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Château de Fléville  (Meurthe-et-Moselle)
 
 

       Sept siècles d'histoire caractérisent le château actuel (1533). Ce magnifique château de style première Renaissance française, adossé à un donjon féodal élevé en 1320, rivalise avec la beauté des châteaux de la Loire. Il est également un des rare château lorrain épargné par Richelieu sur ordre de Louis XIII à l'issue de la guerre de Trente Ans. La façade achevée en 1533, typique de la première Renaissance française, est parcourue par un balcon unique en son genre et reflète l'influence italienne sur la Renaissance Lorraine. Le château a également été souvent comparé à Azay le Rideau pour la pureté de ses lignes. Le château conserve en plus du donjon de 30 mètres, les douves asséchées du château féodal. La cour, ouverte au XVIIIe siècle, est ornée de vases rocailles. L'intérieur de la demeure, entièrement meublé, est ouverte au public, les boiseries renaissance, la chapelle, la salle des États de Lorraine qui présente les Blasons de Lorraine ainsi que la chambre de Stanislas Leszczyński, donnent de la vie à cette bâtisse. Autour du château se découpe un parc labellisé "jardin remarquable". Ce grand parc présente un jardin potager, un verger et une belle roseraie. Le parc était initialement un jardin à la française mais a été partiellement transformé en jardin romantique de 20 hectares. Une balade du parc permet également d'apprécier un trompe l'œil du XVIIe siècle et un belvédère. Le château est habité par la même famille depuis 1812.

Éléments protégés MH: les façades et les toitures du château, du bâtiment des communs du XVIe siècle, y compris son porche, ainsi que des communs du 18e siècle ; les anciennes douves ; le pont, y compris les deux vases se trouvant à l'entrée ; les six vases rocaille décorant le parapet du fossé ; le sol des parterres précédant le pont ; le colombier : classement par arrêté du 2 février 1982. Le parc, y compris l'orangerie, la maison du Jardinier, l'ermitage, le pont de l'Ile, le belvédère et la glacière : classement par arrêté du 10 octobre 1991. Le château en totalité, ainsi que son mur de clôture sur la rue du Château avec ses amortissements en hémicycle côté cour d'entrée et le local incorporé de l'ancien four banal en totalité : classement par arrêté du 26 juin 2007. (1)

Galerie des ducs de Lorraine au château de Fléville:
Les grosses réparations, relatives à la galerie du château de Fléville, ont été ordonnées par M. le général Alexandre-Jean-Maximin comte de Lambel, plusieurs années avant sa mort (1851). Les travaux de peinture et de restauration ont été exécutés, en 1853, selon les plans conçus et dessinés par Madame Marie-Anne Jacqueline de Beaumont Villemanzy, comtesse de Lambel. Ces travaux concernent les boiseries, le plafond, les six grands panneaux, les fenêtres et les quatre dessus de porte. Leur but est de rappeler les gloires de la Lorraine. L'ameublement date de 1854 et 1855. Il a été conçu dans la même pensée historique: le bois et les étoffes reproduisent des attributs, les armoiries de la maison de Lorraine. Les boiseries, composées de diverses essences et spécialement de bois de châtaignier, sont peintes couleur de chêne. Celle peinture à l'huile a été jugée nécessaire à leur conservation. Le plafond offre à l'œil un semis de croix d'or de Lorraine et de Jérusalem sur fond bleu très pâle; les voussures sur fond brun reproduisent les alérions et les barbeaux de Lorraine et de Bar. Aux quatre angles, on voit quatre grandes croix de Lorraine. Entre les voussures et le plafond il règne une large bande de chêne sur laquelle se déroulent six parchemins. On lit sur ces parchemins des paroles mémorables dont on trouvera l'explication dans la suite de ce livret. Les six panneaux, sur un fond damassé brun, offrent aux regards les armoiries des ducs et duchesses de Lorraine avec les variantes de supports, de devises, etc., à partir de Gérard d'Alsace jusqu'à Stanislas le Bienfaisant. Le chapitre premier du livret renferme une notice sur chacun de ces ducs. Les quatre fenêtres du haut sont décorées de verres de couleur, consacrés aux armoiries de seize des principales villes des duchés de Lorraine et de Bar. Le chapitre deuxième raconte quelques faits, relatifs à l'histoire de ces seize cités. Les quatre dessus de porte en grisaille représentent: 1° la Religion; 2° la Guerre; 3° les Lettres et le Droit; 4° les Sciences et Arts. Chacun de ces quatre médaillons entouré de douze noms lorrains. Le chapitre troisième se compose de notions historiques, recueillies sur ces quarante-huit personnages.
Chapitre 1.- DUCS HÉRÉDITAIRES DE LORRAINE: Maison de Lorraine-Alsace
GÉRARD D'ALSACE (1048-1070) HADWIDE DE NAMUR
Gérard d'Alsace, premier duc héréditaire, épousa Hadwide de Namur, petite-fille du dernier Carlovingien. Il eut pour cousin saint Léon IX, évêque de Toul et souverain pontife. Nancy était à cette époque une simple bourgade, et le duc habitait Châtenoy. A un esprit distingué, Gérard d'Alsace joignait l'amour et la pratique de la religion; sa fermeté faisait respecter les lois, sa douceur lui conciliait l'amour des peuples.
THIERRY 1er (1070-1115) GERTRUDE DE FLANDRES
Thierry-le-Vaillant déploya un grand courage dans la guerre de l'empereur Henri IV contre les Saxons. Touché par les prédications de Pierre-l'Ermite, Thierry se croisa; mais la faiblesse de sa santé l'empêcha d'accomplir son vœu: il en fut relevé par le souverain-pontife, et signala par de pieuses fondations les dernières années de son règne.
SIMON 1er (1115-1148) ADÉLAÏDE DE SAXE-QUERFORT
Simon 1er fit le bonheur de la Lorraine et se distingua dans les guerres de Calabre, où il combattit en sa qualité de vicaire de l'Empire. Saint Bernard et saint Norbert, ses amis, venaient à sa cour; l'abbaye de Stultzbronn, ordre de Cîteaux (comté de Bitche) et l'abbaye de Sainte-Marie-aux-Bois, ordre de Prémontrés, fondés par Simon 1er, sont deux monuments de sa piété et de sa vénération pour ces deux grands saints. Après sa mort, la duchesse Adélaïde, sœur de l'empereur Lothaire, prit le voile dans l'abbaye de Tast près Dijon, et devint abbesse de ce couvent.
MATHIEU 1er. (1148-1176) BERTHE DE SOUABE
Beau-frère de Frédéric Barberousse, Mathieu 1er, surnommé le Magnifique, se trouva très souvent mêlé aux affaires de l'empire. Il fortifia ses frontières, se croisa pour la défense des Lieux Saints, et fixa la résidence ducale à Nancy. Dans les dernières années de sa vie, Mathieu 1er, plein de compassion pour les malheureux, nourrissait chaque jour soixante pauvres et les servait de ses propres mains, afin disait-il d'avoir l'honneur de servir Jésus-Christ dans ses membres. Il se confessait chaque semaine et il jeûnait tous les vendredis. Tombé malade à Nancy, il voulut être transporté à l'abbaye de Clairlieu (ordre de Cîteaux): il y expira doucement entre les bras des religieux, le jour de l'Ascension, comme il l'avait ardemment désiré (1176). Ses restes et ceux de la duchesse furent inhumés dans ce monastère.
SIMON II (1176-1205) IDE DE VIENNE
Législateur et guerrier, ce prince dota la Lorraine de sages règlements. Mécontent de l'héritage qui lui était échu en partage, Ferry, son frère puîné, lutta deux fois contre l'autorité de Simon; et deux fois, Simon II, désireux d'assurer le repos de son peuple, consentit à augmenter l'apanage de son héritier présomptif. En 1205, Simon abdiqua en faveur de Ferry; il se retira à l'abbaye de Stulzbronn. Il mourut en 1207, et voulut, par humilité, être enterré à la porte de l'église abbatiale.
FERRY 1er (1205-1207) LUDOMILLE DE POLOGNE
Ce prince abdiqua, peu de temps après son avènement, en faveur de son fils Ferry II.
FERRY II (1207-1215) AGNÈS DE BAR
En montant sur le trône de Lorraine, Ferry II chercha des alliés parmi ses voisins, et fit un traité avec Bertram, évêque de Metz. Son beau-père, Thiébault, comte de Bar, mécontent de cette alliance, attaqua Ferry, le battit et le retint prisonnier pendant sept mois. Ferry II, rendu à la liberté, concourut à assurer la couronne impériale à son cousin Frédéric II, prit la ville d'Haguenau, soumit la plus grande partie de l'Alsace à l'empereur, et mourut à Nancy en 1215, après avoir manifesté sa charité par d'abondantes aumônes.
THIÉBAULT 1er (1213-1220) GERTRUDE DE DASBOURG
Thiébault 1er le Bel prit part aux démêlés entre Othon IV et de Frédéric II, qui se disputaient alors l'empire d'Allemagne; il fit des prodiges de valeur à Bouvines, dans l'armée d'Othon. La perte de cette bataille attira de très grands maux sur la Lorraine. Frédéric attaqua Thiébault 1er le Bel dans Amance, l'emmena prisonnier et demanda 12,000 livres pour sa rançon. Conrad, évêque de Metz, s'étant rendu caution de cette somme, le duc Thiébault 1er revint en Lorraine et y mourut (1220), après une année d'une vie languissante.
MATHIEU II (1220-1250) CATHERINE DE LIMBOURG
Mathieu, frère de Thiébault 1er, se fit remarquer par sa piété, sa sagesse, sa justice et sa libéralité. Son règne fut agité par les tentatives des seigneurs voisins; mais il sut constamment faire respecter son sceptre et ses armes.
FERRY III (1250-1303) MARGUERITE DE NAVARRE
La prudence et la fermeté de la régente Catherine de Limbourg signalèrent heureusement les premières années de ce règne. Plus tard les guerres contre le comte de Bar, le comte de Salm, les Messins, l'empereur d'Autriche et le roi de France Philippe le Bel, occupèrent presque tout le cours de la vie de Ferry. Il mourut à Nancy en 1303. L'histoire rend hommage à son caractère doux et bienfaisant.
THIÉBAULT II (1303-1312) ISABELLE DE RUMIGNY
Trè calme, valeureux, bon pour les pauvres et les faibles, Thiébault II, avant son avènement au trône, avait déjà guerroyé contre l'empereur d'Allemagne. Il voulut soutenir le comte d'Artois contre les Flamands révoltés et fut fait prisonnier. Devenu duc de Lorraine, il eut à lutter contre une ligue des seigneurs: il les vainquit près de Lunéville, réduisit leurs privilèges, pacifia le pays, affranchit les bourgeois qui l'avaient secouru, reçut avec magnificence le roi de France en Lorraine, et vint à Lyon pour assister au couronnement du Pape Clément V. Dans cette ville un grave accident faillit lui coûter la vie: l'écroulement d'un pan de mur lui cassa un bras et une jambe. Ami du soldat, Thiébault aimait à le récompenser quand il en trouvait l'occasion. C'est ainsi qu'à la bataille de Courtray, témoin d'une action d'éclat il descendit de cheval au milieu de la mêlée, embrassa le soldat français qui venait de se distinguer, et détacha de son armure une riche agrafe, garnie de rubis, pour la lui donner.
FERRY IV (1312-1329) ISABELLE D'AUTRICHE
Ferry IV, surnommé le Lutteur à cause de sa force et de son adresse, combattit et vainquit plusieurs vassaux rebelles. Puis il vint au secours de l'empereur d'Allemagne son beau-père, et plus tard du roi de France, et périt le vendredi saint (1329), à la bataille de Cassel, gagnée par les Français sur les Flamands. Sous son règne en 1315, des pluies torrentielles causèrent de désastreuses inondations, et amenèrent à leur suite la famine et des maladies pestilentielles. Ces fléaux enlevèrent à la Lorraine une fraction de ses habitants, quelques auteurs disent le tiers de sa population.
RAOUL (1329-1346) MARIE DE BLOIS
Pendant la minorité de Raoul, Isabelle d'Autriche sut gouverner avec sagesse. Raoul, surnommé le Vaillant, réussit à rapprocher le roi de France et le roi d'Angleterre alors divisés; il vola au secours d'Alphonse, roi de Castille, et se couvrit de gloire a la bataille de Gibraltar; on assure que 200.000 infidèles périrent dans cette journée dont le succès fut attribué au duc de Lorraine. Ce prince Vaillant s'efforça de faire régner la paix dans ses Etats et fut l'idole de ses sujets. Malheureusement les Anglais rentrèrent en Normandie, la France implora le secours de la Lorraine, Raoul répondit à cet appel, et il périt à la désastreuse journée de Crécy. Si tous les combattans, dit un historien, eussent fait comme Raoul, en cette journée, où nul ne fut prins à rançonné à merci, les Anglais n'eussent tenu devant eulx non plus que la perdrix devant l'oiseau de proie"". Raoul avait fondé à Nancy l'ancien Palais ducal ainsi que la Collégiale de Saint-Georges.
JEAN 1er (1346-1390) SOPHIE DE WURTEMBERG
Pendant la minorité de Jean 1er, Marie de Blois, sa mère, tint avec fermeté les rênes du gouvernement. Jean combattit glorieusement avec les Bretons contre les Anglais, et avec les Polonais contre les Sarrasins. Il mourut à Paris, en 1390; son corps fut rapporté à Nancy. On donna, d'après ses dernières volontés, à l'église Saint-Georges, où se firent les obsèques, trois chevaux: l'un en harnais de guerre, l'autre en harnais de joute, le troisième en parement de joute, pour témoigner que tout doit retourner à Dieu. Jean 1er avait fondé dans cette église une chapelle en mémoire de son oncle, le comte de Montfort. Ce vaillant guerrier, tué à la journée d'Auray, fut trouvé sur le champ de bataille avec une haire sous les armes; on attribua plusieurs miracles à son intercession. Dans les intervalles de paix, laissés par ses victoires, Jean s'appliquait à dégager ses domaines, à bannir les abus, à faire fleurir la religion dans ses Etats, et à protéger les faibles, au jugement desquels on le voyait assister souvent. C'était une touchante coutume des gentilshommes, de plaider devant le tribunal des assises la cause des pauvres. Le chevalier choisi par le plaideur indigent se faisait honneur de pourvoir à tous les frais du procès.
CHARLES II (1390-1431) MARGUERITE DE BAVIÈRE
Charles est regardé comme le second, à cause de l'usage peu fondé de compter parmi les ducs de Lorraine Charles de France, oncle du roi Louis V. Charles II, d'un extérieur remarquable, d'un courage extraordinaire, se couvrit de gloire contre les Turcs qui ravageaient la Hongrie. Il fit la guerre en Italie avec l'empereur, son beau-père, et vainquit les Français à la bataille de Champigneules, bien supérieurs en nombre, commandés par le maréchal de Luxembourg. Le maréchal, avant la bataille, avait envoyé à Nancy un héraut, chargé d'enjoindre à Charles II de faire préparer à dîner pour lui et pour les seigneurs de son armée, dans le palais ducal. Il tomba lui-même au pouvoir du prince et entra prisonnier dans la capitale de la Lorraine. Charles II vit avec douleur la bataille d'Azincourt lui en lever la fleur de la noblesse lorraine. Il maria sa fille à René d'Anjou, héritier présomptif du duché de Bar, dans l'espoir de mettre fin aux querelles qui divisaient les deux duchés. Sous son règne, Jeanne d'Arc vint de Domremy-sur-Meuse, à Nancy, et y reçut, par les ordres de Charles II, un cheval et des armes dont elle se servit en sa présence avec une grande habileté. De Nancy, elle se dirigea ensuite vers Chinon, sous la conduite de deux gentilshommes lorrains.
Maison d'Anjou-Lorraine:
RENÉ 1er (1431-1455) ISABELLE DE LORRAINE
Le bon roi René était fils de Louis, roi de Naples, et deYolande d'Aragon. Le cardinal dé Bar lui avait légué le duché de ce nom. Il eut à défendre contre divers prétendants le duché de Bar et celui de Lorraine, qui lui venait par la duchesse Isabelle, fille de Charles II. Le plus redoutable de ses compétiteurs fut le comte de Vaudémont, cousin germain de la jeune duchesse et le plus proche parent mâle du dernier duc. Le bon roi René ne voulait pas reconnaître la loi salique qui n'avait point encore été appliquée en Lorraine. Mais il perdit, contre le comte de Vaudémont et le duc de Bourgogne, la bataille de Bulgnéville. Trois fois blessé, fait prisonnier, enfermé à la tour de Dijon, il n'en sortit, après une longue captivité, qu'en promettant une forte rançon. Il revint une première fois dans ses États, pour convenir du mariage de Yolande, sa fille aînée, avec Féry, fils du comte de Vaudémont; mais ne pouvant fournir la somme exigée par son ennemi, il retourna en prison, conformément à la parole qu'il en avait donnée. Après la mort d'Isabelle de Lorraine (1453), le roi René abdiqua en faveur de son fils Jean. Il passa le reste de sa vie en Anjou ou en Provence, se livra à son goût pour les lettres et les arts, et composa des œuvres publiées par le comte de Quatrebarbes. Il excellait à peindre des miniatures; il était doux, patient, charitable, modéré dans la prospérité et d'une constance inébranlable dans les nombreux revers qui signalèrent sa vie.
JEAN II (1453-1470) MARIE DE BOUftBON
Jean II était héritier des droits de René sur le royaume de Naples. Mais par deux fois ce royaume lui échappa; il voulut alors tourner ses efforts vers l'Aragon. En Lorraine, tous les ordres de l'État firent éclater à cette occasion leur amour pour leur duc; tous contribuèrent aux frais de l'expédition. La noblesse prêta des sommes considérables; les dames n'hésitèrent pas à en gager leurs pierreries et on vit des femmes du peuple se défaire d'objets de quelque valeur pour en offrir le prix à Jean II. Il soumit en moins de trois mois toute la Catalogne; ce prince marchait en Aragon de triomphe en triomphe, quand il mourut à Barcelone, à l'âge de 45 ans, presque aussi regretté de ses nouveaux peuples que de ses anciens sujets.
NICOLAS D'ANJOU (1470-1475)
Ce prince, fils de Jean II, parut à peine en Lorraine pendant son règne; il avait été fiancé d'abord à la princesse Anne de France, puis à Marie de Bourgogne, mais il mourut subitement à Nancy avant d'être marié. Il n'avait que 25 ans !
maison de Lorraille-Vaudémont:
RENÉ II (1475-1508) MARIE D'HARCOURT - PHILIPPE DE GHELDRES
Petit-fils de René 1er par sa mère Yolande, et fils de Féry, comte de Vaudémont, René II, surnommé le Victorieux, monta sur le trône de Lorraine à l'âge de 22 ans. Il eut à lutter contre Charles le Téméraire et fit alliance avec Louis XI; mais le roi de France ne tint pas ses promesses, et René, après de brillants succès essuya plusieurs revers. Toutefois, il ne tarda pas à gagner la célèbre bataille de Morat, puis la bataille plus décisive de Nancy qui coûta la vie au duc de Bourgogne (5 janvier 1477). Le corps de Charles le Téméraire fut retrouvé dans l'étang St-Jean; une croix de Lorraine indique le lieu où il fut découvert. Les habitants de Nancy, assiégés par le duc de Bourgogne, réduits aux dernières extrémités, avaient épuisé toutes les provisions de guerre et de bouche, ils se nourrissaient d'animaux domestiques; avec les squelettes de ces animaux ils formèrent une sorte de trophée devant le palais du duc, en témoignage de leur fidélité. René entra triomphalement dans sa capitale, le soir, à la lueur des flambeaux et au son de toutes les cloches. Il n'avait que vingt six ans. Il ordonna de magnifiques funérailles en l'honneur de son redoutable ennemi, et ne put s'empêcher de le pleurer. Il fit construire l'église de Notre Dame de Bon Secours, appelée d'abord chapelle des Bourguignons, près d'une fosse, qui servit de sépulture à 5,900 hommes tués à la bataille de Nancy. René mourut en 1508, au château de Fains, près de Bar. Il avait épousé en premières noces Jeanne d'Harcourt; il s'allia ensuite à Philippe de Gheldres: cette princesse fut mère de douze enfants, parmi lesquels on remarque le duc Antoine et Claude de Lorraine, tige de la branche des ducs de Guise. Elle mourut au couvent des religieuses Clarisses de Pont-à-Mousson.
ANTOINE (1508-1544) RENÉE DE BOURBON
Ce prince, appelé le bon duc Antoine, était si aimé de ses sujets que son portrait se trouvait dans presque toutes les maisons. Une éducation solidement chrétienne avait développé la vertu et la piété dans son cœur. Son père s'était associé les hommes les plus distingués, les maîtres les plus habiles pour l'instruire et l'élever. Il répétait très souvent à Antoine les paroles de la reine Blanche à saint Louis: "Mon fils, j'aimerais mieux vous voir mort que coupable d'un seul péché mortel. La douceur, la bonté la plus compatissante s'alliaient dans son âme à l'énergie et à la bravoure. Il se couvrit de gloire en arrêtant dans les plaines de Saverne 40,000 Allemands luthériens qui menaçaient d'envahir la Lorraine. Il les poursuivit avec vigueur, resta seize heures à cheval, et se contenta d'un œuf pour toute nourriture, parce que le combat se livrait un jour d'abstinence, et qu'il n'y avait pas d'autre aliment maigre. Allié de François 1er et de Charles-Quint, Antoine sut ménager ces deux rivaux qui ensanglantaient alors l'Europe, et obtint, de concert avec le souverain pontife, une trêve de dix ans entre les deux monarques. Antoine mourut à Bar en 1544. Il recommanda à son fils le zèle de la gloire de Dieu et la conservation de la foi catholique dans ses États. La nouvelle de sa mort produisit la plus douloureuse impression: on s'assemblait dans les villes et les villages pour pleurer un si bon prince. Antoine avait épousé Renée de Bourbon. A son entrée en Lorraine, la duchesse fut partout accueillie avec joie. Les paysannes de Laxou voulurent lui offrir une collation champêtre composée, dit un auteur contemporain, de force tartes, pommes, poires, vin rouge et clairet. Renée de Bourbon accepta ce repas avec une grâce et une bienveillance qui lui gagnèrent les cœurs. C'était d'ailleurs une coutume de la maison de Lorraine de traiter ses sujets avec une affectueuse familiarité et les sujets répondaient aux bontés de leurs princes par un attachement sans bornes.
FRANÇOIS 1er (1544-1545) CHRISTINE DE DANEMARK
Ce prince avait l'esprit de douceur et de paix comme son père. Rempli d'horreur pour le vice, le blasphème et la médisance, il mérita le surnom de Sage. Il mourut à vingt sept ans; sa mort prématurée, après un an de règne, trompa les espérances que ses vertus faisaient concevoir de son gouvernement.
CHARLES III (1545-1608) CLAUDE DE FRANCE
Duc de Lorraine à deux ans, Charles le Grand passa une grande partie de sa jeunesse à la cour de Henri II. Regardé en Europe comme le plus bel homme de son temps, il réunissait à un haut degré de perfection les qualités de l'esprit et du corps. Pendant cette minorité le roi de France, malgré les efforts de Christine de Danemark, envahit la Lorraine. Charles Quint vint l'y attaquer, et campa sous les murs de Metz: mais la valeur du duc de Guise et de la noblesse lorraine détruisirent son armée, forte de 100,000 hommes. Après le traité de Cateau-Cambrésis, Charles III épousa Claude de France, fille d'Henri II, revint dans ses États et fut reconduit jusqu'à Bar par François II. Il s'appliqua à rétablir dans ses États l'ordre troublé par une longue minorité. Il recula, par diverses transactions, les limites de ses États, sut ménager à ses sujets les bienfaits de la paix, et ne prit les armes que pour éloigner de ses frontières les armées hérétiques, appelées d'Allemagne en France par leurs coreligionnaires, puis transmit à son successeur un sceptre encore plus puissant qu'il ne l'avait reçu. Sous son règne, les troupes lorraines, dirigées par le duc de Mercœur, soutinrent leur belle réputation en Hongrie, contre Soliman II. Personne ne posséda plus que Charles III l'art d'opérer de grandes choses avec de faibles moyens. Il donna dans ses édits et ses sages déclarations un Code judiciaire à son peuple, fonda l'Université de Pont-à-Mousson, dota des hôpitaux, encouragea les sciences, l'industrie, embellit, fortifia Nancy, et construisit la ville neuve. Charles III mourut en mai 1608 avec la fermeté d'un héros et la piété d'un parfait chrétien. Il avait régné pendant 63 ans: il avait constamment augmenté la prospérité de ses sujets. Ses obsèques se firent avec une grande magnificence. Depuis cette époque ce fut une sorte de proverbe généralement répandu en Europe, que les trois plus belles cérémonies à voir dans le monde étaient: le sacre d'un roi de France à Reims, le couronnement d'un empereur d'Allemagne à Francfort et l'enterrement d'un duc de Lorraine à Nancy.
HENRI II (1608-1624) CATHERINE DE BOURBON - MARGUERITEDE GONZAGUE.
Prince sage et bienfaisant, tout occupé du bonheur de son peuple, Henri II s'appliqua pendant un règne de seize ans, à s'attacher le cœur de ses sujets, à maintenir la paix, à faire fleurir la justice et la religion. Henri le Bon avait une grande dévotion envers la sainte Vierge. Il lui offrait sa personne, ses États, deux fois par jour, et jeûnait les veilles de ses fêtes. Il avait choisi pour devise une épée, portant sur la pointe une couronne de laurier, un bouclier entouré d'un feston de feuilles de chêne, et au-dessus le nom de Marie au milieu d'un clair nuage, avec ces mots: Utrumque mihi, pour signifier qu'Henri mettait toute sa confiance en la protection de la sainte Vierge et en son épée. Comme on lui reprochait un jour son extrême libéralité, il s'excusa en répondant: "C'est le péché originel de notre maison".
FRANÇOIS II (1623-1652) CHRISTINE DE SALM
Frère cadet de Henri II, ce prince voulait pour son fils la couronne de Lorraine, à l'exclusion des droits de la princesse Nicole fille d'Henri II. Ses prétentions causèrent de violents dissentiments entre lui et son frère. Plus tard, les vœux de François II semblèrent exaucés par le mariage de son fils Charles avec la princesse Nicole. Mais sous le règne de ce fils, il invoqua la loi salique, et s'appuyant sur un testament, récemment découvert de René, son aïeul, il revendiqua la couronne. Charles IV, qui voulait tenir ses droits de son chef et non du chef de sa femme, reconnut la validité des prétentions de son père; mais François II abdiqua ensuite en faveur de son fils.
CHARLES IV (1624-1676) NICOLE DE LORRAINE
NICOLAS-FRANÇOIS (1653-1670) CLAUDE DE LORRAINE
Il n'est pas possible de donner ici une idée complète de ce double règne, si fécond en calamités de tout genre; nous nous bornerons à en citer quelques traits. Charles IV fut le prince le plus valeureux de son temps; son caractère aventureux, attira de très grands malheurs sur la Lorraine; mais la bonté de son cœur lui conserva l'amour de ses sujets. Dès son avènement au trône, il commit la faute de se brouiller avec Louis XIII et Richelieu; les troupes françaises envahirent alors la Lorraine et l'occupèrent. Louis XIII s'empara de Nancy par surprise, et Charles abdiqua en faveur de son frère, le cardinal Nicolas-François. Ce cardinal laïque, nullement engagé dans les liens du sacerdoce, épousa avec dispenses, sa cousine-germaine, la princesse Claude, sœur de la duchesse Nicole, et fut bientôt contraint de se retirer en Allemagne. Charles IV, revenu à Nancy, y exerça de nouveau ses droits de souverain; mais son histoire fut une suite non interrompue de victoires inutiles et de sanglants revers; il fut enfermé à Tolède pendant cinq ans, de 1634 à 1659, par ordre de l'empereur d'Allemagne, abusé par de faux rapports. En son absence, son frère, Nicolas-François, gouverna la Lorraine. Charles voulut, en recouvrant la liberté, se rapprocher de la France, et signa avec Louis XIV un traité inexécutable. En 1672, il vint à Nancy mais ne put triompher de l'invincible dévouement de la Lorraine pour ses princes. Charles IV continua de se battre jusqu'à sa mort, dans le Palatinat, en 1675. Il fut inhumé à la Chartreuse de Bosserville, qu'il avait fondée. Sous ce règne si orageux, les duchés furent le théâtre de guerres incessantes. Bitche ne se rendit qu'après un siège opiniâtre; M. de La Mothe fit une résistance héroïque; toutefois les Français finirent par triompher de tous les obstacles; ils détruisirent les fortifications de toutes les villes et démolirent soixante châteaux. Les Suédois, alliés aux Français, saccagèrent plusieurs cités dont celle de Saint-Nicolas; la famine, la peste exercèrent d'affreux ravages: la Lorraine eut à supporter des maux inexprimables! La charité de saint Vincent de Paul s'en émut et parvint à les adoucir.
CHARLES V (1676-1690) ÉLÉONORE-MARIE D'AUTRICHE
Fils du duc Nicolas-François, Charles V, surnommé le meilleur des grands hommes, naquit dans l'exil et mourut sans avoir touché le sol de la patrie. Il reçut le serment de l'armée lorraine campée en Allemagne, et fut reconnu par toutes les puissances, excepté par la France, qui occupait ses États. Louis XIV y commandait en maître. Charles V, beau-frère de l'empereur d'Autriche, fit lever le siège de Vienne, attaquée par les Turcs, pacifia la Hongrie, et préserva l'Europe du joug des Musulmans. Ce héros chrétien battit trente fois les infidèles, emporta cinquante-trois forteresses, et prit plus de trois mille bourgades. L'histoire a donné le nom de quatrième croisade à ses glorieux exploits. Il marchait sur le Rhin à la tête de la ligue d'Augsbourg lorsqu'il fut atteint en Autriche d'une esquinancie dont il mourut. Ses talents littéraires, sa bravoure et ses vertus le faisaient admirer entre tous les princes de son temps. A la nouvelle de la mort de Charles V, Louis XIV s'écria: "Je viens de perdre le plus grand, le plus sage, le plus généreux de mes ennemis".
LÉOPOLD (1690-1729) ÉLISABETH-CHARLOTTE DE FRANCE
Plus heureux que son père, Léopold put rentrer en Lorraine et remonter sur le trône de ses aïeux. Son règne fut essentiellement réparateur. Il maintint la paix dans ses États pendant que la guerre ravageait l'Europe. Sans surcharger ses peuples, et en leur accordant l'exemption des impôts ordinaires, en temps de calamité, il ouvrit des routes, qui servirent de modèle à celles de France, créa un collège de chirurgie, un jardin de botanique à Pont-à-Mousson, une école de peinture et de sculpture à Nancy, protégea l'agriculture, le commerce, embellit la Lorraine, fit construire la Primatiale (aujourd'hui la Cathédrale), fonda des institutions de charité dans chaque paroisse, des hôpitaux, des hospices, et multiplia les secours et les pensions. Il vit illustrer son règne par les œuvres de Claude Charles, des quatre Adam, des Bagard, de St Urbain, les travaux historiques de dom Calmet, etc. Je quitterais demain ma souveraineté, disait-il souvent, si je ne pouvais faire du bien. Cette parole est inscrite sur les parchemins du plafond de la salle des Ducs, (milieu du côté nord). Fort assidu aux offices de sa paroisse, Léopold s'y trouvait confondu avec la foule, y conduisait lui-même ses petits enfants, sortait souvent de son palais pour suivre le saint Viatique, et entrait avec les fidèles dans la demeure des mourants. En présence de la mort, il prononça les paroles suivantes, que l'histoire a recueillies avec respect: Je meurs sans autre douleur que de n'avoir pas servi Dieu avec autant de fidélité que je le devais, et de n'avoir pas travaillé au bonheur de mon peuple avec autant de soin que je le pouvais. Il fut pleuré comme un père: longtemps après l'avoir perdu ses sujets versaient des larmes en prononçant son nom.
FRANCOIS III (1729-1737) MARIE-THÉRÈSE D'AUTRICHE
François III, le dernier des ducs lorrains, ne vint dans son duché que pour y laisser de profonds regrets. Entré solennellement à Nancy en janvier 1730, il partit en 1732 pour la Hongrie dont il était vice-roi. Puis en 1736, aux termes du traité de Vienne, il prit possession de la Toscane et monta plus tard sur le trône d'Allemagne, sous le nom de François I. Les duchés de Lorraine et de Bar furent cédés en souveraineté au roi Stanislas, et destinés à être réunis après sa mort à la couronne de France. La duchesse douairière, Elisabeth-Charlotte, régente en l'absence de son fils, se retira à Commercy en 1737, et y régna jusqu'à sa mort (1744). Rien ne saurait exprimer la douleur des Lorrains au départ de leurs princes, ainsi plusieurs d'entr'eux suivirent François III en Toscane; d'autres s'exilèrent à Commercy avec la duchesse régente.
STANISLAS LE BIENFAISANT (1737-1766) CATHERINE OPALINSKA
Stanislas Leszczinski, roi détrôné de Pologne, fut dédommagé de ses revers par la cession de la Lorraine. Sous son règne, des intendants, plus Français que Lorrains, surchargèrent les duchés d'impôts perçus pour la France et il ne put obtenir l'allégeance des charges publiques, malgré son vif désir de faire droit aux représentations respectueuses qui lui furent adressées en plusieurs circonstances. Une députation, chargée de cette mission, vint le trouver à Fléville; il la reçut dans le salon, voisin de la galerie des Ducs, qui porte encore son nom. Personnellement très généreux et charitable, Stanislas fonda beaucoup d'établissements de bienfaisance, multiplia les écoles, ressuscita plusieurs institutions, dues à la charité des ducs, et fit reconstruire un certain nombre de châteaux. Il créa la place Royale de Nancy (place Stanislas aujourd'hui), la place d'Alliance, le palais de l'Intendance (la Préfecture), l'Arc de Triomphe, les portes Saint-Stanislas et Sainte-Catherine, le Séminaire des Missions (Séminaire diocésain actuel), les casernes d'infanterie, renouvela la Carrière, réédifia Notre-Dame de Bon-Secours, qu'il avait choisie pour sa sépulture, et contribua puissamment à la reconstruction de la ville de Saint-Dié, désolée par un incendie. Un accident termina la vie du bon prince Stanislas le 5 février1766. En effet il s'approcha de sa cheminée: c'était de grand matin, il était seul; le feu prit à sa robe de chambre, en un instant, il fut enveloppé par les flammes, et il mourut après dix-huit jours de vives souffrances. Avec Stanislas s'effacèrent les derniers vestiges de l'existence nationale des duchés de Lorraine et de Bar.
CHAPITRE II. - VILLES DE LORRAINE
Les seize vitraux des quatre fenêtres hautes de la galerie du château sont consacrés à la reproduction des armoiries de seize des principales villes lorraines. Ce sont celles de Nancy, Bar, Blâmont, Commercy, Dieuze, Saint-Dié, Épinal, La Mothe, Lunéville, Saint-Mihiel, Mirecourt, Neufchâteau, Saint-Nicolas, Pont-à-Mousson, Prény, Vézelise. La plupart de ces cités durent leur existence et leur prospérité à un monastère, à une église, à une relique vénérée, à un château. Sous l'influence des religieux, les terres incultes se couvraient d'abondantes moissons, les pèlerinages attiraient la foule, et les châteaux protégeaient contre les agressions ennemies. Toutes ces villes eurent à souffrir des nombreuses guerres dont la Lorraine et le Barrois furent le théâtre à diverses époques et spécialement au XVIIe siècle; toutes supportèrent vaillamment les épreuves réservées à leur courage. L'aperçu très sommaire qu'on va lire est destiné à rappeler seulement quelques dates, quelques faits et quelques-uns des sièges les plus célèbres.
NANCY: Une esquisse de Nancy, fut-elle très incomplète, dépasserait encore les bornes de ce livret. Le manuel des bonnes œuvres du diocèse indique un certain nombre d'institutions charitables dont cette belle ville est le berceau: l'histoire des ducs est d'ailleurs, sous beaucoup de rapports, l'histoire de leur capitale. Toutefois, pour connaître cette remarquable cité, il faut lire le livre écrit par M. le baron de Dumast, intitulé Nancy, et publié par M. Vagner, il y a quelques,années.
BAR-LE-DUC: Cette ville, dont on fait remonter l'existence au-delà du Ve siècle, se distingue en ville haute et ville basse. A partir de 1431 elle appartint définitivement aux ducs de Lorraine, ainsi que le duché dont elle était la capitale. Bar fut le berceau de plusieurs illustrations militaires et devint souvent le théâtre de la guerre. En 1589 le maréchal d'Aumont fit de vains efforts pour s'emparer de cette ville. Des Ordres religieux s'y étaient établis et s'y adonnaient à la vie contemplative, à l'étude, à la prédication, au soin des malades, au soulagement des pauvres. Vers le milieu du XVe siècle, Gilles de Trêves, doyen de Saint-Maxe, avait fondé à Bar un collège qui fut plus tard confié aux Pères de la Compagnie de Jésus. Le château ducal de Bar dominait toute la ville basse. Le bon duc Antoine y était né; il vint y mourir. Louis XIV le fit en partie démolir. L'église Saint-Maxe, chapelle des comtes et ducs de Bar, était riche en antiquités. On y remarquait deux œuvres de Ligier Richier; une annonciation en relief et le mausolée de René de Châlons, prince d'Orange, gendre du duc Antoine.
BLAMONT (ou BLANMONT): Cette ville, capitale d'un comté, fut cédée en 1504 à René II, par Olry de Blâmont, évêque de Toul. En 1587 elle fut attaquée par les Suédois; pour la soustraire aux nombreux assiégeants, Mathias Klopstein, son gouverneur, y mit le feu et se retira dans le château. Mais les ennemis escaladèrent les remparts et massacrèrent la garnison, sans épargner le valeureux Klopstein.
COMMERCY: Commercy tire son nom (Commarchia, marche, limite) de sa position géographique. Cette ville est située sur la frontière de la Lorraine et du Barrois. Son château fut assiégé deux fois par René II. Louis XIV prit possession de la ville, mais Léopold en obtint la restitution, et la céda par échange au comte de Vaudémont, qui fit rebâtir le château et y entretint une brillante cour. Après le départ de François III et l'arrivée de Stanislas en Lorraine, la duchesse douairière Elisabeth-Charlotte veuve du duc Léopold, trop attachée à la Lorraine pour la quitter, se retira au château de Commercy. Son départ de Lunéville fut une marche à la fois triomphale et funèbre; les pleurs, les sanglots, les adieux les plus touchants manifestèrent le dévouement et la consternation du peuple: il lui fallut cinq heures pour franchir la première lieue. Souveraine de la principauté de Commercy, elle reçut à sa cour plusieurs seigneurs, qui ne voulurent pas se résigner à vivre sous le nouveau gouvernement. Elle mourut dans cette ville qu'elle avait comblée de bienfaits (25 décembre 1744).
DIEUZE: Dieuze doit son importance à ses belles salines. Au XVIIe siècle, les salines, séparées de la ville par un ruisseau, étaient, comme elle, entourées de murailles et de fortifications. Vers le milieu de ce siècle, les malheurs de la guerre l'avaient ruinée et dépeuplée; elle était tombée au pouvoir des Français qui y envoyèrent bon nombre de familles Picardes pour continuer l'exploitation des salines.
SAINT-DIÉ: Saint-Dié est une ville située dans un joli vallon. Elle fut fortifiée vers le milieu du XIIIe siècle. Son insigne collégiale comptait parmi ses grands prévôts, saint Léon IX, pape, neuf autres princes de la maison de Lorraine et un grand nombre de prélats. Au XVIe siècle, les Rustauds essayèrent de prendre Saint-Dié, par surprise la nuit. Aussitôt les femmes, les enfants remplirent les églises; les hommes coururent aux remparts, et les ennemis s'éloignèrent. On célébrait chaque année à Saint-Dié, en mémoire de cette délivrance, une fête religieuse et militaire. La garde bourgeoise, les notables, les magistrats, tous à cheval, faisaient trois fois le tour de la ville, et se rendaient ensuite à l'église Notre-Dame, pour offrir leurs actions de grâces au Seigneur.
ÉPINAL: Épinal, devenu la ville la plus considérable des Vosges, fut dans l'origine un château appartenant à Thierry 1er, évêque de Metz. Thierry fit construire une église, y déposa les reliques de saint Goëric, l'un de ses prédécesseurs, et les pèlerins y accoururent. Épinal comptait un Chapitre noble, composé d'une abbesse, d'une doyenne et de dix-huit dames chanoinesses.
LA MOTHE: Cette ville forte, construite sur une haute montagne de roche, a soutenu plusieurs sièges mémorables. Sous Charles IV, elle fut attaquée deux fois par les Français. En 1634, le comte de Choiseul la défendit vaillamment contre le maréchal de la Force. Pendant quatre mois, 400 hommes, militaires et volontaires, résistèrent aux efforts de plus de dix régiments et d'une formidable artillerie, qui lançait des bombes pour la première fois. De jeunes filles sortaient de la ville, et descendaient dans les prairies voisines pour couper l'herbe destinée à nourrire les bestiaux. Un jour, seize d'entre elles avaient caché des armes sous leurs vêtements. Elles vinrent très près des retranchements, et plusieurs assiégeants se mirent à les poursuivre. Elles feignirent de fuir, attirèrent les Français près des murailles puis se retournèrent bravement, firent feu, en tuèrent plusieurs et décidèrent la retraite des autres. Le comte de Choiseul fut tué d'un éclat de boulet et il fallut enfin capituler. La garnison sortit de la ville, enseignes déployées, avec armes et bagages. En 1645, les Français vinrent de nouveau l'assiéger; le grand Condé s'en empara, et cette fois encore, la garnison sortit avec les honneurs de la guerre. Mais les fortifications furent détruites, les maisons démolies; et il ne resta de La Mothe que le souvenir de ses héroïques défenseurs.
LUNÉVILLE: Au Xe siècle, le comte de Lunéville (Lunœ villa) céda la ville et le comté au duc Mathieu II, en échange d'autres biens. Le château fut reconstruit d'après les dessins de Boffrand, sous le règne de Léopold, et devint la résidence de ce prince. La chapelle du château fut édifiée sur le modèle de la chapelle de Versailles, mais avec des proportions moins étendues. A cette époque, la ville fut choisie pour être le siège d'un important bailliage et d'une sorte d'académie, composée des hommes les plus distingués de la province. Le roi Stanislas habita cette belle ville depuis son arrivée en Lorraine jusqu'à sa mort.
SAINT-MIHIEL: Saint-Mihiel doit son existence à une abbaye célèbre de Bénédictins, fondée en 709 par le comte Vulfrade et la comtesse Adalsinde, sa femme. On tenait à Saint-Mihiel les Grands-Jours; c'étaient des audiences solennelles où la justice se rendait en dernier ressort, au nom des ducs de Lorraine pour le Barrois non mouvant. Le fameux sculpteur Ligier Richier a composé dans la ville des œuvres remarquables: on y voit encore des traces de son talent dans la maison qu'il habitait, et on y admire dans une église le Saint-Sépulcre, son chef-d'œuvre. A la sortie de la cité, on voit cinq gros rochers escarpés; trois de ces rochers figurent dans les armoiries de cette ville, avec la devise: Donec moveantur (jusqu'à ce qu'ils bougent), destinée à exprimer la persévérance de sa fidélité.
MIRECOURT: Mirecourt remonte à une origine ancienne et tire son nom de Mercure: la ville était le chef-lieu d'un des grands bailliages lorrains; la noblesse y tenait ses assises de quatre semaines à autres. Le maréchal de Créqui fit raser ses fortifications en 1670. La branche la plus importante du commerce de Mirecourt était la fabrication de ses dentelles. D'après les chartes de Mirecourt, un homme trouvé dans le jardin d'autrui, devait perdre l'oreille ou payer cinq sous.
NEUFCHATEAU: Neufchâteau, l'une des plus anciennes villes de la Lorraine, connue dans les Gaules sous le nom de Novimagus. Elle était entourée de fortifications et possédait de nombreux établissements religieux. La suzeraineté des comtes de Champagne, puis celle des rois de France, fut pendant environ 200 ans une cause de conflits et de luttes fort préjudiciables aux intérêts de cette ville. En 1465, Louis XI fit remise de l'hommage à Charles II, pour reconnaître ses services pendant la ligue du bien public. Cette ville possédait autrefois un château dans lequel Christine de Danemark fit assembler, en 1545, les États de Lorraine et de Bar.
SAINT-NICOLAS: Ce petit bourg doit sa naissance à une chapelle consacrée à la sainte Vierge et sa prospérité matérielle à une précieuse relique de saint Nicolas, qui lui fut apportée en 1087. La relique attira de nombreux pèlerins, les foires se multiplièrent, le commerce devint très florissant. Au XVe siècle, dom Moyset y fonda un hospice et commença la construction d'une église, dédié à saint Nicolas, et achevée 50 ans plus tard, ce monument gothique est l'un des plus remarquables en Lorraine. Pierre Jacobi établit à Saint-Nicolas la première imprimerie connue en Lorraine: les deux ouvrages les plus anciens sortis de ses presses, sont les Heures de la sainte Vierge et la Nanceïde (1518). Saint-Nicolas possédait un collège, dirigé par les R. P. Jésuites, et une Bourse destinée à faciliter les transactions commerciales. L'invasion des Suédois en 1655 porta un coup terrible à la prospérité de Saint-Nicolas; les maisons furent pillées, brûlées, l'église elle-même fut gravement endommagée par l'incendie, et le commerce reçut une atteinte dont il ne se releva pas.
PONT-A-MOUSSON: Cette ville du Barrois doit son nom à la montagne de Mousson qui la domine, et à un pont élevé par les Romains, au pied de la montagne, sur la Moselle. On comptait à Pont-à-Mousson trois hôpitaux et treize Ordres religieux. La Collégiale de Sainte-Croix y avait été fondée en 1260 par Thiébaut, comte de Bar, qui voulait remercier Dieu d'avoir rendu ses armes victorieuses. La célèbre Université de cette ville est due à Charles III (1572). Au dire des contemporains, celle de Paris seule la surpassait. La capitale de la France s'inquiéta de cette rivalité, et son Parlement enjoignit aux écoliers français, établis à Pont-à-Mousson pour faire leurs éludes, de rentrer dans leur patrie pour les terminer.
PRÉNY: La redoutable forteresse de Prény fut le boulevard de la Lorraine du côté du Barrois et du pays messin; elle soutint beaucoup de sièges. La tour la plus élevée supportait la fameuse cloche appelée Mande-Guerre. Les ducs de Lorraine en tiraient leur cri de guerre: Prény! Prêny!
VÉZELISE: Après la ruine du château de Vaudémont, Vézelise devint le chef-lieu de ce comté. On y voit encore un ancien bâtiment où se rendait autrefois la justice et sur la façade duquel on lit ces mots: Lex imperio major. L'illustre Le Bègue secrétaire d'État du duc Charles IV, et Bourcier, l'un des plus grands magistrats de la Lorraine, sont l'un et l'autre nés à Vézelise.
CHAPITRE III - RELIGION
Douze noms entourent le médaillon qui est consacré à la Religion: ce sont ceux de Marguerite de Lorraine, de Philippe de Gheldres, d'Alix Leclère, du B. P. Fourier, de Marguerite de Bavière, de dom Didier de la Cour, de Charles de Lorraine-Guise, de Servais Lairuels, de François de Beauvau, d'Elisabeth de Ranfaing, d'Errik de Lorraine et de Charles de Lorraine.
MARGUERITE DE LORRAINE: Marguerite, fille de Henri II, Comte de Vaudémont, épousa René, duc d'Alençon (1488), qu'elle perdit après quatre ans de mariage, régla les affaires de sa maison, pourvut à l'établissement de ses enfants, et se retira dans le couvent des sœurs de Sainte-Claire à Argentan, après avoir édifié le monde par sa charité, sa solide piété, son zèle à soulager les pauvres, à les servir et à panser leurs plaies. Elle prononça ses vœux en 1520, pendant que Philippe de Gheldres, sa belle-sœur, embrassait la même règle à Pont-à-Mousson, et mourut le 2 novembre 1521. Sa vie vient d'être écrite par M. l'abbé Laurent.
PHILIPPE DE GHELDRES: Fille du duc de Gheldres et de Catherine de Bourbon, cette princesse naquit en 1462; elle épousa René II, duc de Lorraine, eut douze enfants de cette heureuse union, se retira chez les sœurs de Sainte-Claire, à Pont-à-Mousson, après la mort du duc, et y vécut vingt-sept ans, dans la pratique de la mortification la plus austère, de la plus profonde humilité; elle remplit durant une année les fonctions de sœur portière, répondant aux personnes qui se présentaient, et les pénétrant d'admiration pour sa simplicité. Elle signait ses lettres, datées du couvent: sœur Philippe de Gheldres, pauvre ver de terre, poussière mortelle, rien inutile. Elle mourut dans le cloître (1547), en odeur de sainteté. On trouva dans ses papiers une série de pensées, entre autres celle-ci: L'âme qui aime Dieu possède le plus précieux de tous les trésors. (Ces paroles se lisent sur le parchemin déroulé à l'angle nord-ouest du plafond de la galerie). Le tombeau de Philippe de Gheldres, œuvre de Ligier Richier, a été transféré de l'église des Clarisses de Pont-à-Mousson aux Cordeliers de Nancy; on le voit dans la deuxième chapelle latérale, à gauche en entrant.
PIERRE FOURIER: Pierre Fourier, né à Mirecourt, en 1565, fit de brillantes études à l'Université de Pont-à-Mousson. Il fut admis à vingt ans dans l'Ordre des Chanoines-Réguliers de Chaumouzey, revint à Pont-à-Mousson pour étudier la théologie, puis rentra dans son monastère. Appelé, à l'âge de trente ans, à la cure de Mattaincourt, il fit fleurir la piété, réforma les abus, réconcilia les familles, institua plusieurs bonnes œuvres, composa les statuts de l'ordre des chanoines de Saint-Sauveur qu'il réforma, et ceux de l'ordre des Dames de la congrégation dont il fut le fondateur, manifesta un zèle incomparable pour la gloire de Dieu. Il mourut en 1640 à Gray, dans la retraite qu'il avait été obligé d'y chercher. Il fut béatifié en 1750. Sa devise, être utile à tous, ne nuire à personne, offre le résumé de sa vie.
ALIX LECLÈRE: Fondatrice, première mère et religieuse de la congrégation de Notre-Dame, est née à Remiremont, le 2 février 1576. Sous la direction de Pierre Fourier, elle voulut se consacrer à Dieu, à l'âge de 22 ans, et travailla de concert avec le curé de Mattaincourt à la fondation de la Congrégation de Notre-Dame, destinée à élever chrétiennement les jeunes filles. La mère Alix fut supérieure de la Maison de Nancy, fit ses vœux le 2 décembre 1618, mourut le 9 janvier 1622, et fut inhumée dans la chapelle des religieuses. Le duc de Lorraine Henri II voulut avoir son chapelet; la duchesse demanda le verre dans lequel la mère Alix buvait pendant sa maladie, et le fit enchâsser dans de l'or.
MARGUERITE DE BAVIÈRE: Fille de l'empereur Robert, Marguerite fut mariée en 1392 à Charles II, duc de Lorraine. Pendant la bataille de Champigneules en 1407, cette princesse, d'une éminente piété, demanda une procession solennelle dans les rues de Nancy. Elle y assista pieds nus, fondant en larmes, et implorant pour son époux le secours du Dieu des armées. Ses vœux furent exaucés; Charles II fut vainqueur.
DOM DIDIER DE LA COUR: Bénédictin de l'abbaye de Saint-Vanne de Verdun, dom Didier de la Cour est né à Mouzeville, près de Verdun, en 1550; il appartenait à une noble famille du pays. Bénédictin de l'abbaye de Saint-Vanne de Verdun, réformateur de l'Ordre de Saint-Benoît en Lorraine, profond théologien, il possédait la science des saints et la mettait en pratique dans toute la conduite de sa vie.
CHARLES DE LORRAINE-GUISE: Cardinal, évêque de Metz, archevêque de Reims, ministre d'État sous Charles IX, Charles était fils de Claude de Guise et d'Antoinette de Bourbon; né à Joinville en 1523, il fut envoyé à Rome à l'âge de vingt-quatre ans. Il s'y fit remarquer par la supériorité de son esprit et l'éloquence de sa piété. Il fut le fondateur de l'Université de Reims, et concourut à l'établissement de celle de Pont-à-Mousson, réforma l'Université de Paris, et mourut dans sa cinquantième année, après avoir acquis dans sa carrière de précieux trésors pour le ciel.
SERVAIS LAIRUELS: Le B. P. Servais Lairuels, docteur en théologie, Prémontré, abbé de Sainte-Marie, à Pont-à-Mousson, l'un des principaux réformateurs de cet ordre en Lorraine et en France, né en 1560, à Soligney, composa plusieurs ouvrages de piété, destinés aux religieux, parvint, à force de démarches, de sacrifices, d'abnégation, de persévérance, à faire revivre dans son ordre l'esprit de saint Norbert, et alla recevoir au Ciel en 1606, à l'âge de 46 ans, la récompense de ses travaux.
ANNE-FRANCOIS DE BEAUVAU: Anne-François, marquis de Beauvau, né à Noviant-aux-Prés en 1617, épousa en 1657, Marguerite de Raigecourt, et en eut une fille, la maréchale de Viange, qui mourut religieuse de la Visitation. Il entra éalement dans la Compagnie de Jésus en 1666, pour sanctifier de plus en plus les dernières années d'une vie consacrée à la pratique de toutes les vertus chrétiennes.
MARIE-ELISABETH DE RANFAING: Marie-Elisabeth de Ranfaing, née à Remiremont en 1592, d'une noble famille de cette ville, fut remarquable par sa beauté. Contrainte d'épouser M. Dubois, malgré sa vocation pour l'état religieux, elle eut beaucoup à souffrir de l'humeur dure et farouche de son mari: mais elle obtint sa conversion, et resta veuve à 24 ans. Exposée aux tentations les plus redoutables, elle en fut délivrée après plusieurs pèlerinages en l'honneur de la sainte Vierge; elle devint la fondatrice de l'ordre du Refuge de Nancy (1631). Le but de cet ordre était d'offrir un asile aux femmes et aux filles coupables qui voulaient faire pénitence de leurs fautes. En 1634 cette Congrégation, qui fut approuvée par Urbain VIII, s'étendit à plusieurs villes de France, à Toulouse, Avignon, Rouen, Besançon, etc. La mère de Ranfaing mourut à Nancy en 1649, en odeur de sainteté.
ERRIK DE LORRAINE: Errik de Lorraine, né en 1576, sacré évêque de Verdun en 1602, prit une part très active à la réforme des ordres religieux en Lorraine, spécialement à celle de la congrégation de Saint-Vanne et Saint-Hydulphe, soutint de son pouvoir les efforts de dom Didier de la Cour, déploya une intelligence supérieure à réprimer les abus, à faire fleurir la religion; se démit de son évêché en faveur de son neveu, et mourut en 1623. Il voulut être enseveli avec le costume des capucins dans le couvent de cet ordre, fondé par sa piété à Varangéville.
CHARLES DE LORRAINE: Chartes de Lorraine, évêque de Verdun et ensuite Jésuite, fils de Henri de Lorraine et de Catherine de Moy, né à Kœur, près de Saint-Mihiel, en 1592, orphelin dès son bas âge, fut élevé par son oncle, Erric de Lorraine, évêque de Verdun, lui succéda dans cette dignité, se rendit à Paris, fut invité à y prêcher malgré son extrême jeunesse, et s'attira les applaudissements de toute la cour. Suivant le conseil de saint François de Sales, il revint en Lorraine, fut sacré évêque à Nancy, en 1617, mais quitta son évêché pour devenir jésuite. Le château de Fléville possède un tableau qui le représente, assisté de saint Louis de Gonzague, déposant aux pieds de Notre-Seigneur et de la sainte Vierge sa couronne de prince, sa mitre d'évêque, pour être reçu dans la compagnie de Jésus.
CHAPITRE IV. - GUERRE
Les douze noms inscrits autour du médaillon de la Guerre sont ceux de Jeanne d'Arc, Claude François et Henri de Lorraine, ducs de Guise, Philippe de Lorraine, duc de Mercœur, Amblize, Alberte d'Ernecourt dame de Saint-Balmont, Ligniville, Choiseul, Catherine et Henriette de Lorraine, Maillard.
JEANNE D'ARC: Née en 1412, à Domrémy, Jeanne d'Arc fut appelée par la Providence à sauver la France; à l'âge de dix-huit ans, elle se sentit inspirée du désir d'aller offrir ses services à Charles VII; elle partit avec deux gentilshommes lorrains, se rendit à Orléans, obligea l'armée anglaise à lever le siège de cette ville; décida la reddition de plusieurs places importantes, et obtint, selon la promesse qu'elle en avait faite à l'avance, le sacre solennel du roi à Reims, en 1429. Après le sacre, Jeanne déclarait sa mission terminée et désirait retourner dans son pays; mais l'armée la retint, le roi l'anoblit et donna pour armes à sa famille une épée couronnée d'or, cantonnée de deux fleurs de lys. Jeanne, obligée de continuer une lutte à laquelle elle ne se croyait plus appelée, la soutint toutefois avec courage, et fut faite prisonnière au siège de Compiègne et condamnée, par la vengeance des Anglais, au supplice du feu qu'elle subit sur la place de Rouen, avec la constance avec la résignation d'une héroïne et d'une sainte.
CLAUDE DE LORRAINE: Claude de Lorraine, duc de Guise, cinquième fils de René II et de Philippe de Gheldres, né en 1496, s'établit en France, y épousa en 1515 Antoinette de Bourbon, y conquit une puissance méritée par la hardiesse de son génie, par de très grandes qualités, vit son comté de Guise érigé en duché-pairie, et mourut en 1550, après s'être signalé en plusieurs combats, spécialement en 1515 à la bataille de Marignan.
FRANÇOIS DE LORRAINE: François de Lorraine, duc de Guise, fils aîné de Claude de Lorraine, né au château de Bar en 1519, blessé au siège de Boulogne, défendit la ville de Metz contre Charles-Quint, remporta plusieurs autres victoires en Flandre, en Italie, fut décoré du titre de lieutenant-général des armées du roi de France au dedans et au-dehors, s'empara de Calais et de tout son territoire, chassa les Anglais qui étaient restés maîtres de cette ville pendant deux cent dix ans, prit Thionville aux Espagnols, et s'éleva au dessus de tous les capitaines de son temps. Il jouit d'une influence exceptionnelle en France, sous François 1er, sous Henri II et il fut proclamé par le Parlement de Paris, le Conservateur de la Patrie. Sa puissance était telle, qu'il recevait assis et couvert Antoine, Roi de Navarre; le roi se tenait debout et tête nue devant lui. La rencontre des gens du duc de Guise avec les calvinistes de Vassy devint le signal de la guerre civile en France. François prit Rouen, Bourges, gagna la bataille de Dreux et se préparait au siège d'Orléans, le centre de la faction protestante, quand il fut tué en 1563, par Poltrot de Méré, gentilhomme huguenot. Il avait accueilli une autre tentative d'assassinat par ces paroles dignes des hommages de l'histoire: Si ta religion t'ordonne de m'assassiner, la mienne m'ordonne de te pardonner.
HENRI DE LORRAINE: Henri de Lorraine, duc de Guise, surnommé le Balafré à la suite d'un coup de feu reçu à Château-Thierry, fils aîné de François de Guise, né en 1550, fut l'idole du peuple et de l'armée. Il avait une noblesse de traits, une affabilité de manières, une générosité d'âme, un courage, un attachement à la foi catholique, qui lui captivaient tous les cœurs. Il forma la ligue, en fut le chef, battit les calvinistes en plusieurs rencontres, et acquit une autorité dont le faible roi Henri III ne tarda pas à prendre ombrage. Les craintes du roi le portèrent à défendre à Henry de Lorraine de venir à Paris. Le duc ignore la consigne, paraît dans la capitale et marche de triomphe en triomphe. Le roi est obligé de quitter cette ville, et de faire la paix avec le duc de Guise. Mais cette paix était un piège. Attiré au château de Blois, Henri tombe sous le poignard des assassins en 1588, à l'âge de trente-huit ans. On brûle son cadavre, on jette ses cendres au vent pour ôter la possibilité de vénérer ses reliques.
MERCOEUR: Philippe-Emmanuel de Lorraine, duc de Mercœur, né à Nomeny en 1558, fils de Nicolas de Lorraine et de Jeanne de Savoie-Nemours, se prépara de très bonne heure aux travaux de la guerre et ne tarda pas à s'illustrer. Gouverneur de Bretagne, il fut l'un des chefs de la ligue, fit sa paix avec Henri IV en 1598, commanda l'armée envoyée par l'empereur d'Allemagne contre les Turcs, prit Albe-Royale, obtint plusieurs avantages signalés et mourut en 1602 d'une fièvre pourprée. Saint François de Sales prononça son oraison funèbre à Paris.
D'AMBLIZE: African d'Anglure, sieur d'Amblize, maréchal-général du duc Charles III, fut tué d'un coup de pistolet en 1591 devant la ville de Beaumont-en-Argonne.
ALBERTE D'ERNECOURT, DAME DE SAINT-BALMONT: Alberte d'Ernecourt, dame de Saint-Balmont, était née en 1607, à Tonneville-en-Verdunois. Son mari, voulant seconder son ardeur guerrière lui apprit à monter à cheval, à faire des armes et lui fit contracter l'habitude de porter des vêtements d'homme. Elle fortifia le village et le château de Tonneville, repoussa souvent avec une grande vigueur les Espagnols qui venaient l'attaquer, et se trouva dans plus de trente rencontres sans jamais avoir été vaincue, sans avoir reçu aucune blessure. Elle mourut à l'âge de 52 ans, après avoir essayé de suivre la règle des sœurs Clarisses à Bar; mais elle en fut empêchée par ses infirmités. Elle unissait à l'exercice des armes une admirable dévotion et la pratique des plus solides vertus. Cette guerrière a été surnommée l'Amazone chrétienne. Sa vie a été écrite par le Père Jean-Marie, et par le Père des Billons, de la Compagnie de Jésus, Liège, (1775).
LIGNIVILLE: Le Comte de Ligniville, né à Houécourt, en 1611, sut mériter la confiance de Charles IV, par sa loyauté chevaleresque, son dévouement inébranlable, et ses talents militaires. Il se distingua dans plusieurs rencontres, et reçut du prince le titre de maréchal de camp général de son armée.
DE CHOISEUL D'ISCHE: Le comte Antoine de Choiseul, seigneur d'Ische, gouverneur de La Mothe et bailly de Bassigny, fut tué le 21 juin 1634, en défendant la ville de La Mothe, assiégée par le maréchal de La Force. Comme il manquait d'argent pour payer la solde de la garnison, il fit frapper une monnaie obsidionale en cuivre, offrant au revers les mots: Ou vaincre, ou mourir.
CATHERINE DE LORRAINE: Catherine de Lorraine, abbesse de Remiremont, fille de Charles III, née en 1573, sut ajouter à l'illustration de sa naissance par sa piété, son courage et sa résignation: elle s'efforça de rétablir la régularité dans son abbaye, opposa à l'armée de Turenne en 1638 une belle résistance, défendit Remiremont en héroïne, travailla elle-même à réparer les fortifications et obligea l'ennemi à lever le siège de la ville.
HENRIETTE DE LORRAINE: Henriette de Lorraine, princesse de Phalsbourg, sœur du duc Charles IV, défendit Nancy lors de son siège par les Français. Ce fut malgré ses efforts et en dépit de ses énergiques protestations que les Nancéiens se rendirent.
MAILLARD: Le colonel Maillard fut un des plus intrépides capitaines du duc Charles IV. Il était entré depuis deux jours à Morhange, lorsque les vedettes annoncèrent l'arrivée de la cavalerie française. Maillard sort de la ville avec 150 hommes pour reconnaître l'ennemi; aussitôt il est chargé, repoussé; quand il veut rejoindre ses troupes, les portes de la ville sont fermées et ne peut y rentrer: presque tous ses soldats tombent à ses côtés; mais il continue le combat, devenu trop inégal, refuse le quartier qui lui est offert, saisit la bride de son cheval avec ses dents, décharge ses pistolets sur ses ennemis les plus rapprochés, et rencontre sur le champ de bataille une mort pleine de gloire, qui cause à Charles IV les plus amers regrets.
CHAPITRE V - LETTRES ET DROIT
Autour du médaillon consacré aux lettres et au droit ont été inscrits les noms de dom Calmet, Hugo, Guinet, Abram, Volcyr, Gringore, Blaru, Gilbert, Mitry, Ceillier, Guénard et Picart.
AUGUSTIN DOM CALMET: Dom Calmet né à Mesnil-la-Horgne en 1672, bénédictin de la congrégation de Saint-Vanne, fut professeur de théologie à Moyenmoutier, prieur de Lay, abbé de Saint-Léopold de Nancy et abbé de Senones. Proposé au Souverain-Pontife pour la dignité d'évêque in partibus, il déclina l'insigne honneur de l'épiscopat et composa un grand nombre d'ouvrages parmi lesquels on distingue: 1° la notice de la Lorraine. 2° l'histoire ecclésiastique et civile de Lorraine, 3° Commentaire sur tous les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, 4° la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 5° le dictionnaire de la Bible.
CHARLES-LOUIS HUGO: Né en 1667, à Saint-Mihiel, d'une famille noble, religieux prémontré à Pont-à-Mousson, docteur, puis abbé d'Etival en 1722, Hugo fut nommé évêque de Ptolémaïde in partibus en 1728, et mourut à Etival en 1739. On cite parmi ses œuvres: 1° la vie de saint Norbert, 2° la vie de la mère Erard, supérieure du Refuge de Nancy, 3° un traité généalogique et critique de l'origine de la Maison de Lorraine.
FRANÇOIS GUINET: Éloquent avocat, jurisconsulte profond, né en 1627, il mourut à Nancy en 1681. François Guinet publia un commentaire sur Justinien; conseiller du duc François II, il fut honoré de l'affection de ce prince. Le duc répétait souvent une sorte de maxime, formulée par Guinet avec une énergique concision: "Que le droit triomphe ou que le monde périsse". Privé d'enfant, il avait adopté, de concert avec sa
pieuse compagne, la noble Françoise Genneterre, les pauvres, les vieillards et les orphelins. Il défendait leurs intérêts, leur distribuait d'abondantes aumônes; chaque jour il nourrissait chez lui les indigents affamés: il faisait porter à la demeure des malades et des infirmes une partie des aliments préparés pour sa propre table. Averti par de violentes douleurs de sa fin prochaine, il recourut au médecin de l'âme avant d'appeler celui du corps, et comme ce dernier s'en plaignait, François Guinet lui dit avec bonté: "Certaines affaires se font indifféremment, ou plus tôt ou plus tard, mais l'affaire des affaires doit passer avant toutes les autres, et d'ailleurs, ne l'oubliez pas, les édits de nos ducs vous défendent, à vous, médecins, de visiter, pour la troisième fois, un malade sans lui avoir procuré le bonheur de recevoir la divine Eucharistie".
LE R. P. ABRAM (NICOLAS): Né à Xaronval, près de Charmes, Abram fut admis dans la compagnie de Jésus en 1606, professa la théologie à Pont-à-Mousson, y fut docteur et mourut en 1655, dans les sentiments de la plus fervente piété. Sa vaste érudition, précieuse aux lettres et à la religion, empruntait un nouveau lustre à l'esprit de douceur, d'abnégation et d'humilité qui distinguait cette âme d'élite. On connaît du R. P. Abram, entr'autres œuvres, de nombreux commentaires sur Virgile, les Epîtres de saint Paul, l'Ancien Testament...
NICOLAS VOLCYR DE SERDUVILLE: Né à Bar, anobli en 1520, docteur en théologie, secrétaire du duc Antoine, Volcyr, surnommé le Polygraphe, a écrit un grand nombre d'ouvrages. On cite sa relation de la victoire d'Antoine sur les Luthériens d'Alsace, et sa chronique en vers des princes et ducs de Lorraine.
GRINGORE (PIERRE): Héraut d'armes du duc de Lorraine, poète renommé du temps du duc Antoine, Pierre Gringore a composé les Menus propos et les Visions de la mère Sotte, la Complainte de la Cité chrétienne, une paraphrase des sept Psaumes de la Pénitence, etc.
BLARU (PIERRE): Né en 1457, chanoine de Saint-Dié, Pierre de Blaru est connu surtout comme auteur de la Nancéide, ou poème de la guerre de Nancy. Cet ouvrage est écrit en latin, et a reçu les honneurs d'une traduction française.
GILBERT: poète célèbre, surnommé le Juvénal du XVIIIe siècle, né à Fontenoy-le-Château, près de Nancy, de parents pauvres, vint très jeune à Paris pour se livrer à l'étude des lettres; il y fit preuve de talent, prit avec ardeur la défense de la vérité, résista très courageuse ment aux offres séduisantes des philosophes, combattit avec verve la médiocrité, les déplorables erreurs de son siècle, s'attira la haine des impies, et mourut à 29 ans, en 1781, à l'Hôtel-Dieu, des suites d'une chute de cheval. On cite de Gilbert le XVIIIe Siècle, et la Prière des Adieux, composée à l'hôpital.
ROSE DE MITRY, COMTESSE DES PLASSONS: Née à Nancy dans le XVIIe siècle, Rose de Mitry fut aussi distinguée par son esprit que par sa naissance; on connaît l'épître qu'elle composa sur l'amour de Dieu.
DOM CEILLIER (REMY): Dom Ceillier, originaire de Bar-le-Duc, Bénédictin, doyen de Moyenmoutier, puis prieur de Flavigny, jouissait, au XVIIe siècle, d'un renom mérité comme littérateur et théologien. Son histoire générale des auteurs sacrés témoigne de sa vaste érudition.
R.P.GUÉNARD: Le R. P. Guénard, de la Compagnie de Jésus, né à Damblain, près de Bourmont, en 1726, se retira en Lorraine après la dissolution de la Société, vécut environ quarante ans à Fléville, comme chapelain de la chapelle castrale et y traversa les temps les plus orageux de la révolution, entouré du respect, et de l'affection des habitants. Il y mourut en 1806. En 1755, son discours sur l'esprit philosophique avait obtenu le prix d'éloquence à l'Académie française. Il composa plus tard, à Fléville, pour réfuter l'Encyclopédie, un ouvrage qui malheureusement fut livré aux flammes en 1793.
H. P. PICART (BENOÎT): Le R. P. Picart, capucin, né à Toul en 1663, mourut en 1720. Historien connu par ses ouvrages sur la Lorraine, il a rédigé plusieurs livres estimés sur l'illustre Maison qui la gouverna pendant sept siècles, et sur l'histoire de la ville épiscopale de Toul.
CHAPITRE VI - SCIENCES ET ARTS
 Autour du médaillon consacré aux Sciences et aux Arts, on lit les noms de Ligier Richier, Le Pois, Callot, Deruet, Drouin, Israël Silvestre, Claude Lorrain, Vayringe, Adam, Bagard, Claude Charles, Girardet.
LIGIE RRICHIER: Sculpteur fameux, Ligier Richier vivait au XVIe siècle. Le Saint-Sépulcre est son chef-d'œuvre qui est conservé dans une église de Saint-Mihiel, sa ville natale. Les statues de ce monument en pierre rosée, plus grandes que nature, excitent une telle admiration qu'on essaya, au commencement du XIXe siècle, de les transporter à Paris. Heureusement pour la Lorraine, l'entreprise fut jugée impossible. Au dessus du Sépulcre on lit deux vers latins qui signifient: Passant, de Jésus-Christ admire le tombeau. Il en fut un plus saint, mais jamais un plus beau.
LE POIS (CHARLES): Né à Nancy en 1565, médecin des ducs Charles III et Henri II, Le Pois fit de brillantes études à la Faculté de médecine de Paris, obtint du prince la fondation d'une Faculté de médecine à Pont-à-Mousson (1598), en fut nommé doyen, et composa sur la médecine des traités fort estimés de son temps. Il connaissait un grand nombre de langues, avait approfondi l'étude des mathématiques, et joignait à une vaste érudition un jugement solide, une profonde modestie. Quand Louis XIII passait à Pont-à-Mousson, ses médecins visitaient Le Pois; ils l'appelaient leur Père et leur Maître dans la science. Venu à Nancy en 1633 pour soigner les pestiférés, il succomba lui-même aux atteintes de la peste.
CALLOT (JACQUES): Callot né en 1593, mort en 1635 a Nancy, illustre artiste, héraut d'armes de Lorraine, avait une grande passion pour le dessin, que, dès sa première jeunesse, il se déroba plusieurs fois à sa famille pour aller étudier en Italie. Dans son premier voyage la misère le força de s'associer à une bande de bohémiens: il puisa parmi eux l'inspiration de ces nombreux grotesques qu'il reproduisit plus tard avec un merveilleux talent. Parmi ses innombrables ouvrages, on distingue les images de tous les Saints de l'année, la Vie de la sainte Vierge, le Martyre des Apôtres, divers sujets de l'Ancien Testament, le Martyre des saints Innocents, une foire des environs de Florence, des carrousels en France, en Italie, et une multitude de sujets plaisants. Son talent le fit appeler près de Louis XIII; il fut chargé de graver le siège de l'île de Rhé et celui La Rochelle. On voit son tombeau à Nancy, dans l'église des Cordeliers.
DERUET (CLAUDE): Ne en 1590, à Nancy, mort en 1660, Deruet, peintre célèbre, fit ses études à Rome, fut anobli en 1621 par Henri II, donna des leçons à Louis XIII et eut l'honneur de voir ses traits reproduits par le crayon du jeune roi.
DROUIN: Sculpteur et architecte, Drouin, originaire de Nancy, mourut dans cette ville vers le milieu du XVIIe siècle. On cite de cet artiste distingué la Cène, placée derrière le maître-autel de Saint-Epvre à Nancy et le mausolée du cardinal Charles de Lorraine dans l'église des Cor deliers. Quatre statues, qui ornaient autrefois ce monument, sont placées à la Cathédrale de Nancy; ce sont celles de saint Augustin, saint Jérôme, saint Grégoire et saint Ambroise.
SILVESTRE (ISRAËL): Né à Nancy en 1621, mort en 1691, Israël Silvestre, dessinait superbement à la plume. Il fit deux voyages à Rome, reçut de Louis XIV une pension et un logement au Louvre, grava des vues de Paris et des environs, toutes les misons royales, les places conquises par le monarque, Lyon, Orléans, Rouen, Meaux, Rome, Naples, Florence, Milan, Madrid, Séville, etc. On a de lui dix vues de Nancy et dix vues des environs, parmi lesquelles figure le château de Fléville. Ses œuvres eurent un succès européen.
VAYRINGE (PHILIPPE) (1684-1746): Vayringe, originaire du village de Nouillonpont, près d'Etain, fut l'Archimède de la Lorraine. Serrurier, puis armurier, et horloger, il manifesta dès l'enfance son génie pour la mécanique. Son intelligence marchait à pas de géant dans la voie des constructions et des découvertes. Il saisissait les éléments de toutes les machines, les simplifiait et les améliorait. A ses débuts, il composa une pendule à quatre mouvements, celui des heures, des quarts, la sonnerie, le carillon. A chaque heure du jour, l'horloge sonnait une heure pendant que Notre Seigneur Jésus Christ, suivi de ses douze apôtres, passait sur une galerie. Un jour il vint à Lunéville pour faire hommage à Léopold de la pendule, à laquelle il avait joint une machine à lever les plans, deux étuis de mathématiques, des compas nouveaux et une montre de poche qui répétait les heures et les quarts avec les seules roues du mouvement. Le prince nomma Vayringe son horloger-mécanicien, avec pension et logement. Il l'envoya en Angleterre pour terminer des instruments de physique commandés à des artistes de ce pays. Vayringe simplifia ces instruments en y mettant la dernière main. De retour à Lunéville, il construisit diverses machines, parmi lesquelles on distinguait un planisphère suivant le système de Copernic: Les planètes opéraient leur révolution selon le calcul des plus fameux astronomes. Grâce à son esprit inventif, un bateau remontait le cours de la rivière sans le secours de chevaux, de perches, ni d'avirons, et l'eau s'élevait facilement dans les bosquets de Lunéville. Le duc l'envoya à Vienne, pour présenter à l'empereur son planisphère. Le monarque témoigna généreusement sa satisfaction à l'inventeur. Vayringe renouvela deux fois son voyage de Vienne, y répara une machine qui faisait les quatre règles de l'arithmétique, et en inventa une autre beaucoup plus simple que la première. Il fut nommé par François III professeur de physique expérimentale à l'Académie, et suivit son souverain en Toscane, malgré les offres les plus séduisantes de la Lorraine et de la France. Il mourut en Italie, des suites des fièvres du pays. Il fut appelé, consulté en France, et apprécié dans les divers Etats de l'Europe. Il eut la gloire d'employer le premier la vapeur comme force motrice et de l'appliquer aux mécaniques des ateliers et manufactures. Sa probité et sa délicatesse semblaient à la hauteur de son génie.
CLAUDE LORRAIN (GELÉE): Claude Lorrain, peintre paysagiste, né à Chamagne, en Lorraine, mourut à Rome en 1678, dans un âge avancé. Il fut d'abord placé chez un pâtissier comme apprenti, puis alla à Rome, y entra au service d'Augustin Tasse pour faire sa cuisine, broyer ses couleurs et nettoyer ses pinceaux. Cet artiste, découvrant des dispositions chez son domestique, lui enseigna quelques règles de perspective. Claude eut d'abord beaucoup de peine à les comprendre; il se mit à étudier avec une grande ardeur; il arriva bien vite à faire preuve de talent. Il travaillait péniblement, mais il avait la volonté forte et persévérante qui conduit au succès. Il mettait 8 jours parfois à retoucher un détail qui lui laissait à désirer. Absorbé par l'étude de la nature il passait toutes ses journées à la campagne pour dessiner ou peindre. Son heureuse mémoire lui permettait de reproduire, avec une grande fidélité, sur la toile, les sites qu'il avait considérés avec attention. On a dit de Claude Lorrain qu'il trempait sa palette dans un rayon de soleil.
ADAM (LAMBERT-SIGISBERT). Né à Nancy, en 1700, Adam gagna le prix de sculpture à l'Académie de Paris, fit à Rome dix années d'études et y exécuta, pour l'église de Saint-Jean-de-Latran, un bas-relief en marbre. Ce monument représente saint André Corsini refusant l'épiscopat et la sainte Vierge lui apparaissant pour le lui faire accepter. Nommé académicien de Saint-Luc de Rome, Adam fut rappelé à Paris, y fut reçu académicien d'honneur et nommé professeur. Il exécuta en France un grand nombre d'œuvres, parmi lesquelles on distingue le Triomphe de Neptune et d'Amphitrite, dans le parc de Versailles, et un bas-relief en bronze, placé dans la chapelle du château. Ce monument représente sainte Adélaïde, impératrice d'Allemagne s'humiliant devant saint Odilon, abbé de Cluny.
BAGARD (CÉSAR). Bagard, sculpteur, né à Nancy, y est mort en 1709. On distinguait parmi ses œuvres deux statues, la Force et la Vertu, placées sur l'arc de triomphe qui fut élevé à Paris, en 1659, pour le mariage de Louis XIV; un Crucifix à Saint-Sébastien de Nancy, les quatre statues et la Conception qui couronnent la façade de Bosserville, une statue de la sainte Vierge au fond du chœur de la Cathédrale de Nancy, un Ecce homo, à Saulxures, et deux statues qui ornent le monument de Léopold aux Cordeliers.
CLAUDE CHARLES. Claude Charles, né à Nancy, en 1661, y mourut en 1747, et travailla jusqu'à la veille de sa mort. Peintre, héraut d'armes de Léopold, il fut directeur de l'Académie de Nancy. Il avait un coloris frais, un travail facile et les qualités nécessaires pour faire école et transmettre son talent à ses élèves. On cite parmi ses œuvres deux grands tableaux, placés à la Cathédrale de Nancy. L'un représente le couronnement de saint Sigisbert; l'autre nous montre le vénérable roi servant les pauvres avec la reine.
GIRARDET. Girardet fut le plus distingué des élèves de Claude Charles. Il était né à Lunéville en 1709. On cite de lui un portrait de Stanislas qui se trouve au Musée de la ville de Nancy, les peintures à fresque du grand salon de l'Hôtel de Ville, etc. On voit son tombeau à l'église Saint-Sébastien. (2)

château de Fléville 54710 Fléville devant Nancy, tél. 03 83 25 64 74, ouvert au public, visite du 1er avril au 15 novembre, les week-end et jours fériés. Pour les mois de juillet et août, ouvert tous les jours de 14 à 19 heures. Le parc est ouvert au public sans guide.

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(1)   
 source : https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/
(2)     Galerie des ducs de Lorraine au château de Fléville par Alexandre de la Cesse de Lambel: IMPRIMERIE DE VAGNER, 3 rue du Manège, Nancy, 1857.


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