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Château de Mauras à Chomérac
 
 

   L’histoire du château de Mauras semble remonter à la nuit des temps. Ce qui permet de le dire sont les nombreux vestiges trouvés sur le site dont des silex taillés découverts dans l’angle nord-ouest du parc en 1969. Furent découverts également en grandes quantités des fragments de terre cuite provenant de vases, d’amphores, de lampes à huile et sigillées. Des morceaux de colonnes en calcaire ont été dégagés au cours de travaux dans les soubassements du château. Des canalisations caractéristiques en mortier de chaux blanche mêlée de fragments de terre cuite rouge ont été mises au jour ainsi que des murs de fondations profondes en maçonnerie Gallo-romaine et un sol multicouches en Terra Cota. A l’époque celtique, le site était sans doute occupé par des Helviens. Ce peuple était présent dans la partie Sud du Vivarais avec, au départ, pour capitale l’Oppidum de Lussas. En 118, l’Helvie est intégrée à la Gaule Narbonnaise après annexion du territoire par la République Romaine. La tribu romanisée restera neutre pendant le conflit opposant Jules César à Vercingétorix. Sa capitale se déplacera alors à Alba Helvericum (Alba la Romaine) distante de 14 km à vol d’oiseau du Château de Mauras et où demeurent de très beaux vestiges Gallo-romains. La vallée de Chomerac a la particularité d’être la plus large entre le nord du département actuel d’Ardèche et le sud jusqu’à la zone de Viviers. A proximité immédiate de la Vallée du Rhône, elle est très ouverte. La terre d’origine volcanique est riche et l’accessibilité en est donc aisée. A cette période, la voie dite d’Antonien le Pieux" descend la Vallée du Rhône avant de pénétrer en terre Helvienne. La vallée de Chomerac est déjà habitée et sert de relais pour la circulation des marchandises avec le plateau Ardéchois et les différentes tribus l’occupant. Une voie secondaire reliait donc la voie d’Antonin avec la les hauteurs locales. Un fragment de cette voie est encore visible dans les champs longeant le parc du Château. Il est à noter que, toponiquement, les deux lieux dits "La Charrière" et "Le gué", marquant cette voie secondaire en amont et en aval du parc du Château au Sud, attestent de ce passé romain et préalablement celtique.

Une Villae romaine occupait l’actuel site de la colline du Château de Mauras. De nombreux éléments objectifs étayent cette hypothèse : comme le souligne le mémoire de M. Freynet sur l’implantation typique des Villaes romaines en Province: "Ces villas étaient habituellement situées dans les vallées ou au bas des pentes, des coteaux ensoleillés. Elles se trouvaient toujours à proximité d'une source ou d'une rivière et pas très loin d'une de ces belles voies romaines que suivaient voyageurs, marchands ou légionnaires de l'Empire". Cette description comprenant collines, rivières et voie romaine correspond totalement aux caractéristiques du site. Une source existe encore dans le parc du Château. D’ailleurs, lors de travaux dans le parc, comme souligné en introduction, des vestiges de bâtiments et de nombreuses poteries antiques laissent penser à l’existence d’une zone de stockage de marchandises provenant du bassin méditerranéen. Cela est logique vu la proximité du site avec la Vallée du Rhône et ses échanges commerciaux antiques. De multiples fragments de toutes taille de tuile romaine de type tegulae accréditent la certitude d’une occupation romaine développée sur le site lui-même, sans doute sous la forme d’une grosse Villae et de ses communs. Ces fragments sont visibles et disponibles pour toute datation. L’Helvie romanisée sera saccagée plus tard par le peuple Vandale mené par Chrocus vers 411, période de la destruction d’Alba Helviorum. Les constructions présentes sur le site actuel du Château seront sans doute pillées puis détruites à la même période, ainsi qu’il en fut pour la plupart des Villae de la région.

La zone sera intégrée au Royaume de Burgondieentre le Ve et le VIe siècle avant de devenir Mérovingienne au VIIIe siècle sous l’autorité de Charles Martel. A cette époque un "hameau" occupe probablement le site de l’ancienne Villae, la voie existant toujours et la présence de points d’eau naturels (rivière de La Payre à 300 mètres et Ruisseau de La Charrière à 200 mètres) favorisant le maintien de l’implantation humaine. Le bâti doit mêler aux vestiges romains encore debout du torchis, du bois et de la pierre de basalte, naturellement abondante dans les cours d’eau à proximité. Dès la fin du Xe siècle  et au début du XIe siècle, les seigneuries châtelaines se multiplient et le nombre de châteaux croît très rapidement au point qu'on en dénombre environ 150 dans la zone de l’actuel Vivarais à la fin du XIIIe siècle. Très frustes et à peine habitables, ces châteaux présentent presque tous les mêmes caractéristiques. Ils se composent d'un petit donjon de plan carré, sans crénelage, avec quelques ouvertures de tir seulement, auquel est associée une enceinte  délimitant un espace de faible surface, dans laquelle se trouve le logis châtelain souvent à deux étages, seul bâtiment résidentiel du château. Ce "Castrum" était ici en pierre basaltique (très abondantes dans "La Payre") et se trouve désormais intégré dans l’actuel "carré central" du Château, dans la partie Nord.

A Chomerac se trouve encore visible le Donjon qui fut castrum au XIIe siècle. Contrairement à celui de Mauras, il est fait de pierres calcaires dont des carrières se trouvent juste à coté. Mauras aura essentiellement recours aux pierres de basalte disponibles dans la rivière Payre à 200 mètres. L’enceinte du château primitif d’alors est sans doute proche de la base de l’actuel quadrilatère central du château. Vers le XIIe siècle, un hameau entourait le château sur la voie menant à Chomérac. Il se situait sur la zone comprise entre le château et "le Gué" traversant la rivière Payre ainsi que permettent de le déduire des photographies aériennes. On cultivait alors dans la plaine de Chomérac depuis l’époque romaine du Blé, de l’Olivier et de la vigne, cette dernière n’ayant disparu qu’à la fin de XIXe siècle avec le Philoxera. On trouvait encore récemment d’anciens pieds de vigne sauvage dans le parc du château. Vers le XIIIe siècle, de nombreuses fortifications vont apparaître. Le château va alors se développer et devenir une vraie forteresse occupant l’actuelle colline sur laquelle il est posé. Les photographies aériennes permettent de situer trois niveaux de murailles et de tours autour de l’actuel château. Elles le ceinturaient pour le protéger des attaques provenant des nombreuses troupes voyageuses le long de la Vallée du Rhône, principal axe de passage entre le Nord et le Sud de l’Europe et qui n’est qu’à quelques kilomètres. Il existe encore à proximité immédiate de la rivière "Payre" des vestiges de la première muraille dotée de tours carrées bien visibles aujourd’hui. D’après nos connaissances, la famille qui a construit les éléments les plus anciens de Mauras est venue d’Italie vers le onzième siècle. Il s’agirait de la famille de Cheylus (De Chelussio en Italien déformé plus tard en Charlus). La famille ayant prospéré, deux autres châteaux portent ce nom dans la région de Privas; Mauras restait le centre majeur de leur pouvoir local. Le nom actuel de Mauras a pu fluctuer avec le temps au gré de ses différents propriétaires. Il peut-être lié à la couleur noir des pierres de basalte dont le château est fait (en Latin "Maurus" signifiait "Noir"). Une autre hypothèse évoque un lieu occupé par une garde Maure à la solde de Rome dans les territoires soumis à son autorité. A partir du XVe siècle, il devint la propriété de la puissante famille des Bénéfice via ses différentes branches. Ainsi, en 1568, il appartenait à "Noble Alexandre de Bénéfice Du Diois".

Au XVe siècle, les guerres d’Italie (dont la bataille de Marignan) favorisent l’ouverture de l’Europe de l’Ouest au rafinnement des batiments italiens. C’est le mouvement connu sous le nom de Renaissance qui va modeler l’aspect de nombres de châteaux forts en France. En 1578, une rénovation intérieure fut faite par l’Architecte "Loys Chasal" qui laissa sa signature par une pierre de calcaire gravée et ancrée dans le mur Sud du Carré central. Il combla la cour intérieure héritée du Moyen-Age qui occupait la moitié Sud du carré et le transforma à la mode Renaissance en l’aménageant d’un escalier à quatre niveaux de style italien desservant les nouveaux étages d’agrément, escalier existant encore malgré les outrages du temps. Cette zone est constituée de nombreuses pièces organisées de manière complexe comparée à la moitié Nord Moyenâgeuse faite de grosses pièces rectangulaires superposées correspondant aux différents niveaux sociaux alors en vigueur, le plus haut étant réservé au seigneur. Dans ce château se sont réunis en 1591 le seigneur de Cheylus (propriétaire), le seigneur du Pont, le seigneur de Saint-Lager, le seigneur de Chambaud, le seigneur de Roucoules et le Sieur Descombes, dans le tumultueux contexte des guerres de religion dans lequel le château de Mauras avait adopté le parti des "religionnaires" alias les "Huguenots". En 1628, lors de sa chute le 10 mai face aux armées royales catholiques, il était la propriété du Baron Huguenot "Alexandre Bénéfice De Cheyllus, seigneur de Tataillon et de Blaissac".
Il est à noter que l’ouvrage "Hitoire Générale du Languedoc" raconte qu’entre le 10 Mai 1628, jour de la reddition du village de Chomerac, et le 16 Mai 1628, le Duc de Montmorancy, "prit, pilla, brula et ruina le château de Mauras qui était situé au voisinage (de Chomerac) et qui appartenait à Charlus (Cheylus)". Le récit insiste sur les différentes étapes de destruction, chose qu’il ne fait pas pour les autres châteaux locaux. L’acharnement dont Mauras vu victime indique donc que le site était lourdement fortifié et présentait une menace réelle de par sa position centrale pour l’accès à la Vallée du Rhöne. La plupart des autres châteaux de la région, souvent bien plus petits eurent soit leurs tours arasées soit complètement détruits, ce qui était à l’évidence la volonté initiale de l’armée royale. Ce qu’il "reste" aujourd’hui du château malgré cet acharnement laisse imaginer les dimensions qu’il pouvait alors avoir à l’époque. Il est à déplorer que, finalement, l’embellissement de 1578 n’ait duré que 50 ans. Il ne reste plus aucune fenêtre à meneaux intacte, seuls des morceaux ayant resservis dans la structure des fenêtres dans les murs actuels.

Le Château d’aujourd’hui est constitué d’un bâti central avec son logis carré flanqué de quatre tours aux angles complété à l’Est par un massif corps de bâtiment équipé de contreforts, derniers témoignages des fortifications d’alors. Les deux tours Nord ont un diamètre intérieur de prés de 9 mètres, dimension assez rare pour des châteaux forts en Ardèche. Et il manque à leur hauteur actuelle, pour les ramener à celle qu’elles avaient au moyen-âge, environ huit mètres supplémentaires. Il y a un gros manque au niveau des archives locales sur la suite de son histoire (une véritable enquête approfondie est en cours). Nous savons que des descendants des Cheylus sont revenus le relever. Ils ont du malheureusement faire avec les ruines laissées fumantes et remonter autant que faire se peut le dernier étage du château actuel qui n’existait plus. Plusieurs réemplois de fenêtres à meneaux en pierre calcaire blanche se retrouvent de manière hétéroclite dans l’encadrement des fenêtres actuelles. Il fut de niveau abîmé pendant la Révolution française puis vendu comme bien d’émigrés. Il fut racheté successivement par plusieurs familles de notables locaux et servi même jusqu’à la première guerre mondiale d’endroit où venait siéger le Juge de Paix quand il se déplaçait dans la vallée de Chomérac. Il servi pour enfermer des prisonniers par les allemands pendant la seconde guerre mondiale puis de zone transfert pour des réfugiés de la guerre d’Espagne. De ces deux périodes, la plupart des cheminées intérieures et ameublements restant d’origine disparurent. En 1967, il est racheté par la famille qui l’occupe actuellement, et désormais s’évertue à lui redonner vie et à le restaurer…

château de Mauras 07210 Chomérac, tel 04 75 65 00 07, location chambres d'hôtes et un gîte.

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