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On ne connaît pas l'époque de la fondation du
château du Breuil. D'après la tradition déjà rapportée par M. Jouannet, il
remonterait au VIe siècle. Sans adopter entièrement cette tradition, il ne
faut pas cependant la rejeter complètement; car il me paraît positif que là,
et longtemps avant les constructions actuelles, existait une forteresse. Le
fossé creusé tout autour du château malgré la pente naturelle du
promontoire, est un indice de grande ancienneté. Le souterrain qui sillonne
tout le rocher sur lequel est assise la forteresse, est peut-être un lieu de
refuge ayant précédé et le château et les fossés. Si on laisse de côté les
légendes plus ou moins poétiques dont les anciennes châtelaines, de cet
antique manoir sont l'objet, et qu'on s'en tienne à l'histoire, on trouve
qu'à la fin du XIIIe siècle une dame Dousse d'Aspremont (dona na Doussa),
épouse d'Arnaud d'Espagne, chevalier, était châtelaine du Breuil. On ne sait
si elle tenait ce titre de son chef ou de celui de son mari, qui déjà en
1256 est qualifié de seigneur du Breuil (dominus de Brolio). Ce que l'on
sait, c'est que c'était une femme supérieure et d'une remarquable énergie.
Ayant eu un différend en 1262 avec son voisin, Guitard de Bourg, seigneur de
Verteuil, celui-ci la fit citer pour faire serment sur le fort saint Seurin
(perdevant l'autar deu fort sent Seurin) et prouver ainsi le bon droit de sa
cause; la dame Dousse se disposait à prêter le serment réclamé, lorsque
Guitard de Bourg se départit de ses prétentions. Le château du Breuil était,
dès la fin du XIIIe siècle, un fief dépendant de la seigneurie de Lesparre.
On voit en effet que, le 8 janvier 1289, la dame Dousse passa un acte avec
Ayquem Guilhem, seigneur de Lesparre, par lequel il fut convenu que ce
seigneur et ses successeurs auraient le droit de se servir au besoin de la
forteresse du Breuil. Suivant la coutume générale du pays bordelais, tout
seigneur suzerain était autorisé à user, en temps de guerre, des châteaux
qui étaient de sa mouvance.
Au commencement du XIVe siècle, Arnaud-Bernard de Preyssac (Préchac),
damoiseau, soudan de La Trau, était seigneur en partie du fief du Breuil. Le
10 avril 1310, il rendit hommage au seigneur de Lesparre pour la portion qui
lui appartenait, et il déclara qu'à raison de ce fief, il devait fournir un
écuyer lors de la convocation du ban faite par le roi d'Angleterre. Cet
écuyer devait être pourvu d'un cheval et avoir cinq sous bordelais dans sa
bourse. Il ne devait suivre l'armée du seigneur de Lesparre qu'autant que
dureraient ces cinq sous, et il avait le droit de s'en retourner lorsqu'ils
étaient dépensés. La seigneurie du Breuil était encore, en 1360, dans la
famille du soudan de Preyssac. Mais ce qui prouve que cette seigneurie était
divisée pendant le XIVe siècle entre plusieurs possesseurs, c'est que
Bertrand d'Espagne, damoiseau, fils d'Arnaud d'Espagne, chevalier, mari de
Dousse d'Aspremont, était en 1335 seigneur en partie du Breuil. A la suite
d'un procès la châtellenie de Lesparre et le fief du Breuil devinrent, en
1417-18, la proie des rois d'Angleterre. Ces monarques en faisaient don à
ceux de leurs partisans dont ils avaient le plus à se louer. "C'est ainsi
qu'en 1448, le quart de la seigneurie du Breuil fut abandonné à Pierre de
Montferrand par le comte de Huntington, qui gérait la seigneurie de Lesparre
au nom du roi d'Angleterre". Le 16 avril 1454, après la conquête de la
Guienne par Charles VII, on trouve un Guillaume Andron, chevalier, seigneur
de Lansac, qualifié de seigneur du Breuil.
Si le Temps, de sa faulx impitoyable, avait renversé bien des pierres de
l'ancienne forteresse; si les hommes dans leur haine ou leur brutale
vengeance l'avaient saccagée à plusieurs reprises; si, plus tard, des
modifications y avaient été apportées pour approprier l'habitation à des
besoins plus modernes, du moins l'aspect extérieur avait peu changé depuis
le XIVe siècle. Maintenant, la ruine est consommée. Dans la nuit du jeudi 31
janvier au vendredi 1er février dernier (1861), toute la courtine nord-est
s'est écroulée: c'était cette partie du château qui était habitée par la
famille de M. Fort Pomès. Dans la journée du 31, des craquements sourds et
des mouvements dans les planchers avaient donné l'éveil, et les habitants,
après avoir enlevé à la hâte ce qu'ils avaient de plus précieux, s'étaient
réfugiés dans une petite maison voisine dépendant du château. A minuit,
toute la maison fut réveillée en sursaut par un bruit épouvantable: c'était
un premier écroulement; à trois heures, un second écroulement, suivi du
troisième à sept heures du matin. On crut que trois côtés du château
gisaient dans les fossés, et avant de vérifier le fait, on en fit courir le
bruit dans les environs; la Renommée grossit encore le mal, tripla
l'épaisseur des murs écroulés, et le journal la Guienne publia la
catastrophe sous sa dictée. J'avais étudié autrefois le château du Breuil;
c'était le moment de lui faire une nouvelle visite, et le jeudi suivant
j'assistai au sauvetage de ce qui n'avait pas été complètement écrasé. Les
meubles avaient été brisés en mille pièces par la chute des planchers, le
linge haché dans les armoires, la vaisselle pulvérisée; c'était un spectacle
navrant. Les débris du mur, en poussière dans certains endroits, en gros
blocs compactes dans d'autres, remplissaient le fossé.
Les murailles du Breuil sont construites en bel appareil moyen formant un
étroit revêtement extérieur, renfermant un blocage plus ou moins compact, de
pierres, de cailloux, de terre, de chaux. Lorsque les constructions étaient
soignées et les ouvriers bien surveillés, ce blocage était dur comme le
rocher sur lequel la forteresse s'élevait. Au Breuil, on avait visé à
l'économie, ou les entrepreneurs du XIVe siècle avaient été peu fidèles à
leurs engagements, et le blocage n'avait pas partout la même densité. Le
béton était mauvais; les eaux des toitures s'infiltraient dans les murs
depuis longtemps et les pourrissaient. Le commencement de l'hiver dernier
ayant été très pluvieux, le mois de janvier très froid, la gelée avait
désagrégé le blocage et son revêtement. Au dégel, la débâcle s'est faite; le
moment était venu. Vieux monuments, mœurs d'autrefois, dynasties anciennes,
tout s'écroule en même temps. Par quoi tout cela sera-t-il remplacé? Dieu
veuille que les successeurs des empires ne ressemblent pas à ceux des
monuments!
Description du château du Breuil au XIXe siècle:
Le château du Breuil, situé au sud-est et à 1,500 mètres environ de l'église
de Cissac, occupe l'extrémité méridionale d'un étroit promontoire, au bas
duquel coule un ruisseau qui, après avoir arrosé la vallée, dominée d'un
côté par le château Lafitte et de l'autre par celui de Cos-d'Estournel, se
jette dans la Gironde, à 4 kilomètres environ au-dessous de Pauillac. Pour
isoler le rocher sur lequel s'élève le château, un fossé (plan ci-dessous en
A), large en certains endroits de 20 mètres, a été creusé en forme de
demi-cercle dont les extrémités vont rejoindre le ruisseau, l'une dans le
bief d'amont et l'autre dans celui d'aval d'un moulin (en K) dont les
fondations sont très anciennes. Les eaux, arrêtées par la vanne, débordaient
dans les fossés et rendaient ainsi la forteresse inaccessible. Les terres et
les pierres du fossé ont été rejetées en dehors sur les flancs du
promontoire, et ont formé, au nord-ouest, un vallum (en B) un peu moins
élevé que la cour du château, et au sud-est, une espèce de cour extérieure,
grande barbacane séparée elle-même du plateau par une coupure maintenant en
partie comblée, et qui suivait la direction tracée sur le plan par deux
lignes pointillées. Une partie de la terre a également été rejetée en dedans
pour exhausser le sol de la basse-cour (en D), plus bas cependant que
l'emplacement des constructions principales. Des bâtiments, dont la plupart
doivent dater du XVIe siècle, occupent l'entrée du promontoire et empêchent
de voir si d'anciens travaux de défense avaient été établis (en E). Le parc
avait été entouré de murs, percés d'embrasures au XVe siècle. Sur l'escarpe
du fossé de la barbacane (en C), vers l'est (en L), s'élevaient des murs
épais d'un mètre environ. Je n'ai pu voir s'ils en faisaient le tour.
On entre maintenant dans cette enceinte par un pont peu ancien (F). Pour y
arriver plus facilement, on a comblé le fossé de la barbacane sur lequel
devait exister un passage dont les murs, déjà signalés en L, devaient
défendre l'entrée. De là, on longeait la contrescarpe du fossé jusqu'au
point A, où l'on trouvait un pont composé de deux arches, qui traversait le
fossé et permettait d'entrer dans la basse-cour D. Ce pont devait être en
pente fort rapide, car le sol de la cour est bien plus élevé que celui de la
barbacane; peut-être aussi était-il interrompu par des degrés. Cette cour,
irrégulière de forme, est entourée de murs renforcés dans leurs parties
faibles par des contreforts. La chapelle était en M. On trouve çà et là des
fondations de murailles; mais des fouilles pourraient permettre de bien en
tracer la direction. Le château proprement dit forme une masse de
constructions à peu près carrée surmontée autrefois de créneaux et de
mâchicoulis. Les créneaux n'existent plus, mais la plupart des consoles des
mâchicoulis subsistent encore et forment une charmante couronne au sommet de
ces sévères murailles. Des contreforts plats s'avancent sur les murs
nord-ouest et sud-est; le contrefort saillant du sud-ouest est plus moderne.
Les deux angles est et nord sont empâtés par deux tours pentagones peu
saillantes. Elles étaient primitivement plus hautes que les courtines, mais
elles ont été rasées depuis à leur niveau; c'était plutôt des échauguettes
que des tours. Les deux autres angles n'ont pas de tours saillantes. Celui
du sud est occupé, au premier, par une cage d'escalier à vis établi sur un
trompillon et qui sert à monter sur les chemins de ronde au-dessus des
courtines.
Toute la partie du château tournée vers le sud-ouest a été si souvent
restaurée, qu'il est très difficile de retrouver les anciennes constructions
sous les réparations successives. Nous avons vu comment primitivement on
entrait dans le château et comment on a fait ensuite une arrivée plus
commode. C'est vers la fin du XVIe siècle que cette dernière disposition a
été prise; alors on a établi devant la tour, qui recouvre la porte, un
perron composé d'une dizaine de marches, pour arriver au niveau du seuil de
cette porte; primitivement, on n'y arrivait sans doute qu'au moyen d'un
escalier mobile, qu'on pouvait enlever dans les moments de danger. La porte
s'ouvre sous un linteau droit appareillé, soulagé par un arc de décharge en
plein-cintre, qui dessine à l'extérieur la voûte du couloir. Là était une
première porte, dont les vantaux, au lieu de rouler sur des gonds, étaient
munis, en haut et en bas, de deux pivots; celui du haut entrait dans un
vigoureux anneau de fer, et celui du bas s'enfonçait dans un trou pratiqué
dans une forte plaque de même métal appuyée sur l'extrémité du seuil. A la
suite du premier couloir venait un arc bombé, précédé d'un assommoir
desservi par le premier étage de la tour. Contre cet arc s'appuyait une
seconde porte, qui roulait sous une voûte bombée. Dans ce second couloir,
mais assez loin de la porte, on avait établi une barre qui glissait dans
l'épaisseur du mur. Les vantaux de la porte datent du XVIe siècle ; ils sont
munis d'un guichet, dans lequel on ne peut passer qu'en se courbant en deux.
Si après avoir franchi cette porte on traverse directement la cour, au
milieu de laquelle existe un puits profond creusé dans le roc, on trouve,
dans un redan du mur, une petite porte ogivale par laquelle on entre dans un
réduit (C) servant maintenant de latrines.
Une meurtrière est percée en face de la porte. Une autre meurtrière coupe le
tir de la première à angle droit; celle-ci s'ouvre dans un retrait peu
profond ménagé dans le mur. Sous la première meurtrière, et jusqu'au fond de
ce retrait, existe une porte en cintre bombé. Au premier étage, un ancien
moucharaby, ayant servi plus tard de latrines, abandonnées maintenant,
protégeait cette poterne; car c'était bien une poterne, pour la protection
de laquelle on avait accumulé tous ces moyens de défense. Elle ne
communiquait pas avec le rez-de-chaussée du château, mais probablement avec
un souterrain qui sillonnait tout l'intérieur du rocher sur lequel il
s'élève. L'entrée de ce souterrain est au fond d'une grande antichambre
voûtée en plein-cintre, sous le perron de la façade et du même temps que ce
perron. La porte ancienne est ogivale. Après l'avoir franchie, on passe dans
un couloir en pente très rapide et recouvert d'une voûte en berceau ogival;
au bout de ce corridor, on trouve le rocher dans lequel a été creusé le
souterrain, large de 1m50 environ. Dans certains endroits, on a ménagé des
chambres carrées, puis de petits couloirs secondaires dans lesquels il est
maintenant impossible de pénétrer. Un paysan de la localité, qui est entré
dans l'un d'eux autrefois, m'a dit y avoir trouvé des chambres pareilles à
celles qui sont dans le corridor principal, au plafond duquel, et vers le
milieu du château, est un orifice servant à renouveler l'air. On dit que ce
souterrain se prolonge jusqu'au bourg de Cissac, et qu'il avait été creusé
par les ordres de la dame Dousse, qui se rendait ainsi à couvert dans
l'église où elle avait fait des fondations.
Je crois qu'il n'existe que sous le château, qu'il lui est bien antérieur,
et qu'il servait de passage pour entrer dans les fossés par la poterne
signalée plus haut, qui devait se trouver à l'autre extrémité du souterrain.
Des fouilles seules pourraient résoudre le problème. Il est probable que
c'était autrefois un lieu de refuge, comme celui de Lugasson. Les souterrain
sont donné lieu aux histoires les plus saugrenues, aux légendes les plus
fantastiques, et aux traditions les plus extravagantes qu'il soit possible
d'imaginer. Tous les châteaux, tous, tous les couvents, toutes les églises,
toutes les tours, ont, pour les populations qui les avoisinent, leur
souterrain dont on montre les portes murées, qu'on signale en frappant du
pied sur la terre qui résonne; qui réunissent deux forteresses éloignées de
plusieurs lieues, traversant des montagnes, des ruisseaux, des rivières, ou
dont l'ouverture extérieure est à une grande distance du point de départ. Si
ces souterrains ne sont pas habités par des êtres surnaturels, ils cachent
d'immenses trésors; mais jamais ou presque jamais personne n'y est entré, ou
ceux qui en ont eu le courage sont morts depuis très longtemps. Je suis loin
cependant de nier l'existence des souterrains, mais ils sont bien moins
nombreux et surtout moins étendus qu'on veut bien le croire. Bien souvent le
souterrain n'est qu'une simple cave, ou un passage d'une tour dans une autre
tour du même château; quelquefois aussi il conduit d'une ville dans un
château qui lui est contigu.
Lorsqu'en 1345, Gautier de Mauny vint à Bervich pour reprendre le château
sur les Écossais, il commença par employer des mineurs: "Cils mineurs
n'eurent guère miné, quand par-dessous les murs ils trouvèrent uns beaux
degrés de pierre qui avaloient aval et remontoient contre mont par-dessous
les murs de la ville, et alloient droitement au chatel". Parfois les
souterrains étaient des galeries percées dans l'escarpe et un peu au-dessus
du niveau du fond du fossé; "elles permettaient de reconnaître et d'arrêter
le travail du mineur qui se serait attaché à la base de l'escarpe". À
Arques, "ces galeries souterraines prennent entrée sur certains points de la
défense intérieure, après de nombreux détours qu'il était facile de combler
en un instant, dans le cas où l'assaillant aurait pu parvenir à s'emparer
d'un de ces couloirs". Il arrivait parfois aussi que les souterrains partant
d'un château avaient leur ouverture extérieure dans la campagne. En 1388, un
Basque, nommé Espagnolet, qui tenait le parti des Anglais, s'étant emparé
par escalade du château de Cremale, dans les environs de Toulouse, le garda
près d'un an. "En ce terme que il le tint, il fit une croute en terre qui
vuidoit aux champs et entroit en la salle; et quand elle fut faite (c'était
un ancien souterrain que il ne fit que réparer), il enterra dessus et y mit
les quarriaux, et ne sembloit pas qu'il y eût allée dedans terre". Pendant
ce temps, le sire de Cremale fit offrir une somme d'argent à Espagnolet pour
le rachat de son château. Lorsque le souterrain fut terminé, le Basque
accepta, reçut une somme de deux mille francs et partit avec tous ses gens.
Quinze jours après, il pénétra par le souterrain au milieu de la nuit,
reprit le château et le châtelain, qu'il rançonna pour deux autres mille
francs, et garda la forteresse. Il peut donc se rencontrer, mais fort
rarement je crois, des souterrains assez loin de toute habitation.
Quoi qu'il en soit et jusqu'à preuve du contraire, nous ne pouvons admettre
que le souterrain du Breuil ait une autre issue que celle de la poterne. Une
autre poterne paraît avoir existé. Revenons au rez-de-chaussée. La porte
d'entrée franchie, on trouve à gauche une grande salle qui devait servir de
magasin. On y entre par une grande porte ogivale. A droite, on trouve un mur
qui fermait les appartements de ce côté, divisés en trois salles par des
murs percés de portes ogivales. En étaient d'autres appartements maintenant
ruinés, mais dont l'existence est signalée par des cheminées anciennes et
des corbeaux destinés à supporter les poutres des planchers. D'autres
appartements occupaient peut-être le fond de la cour, ou d'étroites et
longues fenêtres pouvaient aussi servir de meurtrières. Dans le bas de l'une
d'elles a été établie une gargouille par où s'écoulent les eaux pluviales
qui tombent dans la cour. On monte maintenant au premier étage par un grand
escalier très ancien, mais non de l'époque primitive; il monte en rampe
droite jusqu'à la hauteur du premier étage, où, à gauche, on trouve une
porte qui passe dans les appartements du nord est, et, à droite, une galerie
sur un arceau bombé qu'on traverse pour entrer dans les appartements du
sud-ouest, qui ont été tout à fait dénaturés. De petits cabinets ont été
ménagés dans les tours des angles. Le premier étage de la tour qui recouvre
la porte a trois meurtrières percées à l'intérieur sous un arc en
plein-cintre, présentant à l'extérieur une simple fente verticale. Une de
ces meurtrières est sur la façade de la tour; les deux autres, très près des
courtines, prenaient en flanc ceux qui s'approchaient du pied des murs.
Il n'y a pas de deuxième étage. Le linteau de la porte qui conduit dans
l'escalier par lequel on monte sur le chemin de ronde est orné de moulures
employées vers la fin du XIVe siècle et le commencement du XVe, ce qui nous
fait penser que cette porte est le produit d'une restauration, car les
parties intactes de cette forteresse ont le caractère de celles élevées dans
nos contrées dans la première moitié du XIVe siècle. Le chemin de ronde
était dallé; un chéneau en faisait le tour, comme à Roquetaillade, et
rejetait les eaux des toitures par des gargouilles. Les créneaux n'existent
plus; ils ont été remplacés sur la façade par une laide balustrade. Le sol
de la chambre de la tour de façade étant bien plus bas que celui du chemin
de ronde, on y descend au moyen d'un escalier droit composé de huit marches.
Les meurtrières de cette tour sont à sections carrées à l'intérieur et
cruciformes en dehors, et placées juste au-dessus de celles du premier
étage; elles concouraient par conséquent à la même défense. Ces meurtrières,
fort petites, ont à l'intérieur 0mo6 de large et 0m80 de haut. On ne
rencontre pas dans ce château de meurtrières semblables à celles de
Roquetaillade ou de Villandraut; elles sont bien plus petites. Nous en
verrons dans le même genre à Fargues. Dans l'angle nord-ouest, il en existe
qui ne sont pattées que dans le bas. Le sommet de la tour paraît avoir été
garni de hourds. Le château du Breuil, quoique très petit, est, par la forme
de son plan, une des forteresses les plus intéressantes de la Gironde. On
avait trouvé moyen de rassembler, dans un espace restreint, un logement fort
convenable; les chambres étaient petites, mais nombreuses. La défense devait
en être très facile; elle était toute ou presque toute portée au sommet des
murs, car on ne voit de meurtrières ni au premier étage ni au
rez-de-chaussée, si ce n'est près de la porte et de la poterne. Si comme
forteresse féodale le château du Breuil offre un grand intérêt, il se
recommande également à ceux qui recherchent avant tout la beauté du paysage.
Situé dans une des contrées les plus fertiles du Médoc, il domine, d'un
côté, une charmante vallée arrosée par un ruisseau bordé d'aulnes et de
saules, tandis que vers le plateau des chênes séculaires et de jeunes
ormeaux, qui croissent sur le vallum et dans les fossés, le cachent en
partie sous leur feuillage touffu. Aussi n'est-ce que pendant l'hiver, de
fort près et en supprimant quelques arbres, qu'on peut voir la façade
postérieure. (1)
château du Breuil 33250 Cissac-Médoc, propriété
privée, ne se visite pas, vestiges.
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