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On arrive a ce
gentil manoir par la route de Ti Mamm Doue, vocable d’une très belle
chapelle, et son prolongement, la route de Plogonnec. Le coeur de la cité de
Gradlon est à trois kilomètres d’ici et a Kerlividic on sent battre le pouls
de la vie rurale. Kerlividic est une construction haute d’un étage dont la
façade s’agrémente d’une porte en archivolte et de fenêtres en accolade. La
belle saison y accroche une glycine et des clématites bleues et roses. Sur
la chevronnière, un chien de pierre, découvert récemment au lieu de
Kergariou, monte une garde inutile. La chapelle est convertie en pavillon.
Une fontaine sourd dans le mur de clôture et la porte voûtée qui permettait
d’aller y puiser de l’eau a été murée, formant aujourd’hui une niche.
Kerlividic, ancien manoir noble, est à la fin du XVe et au XVIe siècle, à la
famille de Coétanezre. Mais, le 19 février 1693, il passe en des mains
roturieres. Hyacinthe de L’Honoré, qui habite son manoir de La Villeneuve en
Plomeur, le vend à Maitre Francois Le Coq, sieur de La Touche, époux de
Marie Hervieu, Procureur au siège présidial de Quimper. Le sieur de La
Touche décède, subitement ou presque, le 11 août 1724. Quand Henry Guyomar,
Commis au Greffe de la Cour et Juridiction des Reguaires, vient apposer les
scellés, la dame du lieu lui déclare que le défunt "lui a toujours caché ses
affaires". Le manoir et les terres de Kerlividic sont achetés, en 1730, par
René-Corentin Hervieu, avocat, habitant Quimper. Il a acquis, en 1710, de
Catherine Le Guern, veuve de Louis Tanniou, sieur de Rosanduc, l'office de
Conseiller du Roi en la Sénéchaussée et siége présidial de Quimper.
Les Hervieu sont originaires de Normandie. Ils prétendent avoir été déclarés
nobles par l’arrêt du 28 mars 1669 et s’être distingués "dans l'épée et dans
l'église'. Ils citent un Hervieu, évêque de Perpignan en 1717. René-Corentin
Hervieu, doyen des juges, conseillers et magistrats du siège présidial de
Quimper, cède sa charge, en 1737, à Charles Le Dall de Keréon. Ses vingt-six
années de services bons et loyaux et de zèle lui valent d’être nommé, par
lettres patentes du Roi, Conseiller honoraire. Il a sa résidence principale
rue Kéréon en la ville close de Quimper et loue, en 1741, les terres de
Kerlividic, la métairie, et la ferme de Kergogne, à Pierre Diverrès, pour la
somme de 300 livres. René Corentin a épousé, en 1701, Marie Billoart, dame
de Kermenguy, en Plozévet, et, après le décès de celle-ci, demoiselle
Bonnaventure du Ménez du Pérennou. Il meurt en 1757. De son premier mariage,
il eut deux enfants, Marie-Françoise, dame Huo, et Marie-Anne, dame Briant
du Stang. Marie-Françoise a elle-même deux filles, Anne-Renée Huo, épouse de
Charles-Marie Le Baron, sieur de Boisjaffray, et Guillemette Huo, épouse de
René Audouin, sieur de Restinois. Marie-Anne n’a qu’une fille,
Catherine-Louis Briant du Stang, épouse de Simon-Bernard Joly de Rosgrand.
Le manoir et la terre de Kerlividic restent à Anne-Renée Huo, dame de
Boisjaffray, parce qu’ils lui conviennent, dit-on, pour en faire sa
résidence à Quimper. Son mari, Charles-Marie Le Baron de Boisjaffray,
écuyer, est Procureur du Roi de la Maréchaussée de Quimper. Les Boisjaffray
ont été déboutés à la Réformation de la noblesse en 1670.
Les époux Boisjaffray, qui disparaîtront à un an d'intervalle, le mari en
1785, la femme en 1786, ont eu dix enfants entre 1754 et 1765. Nous n’en
retrouvons que trois, Charles, Julie et Hélène-Julienne, la mortalité
infantile étant importante à l’époque. Charles, né en 1756 à Quimper, avocat
et géomètre, épouse Jeanne-Catherine Huo de Querrio, originaire d’Hennebont.
Julie, née en 1763 à Quimper, s’unit sur le tard à François Valentin,
peintre d’histoire, qui, remarqué dès son jeune âge, a été à Paris l’élève
de Vien. Hélène-Julienne, née en 1765, s’est mariée avec Ollivier Perrin
qui, lui aussi, a fait son apprentissage à Paris dans l’atelier de Doyen.
Perrin a pu croquer sur le vif les scènes autour de Kerlividic, résidence
campagnarde de sa belle-famille. Ainsi donc, ce manoir, simple nom sur la
carte d'état-major, a donné asile à deux artistes de talent. Le citoyen
Boisjaffray, cultivateur de circonstance, à Kerlividic, a été élu membre du
Directoire départemental. Mais, en 1792, il signe, avec ses collègues qui
réprouvent les excès de la Révolution, une lettre adressée aux députés et
dans laquelle, s’agissant de Marat, Robespierre et Danton, il est dit
"Chassez-les, vous n’avez rien de commun avec eux, vous ne pouvez respirer
le même air que ces scélérats". Taxés de fédéralisme, les administrateurs
sont par la suite décrétés d’arrestation par la Convention. Boisjaffray est
à Paris où il se présente au Comité de Salut Public. Celui-ci décide de le
laisser provisoirement en liberté, lui sauvant ainsi la vie, car, dans le
Finistère, le Tribunal prononce vingt-six condamnations à mort contre des
administrateurs anti-jacobins. On attend sans aucun doute son retour pour le
juger, mais il se garde de rentrer et ne reparaît à Kerlividic qu'après
thermidor.
Un autre personnage se manifeste dans les environs après la Terreur; c’est
Marie-Pélagie Aléno de Saint-Alouarn, soixante ans, qui sort de la prison de
Kernisy. Aristocrate turbulente, Marie-Pélagie a sommé, en 1796, le
percepteur de Guengat de ne plus s'intéresser à ses vassaux, terme qu'il lui
plait encore d'employer. Les Boisjaffray ne sont pas totalement les maîtres
autour du manoir, puisque la demoiselle de Saint-Alouarn a deux fermiers à
Kerlividic, Jean Valler et Joseph Quintin, à qui elle conseille
énergiquement de ne pas payer l'impôt foncier, lequel servirait, dit-elle, à
financer la guerre faite à la religion et à son Roi. Charles Le Baron de
Boisjaffray est fédéraliste comme son beau-frère Perrin, et il échappe
d’ailleurs de peu à la guillotine. Tous ces Boisjaffray, ainsi que Francois
Valentin et Ollivier Perrin, reposent côte à côte dans l’ancien cimetière de
Kerfeunteun où leurs sépultures ont été conservées, à droite et à gauche de
l’entrée de l’église. Plusieurs, parmi les chefs de famille, ont vécu leurs
derniers moments à Kerlividic. Jean-Julien n'ayant pas d’héritier direct, le
manoir de Kerlividic revient à sa sœur, Julie-Françoise-Catherine Le Baron
de Boisjaffray, en religion sœur Saint-Charles. Une autre parente, la
Marquise de Boquestant, en a l’usufruit. Mais la métairie de Kergogne
appartient à Marie-Madeleine de Pascal, épouse du sieur Placide Magré,
demeurant à Quimper. À la mort de la religieuse, en 1871, la propriété est
acquise par Paul Humphry, époux de Mme Marie Glotin, d’une famille établie à
Auray. Décédé en 1881 à Quimper, il fut inhumé dans la sépulture des
Boisjaffray, sous le nom de Humphry du Clos. Le manoir passa ensuite au
sieur Maurice-Luc Pirmet, gentleman-farmer. Célibataire, il n’avait aucun
souci de l’avenir et aimait assez le jeu. Il vendit Kirlividic, en 1912, à
André Alavoine, avoué à Quimper, époux de Mme Marie-Eugénie-Floriante Michon.
M. Alavoine n’occupait pas non plus le manoir, dont il avait de nouveau
rassemblé les terres, Kerlividic et Kergogne. Le manoir et les terres de
Kerlividic furent achetés en 1932, après le décès de M. Alavoine, survenu
quelques années auparavant, par M. et Mme Coadou, cultivateurs. Il
appartient aujourd’hui à un antiquaire quimpérois. (1)
manoir de Kerlividic, 20 chemin de Kerlividic, 29000 Kerfeunteun,
propriété privée, ne se visite pas.
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