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Proche de la
belle chapelle de La Tréminou en Pont-l’Abbé, mais à la limite de Plomeur et
de Saint-Jean-Trolimon, se trouve au milieu des champs le manoir de La
Villeneuve ou "Mâner ar Guernevez". Un petit pont enjambant l’ancien vivier,
nous conduit à une entrée marquée par deux simples piliers enlacés par une
voûte de lierre. Ce pas franchi, on se trouve dans la cour bordée de deux
longères de bâtiments, le manoir et ses dépendances, disposées en équerre.
On ne peut dire que l’ensemble ait du caractère, mais il est vieux de trois
siècles environ, si l’on en excepte quelques remaniements: cette tour
carrée, assez forte, comportant une belle lucarne de pierre, bâtie il y a
moins de cent ans dans le but de rehausser l'édifice et de procurer un
logement plus confortable aux occupants des lieux. La façade arrière, qui
comporte une seconde tour, croulante celle-là, renfermant un escalier, donne
une autre impression d’ancienneté. En 1536, la terre de La Villeneuve est à
Adeline de Kerloaguen, puis elle passe à la famille Le Vestle et, vers 1622,
à Porret du Lano qui la vend, en 1645, à Guy Autret de Missirien,
l’hagiographe et généalogiste, correspondant de Pierre d’Hozier. On dit
qu’il veut y mettre au vert son frère Yves Autret, seigneur de Lezoualc’h,
un noceur et un dissipateur. Toutefois, celui-ci habite depuis 1643, ainsi
que sa femme Marie du Ménez, chez sa fille Marguerite et son gendre Charmoy,
au manoir de La Coudraie en Tréméoc, et c’est dans cette demeure qu’il
s'éteint en 1665. Guy Autret étant décédé cinq ans plus tôt, La Villeneuve
revient justement à ce même Sylvestre de Charmoy, neveu par alliance du
défunt.
Mais, en 1677, il cède cette propriété à Germain de L’Honoré, sieur de
Kéranbiquet, qui a occupé la charge de Sénéchal de Quimper. Son fils,
Hyacinthe, écuyer, est seigneur de Kéranbiquet, Kerlivic, Kéréon et de La
Villeneuve. Il épouse Anne-Marie de Coëtlogon qui lui donne six enfants.
Après sa mort, survenue en 1696, l’aîné, François-Paul de L’Honoré, né en
1679, à Plomeur, et dont le parrain est François de Coëtlogon, évêque de
Cornouaille, hérite de La Villeneuve. Marié à Marie-Michelle de Saulx, il
disparaît en 1710, laissant une fille unique, Marie-Françoise de L’Honoré.
Celle-ci s’unit à Yves Marie de Trémic, sieur de Kéraneizan, puis en
secondes noces, à Jean-René Geffroy, chevalier, sieur de Villeblanche,
Conseiller au Parlement de Bretagne. Ce dernier doit être aussi un
dissipateur, puisque Marie-Françoise de L’Honoré est séparée de biens au
décès de son mari. Marie-Françoise de L’Honoré n’a pas d’enfant. Mais son
beau-frère, le chevalier de Villeblanche, lieutenant des vaisseaux du Roi, a
ramené d’une campagne un jeune nègre acheté sur la côte de Guinée en 1752,
et qui remplit la place de domestique au manoir de La Villeneuve. Ce "penn
dû", tête noire, attise la curiosité des bonnes gens des alentours qui,
finalement, doivent le prendre en sympathie. D'ailleurs, il est baptisé par
le recteur Guesdon en l’église paroissiale de Plomeur, le 26 juillet 1753.
Agé de huit ans environ, il reçoit le prénom de Jean-Marie. Son parrain est
Jean-Paul Geffroy de Villeblanche, Chevalier de l’Ordre Militaire de
Saint-Louis, et sa marraine dame Marie-Françoise de L’Honoré, elle-même. On
ne sait pas ce que devient Jean-Marie après le décès de sa marraine, peu de
temps après, en 1755.
La Villeneuve échoit au cousin de Marie-Françoise de L’Honoré,
Louis-Francois Aléno de Saint-Alouarn, lieutenant des vaisseaux du Roi,
marié à Marie-Jeanne Drouallen. Le Chevalier de Saint-Alouarn est d’une
famille de marins. En 1771 il se voit confier le commandement de la gabare
"Le Gros Ventre", chargée d’accompagner "La Fortune" à bord de laquelle
Yves-Joseph Kerguélen de Trémarec, son compatriote cornouaillais, part à la
découverte des mers australes. Le 11 février, les La Fortune et Le Gros
Ventre sont devant l’archipel qui portera le nom de Kerguélen... À la mort
de Saint-Alouarn, requête de René-Hyacinthe Le Gentil, Chevalier de
Rosmorduc tuteur des trois enfants de Saint-Alouarn, une vente aux enchères
a lieu à La Villeneuve, des meubles et effets laissés par le défunt. L’aîné
des fils de Louis-Francois Aléno, Hyacinthe-Marie-Marcellin, lui succède à
La Villeneuve. À l’âge de vingt ans, il s'était épris d’une belle veuve,
Marguerite Gilbert, née Grizel, dite "La Nantaise", qui manquait de fortune,
d’ancêtres et de vertus. Il l’avait enlevée pour la conduire devant le curé,
à Lyon. Ce mariage ayant été annulé, il épousa Armande de Kerjean. Les époux
Aléno font de La Villeneuve leur résidence principale. Le manoir de
Saint-Alouarn en Guengat, berceau de la famille, n’est que leur maison de
campagne, confiée à la garde de leur jardinier, François Rouzeray. Au reste,
ces Aléno sont fortunés. Ils possèdent de nombreux biens fonciers dans une
vingtaine de paroisses de Cornouaille et du Léon, représentant, pour le seul
pays de Pont-l’Abbé, une vingtaine de fermes.
Pendant la Révolution, Hyacinthe rejoint les émigrés; son frère, Hippolyte,
fait de même. Quant à son autre frère, Aimé-Marie-Alexandre, il sera
condamné à mort par le Tribunal révolutionnaire de Paris et exécuté (il a
formé le projet de sauver Louis XVI et, dans une lettre tombée entre les
mains des révolutionnaires, il l’assure de son dévouement). La dame Aléno
juge plus prudent de s’en aller au début de janvier 1792, laissant La
Villeneuve à la garde de ses domestiques, sous la direction du jardinier,
François Surel qui est au service des Saint-Alouarn depuis au moins vingt
ans. On procède à l’inventaire des meubles et effets se trouvant à La
Villeneuve. Les scellés sont apposés et trois jours après, le 27 nivôse an
Il (16 janvier 1794), a lieu la vente aux enchères qui rapporte 3.173
livres. Le 15 frimaire an III (5 décembre 1794), on procède à la liquidation
des biens immobiliers. Le manoir de La Villeneuve, jardins, vivier, terres
chaudes et froides, bois de futaie et taillis, sont adjugés au citoyen
Douille, de Saint-Jean-Trolimon, le moulin à vent, sis en cette commune, au
dénommé Guillard. Sont également vendues la vieille et la nouvelle
métairies. Les époux Aléno de Saint-Alouarn ont eu trois enfants, Auguste
(né en l’an II), Claire-Marie (née en l’an IX), Armande (décédée en l’an
XIII). Marcellin Aléno est rayé de la liste des émigrés le 21 mai 1802. Il
meurt le 4 février 1818. Ses héritiers, Auguste et Claire-marie, réclament,
en 1825, la somme de 131.000 francs au titre de l’indemnité.
Mais La Villeneuve est passé aux de Pascal. Sous la Révolution, cette
famille se fait appeler Pascal car elle a adopté les idées nouvelles.
François Pascal de Kérenveyer, qui fut Maréchal de camp des armées du Roi.
Il est, comme il se doit, avec le Général de Kergariou, en tête du cortège
qui s’en va au bout de la rue Neuve à Quimper, en 1792, accueillir les
Fédérés du Finistère qui rentrent de Paris. La Révolution n’empêchant pas
les réunions de la bonne société, Mme Pascal donne un bal une fois par
semaine. C’est dans cette famille qu'est né, le 13 ventôse an IV (3 mars
1796), à Penhars, celui qui sera le dernier châtelain de La Villeneuve:
Joseph-Nicolas Pascal, fils d’un capitaine des carabiniers, et de
Marie-Jeanne Le Goazre. Son grand-père paternel était le Général Pascal,
époux de Jeanne-Catherine Béraud, et son oncle maternel, Hyacinthe Le
Goazre, commissaire du gouvernement près le Tribunal Civil de Quimper. Ce
Joseph Pascal, maire de Plomeur, s’éteint en 1870, enlevé à l’estime de ses
administrés et même de la population du canton dont il faillit, cette même
année, devenir le Conseiller général contre Paisant, qui dut son élection
notamment à sa position de maire de Pont-l’ Abbé... (1)
manoir de la Villeneuve 29840 Plomeur, propriété privée, ne se visite
pas.
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