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Sur le
territoire de la Forêt-Fouesnant, on comptait, en 1350, six manoirs, ceux de
Kergantel, de Brangoulou, de Kerhuquel, du Quenquis, de Kercaradec et de
Kermenguy. Quatre siècles plus tard, ils avaient disparu. Mais ceux du
Mesmeur et du Stang avaient pris la relève. Bien curieuse gentilhommière que
le manoir du Stang avec ses jardins où l’été commençant allume géraniums et
sauges, avec son parc remarquable qui s’enorgueillit d’une Vierge de granit
du XVe siècle. Pour atteindre le manoir, une allée boisée vous mène à une
double porte coiffée d’un heaume d’ardoises. La porte piétonne n’a rien de
particulier, mais la cavalière, elle, est encadrée de contre-courbe
feuillagée et timbrée d’un écusson portant un aigle déployé, surmontée d’un
chef. Elle porte aussi un petit écusson aux armes des Guernisac "une fasce
chargée de trois molettes" qui se détache sur la façade du porche. Une des
ailes du manoir a été complètement restaurée en 1958, mais en respectant
scrupuleusement les données primitives. On y remarque également un écusson
daté de 1664 aux armes des familles Lagadec, Guernisac, Le Sénéchal,
Coatanmoal et Fouesnant. Au XIVe siècle, le manoir appartenait aux Artur,
puis passa aux Bourgneuf avant de devenir, par alliance, propriété des
Guernisac qui blasonnaient "d’or à la fasce de gueules chargée de trois
molettes d'argent". Au XVe siècle, le manoir est donc possession de la
famille Artur qui blasonne "d’azur au croissant d’or, surmonté de deux
étoiles de même". Jean Artur figure, en 1427, aux réformations de Fouesnant.
C’est sans doute lui qui fit partie de la garnison du Mont-Saint-Michel,
assiégée par les Anglais, la même année.
Le manoir passa ensuite aux Bourgneuf qui tirent peut-être leur nom du
manoir de Bourgneuf en Gouesnou. Un François de Bourgneuf, sieur de Kerjégu,
soutient un procès à Fouesnant en 1700 et Marie de Bourgneuf est dame du
prieuré de Locmaria à Quimper, en 1603. Par alliance, le manoir du Stang
passa aux Guernisac, dont l’ancêtre, Bernard, était dit sieur de Baud, en
1433. René de Guernisac, sieur du Stang, septième enfant de Christophe,
sieur de Kerham et de dame Juliette de Kersulguen, réside au manoir, heureux
de vivre dans ce pays où certains paient leur loyer annuel en apportant au
propriétaire une "ruche de cerises". En 1651, Olivier de Guernisac,
conseiller du Roi et procureur au siège royal de Concarneau, Rosporden et
Fouesnant, époux de dame Louise Droualen, y a également sa résidence. Trois
de ses enfants y naissent, Anne en octobre 1651, René en février 1654 et
Olivier en novembre 1654. Il semble avoir vécu en paix avec ses voisins. Il
n’en est pas de même de René de Guernisac, son fils, qui vivait toujours en
1693 et que l’on trouve fréquemment en procès. François de Guernisac, qui
mourut en 1731, laissait la tutelle de ses enfants à René-Marie Le Corre,
bailli du marquisat de La Roche et baronnie de Laz, arrondit
considérablement son domaine en héritant de Charles-Robert-Joachim de
Kermeno. En effet, à sa mort, son fils, Jean-Joseph-Pierre, est dit en 1765,
sieur de Kermenou, Kergouinou, Kerfourn, Kerourhant, La Motte Bohic, Plevern..
et baron de Goarlot. Cette famille y demeurera jusqu’à la fin du XVIIIe
siècle, puisqu’en 1780, nous notons que Marie-Françoise Eunezou de Kersalaün,
veuve de Jean-Joseph Eunezou de Kersalaün, qui mourut dans sa terre de
Combrit, âgé de quatre-vingt-seize ans, nous notons donc qu’elle consent un
bail pour la ferme du manoir. Son fils, Jean-Pierre-François, émigrera. En
1792, le Stang, bien national, est acheté par Girbon, de Quimper, lequel le
revend à Nicou en l’an V, pour la somme de 6.000 livres. Bertrand Nicou,
décédé en 1824, fit expertiser le manoir en 1796 et le bâtiment et les
terres furent alors évalués 22.489 livres. Lorsqu’à son tour, Jacques, fils
de Bertrand, mourut en 1848, il laissait à ses quatre enfants un important
héritage et le manoir échut à son fils Ange. Ce dernier épousa Anna Béart du
Dézet qui lui donna un garçon mort en bas-âge. Le père ne tarda pas
d’ailleurs à suivre son enfant dans la tombe et sa femme s’unit alors à un
officier de marine, Foujères, dont la fille, Germaine, épousa le Commandant
Legendre. De cette union, une fille, Anne-Marie, épousa le lieutenant Jean
Hubert qui apportait en dot le manoir du Mesmeur, acquis à la famille de
Kerhel par son grand-père, ingénieur de la Marine.
Comment ne pas être séduit par ces vieilles pierres où l’histoire s'inscrit
en blasons, cet escalier monumental, ces vastes cheminées de granit, sans
parler du parc, si agréable, et du bois voisin. Elle est longue, la liste de
ceux qui ont été pris par le charme de cette vieille demeure depuis Georges
Bidault, alors ministre, qui y séjourna deux fois, vers 1948-1950, jusqu’à
Mme Pompidou qui n’y fit qu’une halte sous le nom de Mme Pommier. Mais son
incognito fut percé l’hiver suivant, plusieurs personnes auxquelles elle
avait vanté les charmes du Stang ayant écrit de sa part à M. et Mme Hubert
les propriétaires. En 1946, Pierre Lazareff, directeur de France-Soir, s’y
reposa une courte semaine. Jean Duché, l’auteur de "On s’aimera toute la
vie", l’avait précédé en 1958, et Raymond Quéneau, le père de "Zazie", en
1961. Nicole Vedrès revint au Stang, chaque année, de 1960 à 1965,
accompagné du metteur en scène Marcel Cravenn. Quant à la fille du poète
Victor Ségalen, elle fut aussi une fidèle du Stang avant de s’installer à
Fouesnant. Mais ce n’est pas seulement le monde de la politique et des
lettres qu'attire le manoir du Stang. Les grands noms de l’armorial s’y
retrouvent. Le Prince Napoléon Murat et son épouse, Inès de Luynes, ont
peut-être passé la nuit dans la même chambre que la Duchesse de Rohan, venue
quelques années plus tard admirer et étudier l’exubérante végétation de
Cornouaille, à moins que ce soit dans celle du prince et de la princesse
Wilhelm-Karl de Prusse, petits-enfants du Kaiser. (1)
manoir du Stang 29940 La Forêt-Fouesnant, tel. 06 73 81 48 52, propose la
location de salles pour réceptions.
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