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Dans le Bas-Léon, livré aux vents
d'Ouest, les rives de l’Aber-Ildut apparaissent comme un endroit privilégié,
une sorte d’oasis de fraîcheur où la mer a des langueurs d’océanide heureuse
et où sont venus se blottir quelques manoirs et châteaux aux murs riches
d'histoire et de légendes, comme Bel-Air, Brescanvel, Kéroulas… Franchie la
porte monumentale, une floraison de primevères crémeuses vous escorte tout
au long de l’allée, jadis plantée d’arbres et qui vous mène au château. Sur
la gauche, vous découvrez, tout d’abord, ce qui reste d’un parc qui a dû
être magnifique avec ses magnolias et ses camélias arborescents. Une tour
d’angle dont le casque d’ardoises est défaillant et voici le manoir. À
droite, la chapelle, de plan rectangulaire avec chevet à trois pans et dont
la porte donnant sur l’extérieur a été condamnée. Chaque mois de mai, on y
célèbre le mois de Marie. Franchissons la grille et nous voici dans la vaste
cour où trône un vieux puits devenu inutile. Sur la droite, les jardins
descendent en pente douce vers la coulée de l’Aber-Ildut où vous découvrez
les ruines d’un vieux moulin. Il a fière allure dans sa sobriété, le
château, en belles pierres appareillées, avec ses hautes cheminées, ses
lucarnes au fronton arrondi. En 1393, Hervé de Kéroulas, qui blasonne "fascé
de six pièces d’argent et d’azur" (comme les Penancoët) et a comme devise
"En Dieu mon cœur", épouse Catherine de Kergadiou. Son fils Jean s’unit à
Anne de Chastel et leur descendant direct, Hervé, s’allie en premières noces
à Marie de Guengat d’où naît au moins un garçon, Hervé, lui aussi, lequel,
en 1514, devient l’époux de Catherine de Mesgouez, et en secondes noces, de
Marguerite Touronce qui lui donne un héritier, Jean.
Laissons cette dernière branche pour nous intéresser à la première où nous
trouvons deux fils, Tanguy, sieur de Quélennec et Jean, sieur de
Kerbrandeleuc, issus du mariage d'Hervé avec Catherine de Mesgouez. Tanguy,
qui fut excusé à la montre de l’évêché de Léon, en 1534, pour "estre tombé
en maladie venant aux dites monstres", Tanguy, donc, de son épouse Louise de
Kermellec eut trois fils, François, qui s’allia à Catherine de Lannuzouarn,
veuve en 1565 et éleva sa fille Marie qui s’unit, plus tard, à François du
Châtel, sieur de Mesle, dont le gisant se trouve au Musée de Quimper, Hervé
et Yves, sieur du Quélennec auquel Jeanne de Kergoët donna un fils, Jean.
Revenons maintenant à la descendance de Jean, sieur de Kerbrandeleuc: deux
fils, François, qui épouse Magdeleine Lancelin et Louis, sieur de Melen qui
convole avec Jeanne Le Roux. François eut au moins cinq enfants: René, qui
s’unit, en 1640, à Marie de Penfeunteniou, François, recteur de Larret, en
1664, Hyérosme, Marguerite et Louis. En 1636, le manoir appartient à
François de Kéroulas, fils de Jean nommé ci-dessus et en 1673, à Guillaume
dit sieur de Touronce, de Quélennec et de Messelou. Il assiste en la
chapelle du manoir à la bénédiction par le recteur de Guipavas, l’abbé Le
Drénec, des mariages de Marie-Corentine de Kéroulas avec François de Kerléan,
de Kerhuon, et de sa sœur cadette avec Alain Huon, sieur de Kerliézec, en
Dirinon. A la suite d’un autre mariage célébré dans la même chapelle, en
1707, par messire de Kersaintgilly, recteur de Plouvien, celui de Catherine
de Kéroulas, fille d'Olivier et de Marie de Lanéliau, avec Alain Le Borgne
de Coëtivy, fils de Gilone, conseiller du Roi, premier magistrat du Léon,
sénéchal de Lesneven, le manoir passe à cette dernière famille. Leur fils,
Olivier, est, en 1748, propriétaire du Boïsriou de Coëtivy, entre
Bourg-Blanc et Milizac, et dont rien ne subsiste.
La Révolution passa, et, en 1795, Madame Le Borgne de Coëtivy, veuve, avait
deux fils. L’un, Nicolas, s'installa à Kéroulas où il mourut en 1845.
L’autre résidera au Boisriou. Quant à Coëtivy, il fut vendu et désormais,
les deux frères porteront le nom de Le Borgne de Kéroulas et Le Borgne de
Boisriou. Le premier resta célibataire et du mariage du second avec
Emmanuelle Guillotou de Kerever naquirent Nathalie et Henri qui se marièrent
en 1859. Nathalie vint vivre à Kéroulas, de 1845 à la mort de son oncle
jusqu’à son décès en 1890. A ce moment-là, les terres de Kéroulas revinrent
à son frère Henri, qui, à son décès, les laissa à sa fille Louise, épouse du
Vicomte François de Lorgeril, depuis 1884. Le Vicomte Francois-Alphonse de
Lorgeril, né à Ecoufflant, le 22 septembre 1856, s’était marié au château de
Boisriou en Trévou-Tréguinec. Naquirent de cette union le Vicomte
Yves-Emmanuel-Marie; le Vicomte Guy-Charles-Henri, né au Boisriou, le 11
juin 1886; le Vicomte Pierre-Charles, né aussi au Boisriou, le 20 février
1889 et mort pour la France en 1918; Hubert-Yves-Marie, né au Boisriou, le
31 décembre 1891; Joseph, né au Boiïsriou, le 30 mars 1902;
Françoise-Emmanuelle, née au Boisriou, le 3 juin 1890; Marguerite-Anne, née
au Boisriou, le 31 janvier 1895. Joseph vivait à Kéroulas. Il y mourut le
1er mai 1968. Seuls subsistent, de cette lignée, Guy et Marguerite, laquelle
réside toujours à Kéroulas. L'ancien manoir aurait été détruit pendant les
guerres de la Ligue et reconstruit au XVIIe siècle, tel qu’il nous apparaît
aujourd’hui, avec sa chapelle. (1)
manoir de Keroulas 29810 Brélès, propriété privée, ne se visite pas.
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