Nord s'étend quant à elle sur une cinquantaine de mètres, et offre au
visiteur le plus beau vestige de ce château. Il s'agit d'une façade
imposante composée de deux tours d'angle et de deux tours centrales, dont la
hauteur atteint les 18 mètres. Elles entourent une poterne, c'est à dire une
porte dérobée donnant sur les fossés, qui s'ouvre sur la droite d'un
pavillon central de deux étages. Sur le flanc de ces deux tours centrales,
des archères sont disposées pour la sécurité de ce passage. Au niveau du
premier étage les deux tours centrales se rétrécissent au dessus d'une
solide corniche qui les ceinture. Toute cette description est plus facile à
comprendre à l'appui du dessin de Victor Petit ci-dessous. Depuis les
réaménagements de 1844, la tour de droite communique à chaque étage avec
l'aile Nord-Ouest. Les ouvertures condamnées prouvent qu'elle se rattachait
primitivement au pavillon central. La tour de gauche, quant à elle, fut
transformée en escaliers et desservait depuis le vestibule voûté, tous les
appartements de notre pavillon central. Cet escalier primitif en pierre a
été remplacé par un escalier de bois, formé de contre-marches de carreaux de
terre cuite. Sur certaines de ces contre-marches vernissées, on a retrouvé
des motifs de fleur de lys du XVe siècle. La tour d'angle Nord elle aussi,
contenait un escalier à vis. On observe sur notre façade Nord la trace d'une
tourelle d'encorbellement accrochée à gauche de la tour centrale de gauche,
qui semblait desservir une bretèche toujours visible. Elle n'a pas de
pendant à droite de la tour, et sa nature unique et autonome peut paraître
quelque peu intrigante dans une architecture où la symétrie est un élément
plutôt recherché. Malheureusement, une fenêtre en brique a dénaturé cette
construction dont nous ne connaissons pas la fonction exacte: s'agissait-il
d'un aménagement de type défensif, ou tout simplement d'une latrine exposée
au dessus d'un fossé.
La poterne est voûtée en arc brisé, et elle fut plusieurs fois remaniée. Les
deux ouvertures assez étroites qui éclairent le premier et le second étage
au dessus de cette poterne ne semblent pourtant pas avoir été retouchées. On
ne peut pas en dire autant en ce qui concerne les ouvertures de cette façade
compte tenu des grandes fenêtres modernes qui la percent sur tout son long
et dénaturent complètement l'architecture militaire féodale de l'époque
recherchée. Au regard de certaines sources, ce pavillon central muni de ses
archères au rez-de-chaussée et de sa bretèche, pourrait bien être une
reconstruction à partir des bases de l'ancien donjon primitif du XVe siècle.
La façade Ouest a totalement disparu et nous avons peu d'informations la
concernant. Elle se terminait par un haut pignon en escalier dont le robuste
dispositif devait permettre de protéger les toitures et de soutenir le
système défensif composé de hourds et de courtines. Ces courtines devaient
permettre d'accéder à la Grosse tour appelée le Colombier. Il s'agit d'une
grosse tour de dimensions imposantes, environ six mètres de diamètre avec un
mur d'un mètre d'épaisseur. Sa poutre verticale mobile est datée de 1472. On
aperçoit à un peu plus de la moitié de sa hauteur une première corniche
horizontale, puis une seconde vers le sommet et une troisième qui borde ce
sommet. Elle possède encore une salle basse sur les anciens fossés, et de
longues et minces archères sont encore visibles, ainsi qu'une serrure
primitive. La façade Sud a eu plusieurs emplacements. Dans le plan primitif,
elle devait relier la façade Est au colombier, qui servait alors de tour
d'angle (Sud-Ouest). Nous ne savons pas si le plan de cette façade fut
respecté lors de la reconstruction du château au XVe siècle. Cependant, une
reconstruction plus tardive a été entreprise : on désaxa alors la façade Sud
de son axe primitif. Cette construction fut appelée "Château neuf". Elle
possédait une nouvelle tour Sud-Ouest (censée avoir la même fonction que
l'ancien Colombier) qui fut détruite en 1844 par son propriétaire lors du
démembrement du château. Malgré cette destruction, on sait qu'un système de
courtines la reliait au gros Colombier. En effet, on relève des traces de
cette courtine à la base même du colombier, ce qui nous permet d'affirmer
son existence.
Pour résumer, notre château avait la forme d'un trapèze et des traces nous
permettent d'affirmer qu'un système de courtines et de hourds en bois
faisait le tour de ses murailles, pour permettre aux défenseurs d'accéder
rapidement aux différentes tours. La cour formée par ces murailles se
présentait large et vaste, des trottoirs avaient été pavés tout au long des
murailles, et l'on trouvait en son milieu la margelle du puit seigneurial,
avec sa haute crosse de fer forgé et sa poulie de cuivre, élevée comme un
monument. Cinq vastes baies en plein cintre ou en arc surbaissé et aux
angles chanfreinés, éclairaient les salles du rez-de-chaussée des salles du
pavillon central et de l'aile Nord-Ouest. A l'intérieur les salles sont
aujourd'hui réaménagées en bureaux annexes de la mairie, située elle-même
sur la façade Est, et seule la description des Affiches de Sens est à même
de nous donner une idée de l'intérieur. Il s'agit d'un établissement composé
d'une trentaine de pièces, et qui, comme pour son aspect extérieur, a évolué
en fonction des époques. L'entrée se fait par l'ancienne poterne, et nous
arrivons dans une salle voûtée de six croisées d'ogives, soutenues par deux
colonnes centrales. Une vaste cheminée chauffe la pièce, et à sa droite,
deux portes s'ouvrent pour la suite de la visite. La première permet de
rejoindre la salle basse de la tour, et la seconde conduit vers trois salles
de l'aile Nord. Ces salles sont voûtées en plein-cintre et se succèdent le
long d'un couloir, également voûté en plein-cintre et donnant sur la cour
par une grande baie, jusqu'au mur Nord-Ouest. Il faut aller jusqu'à la
dernière salle pour emprunter l'escalier à vis situé dans la tour d'angle,
pour arriver au premier étage. De retour dans le vestibule d'entrée, nous
accédons aux cuisines, et à des salles annexes formant des arrières cuisines
ou des salles de réserve. Ces dernières donnent sur les fossés Nord. Puis,
une autre porte mène à la salle à manger et au salon. On peut penser que
l'aménagement de ces pièces est postérieur au XVe siècle, compte tenu de
l'usage moderne qui en est fait. En effet, nous savons que la pièce couverte
de boiserie et qui sert en 1819 de salon, était en réalité une chambre,
distinguable par la présence d'une alcôve et d'un cabinet sur un pan de mur.
Il était possible de rejoindre la tour d'angle par une petite porte dérobée.
La pièce occupant cette tour d'angle, d'1m40 de diamètre, était munie de
rayons de rangement, et servait probablement de petite bibliothèque.
Une inscription de 1700 portant l'écu de France, a été retrouvée sur la
cheminée, ce qui nous confirme l'aménagement moderne de ce salon. Nous
pouvons accéder également au premier étage par un escalier de bois situé
dans un vestibule attenant au salon. En empruntant cet escalier, nous
trouvons à gauche une première chambre, qualifiée par l'auteur de "belle
chambre à feu avec glace et cabinet adjacent". Ensuite, nous passons par une
salle aménagée en salle de billard à l'époque moderne, se trouvant juste au
dessus du grand salon. Elle possède également une grande cheminée et une
pièce annexe dans la tour, voûtée sur une croisée d'ogives. Un long couloir
tout le long de l'aile Nord, permet de relier cette salle de billard et
l'escalier de la tour d'angle Nord, mentionné dans la description
extérieure. Le long de ce couloir, on accédait à sept appartements, dont
celui du maître de maison qui occupait la place en face de l'escalier du
pavillon central. Ce long couloir est une création typique du XVe siècle. Ce
qui est amusant ici, c'est de voir la différence d'époque entre
l'aménagement des pièces du rez-de-chaussée et du premier étage. Le
rez-de-chaussée observe le même plan au sol que le château primitif du XIIIe
siècle. A cette époque, on ne connait pas l'usage des couloirs et on fait se
succéder les pièces, les unes après les autres. Il faut passer par la
première et la seconde pour se rendre à la troisième pièce. Au XVe siècle,
on invente le système de couloir qui dessert les différentes pièces. Comme
il n'existe pas de plan au sol pour le premier étage, l'architecte de ce
château du XVe siècle a utilisé la nouvelle méthode du couloir. Ainsi, nous
pouvons voir l 'évolution de l'aménagement intérieur d'un château, grâce à
l'exemple de Piffonds, entre le XIIIe et le XVe siècle. Au deuxième étage,
accessible par l'escalier du pavillon central, la même disposition des
chambres est opérée, et les deux appartements centraux sont réservés au
maître, tandis que les autres sont mis à disposition des domestiques.
En traversant la cour, nous atteignons la façade Sud : le "château-neuf".
Cette partie est attribuée au gérant principal qui supervise le travail de
tous les domestiques du château. On y trouve une dizaine de pièces réparties
entre le rez-de-chaussée et le premier étage. Parmi ces pièces se trouve une
vaste cuisine avec four, qui sert de lieu de réunion lors des repas entre
tous les domestiques. Le château de Piffonds, tant par son aménagement
intérieur que son aspect extérieur, nous offre un bel exemple d'une place
forte du XVe siècle, avec une forte influence du plan d'origine du château
primitif. En effet, l'appartenance au domaine royal a permis au village de
Piffonds de se voir construire un château imposant. A la fin du XVe siècle,
il n'y a plus autant de danger que pendant les guerres du XIIIe et XIVe
siècle. Les fortifications sont en majorité plus ostentatoires que
sécuritaires, et nous entrons sensiblement dans l'époque des grands châteaux
résidences qui doivent être imposants et beaux pour montrer un certain
pouvoir et un certain confort. Si en règle générale, les fortifications des
châteaux du Moyen Age servent plus à dissuader qu'à faire la guerre, ici, on
en vient même à quitter la dissuasion pour n'être qu'un symbole de confort,
de richesse et d'aisance. Avec Piffonds, on quitte la période des forts
médiévaux pour voir l'arrivée toute proche des grands châteaux de la
Renaissance. (1)
Éléments protégés MH: le château en totalité : inscription par arrêté du 10
décembre 1925.
château de Piffonds 89330 Piffonds,
propriété de la commune, visite des extérieurs uniquement.
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