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Logis de  Curac (Charente)
 
 

 Le plus ancien seigneur de Curac qui nous soit connu est sans doute Adémar qui, en 1075, fait une dotation à l'abbaye de Baignes, don qui sera d'ailleurs contesté après sa mort par Raymond de Curac et ses frères, vraisemblablement héritiers d'Adémar. A l'époque, il est d'usage pour les seigneurs de faire ainsi, des dons de terres, vignes ou métairies, pour le repos de leur âme ou celles de leurs parents décédés. En 1539, le seigneur de Curac se nomme Guy d'Angoulême. Il possède de nombreux domaines et propriétés à titre de rente, non seulement dans la paroisse de Curac mais aussi dans Brie, Bardenac, Saint Laurent des Combes, Montboyer etc. Son fils Lancelot, puis ses descendants sont seigneurs de Curac jusqu'à la fin du XVIIe siècle. C'est Marie Sylvie, fille de Charles d'Angoulême et Charlotte de la Meusnière, qui continue la lignée. Née en 1669, elle épouse Gaston du Cladier, écuyer, né en 1667 à la Faurie, paroisse de Rioux Martin. Le couple fréquente la petite cour de la princesse de Chalais. Jean Charles Talleyrand de Périgord, prince de Chalais, donne à Gaston de Cladier "plein pouvoir et puissance" pour faire procéder aux arpentements et vérifications des prises au-dedans des paroisses de Rioux-Martin, Yviers, Sérignac, Saint Christophe, Sauvignac, Révignac et Melac. Un frère de Gaston, Jean du Cladier est capitaine au régiment de Charost. Le 8 janvier 1712, il est à Curac et emprunte à Michel Fouyne, marchand de Curac, cent trente deux livres tant en blé, "pesilles", fèves, que en argent comptant pour "faire recrues pour se soubtenir dans sa compagnie". Gaston du Cladier et Marie-Sylvie, son épouse, auront onze enfants dont neuf garçons baptisés à Rioux-Martin, Curac et Chalais. L'aîné, Jean, épousera à Ruelle, le 20 juillet 1717, Damoiselle Marie de Livenne de Verdille, demeurant à Chalais. Des sept garçons issus de ce mariage, nés de 1718 à 1728, aucun n'est resté à Curac. Il semble que vers le milieu du XVIIIe siècle, la famille de Cladier ait quitté cette paroisse.

En fait, depuis 1746, dame Marie de Livenne est séparée de biens avec son mari. Voulant éviter la dilapidation de leurs domaines, celui-ci ayant opéré de nombreuses ventes et modération de rentes sur les terres de Curac, pour payer les dettes qu'il a contractées envers sa femme, Jean de Cladier lui délaisse en 1749, les fruits et revenus sur ses biens de Curac et en 1750 les meubles et effets qui se trouvent dans le logis. Lui-même demeure au logis de la Cour à Villejésus. Sans doute, Marie de Livenne continuera d'habiter à Curac, car elle y décède en 1755. En 1760, son mari est toujours en vie. Ses enfants (il reste trois garçons) afferment à Pierre Fillastreau, laboureur, "les domaines et dépendances du fief de Curac". Ils lui vendent aussi quelques pièces de terre. Puis en 1765, les mêmes biens sont affermés à sieur Joseph Nicolas Pierrat, négociant, habitant le Begaud dans Sainte Marie. Un procès-verbal du logis est dressé le 9 novembre 1765. Le corps de logis comprend une salle au rez-de-chaussée et une chambre noire, deux chambres hautes dont le plafond a été enlevé, planches et soliveaux. Il ne reste qu'une poutre dans l'une d'elle. Dans la troisième chambre haute on a enlevé un soliveau sur deux. Il y avait deux "tourasses", une de chaque côté du logis, l'une est en partie démolie. Le jardin est entouré de murs dont la majeure partie est en ruine. La fuie est également en mauvais état. Elle était couverte de tuiles plates et blanchie du haut en bas en dehors et en dedans. Vers 1780, c'est la famille Filastreau qui habite le logis. Ensuite ce sont des Faure, par mariage.

Contrairement à la plupart des logis qui sont isolés dans la campagne, le logis de Curac est situé dans le bourg, près de l'église. Le corps d'habitation rectangulaire à un étage occupe le côté sud d'une cour fermée limitée à l'est par le bâtiment des communs perpendiculaire au logis principal. On accède à la cour par un portail surmonté de mâchicoulis. Porte cochère et porte piétonne sont à plein cintre; on a utilisé des pierres appareillées en grison pour la base et calcaire pour l'arc. Sur la façade nord, on peut voir à l'étage, une belle fenêtre à meneaux. Au sud, s'ouvrent de hautes fenêtres dont l'appui mouluré est en saillie sur le mur. Trois meurtrières horizontales, analogues à celles de la maison de Beaudry à Bardenac, sont encore visibles sur les murs sud et est. à l'ouest, le mur extérieur a conservé les imposants jambages de ce qui a dû être une belle cheminée et les restes du manteau mouluré; preuve que le bâtiment se prolongeait de ce côté et formait probablement un ensemble avec la construction voisine qui fut le presbytère. Les murs sont très épais (80 cm à 1 m). Dans l'embrasure des fenêtres, des sièges sont aménagés dans l'épaisseur du mur et l'étage noble est doté d'une magnifique cheminée à manteau droit mouluré. Le toit a été refait mais a conservé sa corniche rustique de pierre calcaire taillée. (1)

logis de Curac 16210 Curac, propriété privée, ne se visite pas, visible près de l'église.


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source de la photo par satellite: https://www.google.fr/maps

 
 


(1)
      Extrait de châteaux, logis et demeures anciennes de la Charente : Jean-Paul Gaillard, Librairie Bruno Sepulchre 1993

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