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Manoir du Moros
 
 

 Situé dans l’ancienne commune de Lanriec, aujourd’hui rattachée à Concarneau, ce manoir a un vocable qui a excité la curiosité de bien des historiens locaux. De Moros, et on disait naguère les Moros, à Maures, il n’y avait qu’un pas à franchir, et il le fut d’autant plus facilement qu’il arrivait aux Nord-Africains d’aborder assez souvent la côte cornouaillaise. C’est ainsi que le 26 mai 1686, un navire algérien s’échouait sur les rochers de Névez. Des ordres impérieux furent donnés par le ministre Seignelay (28 juillet 1686) pour que les marins turcs et les esclaves embarqués à bord fussent bien logés et bien nourris, à raison de 7 à 8 sols par jour. Avec beaucoup d’égards, on les conduisit ensuite jusqu’à Marseille. Mais de telles visites ou de tels séjours suffisent-ils à expliquer l’origine des Moros? Et le manoir ne doit-il pas plutôt son nom à la rivière du même nom? À moins que ce soit la gentilhommière qui ait prêté le sien au cours d’eau? Dans la notice sur les paroisses, les chanoines Abgrall et Peyron signalent que le Moros appartenait, en 1477, à Yves de Tréanna, d’une famille originaire d’Elliant, capitaine de Concarneau, lequel participa à la bataille de Formigny, en 1450. En 1497, il est toujours dans la même famille qui blasonne "d’argent à la mâcle d’azur", en la personne de Jeanne de Ploeuc, veuve de Charles de Tréanna, tutrice de son fils Jean, héritier d’Yvon de Tréanna. Il en est de même en 1540, où Jean de Tréanna, époux de Jeanne de Penmorvan, possédait, en plus du Moros, le manoir de Tréanna en Elliant et celui de Kéranmel en Ergué-Gabéric. Et François de Tréanna, qui commandait pendant la guerre de succession d’Espagne (1702-1713) la frégate corsaire La Capricieuse, ne venait-il pas mouiller dans le port de Concarneau, à deux pas de la tourelle du Moros?
En 1635, surplombé de cette même tourelle à créneaux, le manoir appartenait à Augustin de Beaulieu, capitaine de vaisseau, homme de confiance de Richelieu et qui lavait acheté moyennant 16.441 livres 13 sols 4 deniers à Margueri Pégasse, demeurant à Quimperlé, lequel le tenait lui-même de Sébastien, marquis de Rosmadec. A son décès, en 1637, il passa par héritage à son frère David qui le posséda jusqu’en 1651. Comment Duquesne découvrit-il l’heureux pays de Concarneau? Peut-être est-ce au cours des missions qu’il eut à remplir sur les côtes bretonnes en 1648 et 1649? En tous cas, c’est l’année de sa victoire sur les Anglais venus au secours de Bordeaux, révolté contre le Roi, que Duquesne acheta le Moros. Il venait alors d’épouser Gabrielle de Bernière et était dans la force de l’âge. Ce Dieppois, né en 1610, n’était guère alors argenté, car sur les 16.000 livres, valeur du manoir, et des dépendances, dont deux moulins, il ne paie que la moitié comptant et le reste l’année suivante. En fait, il doit emprunter pour régler cette seconde partie, et vingt ans plus tard, Duquesne et le précédent propriétaire sont toujours en différend. Mais il faut dire, à sa décharge, qu’il avait, en 1651, armé à ses frais, l’escadre qui devait battre les Anglais. Pour le récompenser, la régente Anne d'Autriche, lui avait fait don du château d’Indret, sur une île de la Basse-Loire et l’avait nommé chef d’escadre. Duquesne et sa jeune épouse, elle devait avoir seize ou dix-sept ans au moment de leur mariage, s'installent au Moros. Par deux fois, au moins, on relève son nom comme marraine dans les archives concarnoises; le 30 mai 1666, par procuration, puis le 5 septembre 1666, date à laquelle elle a comme compère Jean de Châteauneuf, capitaine de Champagne, commandant de Concarneau.
Duquesne, qui avait pour armes "d’argent au lion de sable", séjournera une dizaine d’années au Moros, d’une façon épisodique. Car, même s’il était devenu propriétaire terrien, il n'avait pas pour autant rompu avec la mer, et avec son frère Jacob, capitaine de vaisseau, qui devait mourir au Moros en 1660. Duquesne quittera les Moros pour sa propriété du Boichet, près d'Etampes, achetée grâce aux largesses royales. Lorsqu'il mourut, en 1688, ses deux fils aînés avaient émigré à la suite de la Révocation de l’Edit de Nantes. Le dernier fils, Isaac, mousquetaire du Roi, s’était soumis, lui, et installé au Moros où, en bon célibataire, il avait confié les soins de sa maison à une Morlaisienne, demoiselle Léonore Richard, qu’il coucha sur son testament pour une somme de 3.000 livres. En 1715, Isaac est toujours au Moros. Il possède en plus Kervichart, terre à laquelle était attaché le nom de Kervéguen et que lui avait léguée son père. C’est à Versailles cependant qu’il acheva ses jours en 1745. Mais le Moros fut vendu, dès 1739, à la famille du Perrier de Salvert qui le possédera jusqu’à la Révolution. Belle figure de marin Antoine-Alexis du Perrier de Salvert aimait, entre deux sorties en mer, à venir se reposer au Moros, se promenant dans la campagne, s’arrêtant au moulin que tenait, en 1770, Jérôme Ollivier. Antoine-Alexis du Perrier de Salvert commandant de l’ordre de Saint-Louis, devait mourir à Versailles le 6 février 1757. De son union avec Angélique-Rosalie de Laduz, décédée le 16 juin 1786, il avait eu deux fils, François, l’aîné, frappé d'interdiction, et Eléonor-Jacques-Marie-Stanislas Perrier, chevalier, enseigne de vaisseau, qui épousa Pauline Bigot de Morogues, fille de Sébastien, lieutenant général des armées navales. Mais c’est à un troisième fils, Louis-Alexis, que revint le Moros à la mort de son père. À la Révolution, celui-ci émigra et le château fut vendu comme bien national, le 9 vendémiaire an IV, à Louis-Marie Binard, fils cadet et Jean-Maurice Pouliquen, négociant à Brest et futur maire de cette cité.
La vente portait sur "la terre du Grand Moros, le manoir principal et terres dépendants, tenues actuellement par Alain Martin, ainsi que trente-neuf journaux, seize cordes de bois futayes et six journaux trois-quarts bois taillis". Sous la Restauration, le manoir est aux mains de M. Morel, ancien directeur général du service des vivres avant d’échoir au Baron Penguilly l’Haridon, qui fut intendant de l’armée. M. le Comte de Chauveau, membre fondateur de la Société Archéologique du Finistère, conseiller général de Concarneau, avait épousé la Princesse Zénaïde Narischkine, veuve d’un neveu du Tsar, le prince Boris Youssoupoff. Propriétaire du château de Kériolet, en Beuzec-Conq, il acheta, vers 1870, le manoir du Moros, en Lanriec. Le 31 octobre 1889, le comte de Chauveau, âgé de soixante et un ans, décédait à Kériolet. Son acte de décès dit qu’il était né à Paris le 29 janvier 1829 et qu’il était fils de Louis-Charles de Chauveau et de Marie-Marguerite Jonette. Quatre ans plus tard, la princesse décédait à son tour et pendant que le département du Finistère prenait possession du château de Kériolet, le Moros changeait de propriétaire, lequel profitait des modifications et améliorations apportées au manoir et à ses alentours par M. de Chauveau. Grâce à ce dernier, le souvenir d'Abraham Duquesne n’est pas près de s’éteindre au pays de Concarneau. Une statue en pied représente celui qui présida pendant quelque temps aux destinées du port de Brest. Le bras tendu vers le bassin de Concarneau, peut-être annonce-t-il le départ, toutes voiles dehors, du Neptune filant à la conquête du "fabuleux métal". (1)

manoir du Moros 29900 Concarneau, propriété privée, ouverte aux journées du patrimoine.

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(1)
   Source : Manoirs de Basse-Bretagne par Alain Le Grand et Georges-Michel Thomas, Editions de la Cité Brest, 1973.

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