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Malvoisine, fief de haubert, relevant
directement du roi de France, à cause de son château de Rouen, bien
qu'aliéné depuis par la couronne, est cité dès le XIIe siècle. En 1380,
mention en est faite comme d'un lieu fortifié, occupé par une garnison
destinée, selon l'occurrence, à maintenir ou à intercepter les
communications entre le Vexin et la Normandie. En 1417, lors de l'invasion
anglaise, Malvoisine est un point important du système de défense du pays
normand. Au commencement du XVIe siècle, le fief de Malvoisine était en
possession de noble homme Enguerrand de Homblières. Un membre de cette
famille, François de Homblières, le vendit vers 1560 à Charles de Louviers,
seigneur de Maurevert, chevalier du roi; ce dernier n'ayant pas eu d'enfants
de son mariage avec Marguerite d'Aquin, Malvoisine passa à son frère, qui
vendit ce fief à noble homme Guillaume Auber, qualifié seigneur et châtelain
de Malvoisine dans un acte du 2 mars 1569. Guillaume Auber se dessaisit de
Malvoisine en faveur de noble homme Jacques du Hamel, seigneur du Bust,
conseiller du roi en la Cour des aides, qui en fit le dénombrement et rendit
hommage au roi le 27 octobre 1581. Il eut à défendre, à plusieurs reprises,
son château contre les Gaultiers, bande formidable qui, formée dans le
Cotentin sous le prétexte de combattre les huguenots, ravagea la Normandie
de 1586 à 1589. Pendant cette sédition, Malvoisine, pris et repris, servit
tour à tour de refuge aux vaincus et de quartier général aux vainqueurs. Les
deux enfants de Jacques du Hamel du Bust, Nicolas et Marguerite, cédèrent,
par actes des 6 septembre 1594 et 6 juillet 1595, le fief de Malvoisine à
Robert Busquet, sieur de la Neuville, conseiller au Parlement depuis 1578.
Les actes en question, qui constatent que le fief du Héron est alors mouvant
de Malvoisine, établissent pour les possesseurs de cette dernière terre les
droits seigneuriaux suivant: " Prendre sur les habitants du hameau du Héron
deux deniers tournois par feu, a cause de leur paturage et pessage; tenir
franche garenne dans la rivière d'Andelle, depuis la voie qui mène de
Beaumont jusqu'au moulin de Marville, appartenant au sieur abbé de
Saint-Ouen de Rouen; prendre sur le bois qui flotte en ladite rivière
d'Andelle et passe en ladite garenne un écu sol pour flotter". Robert
Busquet, fils d'Isambart Busquet, nommé en 1540 substitut du procureur
général au Parlement de Normandie, s'était distingué, pendant les troubles
de la Ligue, par ses efforts pour le maintien de l'ordre. Il avait dû se
réfugier à Caen, en 1590, avec les autres membres du Parlement restés
fidèles à l'autorité royale, et un manuscrit de cette époque nous le montre,
à date du 14 mars de cette même année, "ne pouvant subvenir à son
entretenement et à celui de ses gens". Pendant ce temps, son hôtel de Rouen
était mis à sac. C'est seulement les troubles terminés que l'héritage de son
oncle, chanoine, lui permit d'acquérir le fief de Malvoisine. Ce fief passa
à son fils Regnaud Busquet, qu'on voit, le 20 janvier 1625, signer le bail
de la rivière du Héron, qu'on n'appelait pas alors l'Héronchelle. Dans un
dernier bail du même cours d'eau, daté de 1650, il est qualifié "seigneur du
Héron, conseiller du Roi, garde des sceaux de Sa Majesté à sa cour du
Parlement de Rouen". Regnaud Busquet, de son mariage avec Madeleine Le
Guerchois, fille du célèbre avocat général de ce nom, eut une fille,
Marguerite, qui apporta la terre de Malvoisine à Louis de Récusson, écuyer,
descendant d'une vieille famille normande qui posséda les fiefs de
Bourdainville, du Quesnay, de Bézu-le-Long, de Gruchet, etc. Ce dernier
mourut laissant un fils, Louis, et sa femme convola en secondes noces, avec
Jacques Tharel, sieur de Navarre, "conseiller secrétaire du roi, maison et
couronne de France", dont elle eut aussi un fils, nommé Nicolas.
Jacques Tharel et sa femme furent quelque peu soupçonnés d'hérésie. A
l'appui de cette présomption, on rapporte que les protestants, dépossédés de
leur temple de Montérollier, traqués de toutes parts et réduits à ne
s'assembler que la nuit, dans quelque clairière écartée de la forêt de
Lyons, se réunirent plusieurs fois au manoir de Malvoisine, où ils "tinrent
le désert". Le château était alors occupé par un cultivateur, qui trouvait
sans doute quelque profit à seconder la tolérance de ses seigneurs. Après la
mort, en 1672, de la dame de Malvoisine, qui survécut à son second mari, le
fief se trouvait indivis entre ses deux fils, dont l'un, Nicolas, était
mineur. Un arrêt du Parlement autorisa Charles Tharel, oncle et tuteur de ce
dernier, à s'entendre avec Louis de Récusson pour céder, le 11 mai 1672, la
terre de Malvoisine à François de Caradas, seigneur et patron du Héron,
seigneur de Boisgautier, conseiller au Parlement. Depuis cette époque, les
deux fiefs sont demeurés réunis dans la famille de ce seigneur, et, comme le
château du Héron, le manoir de Malvoisine était au début du XXe siècle en
possession de M. le comte Robert de Pomereu, maire du Héron, conseiller
général du canton d'Argueil. Un chemin qui partait du château du Héron
(aujourd'hui détruit) et longe une colline dont les flancs ont été creusés
pour l'extraction de la terre à briques, rejoint en quelques minutes une
sente caillouteuse au manoir de Malvoisine. A droite, sont deux vastes
étangs, de forme rectangulaire, qu'un beau et haut rideau de peupliers
sépare de l'Andelle.
Après avoir traversé l'Andelle sur un petit pont, on arrive en face de
l'entrée du manoir bâtiment de forme carrée à un étage couvert en tuiles. A
droite de la porte charretière, on distingue, au-dessus de la petite
poterne, à peu près intacte, une rainure profondément creusée dans la pierre
et où s'engageait jadis la chaîne du pont-levis. Ce bâtiment, comme tous
ceux qui constituent le manoir de Malvoisine, a été réparé et consolidé,
ainsi que le témoignent les assises de briques alternant avec la pierre
au-dessus de la porte et les solutions de continuité de la corniche de
pierre, comblées avec de la brique, à laquelle on a donné le profil
extérieur de cette même corniche. Le manoir est constitué par un polygone
irrégulier, enfermé dans des murs en pierre blanche de petit appareil, sorte
de moellon. Les angles, au nombre de six, sont flanqués de tours
cylindriques de dimensions inégales, de construction semblable à celle des
murs, et dont l'appareil est chaîné et consolidé par des pierres placées
verticalement. Ce genre de construction indique bien la fin du XVIe siècle,
époque à laquelle M. l'abbé Cochet fait remonter les bâtiments actuels,
élevés vraisemblablement par Robert Busquet sur les ruines et sans doute
avec les matériaux de l'ancien château. Il s'en faut, d'ailleurs, que
Malvoisine ait conservé l'aspect guerrier que ce manoir a longtemps
présenté. Les fossés qui l'enceignaient et qu'alimentait l'Andelle, ont été
comblés et transformés en jardins; les tours découronnées, drapées la
plupart d'un manteau de lierre, voient à peine leurs toits coniques en
tuiles, coiffés de plomb, dépasser la crête des murs; des espaliers masquent
de leurs bras chargés de fruits cette enceinte qui, après avoir subi les
assauts des bandes armées, protégea les assemblées nocturnes des huguenots
proscrits.
Pénétrons dans la cour. Sous le porche du bâtiment d'entrée, nous remarquons
l'amorce d'une voûte en plein cintre, une meurtrière et les gonds énormes de
l'ancienne porte. Au-dessus, une fenêtre basse, rectangulaire, éclaire une
pièce qui fut le poste des sentinelles, et qu'une porte cintrée reliait avec
une galerie extérieure, qui devait se prolonger sur le mur d'enceinte. La
partie nord du manoir, dont on distingue le toit à gauche de la planche, est
constituée par un hangar réunissant deux bâtiments rectangulaires. La tour
de l'angle nord-ouest, la plus vaste, présente une disposition curieuse dans
la charpente du toit en porte-à-faux. S'il y avait une chapelle au manoir de
Malvoisine, c'est vraisemblablement là qu'elle devait se trouver. Les
ferrures de la porte et de la fenêtre sont d'un travail ancien. Tout autour
de l'enceinte, à l'intérieur, règnent des hangars bas, couverts en tuiles,
qui achèvent de donner un caractère rural au manoir de Malvoisine. Le
bâtiment central, de dimensions assez vastes, en pierre blanche et pisé,
auquel on accède par un perron assez élevé, placé au-dessus de l'entrée de
la cave, a lui-même une allure des plus pacifiques, malgré les belles
grilles en fer forgé à pénétrations qui protègent les fenêtres de l'étage
inférieur, et les meurtrières, percées sur les flancs de la maison, qui
n'ont plus maintenant que le rôle prosaïque de soupiraux. La cave constituée
par deux voûtes en ogive, accolées dans le sens de la longueur du bâtiment,
est claire et spacieuse, et ceux de la Religion prétendue réformée , qu'elle
a dû abriter, s'y trouvèrent sans doute mieux que dans les fourrés de la
forêt voisine. C'est un des gardes du comte de Pomereu qui habite avec sa
famille le manoir de Malvoisi ne. Ancien soldat, il a suspendu au chevet le
harnois de guerre, et la pêche et la chasse sont maintenant le seul aliment
de son zèle et de son activité, sur ce sol à jamais paisible qui vit tant de
luttes et tant de combats. Habent sua fata. (1)
Éléments protégés MH : les sols et le bâti : inscription par arrêté du 15
juin 1993 (2)
manoir de Malvoisine 76780 Le Héron, propriété privée, ne se visite pas.
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