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Château de Pontchartrain à Jouars-Pontchartrain
 
 

        Sur la petite terre qui a donné son nom au château actuel, existait originairement une modeste maison servant d’habitation au maître et accompagnée des bâtiments nécessaires à une exploitation rurale. Son possesseur, au milieu du XVIe siècle, était François Coignet, époux de Catherine Roponel. Une charge de conseiller notaire et secrétaire du roi, maison couronne de France et de ses finances, l’avait anobli et il se qualifiait, selon l’usage, d’écuyer, seigneur de Pontchartrain. Il laissa quatre enfants: deux filles dont Marguerite mariée le 28 mai 1580 à Balthazar de Flavigny, et l’autre au sire de Graffart, puis deux fils, François et Raoul, celui-ci né en 1561. Ce brave notaire mort, un grave dissentiment s’éleva entre les deux frères, au sujet de la terre de Poutchartrain; François soutenant qu’elle était terre noble et devait lui revenir comme aîné; Raoul, au contraire, prétendant qu’elle était en roture et devait être partagée. A notre avis, ce dernier avait raison, la charge du père ne lui donnant que l'anoblissement personnel. Finalement cette terre passa dans les mains de la famille Goignet. Puis elle fut vendue à Paul Phelypeaux. C’était un petit gentilhomme originaire par sa famille de Beaufort, en Anjou, mais né à Blois en 1569 et troisième fils de Louis Phelypeaux, conseiller au présidial de cette ville, et de Radegonde Garraut. Entré fort jeune aux affaires et admis à 18 ans dans les bureaux du ministère Villeroy, il fut pourvu, au bout d’un an, par Henry IV de la charge de secrétaire des commandements de Marie de Médicis. Son zèle ardent et ses aptitudes peu communes ne tardèrent pas à lui concilier l’affection de cette reine qui, pour mieux se l’attacher par les liens de la reconnaissance, le maria le 11 juin 1605 à Anne de Beauharnais, fille de François de Beauharnais, seigneur de Miramion, et d’Anne Bourdineau de Villambly; cinq ans après, elle le faisait nommer conseiller et secrétaire d’État.
Le pouvoir étant tombé trois semaines plus tard entre les mains de Marie de Médicis par la mort sanglante du roi, Phelypeaux rendit de grands services à la régente tant dans l’administration générale du royaume que dans les affaires alors si graves de la religion. Il fut député à la conférence de Loudun dans laquelle se débattirent les intérêts des protestants, il coopéra ensuite au règlement fait dans l'assemblée des notables à Rouen en 1617. Toujours fidèle à sa bienfaitrice, il prit la meilleure part au traité de réconciliation qu’elle conclut en 1619 à la suite de son évasion de Blois. Ses Mémoires sur les affaires de France sous le règne de Marie de Médicis avec un journal des conférences de Loudun qu’il publia en 1620, sont une œuvre remarquable. Sa santé était déjà minée par le travail lorsqu’il accompagna le roi au siège de Montauban. Atteint tout à coup d’une indisposition sous cette place, il se fit transporter à Castel-Sarrazin et y succomba le 21 octobre 1621, âgé de 52 ans. Ses restes furent ramenés à Paris et déposés à la chapelle Saint-Laurent dans l’église Saint-Germain-l’Auxerrois, sa paroisse; il demeurait alors rue Saint-Thomas-du-Louvre. Quatre enfants étaient nés de son mariage avec Mlle de Beauharnais; l’aîné, Louis, né en 1613, hérita de la seigneurie de Pontchartrain. Quoiqu’il n’eût encore que huit ans, les éminents services de son père lui valurent d’être pourvu de la charge de secrétaire d’État sous la condition que les fonctions seraient remplies par son oncle, Raymond Phelypeaux d’Herbault. Tout alla bien pendant quelques années, mais, l’oncle mourut avant la majorité du neveu, ses enfants considérèrent la charge comme leur appartenant et prétendirent la vendre à leur profit. Le neveu acquiesça par crainte d’autre disgrâce et se contenta d’une charge de conseiller au Parlement. En dépit de cette compensation, il ne put jamais pardonner à ses cousins de l'avoir dépouillé et resta en froid avec eux le reste de sa vie.
Sa position au parlement lui procura un mariage avec Marie Suzanne Talon, fille du célèbre avocat général et conseiller d’État Jacques Talon, auteur des mémoires sur les troubles de la minorité. En 1630,il occupa le siège de président à la Chambre des comptes. Il perdit sa femme trois ans après. Vient le procès de Fouquet et il est nommé l’un des juges, mais dans cette délicate circonstance, sa probité reste inflexible malgré les caresses et les menaces de Colbert et de Louvois réunis pour la perte du surintendant, et, ne trouvant pas suffisamment justifiés les chefs d’accusation, il vota pour l’acquittement. Ce noble courage le mit à l’index et l’exclut à jamais de toute faveur; aussi était-il assez pauvre et fort embarrassé de ses quatre enfants, deux fils et deux filles. Nous parlerons plus tard de son fils aîné. Le second fut conseiller au Grand Conseil, puis maître des requêtes, homme d’honneur comme son père, mais qui serait resté toute sa vie dans une position modeste sans la fortune de son aîné qui le fit conseiller d’État et Intendant de Paris. Suzanne, l’aînée des filles, devint l'épouse de l’avocat général Jérôme Bignon, et Marie-Claude, sa cadette, se maria au conseiller Habert de Montmort, fils de l’académicien. Mme Bignon mourut en 1661 et Mme de Montmort survécut à sa sœur jusqu’en 1690. Tel était l’état de cette famille où le talent et les vertus abondaient, mais qui était loin de connaître les douceurs de l’opulence. Tout le désir du président eût été de transmettre à son fils aîné Louis Phelypeaux, né le 29 mars 1643, la survivance de sa charge à la Chambre des comptes, mais si sa conscience avait été inflexible, la colère du ministre ne l'était pas moins et ses instances pour cet accommodement de famille restèrent toujours sans résultat.
Louis Phelypeaux avait été reçu Conseiller aux requêtes, le 11 février 1661, à l’âge de dix-sept ans. C’était un très petit homme, maigre, bien pris dans sa taille, avec une physionomie vive, des yeux étincelants de feu et d’esprit, et qui tenait encore beaucoup plus qu’elle ne promettait. Jamais on ne vit réunis tant de promptitude à comprendre une affaire, de légèreté et d’agrément dans la conversation et d’à-propos dans les réparties. Aussi heureusement doué pour le travail que pour le plaisir, il se distinguait au Palais par sa grande facilité et son assiduité et brillait dans les ruelles et les galantes réunions par les grâces et les saillies de son esprit. Cependant, victime de la haine que les ennemis de Fouquet portaient à son père, il demeurait sans espérance d’avancement. "Je lui ai ouï dire souvent, raconte Saint-Simon, combien il était affligé d’être exclu d’avoir la charge de son père et renonçant à cette fortune, que son château en Espagne était d’arriver avec l’âge à une place de Conseiller d’honneur au Parlement et d’avoir une maison dans le cloître de Notre-Dame". Il s’était marié en 1668 avec Marie de Maupeou, fille de Pierre de Maupeou, président aux enquêtes, et de Marie Quentin de Richebourg. La dot avait été minime et le jeune ménage vivait modestement chez le père du mari. "Ils n’avaient qu’un carrosse pour eux deux, dit encore Saint-Simon, et lui un cabinet pour travailler, où on entrait du haut du degré, sans rien entre deux et couchaient au second étage". Il remplissait depuis dix-huit ans les modestes fonctions de conseiller aux requêtes lorsqu’en 1677, vint à vaquer la place de premier président au Parlement de Rennes. Les affaires de la Bretagne rendaient fort difficile le choix d’un titulaire, d’autant plus que Colbert n'y voulait qu’un homme très habile à cause des États près desquels le premier président était toujours second commissaire du Roi. Mieux que cela, il fallait au ministre un homme à lui, capable de comprendre ses vues et de le bien renseigner sur l'importance et les coutumes du commerce maritime de laProvince.
Un jour qu’il en causait avec ses familiers au nombre desquels se trouvait l’intendant des finances, Hotman, dont il écoutait volontiers les avis, celui-ci avec sa franchise et bien qu’il n'ignorât pas l'aversion de Colbert pour le président Phelypeaux, parla du fils de ce magistrat comme de l’homme qui serait évidemment le plus propre à occuper le siège de Rennes. Il prôna tant et si bien son candidat que Colbert, étonné, puis convaincu, se décida pour le fils de l’homme qu’il détestait. Qu’on juge de la surprise des Phelypeaux à la nouvelle de cette bonne fortune et surtout en apprenant qu’ils en sont redevables à Hotman, parent et ami de Colbert et avec lequel ils n’avaient aucune liaison. Ils y étaient si peu préparés que tout d'abord effrayés des dépenses qu’allait occasionner la position, ils songèrent à refuser; mais parents et amis s’interposèrent; les uns furent prodigues de conseils, les autres ouvrirent leur bourse et, à la fin, tout s’aplanit. Aucun choix n’eut mieux répondu aux intentions de Colbert qui ne tarda pas à s’en applaudir. Non seulement Phelypeaux ramena le parlement breton dans la voie des saines doctrines et assura partout une bonne administration judiciaire, et il fut assez hardi pour remplir en même temps les fonctions d’intendant d’une province qui n’en avait jamais toléré; et bien que le rétablissement du bon ordre froissât beaucoup d’intérêts privés, il sut par son énergie et son esprit conciliant se faire généralement aimer et considérer. Le duc de Chaulnes, lui-même, peu accoutumé à voir autre que lui et les États dont il disposait à son gré se mêler des affaires dans le pays, s’inclina devant cette autorité respectable dont tout le monde appréciait les bienfaits. Le vieux président Phelypeaux mourut à Paris le 29 avril 1683, âgé de 72 ans; il est inhumé dans l’église Saint-Germain-l'Auxerrois.
Sa succession ne se composait guère que de la petite terre de Pontchartrain laquelle, cette fois, ne pouvait être l'objet d’aucune contestation, les Phelypeaux étant nobles; elle échut au président de Rennes, en vertu du droit d’aînesse; il vint en prendre possession et s’y reposa quelques jours. De retour en Bretagne, Phelypeaux y poursuit une œuvre si bien commencée d’ordre et de pacification. Mais déjà on reconnaissait l’utilité de son concours dans une sphère plus élevée et l’Intendance des finances à Paris lui fut en quelque sorte imposée en 1687. Rien ne répugnait plus à ses goûts; aussi remua-t-il ciel et terre pour s’en défendre, c’est au point qu’il tenait rancune au contrôleur général Pelletier, de l’avoir choisi pour ce poste et le lui déclarait en toute occasion. Pelletier rit de sa colère et ne l’en désigna pas moins pour son successeur deux années plus tard. Phelypeaux pensa étouffer de dépit en se réveillant un matin contrôleur général des finances sans même avoir été consulté. Vers la fin de sa première année d’exercice, il se crut un instant délivré des finances en recevant sa nomination de ministre-secrétaire d’État de la marine et de la Maison du Roi, mais à son grand désespoir, Louis XIV entendait qu'il cumulât ces fonctions avec le contrôle général. Phelypeaux ne trouvait réellement quelque trêve qu'en allant de temps à autre surveiller les travaux de la somptueuse habitation qu’il édifiait à Poutchartrain. Là, au milieu d’une armée d’ouvriers, il se complaisait à discuter et donner son avis sur la coupe des pierres, la résistance des bois, la qualité d’un ciment. Qui l’eût écouté sans le connaître l’eût pris pour un homme du métier.
Il avait jeté les fondements de son château dans une large vallée coupée par de petits ruisseaux qui serpentent dans un jardin anglais et entourent l’édifice. Le château est fort bien bâti et d’un aspect très agréable. Le parc est bordé presque entièrement par la rivière de Mandre. De magnifiques bosquets, ornés d’arbustes de toute espèce et même de plantes exotiques multiplient les agréments du jardin. Au reste le château ne paraît pas avoir été modifié depuis sa construction, le chancelier Phelypeaux reconnaîtrait sûrement son habitation. Aujourd’hui on y arrive par la grande route qui traverse la forêt de Sainte-Apolline, puis par l’avenue de Châteauvillain faisant suite à la route. Le château se compose de trois corps de bâtiment, ayant la cour d’honneur au centre, le tout entouré de fossés remplis d’eaux vives. Le corps de bâtiment du centre est décoré d’un fronton surmonté d'un dôme quadrangulaire couronné lui-même d’un campanile d’un bel effet. Le parc, fort beau, a la forme d’un rectangle, il est orné de statues et de bustes et entièrement clos par des murs ou par la rivière. Le chancelier Phelypeaux échangea avec Louis XIV la terre de Marly-le-Bourg contre les châtellenies de Neauphle et de Maurepas qui étaient du domaine royal. Phelypeaux avait un fils unique, Jérôme, né au mois de mars 1674, qui était entré, à dix-huit ans, au Parlement comme conseiller. Ce jeune homme montrait un mérite au-dessus de son âge et le roi, qui l’appréciait, lui avait fait la faveur de le nommer ministre d’État, en survivance de son père. Il se prélassait depuis quatre ans dans les délices de cette charge honorifique, sans grande préoccupation d’avenir et attendant qu’il plût à sa famille de le marier, lorsque le contrôleur général crut avoir trouvé son affaire en Mlle de Bourbon-Malause, jeune orpheline, alors pensionnaire au couvent de la Ville-l’Évêque, à Paris. La considération d’une alliance si flatteuse pour un simple gentilhomme faisait passer sur l’exiguïté de la dot et le contrôleur général demanda l’agrément du roi; mais quelle ne fut pas sa déconvenue lorsque Louis XIV, prenant un air sérieux, lui conseilla de porter ses vues ailleurs, ajoutant, pressé d’instances, qu’il ne lui convenait pas de voir les armes de Bourbon, que portait la jeune fille, accolées à celles de son ministre!
Cruellement déçu, mais ne s’en ouvrant à personne, il cherchait un prétexte honnête pour retirer sa parole lorsque tout fut ébruité par la mercuriale que le roi adressa aux maréchaux de Duras et de Lorges, parents de Mlle de Malause, pour s’être prêtés à ce projet d’union. Mortification complète, mais acceptée sans mot dire. On descendit alors d’un degré et, faute d’un nom royal, on prit un nom ducal. Ce fut encore une nièce des maréchaux de Duras et de Lorges, Christine-Eléonore de la Roche-Foucault de Roye, sœur du comte de Roucy, du comte de Blansac et du chevalier de Roye. Le maréchal de Lorges traita l'affaire, et la comtesse de Roucy se chargea d’aller chercher sa belle-sœur à l’abbaye de Notre-Dame de Soissons et de l’amener à Versailles où le mariage fut célébré sans apparat, le 28 février 1697 à minuit, dans la chapelle du château. Le roi qui, cette fois, n’opposait plus son veto, ajouta six mille livres de pension aux quatre que la mariée touchait déjà et donna cinquante mille écus au beau-père qui, à cette occasion, fit ériger en comté sa terre de Pontchartrain dont il prit le nom et fit appeler son fils le comte de Maurepas. M. de Pontchartrain, c’est ainsi que nous le désignerons maintenant, s’était tenu longtemps en assez bons termes avec Madame de Maintenon, mais les exigences de celle-ci s'accroissant de jour en jour, il avait fini par fermer l’oreille à des demandes d’argent qui sans cesse se renouvelaient. Il avait affaire à forte partie, on insistait, et alors ne maîtrisant plus son indignation il s’y laissait aller d’une façon si brutale et si désobligeante pour Mme de Maintenon que celle-ci éclatait aussi et eût brisé les vitres sans l'intervention de Mme de Pontchartrain dont la patience s’exerçait sans trêve ni repos à calmer tantôt les scrupules de son mari, tantôt les récriminations de son amie. Peu de semaines se passaient sans une nouvelle scène et les choses en arrivaient au point que la quasi Reine saisit au bond l’occasion de se débarrasser honnêtement d’un contrôleur général des finances trop insensible à ses pieuses prodigalités.
C’était un mercredi de l’année 1699, veille du départ de la cour pour Fontainebleau; on venait d’apprendre que le chancelier Boucherat se mourait et Louis XIV à l'issue du Conseil dit à Pontchartrain: "Seriez-vous bien aise d’être chancelier de France? Sire, répondit-il, si j'ai instamment demandé plus d’une fois à Votre Majesté de me décharger des finances pour demeurer simple ministre, elle peut imaginer si je les quitterais de bon cœur pour la première place où je puisse arriver. Eh bien ! n’en parlez à personne sans exception, reprit le roi, si le chancelier meurt comme il est peut-être mort à cette heure, je vous fais chancelier". Pontchartrain embrassa les genoux du roi et se retira dans la plus grande joie qu’il ait jamais ressentie, disait-il, non d’être chancelier, quoiqu’il en fût comblé, que d’être délivré du fardeau des finances. Trois jours se passèrent dans l'attente, mais le samedi Louis XIV entrant chez Madame de Maintenon ordonna au Maréchal de Villeroy, capitaine des gardes en quartier, d’aller quérir le contrôleur général; celui-ci, comme de raison, se tenait prêt. Il entra en toute hâte et le roi lui remettant les sceaux lui dit: "Je voudrais avoir une place encore plus éminente à vous donner pour vous marquer mon estime de vos talents et ma reconnaissance de vos services". A cette occasion, le jeune secrétaire d’État en survivance passa en titre et exerça ses fonctions. Il quitta alors le nom de Maurepas et se fit appeler comte de Pontchartrain, tandis que son père ne fut plus désigné que par son titre de chancelier. A mesure que croissait la fortune du chancelier et de sa femme, ils étaient entraînés à sacrifier aux faiblesses de leur temps; aussi n’étaient-ils pas plus que d'autres à l’abri des petites blessures d’amour propre...
Peu après son installation aux sceaux, le chancelier fut honoré, le 9 mai 1700, du titre de Commandeur des Ordres; il l’acquit avec la charge de Secrétaire qui conférait la prérogative du cordon bleu. A l’apogée des honneurs et de la fortune, le chancelier n'en continuait pas moins à marcher droit dans sa voie. Tel est en général l’ascendant du bien, que cette cour de Versailles si exclusivement sensuelle et corrompue s’inclinait devant cette haute probité et rendait hommage à des vertus qu’elle n’avait guère soupçonnées jusqu’alors. Ainsi, il arriva qu’un opulent financier nommé Thévenin, redevable de sa fortune à M. de Ponchartrain, pendant sa direction du contrôle général des finances, vint à mourir et laissa par testament à son bienfaiteur une magnifique maison contiguë à la sienne. C’était là pour le chancelier, l’occasion d’agrandir sa demeure sans bourse délier; aussi tout le monde, le Roi lui-même, l’en félicita. Ce n’était point pourtant l’avis du légataire. N’osant pas contredire son maître, il accepta en silence le compliment et laissa dormir l’affaire; mais au bout de six semaines, alors qu’on le croyait déjà en possession, il s'ouvrit au roi franchement, lui peignit ses scrupules basés sur des motifs de moralité publique et finalement renonça au legs. Quelle leçon pour les courtisans, disons mieux pour les Ministres! Un tel acte de désintéressement fit grand bruit à la Cour et à la ville. Louis XIV ne cessait de le raconter, se donnant ainsi le malin plaisir de le faire applaudir devant lui par certains seigneurs dorés qui maudissaient en aparté un si funeste exemple. Autant ses intérêts privés avaient peu le don d’émouvoir le chancelier, autant les intérêts publics le trouvaient gardien austère et vigilant.
En même temps qu’ils avaient édifié leur somptueuse demeure de Pontchartrain, le chancelier et sa femme avaient fondé un hôpital aux environs. Rien n’y était épargné. En outre des deux cent mille livres, consacrées à la construction et à l’ameublement, huit à dix mille livres s’y dépensaient annuellement pour le service et l’entretien des malades. Un médecin assisté de religieuses et un aumônier y prodiguaient les secours de l’art et de la religion, encouragés par les pieux fondateurs qui ne dédaignaient pas de venir en personne se rendre compte des besoins de leurs hôtes avec une charité éclairée et inépuisable. Cette charité fut mise à une rude épreuve pendant la disette de 1709. Le chancelier redoubla ses libéralités, et comme on mourait de faim dans les campagnes, il établit à Pontchartrain des fours et des cuisines où, depuis le lever jusqu’au coucher du soleil, se distribuaient gratis à tout venant des soupes, du pain et de la viande cuite. M. de Pontchartrain était veuf depuis cinq ans lorsqu’il se remaria avec une orpheline arrière-petite-fille du chancelier d’Aligre, nommée Hélène-Rosalie-Angélique de l'Aubespine et fille d’Etienne-Claude de l’Aubespine, marquis de Verderonne, sous-lieutenant des gendarmes-dauphins, tué à la bataille de Fleurus. La noce eut lieu le 31 juillet 1713, au château de Pontchartrain. A l’occasion de ce mariage, le Roi fit don à M. de Pontchartrain de 400,000 livres pour lui aider à acheter des terres et, entre autres, le comté de Palluau en Poitou que le maréchal de Clerembault lui vendit moyennant une rente viagère.
Les dernières années de la vie du chancelier furent troublées par des infirmités qui exigeaient beaucoup de soins. Il se fit transporter dans le château de Pontchartrain et y expira entre les bras de son fils le 22 décembre 1727, à dix heures du matin, dans la 83e année de son âge. Conformément à ses dernières volontés, ses restes furent transportés à Paris et déposés auprès de ceux de sa femme, sans aucune pompe, dans le caveau de famille à Saint-Germain-l'Auxerrois. Voilà enfin le fils du chancelier maître absolu du château paternel. Il y vient chaque année, seul, abattu, rongé de jalousie et de dépit contre tout le monde, renfermé dans ce cabinet où s’étaient méditées les bonnes œuvres du chancelier et de sa femme, il compte ses écris et songe aux nouvelles vexations dont il pourra gratifier ses vassaux.Voici quels furent ses enfants du premier lit: Louis-François Phelypeaux, comte de Maurepas, né le 9 mai 1700 et mort à l’âge de huit ans. 2° Jean-Frédéric Phelypeaux, comte de Maurepas, né en 1702, d’abord chevalier de Malte de minorité, puis secrétaire d’Etat. Nous aurons bientôt à parler de lui comme successeur de son père dans la possession du château de Pontchartrain. 3° Paul-Jérôme Phelypeaux, marquis de Chefboutonne, appelé d’abord le chevalier, puis le marquis de Pontchartrain, né le 25 avril 1703, reçu au mois d’août suivant chevalier de Malte de minorité, commença la carrière militaire par le grade de sous-lieutenant des gens-d’armes de la Reine qu’il obtint le 1er février 1719. Il fut ensuite capitaine-lieutenant aux gens-d’armes anglais le 12 septembre 1726, brigadier en 1734; lieutenant général des armées du Roi et au gouvernement de la Rochelle, d'Aunis, etc., et inspecteur général de la cavalerie, grade dont il se démit le 28 septembre 1754 pour prendre le gouvernement des ville et château de Ham. 4° Charles-Henri Phelypeaux, reçu comme ses frères, chevalier de Malte au berceau, embrassa l’état ecclésiastique, obtint l'abbaye de Royaumont, ordre de Cîteaux le 24 novembre 1728 et fut reçu docteur en théologie de la faculté de Paris le 2 avril 1732. Il n’avait encore que vingt-huit ans lorsque le Roi lui donna l’évêché de Blois le 23 mai 1734, mais il mourut un mois après. 5° Marie-Françoise-Christine, née le 17 janvier 1698, morte le 21 septembre 1701.
Il eut du second lit: 6° Marie-Louise-Rosalie, née au mois de juin 1714, mariée le 12 mai 1729 à Maximilien-Emmanuel de Watteville. 7° Hélène-Angélique-Françoise, née au mois de mai 1715, dame du palais de la Reine, mariée le 18 décembre 1730 à Louis-Jules de Mazarin-Mancini. Nous verrons plus tard sa fille hériter du domaine de Pontchartrain. Jean-Frédéric Phelypeaux, comte de Maurepas, avait quarante-six ans lorsqu'il recueillit la succession paternelle dont faisait partie le château et les vastes terres qui en dé pendaient. Voici le portrait que trace Marmontel de cet homme d’Etat: "Superficiel et incapable d’une application sérieuse et profonde, mais doué d’une facilité de perception et d’intelligence qui démêlait en un instant le nœud le plus compliqué d’une affaire et suppléant dans les conseils par l’habitude et la dextérité à ce qui lui manquait d’étude et de méditation. Accueillant et doux, simple et insinuant, flexible, fertile en ruses pour l’attaque, en adresse pour la défense, en faux-fuyants pour éluder, en détours pour donner le change, en bons mots pour démontrer le sérieux par la plaisanterie, en expédients pour se tirer d'un pas difficile et glissant; un œil de lynx pour saisir le faible ou le ridicule des hommes, un art imperceptible pour les attirer dans le piège ou les amener à son but, un art plus redoutable encore de se jouer de tout et du mérite même quand il voulait le déprécier; enfin l’art d’égayer, de simplifier le travail du cabinet, faisaient de Maurepas le plus séduisant des ministres". Ce portrait, tracé par un de nos écrivains les plus élégants, et peut-être le plus véridique, est d’une ressemblance parfaite; mais il y manque un trait attesté par beaucoup d’autres contemporains qui explique cette indifférence, cette sécheresse de cœur qu'on a reproché à M. de Maurepas au milieu de toutes ses qualités aimables.
Saint-Simon disait: "Il a eu le bonheur de trouver une femme à souhait pour l’esprit, la conduite et l’union et d’en faire le leur, l'un et l’autre. Je ne puis plus trouver que ce soit un malheur pour eux de n’avoir point d’enfants". M. de Maurepas fut reçu membre de l’Académie royale des sciences en 1720, honneur qu’il dut à son zèle pour notre marine et aux expéditions scientifiques dont il fut un habile et intelligent promoteur. Le roi l'autorisa à porter le cordon bleu en lui faisant acquérir le 26 mars 1734 la charge de greffier commandeur des Ordres dont il se démit ensuite, pour acheter celle de Grand Trésorier le 2 août 1736. Cette même année le vit nommer membre honoraire de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Nommé ministre d’État le 9 janvier 1738, c'est surtout de ce moment qu'il put donner essor à ses éminentes qualités et faire bénir son nom dans une situation où tant d'autres ne recueillent que des haines, mais il se perdit néanmoins par sa légèreté d’esprit et son goût pour la satire. Tant que Louis XV avait respecté les mœurs publiques par sa conduite privée, les ministres avaient joui d'une faveur sans partage, mais leur prépondérance avait bien décliné sous le règne des maîtresses; de là, des murmures, des plaisanteries et même de la résistance aux volontés de la favorite. Déjà madame de Châteauroux n’avait pas eu à se louer de M. de Maurepas dont elle se vengeait en l’appelant M. Faquinet. Mais le comte de Maurepas tomba malade et ne souffrait plus qu’on lui parlât d’affaires. Cette maladie de M. de Maurepas dura six mois au bout desquels il mourut, en 1781, âgé de quatre-vingts ans. Ces honneurs furent rendus et Condorcet, le secrétaire de l’Académie des sciences, prononça son éloge. A défaut d'enfants, M. de Maurepas ne laissait d’autre héritier qu’une nièce, fille de sa sœur consanguine, Hélène-Angélique-Françoise, épouse de Louis-Jules Mazarin-Mancini, duc de Nivernais.
De ce mariage était né, le 27 septembre 1742, une fille nommée Adélaïde-Diane-Hortense-Delie-Mazarin-Mancini, qui se maria le 28 février 1760, à Louis-Hercule-Timoléon duc de Cossé, alors colonel au régiment de Bourgogne-cavalerie, fils de Jean-Paul-Timoléon de Cossé, duc de Brissac, pair et maréchal de France, gouverneur de Paris, et de Marie Durey de Sauroy. Cette duchesse de Cossé remplaça la duchesse de Villars en qualité de dame d'atours de la Dauphine au mois de septembre 1771. Ce fut elle qui, en qualité de nièce du comte de Maurepas, hérita du château de Pontchartrain. Né le 15 février 1734,1e duc de Cossé, fut d’abord capitaine de dragons, puis guide des gendarmes d’Aquitaine en 1754, capitaine commandant des cent-suisses de la garde du Roi, et gouverneur de Paris en 1775. Il fut chevalier des Ordres en 1776, maréchal de camp en 1780, grand panetier de France, duc et pair après la mort de son père, en 1781. Le duc et la duchesse de Brissac avaient une fille unique nommée Adélaïde-Pauline-Rosalie, née le 23 janvier 1765. Ils la marièrent le 28 décembre 1782 avec Victurnien-Jean-Marie de Rochechouart, duc de Mortemart, pair de France, veuf en premières noces de Anne-Catherine-Gabrielle d'Harcourt-Lillebonne. Attaché de toute la force de sa conviction, de toute l’ardeur de son dévouement à la monarchie que ses ancêtres avaient loyalement servie, le duc de Brissac fut choisi, au mois d'août 1792, par Louis XVI et par Marie-Antoinette pour commander leur garde constitutionnelle. Il fallait plus que du courage pour accepter, pendant ces jours gros de tempêtes, un emploi aussi périlleux; geôlier ou martyr, telle était l’alternative.
Brissac n'hésita pas; heureux de faire à ses convictions le sacrifice de sa vie, il regarda le péril en face et l’accepta avec toutes ses conséquences, et quand ses amis, s’effrayant pour lui de son dévouement aux membres de la famille royale, cherchaient à le rappeler aux soins de sa sûreté: "Je ne fais, répondait-il, que ce que je dois à leurs maîtres et aux miens". Par l’heureuse influence de son zèle, des jeunes gens restés étrangers à l’effervescence des idées nouvelles, d’anciens gardes du corps, d’anciens mousquetaires, éloignés du service par la persécution du serment, furent inscrits sur les cadres de la légion constitutionnelle, et la reine, au milieu de ces braves restés fidèles, put se convaincre, en versant des larmes et en serrant la main de leur vénérable chef, que tous les cœurs ne lui étaient pas fermés. Si son titre de gentilhomme avait déjà rendu le duc de Brissac suspect à la Révolution, son attitude respectueuse envers la famille royale acheva de le perdre. En effet, l’organisation de la légion n’était pas complète que les jacobins la firent licencier, sous prétexte de son peu d’attachement à la constitution. En même temps, Brissac fut décrété d’accusation. Tout baigné des pleurs de Louis XVI, on le transféra à Orléans. Il fut ensuite ramené à Paris, puis conduit le 9 septembre suivant à Versailles où le peuple le massacra au moment où les voitures qui transportaient les prisonniers arrivaient dans la cour de l’Orangerie. Brissac était vigoureux et plein d’énergie. Il opposa à ses bourreaux une résistance désespérée et ne cessa de disputer sa vie que, lorsque blessé mortellement d'un coup de sabre qui lui abattit la mâchoire et lui ouvrit la gorge, il n’offrit plus, même aux yeux de ces cannibales, qu’un objet d’horreur et de pitié. La duchesse de Cossé-Brissac survécut à son mari et eut le bonheur d’échapper aux horreurs de la révolution. Elle est morte le 2 février 1818.
Le château n’eut pas énormément à souffrir des excès de la Révolution; il fut visité par des bandes qui mutilèrent des statues du parc, mais le château lui-même fut relativement respecté. Nous avons trouvé dans les archives des musées du Louvre le procès-verbal d’une visite faite pendant la période révolutionnaire par le citoyen Duplessis; cette pièce nous montre assez bien la situation du château pendant ces temps troublés: "Le 14 frimaire, l’an V de la République une et indivisible, le citoyen Duplessis, directeur du Conservatoire des arts de Seine-et-Oise, accompagné du citoyen Fayolle, chargé du rassemblement des objets de science, et du citoyen Damorin du Muséum, ayant sur le passage, en retour de Montfort, la maison de Pontchartrain dans laquelle il était à leur connaissance qu’un grand nombre d’objets pour les sciences et les arts y avaient été annotés, ayant invité le président de l'administration municipale du canton de Nauphle, chef-lieu de Pontchartrain à se trouver audit lieu pour assister à la visite qu’ils désiraient faire, lesdits commissaires s’y sont rendus à une heure et y ont trouvé le citoyen Piot, administrateur de la municipalité dudit canton de Nauphle, qui a requis la citoyenne Maulvault, concierge et gardienne de ladite maison, de faire l’ouverture des appartements. Les commissaires introduits, ils ont eu la satisfaction de reconnaître la totalité du mobilier de cette maison dans le plus grand ordre, en bon état et d’une grande propreté, ainsi que le bibliothèque. C’est un témoignage qu’ils se plaisent à rendre à la citoyenne Maulvault, en l’engageant ainsi que son mari à apporter le même surveillance pour l’avenir".
"De suite les commissaires se sont fait conduire dans le parc pour examiner les différentes statues tant en marbre qu’en pierre dont la plus grande partie sont mutilées à l’exception d'une statue moderne représentant un Ganimède groupé avec l’aigle de Jupiter sur son piédestal en marbre blanc d’une très bonne architecture et très bien conservée. La citoyenne Maulvaut observe que les mutilations des statues ont été faites dans les premiers temps de la Révolution par des vandalistes étrangers au canton. De tout ce que dessus il a été dressé procès-verbal double entre nous pour être remis au citoyen Piot qui en fera le dépôt aux archives de l’administration du canton de Nauphle. Et ont signé avec le citoyen Piot, la citoyenne Maulvault, ledit jour et an que de l’autre part. Signé : Piot, Maulvault, Duplessis directeur, Fayolle, Damarin ". Madame la duchesse de Brissac était-elle alors en émigration? Nous ne saurions l’affirmer. Quoi qu’il en soit, le château ne fut point vendu nationalement, car sa propriétaire le céda elle-même le 28 germinal an IX à Claude-Xavier Corvillon Destillières, fermier général, moyennant le prix énorme pour l’époque, de un million six cent mille francs. M. Destillières mourut à Paris le 23 mai 1814. Il laissait une fille Marie-Angélique-Aimée, mariée à Charles-Eustache-Gabriel marquis d’Osmond. Elle recueillit le château de Ponchartrain dans la succession de son père. La famille d’Osmond, ancienne et illustre de la province de Normandie, était représentée avec la plus grande distinction par trois frères sous la Restauration: 1° René-Eustache marquis d’Osmond, colonel en second du régiment d’Orléans en 1776. Il émigra en Italie et refusa plus tard toutes les offres de Napoléon. Sa fidélité à nos princes fut récompensée royalement par Louis XVIII qui le nomma lieutenant général en 1814, puis pair de France et ambassadeur à Londres où il épousa une Anglaise, Eléonore Dillon, qui fut, après son mariage, dame d’hon neur de la princesse Adélaïde, fille de Louis XV. Il mourut à Paris en 1838.
2° Antoine-Eustache, né en 1734, était évêque de Nancy en 1801 et archevêque de Florence en 1810. 3° Marie-Joseph-Eustache d’Osmond, né le 6 mai 1736, fut promu lieutenant général en 1814; il est mort au château de Pontchartrain chez son neveu, en 1834. Le propriétaire de Pontchartrain était le fils du marquis d’Osmond, ambassadeur à Londres, et d’Eléonore Dillon; il a eu un fils et une fille; le fils a épousé Mlle Marie de Maleyssie, et sa fille est Mme la duchesse de Maillé. La marquise d’Osmond, née Destillières, est décédée à Paris le 2 avril 1853, et lors du partage de sa succession le château de Pontchartrain fut attribué à son mari Charles-Eustache-Gabriel marquis d’Osmond, Chevalier de l’ordre royal et militaire de Saint Louis, officier de la Légion d’honneur, etc... Le marquis d’Osmond vendit, le 4juin 1857, ce château qui, depuis la mort de sa femme, ne lui rappelait plus que de douloureux souvenirs. Le vieux chancelier de Pontchartrain dut en tressaillir dans son cercueil blasonné; celle qui devenait, selon la formule féodale, dame seigneuresse de ses domaines, celle qui, la cravache à la main, faisait irruption dans la cour d’honneur de son château, de ce château encore tout rempli du souvenir de ses vertus, était Mme de Païva! On ne connaît pas le lieu de naissance de cette vierge folle qui, de la condition la plus infime, est arrivée de métamorphoses en métamorphoses à réaliser une immense fortune et à devenir l’Egérie légitime d’un grand seigneur allemand, proconsul de l'Alsace-Lorraine. Devenir, après une pareille vie, la gouvernante de deux filles de France, voilà, à coup sûr, une fortune imprévue et bien faite pour stupéfier même des Parisiens. Rien de ce qui la concerne ne paraissant désormais impossible, un jour viendra peut-être où, en raison de son odyssée, sept villes allemandes revendiqueront l’honneur de lui avoir donné le jour.
Blanche-Thérèse-Pauline Lachmann épousait, en 1836, en justes noces, à Moscou, un bonhomme de tailleur du nom de François Villoing qui, dans son empressement de nouvel époux, commit l’imprudence de la rendre mère, infligeant ainsi à cette pauvre femme des devoirs bien au-dessus de son courage. Ces choses-là ne se pardonnent pas; on le lui fit bien voir. Campant là un jour le père et l’enfant qui se portaient médiocrement, elle partit résolument à la conquête du monde. Paris fut naturellement sa première étape, elle n’y trouva que des déboires et faillit même y mourir de détresse. Elle se dédommagea singulièrement à Londres où, sous la direction d’une matrone intelligente et expérimentée, elle trouva un jour, raconte son biographe avec enthousiasme, dix fortunes à ses pieds! De force à les soulever toutes, elle les apporta même à Paris où devait commencer le genre de vie qui lui a valu une célébrité si peu enviable. Le tailleur Villoing, toujours débonnaire, étant mort fort à propos, elle se donna le luxe d’épouser le marquis Albino Francesco de Païva-Araujo et, pour que rien ne manquât à sa gloire, elle acquit le château et la terre de Pontchartrain le 4 juin 1857 moyennant un million sept cent mille francs. Un mariage, qui n’était contracté que par intérêt d’un côté et par sottise de l’autre, ne pouvait donner d’excellents fruits. Païva eut le sort de Villoing et ne mourut pas, dit-on, beaucoup plus riche. Mme de Païva a beaucoup habité Pontchartrain et, en 1883 encore, malgré ses soixante-onze ans, on la voyait chaque jour dans ses terres faisant sa promenade à cheval, et quiconque la rencontrait ne pouvait s’empêcher de lui décerner mentalement cette épitaphe: "Qu’elle a dû être belle!" En effet, sa beauté avait été rayonnante. Elle est morte le 21 janvier 1884 au château de Nendeck, province de Silésie, instituant, pour son légataire universel, le richissime comte Guido Henckel de Donnersmarck, son mari. Le comte de Donnersmarck et sa femme, Catherine de Slepzoff, ont vendu le château de Pontchartrain et les terres qui l'entourent le 27 octobre 1888 à M. Auguste Dreyfus, banquier à Paris, et son épouse la Marquise de Villahermosa, pour 2,300,000 francs. La superficie totale de cette seigneuriale propriété est, au juste, de huit cent neuf hectares. Fontaine-le-Comte (Vienne), Août 1888, Taveau de Lavigerie. (1)

Éléments protégés MH: la grille d'entrée ; les façades et les toitures du château et des communs ; la grande galerie et le salon à plan tréflé avec leur décor dans l'aile basse à gauche et dans le pavillon qui la prolonge ; l'ancien parc ordonnancé : classement par arrêté du 14 décembre 1979. (2)

château de Pontchartrain 78760 Jouars-Pontchartrain. A la mort de la Marquise, le château est vendu en 1934 à la famille Lagasse. Aujourd'hui propriété d'une société, visite des extérieurs uniquement.

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(1)        Châteaux et châtelains. Le Château de Pontchartrain. Bon Olivier de Lavigerie (août 1888.) Éditeur Bourloton (Paris) 1889.
(2)
          source :  https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/

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