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À trois kilomètres du bourg de Plouvorn, qui ne comptait
pas moins de trente deux châteaux et manoirs naguère, et en direction de
Morlaix, on ne tarde pas, lorsque l'on tourne sur sa droite, à apercevoir le
haut casque d’ardoises du manoir de Tromeur. Ce n’est pas le manoir type
qu’Alfred de Courcy décrit dans Les Français peints par eux-mêmes "c’est un
long bâtiment d’un seul étage, irrégulièrement percé, construit en pierres
de taille, et souvent replié en équerre; il est flanqué d'une tourelle dont
le toit bleu s’élève en pointe du milieu des chênes et des châtaigniers; un
petit bois de futaie l'abrite contre le vent de la mer. Sur le devant, une
vaste cour, entourée des bâtiments de servitude, donne accès par deux portes
cintrées de dimensions inégales, la porte ne noble et celle des manants; la
clef de voûte de la plus haute supporte un écusson armorié, dont les
empreintes sont à demi effacées par le temps, et sur les lourds battants de
chêne, des pieds de chevreuil ou sangliers, des oiseaux de proie cloués, les
ailes étendues, annoncent la demeure d’un chasseur". En entrant dans le
parc, à droite, parc qui doit être agréable au printemps avec ses buissons
de rhododendrons fleuris et sa haute futaie, voici la chapelle Sainte-Anne,
édifice rectangulaire avec chevet à pans coupés, surmontée d’un petit
clocheton portant une croix de fer forgé. À l’intérieur, à part deux statues
de bois, œuvre de quelque charpentier de village, rien de particulier à
signaler. À la demande de la vicomtesse du Dresnay, des indulgences
plénières furent accordées, le 9 Septembre 1842, par le Pape Grégoire XVI,
aux prêtres célébrant la messe dans cette chapelle.
À la montre de 1481, son propriétaire Yvon Kerguvelen, passait pour avoir
100 sols de revenu alors que Christophe Simon, le plus opulent des notables
disposait de 200 livres de rente avec son château de Kergoulouarn,
actuellement en Mespaul. À la montre de 1534, à Saint-Pol-de-Léon, c’est
Guillaume Kerguvelen qui comparaît comme archer en brigandine. Cette
famille, ramage des Kerroignant, blasonnait "d’azur à la main dextre
d'argent en pal accompagné de trois étoiles de même". Selon Pol de Courcy,
le premier connu de la famille serait, en 1443, Hervé de Kerguvelen, époux
de Jeanne de Kéranrarz. La famille passa ensuite à la famille de Ternant qui
possédait déjà le manoir de ce nom et celui de Kermengouez en Plouvorn.
Salomon Ternant, qui comparut à la montre de 1481, "une hache au poing",
vivait toujours en 1503. Il avait épousé Jeanne Le Coz. Les Ternant avaient
comme armes "de sable au chevron d'argent accompagné en chef de trois
besants de même". Cette famille se fondit, par la suite, dans les de Mav. En
compulsant les archives des Côtes-du-Nord, Tromeur avait un étang et un
moulin seigneurial, mais encore, qu’en 1639, il fut procédé à un échange
entre Marc du Perrier, sieur du Méné, et Hervé de Kerc’hoënt, sieur de
Kérautret, le premier cédant au second la seigneurie de Traumeur, paroisse
de Plouvorn. La terre de Tromeur fut achetée à la Restauration par le
vicomte du Dresnay, grand-oncle, par alliance, de l’actuel propriétaire.
Il s’agit de Jean-Marie-Ambroise Renaud, né à Paris, le 31 mars 1829, qui
épousa tout d’abord Marie-Elisabeth du Fay et s'installa au château du
Dréneuf en Fégréac, dont il devint maire. Puis il s’unit à Saintes, en 1896,
à Marie-Bérengère Baderon de Maussac de Thézan, petite-fille du général de
Brémond d’Ars qui lui donna trois enfants, Etienne-Marie du Dresnay, né à
Fégréac, en 1857, sous-lieutenant, décédé à Tunis, le 19 novembre 1881, au
cours de la campagne de Tunisie. Une plaque de marbre rappelle son souvenir
dans la chapelle Saïnte-Anne. R. du Dresnay, licencié en droit. Maurice,
fonctionnaire au ministère des affaires étrangères. Les du Dresnay ont comme
blason "d’argent à la croix ancrée de sable, accompagnée de trois coquilles
de gueule: deux en chef, un en pointe". Il semble que le manoir ait passé
aux Prudhomme de La Boussinière à la suite du mariage d’Amicie du Dresnay,
née en 1867 à Fégréac, avec Joseph-Olivier-Marie Prudhomme de La Boussinière
(20 août 1890), officier d’artillerie, résidant au château de Bénehard, dans
la Sarthe. En 1952, on trouve au manoir Madame Ollivier, descendante d’une
famille qui était locataire du manoir depuis 1848, exemple peu banal
d’attachement à la même terre. C’est en effet en 1848 que Julie Saos entra
comme femme de chambre chez Mme du Dresnay. Dans cette paroisse de Plouvorn
que la Révolution amputa de ses deux trêves, Mespaul et Sainte-Catherine,
pour les réunir ensuite en une seule commune, Mespaul, le manoir de Tromeur
était un des plus insignifiants. (1)
manoir de Tromeur 29420 Plouvorn, propriété privée, ne se visite pas.
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