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Kerulut en Plobannalec est
un manoir qui a remplacé un édifice du XVIIe siècle bâti dans un bien joli
site sur le bord de l’anse du Stéir. À la montre de l’Evêché de Cornouaille,
en 1481, comparaît Hervé de Hauffaout, sieur de Kerulut, représentant Yvon,
son père, archer en brigandine, "équipé d’un corselet de fer et pal". En
1636, cette terre est à noble homme Thomas Guiguant, sieur du dit lieu,
convoqué avec l’arrière-ban. Jacques Huon de Kerulut, époux de Suzanne
Glémarec, Sénéchal de Pont-l’Abbé, en 1675, meurt, le 2 décembre 1690, en la
paroisse Saint-Mathieu à Quimper. Au XVIII siècle, Kerulut est à
Jean-Alexandre Geslin, marié à dame Corentine de Trémic de Keraneizan. Leur
fils Jean-Marie, seigneur de Penanrun, le Boulven et autres lieux, est
enseigne de vaisseau du Roi au département de Brest quand il s’unit, le 24
janvier 1764, en la paroisse Saint-Mathieu à Quimper, à Malouine du Breil de
Névet, un grand nom en Cornouaille. L’acte de mariage nous précise que
Jean-Marie réside, dans "les intervalles de ses services et campagnes, en
son château de Kerulut". Au début de 1896, le Comte Arthur Janvier de La
Motte, né en 1845, à Drain (Maine-et-Loire), qui a épousé Mlle Chauvel
Marie-Françoise, fait construire l’actuel manoir dont l’aménagement sera
terminé en mars 1898. Magistrat, M. Janvier de La Motte appartient à une
famille qui, dans la Mayenne et l’Anjou, a donné des députés: Eugène (1834 à
1848), Elie (1852 à 1869), Eugène (1876 à 1884), Louis-Eugène (1875 à 1880).
Eugène II, qui fut aussi Préfet, a laissé la réputation d’un administrateur
non dépourvu de jovialité. Sous l’Empire, il déclara avec aplomb au cours
d’un banquet "L’Empereur est le père des pompiers, de tous les pompiers",
provoquant ainsi l’hilarité de ses pairs et des autres. Le Comte Janvier de
La Motte est décédé en 1912 à Kerulut. En 1902, sa fille, Marthe s’était
mariée avec Henri Gratereau de Négraval, né à Sedan en 1870. Quant à son
fils Marcel, il avait été tué à Madagascar où il servait sous Galliéni,
ayant cherché au loin l’oubli d’un amour contrarié.
Le maitre d'œuvre de Kerlut, M. Emile Ducrest de Villeneuve, né à Rennes en
1838, demeurant au château de Porzmoro en Pont-l’Abhé, est d’une famille
originaire de Savoie qui a fait souche en Bretagne et blasonne "de gueule à
la bande d’or chargée de trois croissants d’azur". La carrière de M. Ducrest
de Villeneuve mérite bien qu’on lui consacre quelques lignes. Officier de
cavalerie, il entre, en 1868, comme attaché au Ministère de l’Intérieur. En
1870, pendant le siège de Paris, il organise un bataillon recruté parmi
"l'élite du Faubourg Saint-Germain" et en prend le commandement. Il se fait
remarquer par sa brillante conduite à la bataille sanglante de Buzenval. Par
la suite, il est nommé Sous-Préfet de Meaux, Préfet de l’Yonne, de la Marne
et, en dernier lieu, du Vaucluse. Il avoue, avec une franchise teintée
d'humour, que l'exploit d’avoir fait élire quatre députés conservateurs, en
remplacement de quatre républicains, lui valut d’être nommé Chevalier de la
Légion d’honneur, mais aussi d’être révoqué deux mois plus tard seulement,
sous le Ministère Dufaure. Sous la direction de M. Ducrest de Villeneuve et
grâce à l’entreprise Maubras, de Pont-l’Abbé, se bâtit donc le nouveau
Kerulut. Le nom de ce manoir, qui se disait presque sur un air de flûte, est
devenu par contraction Kerlut. Quant à l'édifice lui-même, c’est une
construction soignée, au style plutôt recherché comme on l’aime dans les
années 1900, à l’intérieur confortable, avec salons, grand et petit, salle à
manger, salle de billard, bibliothèque, salle de bain, au rez-de-chaussée,
une dizaine de pièces, chambres, cabinets, lingerie et épicerie, à l’étage.
En bref, ce que l’on peut s'offrir à l’époque pour soixante mille francs-or.
C'est à M. Ducrest de Villeneuve que l’on doit les croquis et dessins des
sculptures ornant les belles boiseries en chêne et en pitchpin, les
cheminées garnies de faïence et... les vitraux. Kerlut a en effet son
oratoire que l’on a voulu dédier à Saint-Artur, roi de Grande-Bretaigne,
celui-ci représenté dans un vitrail. Les maîtres verriers associés Florence,
Bigot et Heinrich, de Tours, ont travaillé en l’église Saint-Mathieu à
Quimper, rebâtie à la fin du siècle, et le recteur de cette paroisse
recommande leur talent. A Kerlut, "Sanctus Artur Rex" se pose dans son
vitrail en patron des lieux. Il s'appuie sur Caliburne, son épée, qui avait
justement "estée forgée par merveilleux art en l'Isle d’Avallon"; cette épée
qui tua le même jour "quatre cens soixante seize Romains armez" et qui, au
Mont Saint-Michel, fendit le crâne du géant qui avait fait périr Hélaine, la
nièce de Hoël, Roi de Petite Bretaigne, lui-même neveu du héros. Sous la
présidence d’Artur, on peut trouver à Kerlut sinon Table Ronde comme à
Windsor, à la Cour du Roy de Grande Bretaigne, sûrement Table d’Hôte pour "banquetz
et festages". Et si cela plaît, on peut s'installer non pas selon la coutume
de Troyes "les hommes avecques les hommes, les femmes avecques les femmes"
mais suivant la mode de certains de nos cantons, ce qui revient au même. Le
manoir de Kerlut, depuis le Comte Janvier de La Motte, a appartenu à ses
héritiers, M. et Mme de Négraval, qui, en 1938, l’ont vendu à M. Ambrose
Martin, sujet irlandais. En 1956, il est devenu la propriété de M. Marcel
Draoulec, commerçant à Lesconil en Plobannalec... (1)
manoir de Kerlut 29740 Plobannalec Lesconil, tel. 02 98 82 23 89, propose
la location de salles pour réception.
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