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Forteresse du Moyen-âge devenue
château à la Renaissance, Montmort est un des plus beaux monuments
historiques classés de Champagne. Ce fut au XIIe siècle que fut bâti le
château féodal dont quelques parties subsistent encore dans les bâtiments
servant à l'habitation des jardiniers et à divers services accessoires. Le
château actuel, d'après cette version, serait l'ancien donjon remanié et
percé de hautes fenêtres au cours des XVIe et XVIIe siècles. Construit tout
en briques, sauf les chaînes de pierres et les encadrements des baies, il
consiste en un massif carré, cantonné de tourelles et surmonté d'un comble
très élevé que couronne un belvédère surmonté d'une girouette. L'escalier
qui y mène compte 154 marches. Établi sur une terrasse haute d'environ vingt
mètres au-dessus du niveau de la cour des communs, le château domine
fièrement la campagne d'alentour. Chacun de ses quatre côtés fait face à une
des routes qui aboutissent à Montmort venant d'Epernay, d'Orbais, d'Etoges
et de Champaubert. La porte principale, celle qui met le château ou plutôt
la cour des communs en communication directe avec le pays, se trouve dans
l'axe de la route d'Orbais. On pénétrait dans cette première enceinte par un
pont-levis jeté sur des fossés profonds et protégé par des ouvrages avancés
dont on voit encore quelques vestiges. Cette entrée a perdu, en 1832, son
imposant appareil militaire. On a remplacé la voûte sévère d'autrefois et
l'ancienne courtine munie de ses rainures et de son treuil par une
construction en briques avec tourillons en encorbellement, portail et
fenêtres à ogives dans ce goût pseudo gothique que le romantisme troubadour
de la Restauration avait malheureusement propagé et qui joint la prétention
à la vulgarité. On oublie vite ce petit désenchantement aussitôt qu'on a
franchi cette première clôture. On voit alors s'élever devant soi un mur
d'une hauteur prodigieuse formé de roches naturelles taillées à pic et
reliées par des maçonneries de briques. Un épais manteau de lierre le revêt
entièrement. Ce mur soutient l'esplanade sur laquelle se dresse l'édifice et
se termine à gauche par une tour quadrilatérale armée d'un angle très aigu.
C'est par cette tour, engagée dans la terrasse jusqu'à sa partie supérieure,
qu'on arrivait au terre-plein du château au moyen d'une rampe, voûtée et
pavée en briques sur champ, praticable aux cavaliers et même aux voitures.
Cette rampe tourne autour d'un noyau central, contenant lui-même un escalier
qui débouche sur une plate-forme pourvue de parapet, créneaux et
mâchicoulis, et continue à monter encore quarante pieds plus haut en une
svelte tourelle issant de la plate-forme et sur le sommet de laquelle devait
se tenir une sentinelle de guet. Cette tour a conservé sa vieille porte de
fer, signalée par Victor Hugo dans ses Lettres sur le Rhin, elle est encore
munie de son armature ancienne.
Il va sans dire que les voitures ont abandonné depuis longtemps cette voie
peu commode et font plus volontiers un long circuit dans le parc pour
arriver à un second pont-levis établi au-dessus des fossés garnis de
balustres qui règnent devant la façade sud-est, du côté des pelouses et des
jardins. Une petite porte, où la Renaissance a semé ses plus jolis caprices,
se présente alors au touriste. C'est l'entrée principale de l'habitation.
Elle est munie d'un délicat pendant de sonnette en fer forgé et ajouré.
Au-dessus de cette porte, la date de 1377, surmontée de l'écusson en losange
de Jeanne d'Hangest: d'argent à la croix de gueules chargée de cinq
coquilles d'or. Sur la façade nord-ouest se trouve l'entrée de la cuisine,
voûtée comme toutes les pièces du rez-de-chaussée. Sur la clé d'où fusent
les arcs d'ogive, on lit le millésime 1577, date de l'achèvement des travaux
de réfection du château. Une vaste cheminée soutenue par deux grosses
colonnes pouvait abriter sous son manteau protecteur les victuailles les
plus formidables. C'est à tort que certains auteurs prétendent que cette
salle n'était pas primitivement une cuisine, mais un vestibule chauffé. Un
puits de trente mètres de profondeur qui existe dans cette pièce et pourvoit
aux besoins du château dément cette supposition et atteste qu'elle a
toujours été destinée à son usage actuel. A gauche et à mi-hauteur de
l'escalier qui conduit aux appartements du premier étage, on rencontre la
chapelle installée plus que modestement, dans la tourelle de l'est: puis on
arrive à la salle des gardes qui règne tout le long de la façade sud-est et
jouit d'une vue splendide sur les parterres et la campagne. A l'extrémité
opposée à la porte d'entrée, une cheminée monumentale attire le regard. Elle
est surmontée d'un portrait peint du roi Henri III qu'entoure un cadre de
pierre richement sculpté accompagné de deux belles statues en pierre du plus
beau caractère Renaissance, figurant la Justice à gauche, et l'Abondance à
droite avec leurs attributs respectifs. On fait honneur de cette oeuvre
harmonieuse à Jean Goujon, mais sans fournir aucun argument décisif à
l'appui de cette attribution. Dans l'angle, à gauche de la cheminée, s'ouvre
la porte du cabinet dit de Sully qui occupe la tourelle sud. A droite de la
cheminée se développe, en retour d'équerre, le salon qui communique avec les
appartements particuliers.
Ce n'est qu'à partir de la fin du XIVe siècle que l'on peut suivre la série
des seigneurs qui possédèrent le château de Montmort. Des pièces établissent
qu'il appartenait en 1389 à Jeanne des Noyers, fille de Marie de Chastillon
et de Miles, seigneur des Noyers et de Vandoeuvres. Il passa par alliance de
la maison des Noyers à la maison d'Hangest vers 1396 et resta pendant
plusieurs siècles dans cette puissante famille. Nous voyons, dans l'église
de Montmort, divers témoignages de la longue possession des seigneurs d'Hangest.
Une notice, insérée à l'Annuaire du département de la Marne, pour 1851,
donne la suite des sires d'Hangest qui se succédèrent à Montmort et les
alliances qui transmirent le domaine à des seigneurs de noms différents sans
qu'il sortît pour cela de la descendance des Hangest. Nous n'en donnerons
pas le détail. Il nous suffit d'indiquer l'ouvrage où se trouvent ces
renseignements, et si nous faisons exception en faveur de la fille de Jeanne
d'Hangest, Chrétienne d'Aguerre, épouse de Louis d'Agout, comte de Sault,
c'est parce que ce fut elle qui construisit ou plutôt transforma et acheva,
de 1560 à 1577, le château que nous voyons aujourd'hui. La petite fille de
Chrétienne d'Aguerre, Françoise de Créqui d'Agout, épousa en 1622 Maximilien
de Béthune-Sully qui devint en conséquence seigneur de Montmort. Une notice
anonyme (Montmort, 1852, Paris; Le Normand, rue de Seine 10) n'hésite pas à
affirmer qu'il s'agit là du fameux ministre d'Henri IV; mais Sully avait
déjà 63 ans en 1622. Les deux femmes que nous lui connaissons sont Anne de
Courtenay et Rachel de Cochefilet, veuve du seigneur de Châteaupers; il est
donc plus probable qu'il s'agit de son fils. Cela ne supprime pas la légende
du cabinet de travail de Sully qui n'en dût pas moins être de temps en temps
l'hôte du château; mais s'il aimait à se retirer dans cette petite pièce
circulaire pour s'y livrer à ses travaux, l'auteur de la notice se laisse
emporter un peu loin par l'ardeur de son imagination quand il dit que "le
ministre du bon Roi y médita les sages ordonnances qui contribuèrent à
rendre son maître l'idole de la France", car nous venons de voir que la
terre de Montmort n'advint à la maison de Sully qu'en 1622, et il y avait
douze ans déjà que le poignard d'un fanatique avait frappé le meilleur de
nos rois.
C'est en 1704 que Pierre de Rémont acquit la terre de Montmort. Il est le
chef de la famille qui la possèdait encore à la fin du XIXe siècle. Le
château subit de grands dommages pendant la période révolutionnaire. Victor
Hugo, qui le visita, en 1838, au début de son voyage, sur les bords du Rhin,
fut frappé de son délabrement. Parlant de la magnifique pièce, dont il
admire la cheminée "du plus beau style de Henri III", et le plafond à
poutres peintes et dorées, il dit: "Les murs étaient jadis couverts de
vastes panneaux de tapisserie qui étaient des portraits de famille (ou
paraît-il, des tableaux historiques où figuraient des membres des familles
résidant à Montmort). A la Révolution, des gens d'esprit du village voisin
ont arraché ces panneaux et les ont brûlés, ce qui a porté un coup mortel à
la féodalité. Le propriétaire actuel a remplacé ces panneaux par de vieilles
gravures collées à cru sur lemur... représentant des vues de Rome et des
batailles du grand Condé. Ce que voyant, ajoute assez naïvement le poête,
j'ai donné trente sous à la vieille servante, Mademoiselle Jeannette, qui
m'a paru éblouie de ma magnificence". Le château a été depuis cette époque,
l'objet d'importantes et nécessaires réparations. La partie décorative a été
confiée à Ciceri. La gracieuse ornementation du cabinet de Sully, dont les
lambris peints en blanc sont semés de doubles palmes en or unies par une
couronne, a été exécutée sous sa direction. Il a fait réparer également le
plafond de la salle des Gardes et raviver, en respectant l'ancien dessin, le
décor des solives, où se trouvent répétés, sur fond grès et or, les chiffres
de Jeanne d'Hangest et de Chrétienne d'Aguerre. Sur les panneaux de cette
vaste pièce, Ciceri a fait peindre, en de larges esquisses, des sujets tirés
des estampes bien connues de Sébastien Bourdon: les oeuvres de miséricorde,
comme pour rappeler que les devoirs de charité ont remplacé pour les
châtelains les devoirs de protection militaire que la féodalité leur
imposait: "Exurientes pascere, potare sitienies, hospitio exeipere advesas,
vestire nudos, oegros curare, liberare captivos". Je crois que le bon Ciceri
n'a pas jugé à propos de compléter la série par le "sepelire mortuos", ce
qui n'était pas indispensable dans une pièce susceptible de se transformer,
aux grandes solennités, en salle de fête ou de banquet. Sur une plaque en
marbre noir placée à l'un des angles de la cheminée, on lit en lettres d'or
l'inscription suivante : Auspiciis egregii nec non optimi Ciceri, curante;
L. David pictore (ce David n'a rien de commun, cela va sans dire, avec ses
deux illustres homonymes) hoec atria restituebat, R. de Rémont de Montmort
1852. (1)
Éléments protégés MH: l'ensemble des bâtiments et du parc : classement par
arrêté du 4 octobre 2001. (2)
château de Montmort 51270 Montmort Lucy, tél. 03 26 59 10 04, visite pour
les groupes ( mini 20 personnes ). Location d'une magnifique salle du XVIe
siècle, soutenue par six prestigieuses colonnes de calcaire, c’est l’ancien
théâtre du château réaménagé en salle de réception et de séminaire, située
en limite du parc, cette salle est particulièrement calme et lumineuse. Un
chapiteau peut être dressé sur la terrasse attenant de plein pied à la
salle.
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