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Prulay,
près de Mortagne, est un des beaux châteaux de notre région. Il a été
reconstruit après 1770, par Pierre Poissonnier, célèbre médecin, membre de
l'Academie des sciences, vice-directeur de l'Académie de médecine;
conseiller d'État, nommé lieutenant-général honoraire des armées de Russie
par l'impératrice Elisabeth à laquelle il avait rendu la santé. Le château
primitif, dont il ne reste plus trace, était entouré de fossés profonds. Le
château actuel a quatre faces, couronnées chacune d'un fronton, et la
principale était ornée d'un péristyle avec quatre colonnes d'ordre dorique
portant une très riche corniche et une galerie. Ses jardins dressés par
Berthault, sont surtout célèbres; l'heureuse distribution des eaux, des bois
et des gazons, ses élégantes fabriques, ses sites variés, en font un parc
délicieux. Son étendue, avec les futaies, est de vingt-quatre hectares.
C'est avec justice que l'auteur du poème des Jardins, lui a consacré
quelques vers; le plan en avait été tracé d'après ses préceptes. "Cette
campagne, a dit un écrivain du pays, se dessine tantôt mystérieuse et
accidentée comme les détours et les berceaux ombreux d'un jardin de Kent,
tantôt longue et majestueuse comme les grandes allées du parc de Le Nôtre.
L'architecte, par une heureuse perfection, s'est emparé de la ville et des
hameaux avoisinants, dont il avait su faire de gracieux points de vue. Les
eaux ont été attirées à prix d'or dans cette demeure enchanteresse. Quelques
bustes, entre autres celui de M. Poissonnier père, étaient jetés çà et là
dans les clartés des nappes de gazon. Il y avait une laiterie de marbre
blanc, et à travers un bouquet de sapins et d'ormeaux, pointait la chapelle
du château".
Cette chapelle, qui existe encore, n'est pas sans mérite, quoique construite
dans le goût du XVIIIe siècle. Son plafond est orné de petites rosaces
sculptées. L'autel, en marbre gris, est entouré de colonnes en marbre rouge
et le dessus des portes est supporté, à l'intérieur, par des colonnes
semblables. Sur la porte d'une cabane qui se mire dans la rivière on lisait
jadis quelques vers de Delille, assez médiocres, souvenir fugitif de la
visite qu'il fit à Madame de Prulay en 1804, après avoir passé quelques
jours à Landres, chez son collègue et ami, Dureau de la Malle, le traducteur
de Tacite. D'autres vers, moins bons encore, de Louis-Joseph Poissonnier,
que l'on pouvait appeler alors l'heureux châtelain de Prulay, se lisaient
dans un autre endroit du parc. Châteaubriand lui-même y aurait, d it-on,
laissé aussi des traces de son passage. Louis-Joseph Poissonnier, fils du
membre de l'Académie des sciences, nommé baron de Prulay en 1810, fit
d'énormes dépenses pour l'arrangement des jardins et l'embellissement du
château qui avait souffert en 1781 ou 1782 de trois secousses de tremblement
de terre, en moins de huit minutes. Il y menait une splendide existence.
Sans doute, en sa qualité de régulateur du Gymnase Attique, il y donna
quelques-unes de ces fêtes, renouvelées des Grecs, qui excitèrent si
vivement la curiosité publique, où la salle était jonchée de fleurs, les
convives des deux sexes couronnés de fleurs, les coupes elles-mêmes garnies
de fleurs, et où l'on savourait le brouet noir des anciens spartiates... Une
brillante société passait chez lui toute la belle saison. La fortune de M.
Poissonnier finit par s'engloutir dans ces dépenses, et il mourut en 1817 à
Paris, soigné et secouru par un de ses anciens domestiques. Son château a
depuis appartenu à M. Aubin de Blanpré et aujourd'hui il est la propriété de
M. le vicomte Paul de la Rivière.
Les noms des sires de Prulay se retrouvent à chaque pas dans les anciens
chartriers des abbayes de la région. Gilbert de Prulay, en 1105-1107,
abandonna aux religieux de Saint-Denis de Nogent-le-Rotrou la dîme de Corbon
dont il leur contestait la jouissance. Cette concession fut confirmée par
Gervais de Prulay, dans le fief duquel étaient situées les dites dîmes.
Robert de Prulay fut témoin, en 1190, de la fondation de la Chartreuse du
Val-Dieu et est cité également comme ayant été un des bienfaiteurs de la
Maison-de-Dieu de la Trappe en 1194. Gervais de Prulay prit part à la
croisade de 1190, avec Geoffroy IV, comte du Perche. Il fut témoin, en 1192,
de la vente faite par le comte à Laurent de Champfaye, de deux métairies
situées dans le bois des Clairets. Cet acte fut fait au camp des Croisés,
devant Saint-Jean-d'Acre. Il fut également témoin, le 3 des ides de février
1114, de la donation faite par le même comte aux Bons-Hommes de Chênegallon,
d'un denier par jour sur chacun de ses châteaux du Corbonnais et du
Bellêmois et de la châtellenie de Nogent-le-Rotrou, afin de leur permettre
d'acheter, pour se vêtir, des étoffes grossières appelées bougran,
fabriquées dans le pays. Il fut encore témoin, en 1200, d'une charte de
Robert, comte d'Alençon, en faveur du prieuré de Saint-Martin du
Vieux-Bellême, au sujet de l'église de Louze, et, en 1202, de la
confirmation par Geoffroy IV, comte du Perche, de la donation faite à
l'abbaye de la Trappe, des dîmes de Champs et de Lignerolles. En 1205, par
charte datée de Vernon, Philippe-Auguste lui donna le domaine de Moliherne.
M. Léopold Delisle, qui a mentionné cette charte, n'indique pas
l'emplacement de cette localité, mais on peut supposer qu'il s'agit du
château de Moulissœuvre (dénommé Mouliœuvre dans la Carte de Cassini), sur
le territoire de Villiers-sous-Mortagne.
En 1208, Gervais de Prulay fut témoin d'un jugement de la cour du comté du
Perche; rendu à Mortagne, et confirmant l'abbaye de la Trappe dans ses
droits sur une métairie située a Ligny, contestés par Hubert Chevreuil. Les
actes précédents prouvent que Gervais de Prulay doit être compté au nombre
des chevaliers percherons les plus considérables de son temps. C'est ce que
prouve encore une charte datée du Mans, au mois de février 1212, par
laquelle il donna caution à Philippe-Auguste, en même temps que Robert,
comte d'Alençon, de la fidélité d'Amaury de Craon. En 1214, il fit don à
l'abbaye de la Trappe d'une rente d'un setier de blé sur sa métairie de
Beauvoir. La qualité de chevalier lui est donnée dans deux chartes, les
dernières le concernant que nous connaissions. Au mois de juillet 1216,
Thomas, comte du Perche et Hellisende de Rethel, sa femme, concédèrent à
Gervai s de Prulay (de Pruleio), chevalier, le droit de voiri e sur tout le
territoire du Corbonnais. On voit par une autre charte, de l'année 1239,
émanée de Gervais de Prulay, chevalier, son fils, qu'il avait pour femme
Lucie et qu'il avait acheté, de communauté avec elle, une vigne sise à
Nogent-le-Rotrou, dont il avait donné la moitié à l'abbaye des Clairets. Les
chartes du temps de Philippe-Auguste font encore mention de plusieurs
membres de la même famille. C'est ainsi qu'en 1207, nous voyons Gislebert de
Prulay faire un accord avec Henri de Bracqueville, abbé de Saint-Martin de
Sées, au sujet du prieuré de Briéel. En poursuivant ce dépouillement, on
arriverait à reconstruire la suite des sires de Prulay. Les citations qui
précèdent suffisent à l'objet qui nous intéresse, c'est-à-dire à démontrer
l'antiquité et l'illustration de cette famille. Nous nous bornerons à
rappeler qu'au XVe siècle, la terre de Prulay passa aux Bailleul, au XVIe
aux Le Boulleur, puis aux Bonvoust, qui la firent ériger en marquisat. On
possède des actes authentiques dans lesquels ces derniers prennent le titre
de marquis, seigneurs, hauts-justiciers de Prulay, Saint-Langis et Longpont.
François-Philibert de Bonvoust n'ayant laissé qu'une fille, celle-ci vendit
Prulay à Pierre Poissonnier, en 1770, comme on l'a vu. (1)
Éléments protégés MH: les façades et les toitures du château ; la salle de
billard ; la salle à manger et le bureau ovale, avec leur décor; l'escalier
; le parc ; les vestiges des fabriques (temple et glacière) et les
sculptures ; la chapelle ; les façades et les toitures de la vacherie
attenante ; le pavillon des bains ; les façades et les toitures du corps de
ferme ; les façades et les toitures de l'orangerie ; le potager avec ses
murs de clôture et son portail d'accès ; les façades et les toitures du
moulin de Prulay: inscription par arrêté du 26 juin 1998. (2)
château de Prulay 61400 Saint-Langis-lès-Mortagne, propriété privée, ne se
visite pas.
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