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Le fief
du Bourgneuf est situé dans la paroisse de Saint-Pierre d'Etampes. Le
premier seigneur dont nous trouvions le nom est Claude de l'Isle, écuyer,
qui, en 1517, rend foi et hommage à l'évêque de Paris. "Par acte du 25 août
1530, Claude de l'Isle, écuyer, sieur du Grand Boinville, vend à Frangois
Roiger, conseiller du Roi et son procureur général au Parlement de Paris,
les fief, terre et seigneurie, appartenances et dépendances du Bourgneut”.
Dans le décret volontaire du 26 août 1530, "le lieu fief et manoir du
Bourgneuf en deux corps de logis” sont simplement évoqués, alors qu'une
convention passée le 30 janvier 1527 faisait état du "lieu seigneurial du
Bourgneuf assis au bourg Saint Père d'Estampes, lequel lieu seigneurial
ensemble ses appartenances et deppendances qui se consiste en ung lieu fief
et manoir appellé fief du Bourgneuf auquel y a estables court jardin et
appartenances...". Le 25 ou 26 février 1580, Georges Rolger, écuyer, cède,
par-devant Maître Catherin Poitevin, notaire royal à Etampes, la seigneurie
du Bourgneuf à noble homme Bénigne Le Ragois, conseiller, notaire et
secrétaire du roi. Le domaine du Bourgneuf consiste alors "en un grand corps
de logis muable couvert de thuille, cour, grenier, cave, grange, estable et
jardin derrière ; le tout d'un tenant et cloz de murs, un grand jardin assis
à opposite dudit lieu; lesdictz jardin et grange aussy tout d'un tenant et
cloz à murs". A cette occasion est également mentionné "un moulin a bled
assis sur la rivière de Juisne, vulgairement appellé le moulin du Bourgneuf
". En 1630, une requête adressée par Bénigne Le Ragois, qui était dit en
1626 seigneur du Bourgneuf conseiller du Roy et receveur général de ses
finances à Limoges, au duc de Vendôme indique que le principal manoir du
Bourgneuf se trouve enfermé entre deux petites ruelles, fort rapprochées
lune de autre ; une desquelles sépare le manoir d'avec son jardin ; elles ne
sont pas d'ailleurs d'un grand usage au public. Dans ces conditions Bénigne
Le Ragois demande l'autorisation de s'accommoder de l'une de ces ruelles en
la joignant à sa maison, à la charge de faire paver celle qui restera pour
la rendre plus utile et de donner les dédommagements convenables. La
chapelle du lieu seigneurial du Bourgneuf fait objet dune visite le 10 mai
1642, selon le procès-verbal, on trouve "en l'entrée de la galerie, un
pavillon couvert d'ardoises, bien voûté, faict en chapelle bien ornée, un
autel et plusieurs beaux tableaux de dévotion et choses nécessaires et
requises par la décoration de la dite chapelle". La bénédiction de la
chapelle par le doyen de Sainte-Croix eut lieu le 8 février 1711. Catherine
Gobelin, veuve de Bénigne Le Ragois vend le 24 mars 1655 la seigneurie du
Bourgneuf a Nicolas de Coeurs, conseiller du Roy, receveur général et payeur
des rentes de l' Hôtel de Ville de Paris. A cette date, on dispose d'une
description plus détaillée "...et consistant au surplus ladicte maison du
Bourgneuf en deux courtz séparées par une grande gallerie faisant une des
aisles de ladicte maison en face, autour de la principalle desquelles courtz
il y a plusieurs pavillons bastis couvertz d'ardoise apliquez par bas
cuisine, sommelerie, garde manger, chambres, guarderobbes, deux grandes
salles, escallier, vestibulle, et escurie. Un estage carré au dessus
appliqué à plusieurs chambres, garderobbes, cabinetz, gallerie et chapelle,
et greniers au dessus dudict estage, avec quelques caves au dessoubs de
partye desdictz bastimens et dans la susdicte bassecourt plusieurs escuries,
estables a vaches, et toict a porcs, une grange, et un aultre lieu couvert
où y avoit autrefois un pressouer, plusieurs remises de carrosses grande et
large, aucune pour aller de lacdite grande rue dudict faulx-bourg Saint Pere
en ladicte maison, jardin sur le derriére desdictz bastimens, sain foing et
arbres fruictiers. Le tout en mauvaise culture et comme en friche. Dans
lequel jardin il y à savoir à l'un des coings diceluy et près une des aisles
de la susdicte maison un grand coulombier a pied, et un puys, et de l'aultre
costé une douve a mettre poissons, et au milieu du parterre un bassin de
fontaine maintenant en ruyne dont leau se tiroit cy devant du moulin de
ladicte maison par une pompe”. Toutefois, il ne semble guère possible de
faire coïncider cette énumération avec un plan du XVIIIe siècle, sur lequel
on reconnaît cependant "le puits dans une des cours" et "la douve a mettre
poissons" de autre c6té, c'est surtout la distribution du logis qui pose un
problème, dans la mesure où il est très difficile de localiser la "grande
gallerie" et les "deux grandes salles", quant à l'escalier, il en existe
deux au XVIIIe siècle, mais il est probable que celui à quatre noyaux, logé
dans un pavillon carré dans l'angle à droite, soit le plus ancien. Enfin "la
ventillation de acquisition du Bourgneuf" suivant acquisition faite par le
contrat du 24 mars 1655, non datée, comporte quelques repères chronologiques
"ladite maison du Bourgneuf estoit anciennement une petite maison qui estoit
bornée de plusieurs rues et en laquelle il n'y avoit aucun jardin attenant a
icelle, celuy qui estoit... une rue entre deux, et en... estat elle relevoit
comme... Monsieur l'abbé de Saint Benoist sur Loire. Icelle n’estant a
présent considérable qua cause des acquisitions qu'a faictes feu Mr Le
Ragoix... Et ce qui rend ladite maison considérable c'est les (?)
augmentations qui a faictes ledit feu Le Ragoix, qui a enfermé deux rues
dans son enclos ainsi qu'il se recognoist, le vestibule estoit une rues et
les places que ledit Le Ragoix a acquises, il y a faict bastir la grande
salle, la gallerie et la basse court qui sont de la censive de fief de
Longs". A la suite de difficultés financières et malgré t'adjudication du
domaine, Louise Julie de Coeurs, le 6 mars 1701, la terre et seigneurie du
Bourgneuf fut adjugée à nouveau le 5 février 1710, cette fois au profit
d'Alphonse de Germain de Guérin, chevalier, seigneur de Moulineuf et de
Tiercelieu, lieutenant des gardes françaises du Roy. Le logis ne parait
pas avoir subi de grandes transformations par rapport a l'état de 1655, si
ce n'est qu'on mentionne quatre escaliers. L’état du jardin semble alors
correspondre ce que l'on peut voir sur le plan : "un grand jardin faisant
face aux bastimans composé de parterres a gauche, potager, fruitier (à
droite, longeant la rue), d'un bois planté en forme d'etoille, au bout
duquel est une terrasse". Le dessin du marquis d'Argenson datant de 1752,
nous donne une seconde vision en élévation du bâtiment présentant son état
côté jardin au milieu du XVIIIe siècle. Alors que le domaine était passé à
Henriette Francoise Le Camus à la mort de Germain de Guérin le 14 février
1714, par son mariage en 1721 avec Louis Guy Henri de Valory, c'est ce
dernier qui devient ainsi seigneur du Bourgneuf. On possible pour 1736-1737
les pièces d'un procès entre Guy Louis Henri de Valory et différents
marchands "touchant la clôture de la rue Torse, passant devant le château du
Bourgneuf, et mettant en communication les rues de Lalun et du Sablon, ainsi
que l'autorisation de faire fermer aux deux bouts ladite rue, donnée audit
de Valory par Louis Frangois de Bourbon, prince de Conti, duc de Mercosur et
d'Etampes”. Le 27 mai 1782, Frangois-Marthe-Hubert de Valory rend aveu à
Georges-Louis-Phélipeaux d'Herbault, archevêque de Bourges pour
"premièrement le château et lieu seigneurial du Bourgneuf, situé a Etampes,
faubourg et paroisse Saint-Pierre, consistant en un château couvert
d'ardoises, composé d'un vestibule ayant porte d'entrée sur la cour et une
autre sur le jardin, grand escalier en icelui ; à gauche dudit vestibule, un
grand salon, au bout duquel est un appartement composé d'une chambre,
cabinet de garde-robe, un autre appartement y joignant ; un autre batiment
en aile composé de plusieurs chambres basses et chambres hautes ; à droite
dudit vestibule, un salon à manger, au bout duquel est un cabinet et une
garde-robe, un cabinet servant de bibliothèque, et un batiment en aile,
consistant en une cuisine et un grand commun et un office ; au premier
étage, un grand corridor communiquant a plusieurs chambres et cabinets,
grenier sur le tout ; au midy dudit batiment, un jardin contenant environ un
quartier de terre, et, au nord, la basse cour, consistante en écuries,
vacheries et bûchers couverts de tuilles ; auquel lieu était autrefois un
petit jardin...". L'état estimatif de la terre de Bourgneuf, moulin,
fiefs, fermes, terres et prés et arbres droits en dependants, non daté, mais
qu'il est possible de situer en ou peu après 1782, fournit quelques
précisions chronologiques concernant la basse-cour "avec écuries, remises,
granges et bûcher et un petit jardin derrière les remises. Ladite basse cour
construite sur des portions de terrin cy devant tenues en censive dudit fief
du Bourgneuf et acquises par feu Mr le marquis de Valory, par contrats des 8
may 1736, 19 février 1749, 27 juin 1750 et 10 juillet 1750". Le 27 floréal
an VII (16 mai 1799) a lieu l'estimation du Bourgneuf provenant de l'émigré
Valory. L'acte de vente “au profit du citoyen Saint-Martin qui en a passé
déclaration de commande le même jour au profit du citoyen Prax" date du 7
prairial an VIII (27 mai 1800). Alors que d'après cette visite l'ensemble
parait en bon état, on apprend deux ans plus tard que la maison du Bourgneuf
menace ruine de toutes parts, "si l'on n'obtient promptement la faculté de
rétablir la couverture qui est tout à jour. Une partie des gros murs dans
l'intérieur du principal corps de bâtiment sont déjà tombés, dès Thiver
demier, et bien certainement les autres ne résisteront point aux plaies de
celui dans lequel nous entrons, si les réparations ne suivent de prés la
demande que jen fais". Celte lettre est effectivement accompagnée du "Devis
estimatif des ouvrages urgents à faire pour le rétablissement des bâtiments
du Bourgneuf. Le 21 vendémiaire an X (13 octobre 1801), avis de l'ingénieur
des ponts et chaussées confirme ces informations. On ne dispose d'aucun
document permettant de déterminer l'époque exacte et les circonstances de la
destruction du château, et Léon Marquis ne fournit aucune indication
lorsqu'il évoque les deux ventes de 1821 et 1823, alors qu’en 1881 il parle
du Bourgneuf comme d'un "grand terrain clos de murs”. Cette description
correspond bien la situation en 1827, telle qu'elle apparaît sur le
cadastre. Actuellement, seul le bâtiment qui était l'ancien colombier
subsiste encore.
château du Bourgneuf, impasse Torse, 91150
Etampes, propriété privée, ne se visite pas, vestiges.
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