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L'histoire du château est étroitement
liée à celle du château voisin de Pichon-Longueville qui appartient à la fin
du XVIIIe siècle à Joseph de Pichon-Longueville. Sa fille Virginie épouse le
27 mai 1818 Henry Charles, chevalier de Lalande. L'année suivante, son fils
Raoul se marie avec la sœur d'Henry,
Marie-Marthe-Armande-Félicité-Pétronille de Lalande. A la mort de Joseph de
Pichon-Longueville, le 6 décembre 1849, les terres viticoles sont réparties
entre ses enfants : les augmentations et diminutions du cadastre indiquent
la construction nouvelle d'une maison pour les dames de Pichon et de Lalande
en 1851. C'est semble-t-il à Virginie que l'on doit l'initiative de
construire cette maison face à la demeure familiale existante au lieu-dit
Baderne. Son mari aurait suggéré comme modèle l'hôtel de ses parents à
Bordeaux, l'Hôtel de Lalande, actuel musée des Arts Décoratifs. Le château
devient le centre d'un nouveau domaine qui compte 42 hectares en 1858. Dans
le château sont conservées plusieurs toiles peintes, notamment quelques
tableaux signés de la main de Sophie de Pichon-Longueville, sœur de
Virginie, qui fréquenta à Paris l’atelier du peintre François Gérard. Il
s’agit de portraits, notamment celui de son beau-frère Henri de Lalande,
ainsi que des paysages, parmi lesquels une vue de Lucerne et le col du
Saint-Gothard, exécutés en 1820 et 1821. En 1823, elle rejoint l’ordre de
Sainte-Anne de Würzburg en Bavière : la Crucifixion, conservée dans l’église
de Pauillac, est d’ailleurs signée "La Comtesse Sophie de
Pichon-Longueville, chanoinesse, Genève, 16 novembre 1835". Elle est
également l’auteur d’un recueil de Poésies fugitives, qui témoignent de sa
sensibilité et de son romantisme.
L'édition de 1850 de l'ouvrage de Cocks ne mentionne qu'un seul domaine,
celui de Pichon de Longueville ; en revanche, l'édition de 1868 fait bien la
distinction entre le château de Pichon Longueville appartenant à la baronne
de Pichon-Longueville, produisant 50 à 60 tonneaux, et le château
Pichon-Longueville appartenant à la comtesse de Lalande, produisant 30 à 40
tonneaux. La planche photographique de l'album d'Henry Guillier donne des
indications sur les dépendances qui accompagnaient la demeure et qui ont en
partie disparu aujourd'hui : chai, cuvier, écuries avec pigeonnier,
orangerie. On note également la présence d'une tour crénelée qui pouvait
servir de citerne. Un courrier de l'architecte Henri Duphot daté de juin
1856 mentionne les chais et le cuvier en cours de construction. Par
ailleurs, la construction d'un atelier de tonnellerie est mentionné en 1853
dans le registre des augmentations et diminutions du cadastre ; une écurie
et une remise sont édifiées en 1860. En 1925, le château est acheté par
Édouard et Louis Miailhe ; en 1978, la fille d’Édouard, May-Eliane de
Lencquesaing, en hérite : elle réalise de nombreux aménagements dans les
années 1980 : en 1979-1980, un espace de stockage et de conditionnement de
1000 m² à l'entrée de la propriété, en 1981-1982, la prolongation du premier
chai souterrain datant de 1969, en 1983-1984, l'aménagement de l'orangerie
et l'extension de la terrasse panoramique, en 1985-1986, la réalisation de
deux cuviers, en 1986-1988, la création d'un nouveau chai souterrain et la
restauration du château dont la réalisation est confiée à Bernard Mazières,
en 1988-1989, le réaménagement du parc. Elle présente également sa
collection de verres dans une des salles du château. Depuis 2007, le domaine
est entre les mains de la Maison de Champagne Louis Roederer. Un nouveau
cuvier est construit en 2015-2016 ; les bâtiments de stockage et les bureaux
sont reconstruits en 2016-2017. Le château conserve une collection de
tableaux, parmi lesquels certains sont signés de la main de Sophie de Pichon
Longueville. On trouve également un portait de la comtesse par Alexis
Nicolas II Pérignon, daté 1858. L'ancienne propriétaire, May-Eliane de
Lencquesaing, a également réuni une collection de verrerie (plus de 700
pièces).
Les bâtiments sont situés le long et à l'est de la route Bordeaux-Pauillac.
Ils se composent d'une demeure, entourée d'un jardin et de bâtiments de
dépendance au nord. Le logis à étage carré et étage de comble comprend un
corps principal formé de cinq travées et encadré de deux pavillons d'une
travée. Sur la façade occidentale, le rez-de-chaussée surélevé et la porte
principale sont accessibles par un escalier en fer à cheval. La travée
centrale est délimitée par des tables décoratives étroites et en
renfoncement et surmontée d'une lucarne à front triangulaire et volutes.
L'album photographique d'Henry Guillier, du début du XXe siècle, permet
d'observer qu'une marquise surmontait la porte d'entrée. Les baies
présentent un chambranle mouluré. Allèges et dessus de baies sont traités en
léger ressaut formant des tables décoratives. Outre la lucarne principale,
la toiture en ardoise du corps de logis principal est dotée de deux autres
lucarnes plus petites, également à fronton triangulaire et volutes, que l'on
retrouve aussi sur chacun des pavillons. De hautes souches de cheminées en
pierre de taille sont reliées à la toiture par des tirants métalliques. La
façade orientale donnant sur l'estuaire de la Gironde se distingue de la
façade occidentale par la tour circulaire greffée en son centre. Cette tour,
coiffée d'un toit conique en ardoise, abrite un escalier en vis. Elle est
percée de fenêtres aux appuis saillants soutenus par des consoles sculptées
et surmontées d'une corniche moulurée. Les intérieurs sont organisés avec un
niveau de soubassement abritant la cuisine et peut-être un caveau. Au
rez-de-chaussée et à l'étage, un long couloir régnant sur toute la largeur
du logis, à l'est, dessert les différentes salles et chambres. L'ensemble a
été redécoré au début du XXIe siècle. Les bâtiments de dépendance situés au
nord de la demeure sont composés des anciennes écuries avec une tourelle
carrée ayant abrité un pigeonnier : l'ensemble a été réaménagé en bureaux.
Le cuvier du 19e siècle présente encore sa façade pignon en moellons avec
deux niveaux bien visibles, indiquant une organisation de type "cuvier
médocain". On y trouve aujourd'hui des cuves en béton, tandis qu'un cuvier
inox lui a été adjoint. Le chai souterrain présente des voûtes en béton
coffré et des arcs surbaissés reposant sur des files de colonnes. Une salle
de réception offre une belle vue panoramique sur la Gironde. Cet ensemble
est en cours de transformation : une grande partie des aménagements des
années 1980 seront détruits pour aménager de nouveaux espaces.
château Pichon Longueville Comtesse Lalande 33250 Pauillac, tel. 05 56 59
19 40, propriété vinicole.
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