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Propriété de messire Isaac Arnauld, conseiller au
Conseil d'État et privé du roi Henri IV, intendant des Finances, et de Marie
Perrin son épouse, le château de Corbeville semble avoir été construit vers
1520 par une aïeule de Marie Perrin d'après l'inscription gravée sur une
pierre apposée sur l'un des murs. À cette époque, le château n'était composé
que d'un pavillon qui fut doublé vers 1590 par Isaac Arnauld, chaque moitié
étant surmontée d'une toiture séparée comme celle de deux maisons jumelles.
Après l'avoir sollicitée, le propriétaire recevait le 31 mars 1605 du
seigneur d'Orsay l'autorisation d'édifier quatre tourelles pour augmenter
son logis, avoir des cabinets et garde-robes et pour la sûreté vis-à-vis des
bois taillis qui l'entourent en ce lieu écarté. Son fils, également prénommé
Isaac, conserva la propriété quelques années. En décembre 1631, le domaine
était acheté par Pierre Mérault, écuyer et secrétaire du roi5. Il mourut
sans descendance en 1668 et Corbeville passa en 1675 à l'un de ses neveux,
Abel de Sainte-Marthe. Vers 1660, la double toiture à égout central fut
supprimée, et remplacée par le toit unique. Puis, en 1682, fut accordée une
permission royale d’irriguer les jardins par les eaux de la rigole longeant
la bordure nord du domaine. Celle-ci drainait les eaux du plateau de Saclay.
Ainsi, à la fin du XVIIe siècle, le domaine de Corbeville et son château
avaient pratiquement acquis leur aspect général actuel.
Après plusieurs changements de propriétaires, le domaine fut acquis en 1770
par le baron et la baronne de Schomberg, qui s'y installèrent jusqu'à la
Révolution. Jean Ferdinand César, baron de Schomberg, originaire d'une très
noble famille allemande de Saxe, servait comme officier au Régiment Royal
Allemand ; mis au chômage en 1771 à la suite de restrictions des budgets
militaires, il dut compter sur les revenus de sa femme Anne-Charlotte
Duperrier Dumouriez (sœur du Dumouriez de Valmy) pour vivre selon son rang
et hanter les salons et antichambres, où ses relations pourraient lui faire
retrouver un poste... Madame de Schomberg suivait de fort près l'entretien
de son parc. Les terres agricoles du domaine étaient composées de deux
fermes respectivement de 30 arpents de blé, orge, avoine et arbres fruitiers
pour celle de Corbeville et de 60 arpents, dont une moitié en luzerne et
trèfle pour celle de la Martinière. Quant au parc du château, il était
planté de nombreux fruitiers et de quelques vignes. Les étables de
Corbeville abritaient quelques chevaux, moutons et une dizaine de vaches qui
apportaient une petite source de revenus et contribuait à l'alimentation de
ceux qui vivaient du domaine. À la mort du baron en 1790, son épouse gagnait
la Saxe, faisant donation de ses biens à son fils Xavier qui émigrait en
1792. Déclaré bien national, Corbeville fut placé sous séquestre. Mis aux
enchères, il fut adjugé en janvier 1794 au citoyen Milon, tanneur à
Saint-Germain-en-Laye.
Après la Révolution, les propriétaires se succédèrent. Le domaine fut acheté
en 1816 par M. Jean-François Henri Destors. Il revenait en 1843 à sa fille
Hélène qui avait épousé M. Alexis Vavin, notaire qui deviendra député de
Paris en 1839. Corbeville allait rester propriété de cette famille jusqu'à
la fin du siècle : Madame Alexis Vavin y vécut jusqu'à sa mort en octobre
1897. M. Vavin, dès 1823, se chargeait de l'entretien de la propriété.
Corbeville au cours de ces années, vit passer des visiteurs illustres amis
de la famille Vavin : Hippolyte Taine, Sully-Prudhomme, Lamartine... Une des
œuvres de Louis Clément Faller représente la châtaigneraie. En 1899, le
domaine qui avait été mis en vente par adjudication était racheté par M.
Léopold Appert, commissaire-priseur, puis M. René Appert, antiquaire, en
héritait en 1923. En évoquant cette période, on doit mentionner la grande
comédienne et femme de Lettres Madame Simone. L’endroit lui avait plu, et
sans doute en qualité de locataire, elle emménagea au château en 1932 avec
son époux, le poète et auteur dramatique François Porché. Ils y demeurèrent
jusqu'en mai 1940, et M. Appert, lorsqu'il séjournait à Corbeville, occupait
le pavillon attenant à la ferme. Durant la Seconde Guerre mondiale, comme
beaucoup de belles demeures, il n'a pas échappé au pillage : meubles,
tableaux et autres objets ont disparu... Après la Libération, une
quarantaine d'enfants juifs, dont les parents avaient été déportés, y furent
accueillis par l'Œuvre de Secours à l'Enfance, qui avait loué le château.
Monsieur Appert fut le dernier propriétaire à résider à Corbeville, jusqu'en
1946 environ. Le domaine et le château allaient entrer dans l'ère
industrielle. Après la Seconde Guerre mondiale, il était nécessaire de doter
rapidement la France de laboratoires et surtout d'hommes pour rattraper le
retard pris dans ce domaine fondamental qu’était devenu l’électronique. En
1946, le domaine fut vendu par M. Appert à une société civile dénommée Ferme
de Corbeville qui appartenait à la Compagnie des compteurs. Cette firme
avait commencé diverses recherches, en particulier dans le domaine des tubes
électroniques comme les indicateurs pour le radar. Elle installa quelques
laboratoires dans le château et dans la ferme. La Science et la Technique
pénétraient à Corbeville. Monsieur Dufour réalise un premier tube à mémoire.
Vers 1955, la Compagnie Générale de Télégraphie Sans Fil rachetait le
domaine de Corbeville et allait y implanter son centre de recherches. Le
château accueillit les services administratifs, la partie sud de la ferme,
seule conservée, divers bureaux ; les potagers ont disparu et le parc a vu
pousser un ensemble de locaux de hauteur limitée abritant les laboratoires.
Les activités du Centre furent dès le début conduites en liaison avec de
grands laboratoires ou instituts de recherche (Normale Sup, l'École
polytechnique, CEA, CNRS, Facultés). La CSF devint ensuite la Thomson-CSF.
Toutes ces activités scientifiques et techniques, quittèrent les lieux vers
2005 pour s’établir à quelques centaines de mètres, sur les terrains de
l’École polytechnique.
château de Corbeville 91400 Orsay, appartient à l'Établissement public
d'aménagement Paris-Saclay.
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