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A quelques kilomètres du hameau de La Trinité et un
peu à l’écart de la route menant au Conquet, s’étire le manoir de Lesconvel.
Un agréable chemin de terre bordé de talus barbelés d’ajoncs et tapissés
d’automnales fougères, vous mène à un bâtiment en équerre, sobre de lignes,
aux portes ogivales, aux murs de pierres sèches où s’accrochent un rosier
encore en fleurs, malgré l’arrière-saison et une vigne aux feuilles
éclaboussées de rouille. Des géraniums rosissent les parterres tandis que
dans la grange voisine, une très jolie fenêtre à meneaux et d’imposantes
poutres, véritables troncs d’arbres à peine équarris, attirent le regard. À
quelques pas se dresse la petite chapelle de Saint-Hervé. Drapée de lierre
avec son toit de chaume et son fin clocheton terminé par une croix de fer,
elle était reléguée, il y a quelques années, au rang de grange. Elle est
aujourd’hui en ruines. Tout près, se tient le four à pain qui fonctionna
encore pendant le dernier conflit mondial, et, un peu plus loin, une claire
fontaine coule dans un lavoir où s’enchevêtrent des herbes aquatiques. Il
faut remonter à 1477 pour retrouver le premier propriétaire de Lesconvel. Il
s’agit de Guimarch Kervaneuch auquel succéda son fils aîné, Bernard, en
1507. Il y réside toujours en 1539 et cette même année, il assiste, en
compagnie de son fils, Guyomarch, au mariage de Hamon Kermorvan, seigneur de
Keruzou, avec Madeleine Mol, fille de Bernard Mol, seigneur de Kerjehan. En
1636, Lesconvel était la résidence d’escuyer Sébastien Mahé, seigneur de
Trézéguer. Quelques années plus tard, naît au manoir Pezron de Lesconvel qui
devait mourir à Paris en 1722. Auteur de nombreux romans et nouvelles
historiques, en tout neuf ouvrages.
En 1674, Lesconvel appartient à demoiselle Scholastique Dumans, veuve
d'Hervé Prigent du Cosquer, marchand de drap à Landerneau, et à ses enfants,
avec le lieu voisin de Mesgouez. Mais ils n’y résidaient pas, l'ayant loué à
Claude Perrotin et Rolland Granton. De la famille de Kervaneuch, le manoir
était passé à la famille Pezron par l'alliance d’Isabeau Kervaneuch avec un
certain Pezron. Et c'est pourquoi, le 28 mai 1686, messire Hervé Pezron
porte le titre de sieur de Lesconvel lorsqu'il est parrain à l'église des
Sept-Saints à Brest, en tant que représentant de très haut et très puissant
prince Monseigneur Charles de Lesnox, duc de Richemont, de Lenox et
d’Aubigny, pair d'Angleterre, d’Ecosse et de France... de Charles-Louis de
Kergorlay, né au manoir du Carpont, en Lampaul-Ploudalmézeau. Sa commère
n’était autre que très haute et très puissante dame Louise-Renée de
Penancoat, duchesse de Portsmouth, dont le duc de Richemont, précité, était
le fils naturel, issu de ses relations avec le roi d'Angleterre, Charles II.
Hervé Pezron de Lesconvel qui blasonnait "de gueules au lion d’or, chargé
sur l’épaule d’un mâcle de Sueules", était, selon Louis Le Guennec, un très
médiocre auteur de fades romans pseudo historiques. Le manoir semble ensuite
avoir appartenu à l’une des filles de la veuve Prigent du Cosquer, Louis
Scholastique qui s’unit à Charles de Kersauson, car l’on retrouve les mêmes
familles lors de la tutelle des enfants de François de Kersauson, bailli de
Brest, décédé le 5 décembre 1702 et de Marie-Louise Le Mayer. Comparaissent
alors Charles Prigent du Cosquer, bailli et second magistrat de la
Principauté du Léon à Landerneau, oncle, et Nicolas du Mans, sénéchal de
Châteaulin, cousin germain.
Les familles Prigent du Cosquer et de Kersauson revendirent le manoir, le 9
janvier 1720, à Jacques du Mans, sieur du Chalais, conseiller au Parlement
de Paris, moyennant une somme de 28.000 livres, en même temps d’ailleurs que
le manoir de Pénamprat, évalué, lui, à 5.885 livres. Quelques années plus
tard, Michel-Jean du Mans, seigneur du Lehalais, seul héritier de Jacques du
Mans, conseiller au Parlement de Paris, à sa mort, mais par surcroît,
chanoine, et de Pierre-Francçois du Mans, lieutenant général de la Prévôté
de l'Hôtel, revendit à son tour le manoir et la seigneurie de Lesconvel et
ses dépendances aux lieux de Mesgouez et de Kerhoalès, ainsi que les moulins
de Théolen et de Lesconvel. L'acheteur fut Charles-Alexis de Clairambault,
écuyer, commissaire et contrôleur de la Marine, époux de Hyacinthe de
Chappedelaine, lequel paya 22.000 livres, manoir et dépendances, il devait
plus tard acheter des terres à Kerlouan et à Guissény. De Clairambault
venait souvent à Lesconvel goûter le calme et le repos, jusqu’au jour où ses
fonctions l’amenèrent au Port-Louis près Lorient, avec le titre de
Commissaire général de la Marine et d’ordonnateur... Le manoir est acheté le
8 brumaire an XI par Yves Le Hir de Locmaria. En 1792 la chapelle est vendue
comme bien national. En 1959, elle était recouverte d’un toit de chaume. La
commune, propriétaire du site, a confié à la fondation du patrimoine le soin
de lever des fonds pour entreprendre une consolidation des murs. Les travaux
ont commencé en octobre 2018. Actuellement la chapelle est totalement
jointoyée; le lavoir a été équipé de belles dalles d’ardoises; un des
pignons du four à pain est refait. (1)
manoir de Lesconvel 29280 Locmaria-Plouzané, propriété privée, ne se
visite pas.
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