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Dès une date fort ancienne un château existait à
Liettres. Nous trouvons, à partir du XIIIe siècle, plusieurs personnages
portant le nom de cette seigneurie. Jean de Liettres (de Liestes),
chevalier, donne, en 1210, une dîme, sise à Norrent, au prieuré de
Saint-André-lez-Aire. En 1222 il concède à la même maison divers droits et
privilèges et vend, en 1236, à la collégiale de Saint-Omer de Lillers, des
alleux à Rély, Saint-Hilaire et Norrent. En 1242, Guillaume, chevalier,
seigneur de Liettres, donne au prieuré ci-devant nommé, plusieurs biens à
Blessy, et, en 1277, Jean II de Liettres ajoute à cette libéralité les
rentes qu'il possédait dans le territoire de Lillers et qui mouvaient du
sire de Wavrin, sénéchal de Flandre. En 1349, Marie, dame de Liettres, veuve
d’un autre Jean de Liettres, du consentement de son fils, fait une nouvelle
donation aux religieux de Saint-André. Robert de Liettes ou de Liettres,
écuyer, est bailli d’Aire en 1381 et 1382; il fonde, en 1421, par testament,
une chapellenie dans la collégiale de Saint-Pierre d’Aire, la chapellenie de
Saint-Antoine. Pierre de Liettres figure en 1404 dans un dénombrement. En
1451 la seigneurie de Liettres appartenait à Georges de la Viefville, du
chef de sa femme Marguerite de le Donne. Elle relevait du Roi, à cause du
buffet d'Amiens, pour la haute justice, et, comme moyenne et basse justice,
du château de Lillers, dont elle était une des pairies. Elle passa, sans
doute par acquisition, à Simon de Luxembourg, protonotaire apostolique,
archidiacre de Flandre pour le diocèse de Thérouanne, et de Brabant, pour
celui de Cambrai, 23e prévot de la collégiale de Saint-Omer. Nommé en 1470 à
la prévôté d’Aire, il se mit à l'œuvre pour relever le château de sa
seigneurie de Liettres, sur les anciennes fondations. C’est de cette époque
que datent les deux grosses tours et les courtines qui subsistent encore
aujourd’hui.
Par son testament en date du 8 octobre 1479 vidimé dans un acte de Simon
Bocheux, bailli de Thérouanne, du 15 février 1480, Simon de Luxembourg légua
ses "fief et noble tènement" de Liettres, à son oncle, Jacques de
Luxembourg, seigneur de Richebourg, qui les recueillit et les laissa à sa
fille, Yolande de Luxembourg, femme de Nicolas de Werchin, sénéchal de
Hainaut. Isabeau, née de ce mariage, épousa Jean de Trazégnies, qui, du chef
de sa femme, devint baron de Lieltres. C'est sur celui-ci, qu'après saisie
pour dettes, en 1574, un décret du grand conseil de Malines adjugea les
"terre, seigneurie et baronnie de Liettres", avec moulin à blé,
appartenances et dépendances, à Jean de Zomberghe, écuyer, fils d'Arnould de
Zomberghe, capitaine de Ruppelmonde, et à sa femme, Jacqueline Picavet, dame
des Cauffours et de Lendreghem. Leur fille, Marie de Zomberghe, qualifiée
baronne de Liettres, apporta cette terre à Nicolas de Catrix ou Catris,
colonel du régiment de Bourlotte, lieutenant d'artillerie dans l’armée de
l’Archiduc Albert, gouverneur du fort Saint-Andrieu et du Mont-Hulin, tué au
siège d'Ostende, en 1603. Sous Robert de Catrix, seigneur de Lambres et de
Cambrin, mestre-de-camp au service du roi d’Espagne, qui succéda à sa mère,
Marie de Zomberghes, Liettres fut occupé par les troupes espagnoles pendant
le siège d’Aire de 1641; mais le secours ne fut pas efficace et les
Espagnols furent repoussés en perdant 400 chariots de vivres et de bagages.
Marie-Florence de Catrix, fille et héritière de Robert, étant entrée en
religion, vendit, par acte du 26 septembre 1665, la terre de Liettres, à
Lucrèce de Harchies, sa mère, qui la laissa à son fils Jean-Paul de Catrix,
capitaine de cavalerie au service de Sa Majesté Catholique, puis à celui de
la France, mayeur de la ville d'Aire en 1676. A la mort de celui-ci,
survenue en 1699, le château de Liettres entra dans la famille Théry, par le
mariage de Lucrèce de Catrix avec Jean-Baptiste Théry, écuyer, seigneur de
Nortbécourt.
Possédé successivement par Jean-Baptiste Théry (1709-1738) et par
Marie-Madeleine de la Woestine, Baronne de Becelaere et du Saint-Empire, sa
femme, puis (1738-1790) par Maximilien Théry, chevalier, mari de
Marie-Louise-Philippe de Thieulaine d'Hauteville, en faveur de qui Liettres,
qui jouissait anciennement du titre de baronnie, fut érigé de nouveau en
cette dignité, par lettres-patentes du mois de décembre 1766. On lit dans
ces lettres que "la terre, justice et seigneurie de Liettres est un ancien
fief de la province d’Artois, ayant plusieurs fiefs en relevant et tous les
droits honorifiques et féodaux....., étant d’ailleurs lesdits fief et
seigneurie d’un revenu considérable, capable de supporter le titre de
baronnie dont il était anciennement décoré". Ce qui n’empêcha pas le baron
de Liettres d’avoir un procès avec le seigneur de Créminil, Louis-Francois
Le Merchier, au sujet du droit de plantis sur le grand chemin de Liettres,
et sur les bords de la Laquette, depuis le moulin d’Estrée-Blanche, jusqu'au
fief du Quesnoy. Confisqué et vendu nationalement à la Révolution, le
château de Liettres fut racheté, au retour de l'émigration, par M. Stanislas
d'Halewyn, officier au régiment d'Angoumois, puis à l’armée de Condé,
chevalier de Saint-Louis, qui avait épousé, en 1790, l’héritière de
Liettres, Marie-Thérèse-Julie Théry de Liettres, dame de Courtoisin. M.
Druon d'Halewyn, gendarme de la maison du roi Louis XVIII, maire de la ville
d’Aire, chevalier de la Légion d'honneur (1829-1847); Mademoiselle Thérèse
d'Halewyn (1847-1860) et M. Clément d'Halewyn (1860-1895), ont, depuis,
possédé Liettres, qui appartient au début du XXe siècle aux enfants de ce
dernier.
Le château construit à Liettres, en 1470, par Simon de Luxembourg, ne fit,
nous l'avons dit, que remplacer un autre château plus ancien, dont on
utilisa les fondations. Il est donc naturel que dans cette construction du
XVe siècle nous retrouvions le plan et les dispositions régulières des
châteaux de plaine de la fin du XIIIe siècle. Quatre tours très fortes, en
saillie sur des courtines de trente mètres de long, flanquent à chaque angle
un carré de quarante mètres de côté dans œuvre. Des douves profondes, larges
de plus de sept mètres, entourent l'enceinte. On accède à l’intérieur par un
pont-levis, puis par une porte, large de trois mètres, s’ouvrant sous un
logis ou corps de garde qui la défend. Des bâtiments s’appuyaient contre les
courtines, de manière à laisser une cour carrée de 27mètres de côté environ.
Les tours, dont deux subsistent presque intégralement, méritent toute notre
attention. Construites en pierres blanches de moyen appareil sur fondations
en grès avec empattement, la tour sud-ouest s'élève à 33 mètres au-dessus du
fond des douves, divisée en trois étages sur caves, plus un rez-de-chaussée,
séparés simplement, comme à Pierrefonds, par des planchers en bois, sauf le
premier étage qui est voûté. Son diamètre est de près de 15,50 mètres hors
œuvre. Les murs de la cave, du rez-de-chaussée et du premier étage, ont une
épaisseur de cinq mètres; ceux du second étage ont deux mètres et ceux du
troisième 0,63 mètre seulement. Cette différence dans les épaisseurs
permettait d'établir, à hauteur du second étage, un chemin de ronde protégé
par un mur de garde crénelé et bordé de mâchicoulis, tel qu'il a été rétabli
dans l’intelligente restauration de 1860. Comme au château de Pierrefonds,
ces mâchicoulis forment une ceinture complète au-dessus du premier étage et
sont surmontés d’un crénelage qui commande les approches de la tour. Le
chemin de ronde se prolonge sur la partie de courtine attenante qui a été
conservée. Les corbeaux des mâchicoulis, dont plusieurs anciens subsistent,
sont formés par trois assises de pierres en encorbellement. La tour
Nord-Est, construite d'après les mêmes principes, a vu, en 1830, son
ancienne ceinture de mâchicoulis remplacée par une balustrade flamboyante,
transformant ainsi le chemin de ronde en balcon.
Liettres a subi plusieurs transformations, qui, au regret des archéologues,
ont effacé la belle régularité de son plan primitif. Le vaste bâtiment
d'habitation qui s'appuie sur la courtine, a été reconstruit par M. Théry de
Nortbécourt, au commencement du XVIIIe siècle, ainsi qu’en témoignent les
dates 1704 et 1723 inscrites sous la corniche. Les douves étaient déjà
comblées à cette époque. Une sépia de M. Van Eeckout nous montre, en 1816,
la tour nord-est ruinée, mais avec un ensemble assez semblable à celui donné
par un plan du dimage de la seigneurie de Liettres, en 1709. En 1830 M.
Druon d'Halewyn fit raser les tours nord-est et sud-est, qui tombaient en
ruines, ainsi que les constructions situées au nord, à l'est et au sud. On
ne garda que la courtine nord et une partie de la courtine sud, auxquelles
on adossa des ailes complétant les bâtiments du XVIIIe siècle. M. d'Halewyn
substitua également à la ceinture de mâchicoulis des deux tours conservées,
une galerie à balustrade flamboyante, ainsi qu'on le voit actuellement à la
tour nord-ouest, rétablit les douves sur l'ancienne face est et construisit
un pont de pierre sur l'emplacement de l’ancien pont-levis. En 1860, M.
Clément d'Halewyn, chez qui le sentiment de l’art était égal à celui du
bien, fit rétablir le chemin de ronde de la tour sud-ouest, avec ses
mâchicoulis, et relever la tour sud-est jusqu’au niveau de la cour
d'honneur. En résumé, de l’ancien château de Liettres, il reste actuellement
deux tours avec la courtine qui les relie. Liettres nous montre ce qu'était
un château de plaine construit, dans la seconde moitié du XVe siècle, sur un
plan du XIIIe, véritable forteresse où l’on pouvait encore tenir malgré
l'emploi de l'artillerie. Nous avons pensé que ce château avait droit, à ce
titre, à l'intérêt de la Commission des Monuments Historiques.
PIÈCES JUSTIFICATIVES
18 Mars 1452 - Lizcens. Aveu et dénombrement des château et terre de
Liettres, rendu par Georges de La Viefville, Ecuyer, mari de Marguerite de
le Donne, dame de Liettres.
A tous ceulx qui ces présentes, Robert Le Febvre, bailly de Lillers et de
Mallaunoy, scavoir faisons que nous avons receu le rapport et dénombrement
d’un fief et noble tènement nommé (la terre) et seigneurie de Liestes, que
noble homme Jeorge de la Viefville, escuyer, ad cause et comme mary et bail
de noble damoiselle mademoiselle Margeritte de Le Donne, sa femme, tient en
parye du chastel dudit Lillers. Auquel rapport et dénombrement la teneur
s’enssuit: c’est le rapport et dénombrement que Jeorge de la Viefville,
escuyer, mari et bail de Margeritte de le Donne, sa femme, et ad cause
d'elle, tieng et advoue à tenir à mon tres redoubté seigneur, monseigneur de
Wavrin, de Lillers et de Mallaunoy, à cause de sa terre et seigneurie du
lieu de Lillers, icelluy mon fief et parye nommé la terre de Liestes, qui se
comprent es parties qui s’enssieuvent. Et premièrement ay en mon domaine ad
cause du dit fief et parye, le chastel et basse-cour du dit lieu de
Liestres, les fossez et...., tenans aux fossez de la dite basse-court, avec
toutes les despendances estans authour et à l’environ desdits chastel et
gardins, contenant ainsi que tout se comprent, douze mesures d’éritaiges ou
environ, tenans du lez vers le soleil midy au chemin par lequel on va dudit
lieu de Liestes à Longuehen et du lez vers à certains héritaiges à moy
appartenans et que je tieng en fief de Jehan, seigneur de Bernieulles. Item
ay ad cause de mon dit fief la moitié du vivier. Item ay encore en mon dit
demaine en la dite terre du dit lieu de Liestes soixante quinze mesures de
terres à hommage ou environ, séans en plusieurs pièces au lieu c'on dist
Warnicamp.... (Hommage en 166 articles). Archives du château de Liettres, A.
156; original, papier.
15 Févier 1480. — Vidimus du testament de Simon de Luxembourg, prévôt de la
collégiale de Saint-Omer, seigneur de Liettres, en date du 8 octobre
précédent. A tous ceulx qui ces présentes lettres verront, Simon Bocheulx,
bailly de l'advouerie de Thérouanne, salut.
Sachent tous qu’aujourdhuy, datte de ces présentes, en présence de nobles
personnes Jacques de Renty, seigneur de Maisle et de Jean de Tramecourt,
seigneur d'Ivregny, escuyers, exécuteurs du testament de deffunet monsieur
maistre Simon de Luxembourg, en son vivant docteur ès loys, protonotaire du
sainct Siège apostolicque, prevost des esgliges collégialles de Sainet-Omer
en Sainet-Omer et de Sainct-Pierre d’Aire en la ville d’Aire, archidiacre de
Flandres en l’église cathédrale de Théroanne, nous atestée exhibée ung
testament en papier contenant quatre foeullez escript à deux lez, signez en
fin de chaseune paige: Simon de Luxembourgue, non abaarez, non vicieux, mais
Lout entiers, dont pour le temps et pareillement nous ont lesdicts
exécuteurs requis obtenir nos lettres de vidimus pour leur aide ou bon leurs
semblera, ce que leur avons accordé et par le teneur de ces accordons.
Duquel testament le vray teneur s'enssuyt et est telle: In nomine Patris,
etc. Je, Simon de Luxembourgue, etc. seigneur de Liestres..., j'ordonne et
laisse à l’hospital de Liestres tou ce que je tien en coterie de l'abbé et
couvent de Corbie en tout Liestres, oultre et par dessus trente mesures de
terres tenues desdis religieux, abbé et couvent, que j'avoye donnée à
Michelette de Luxembourgue, ma fille illégittisme, desquels trente mesures
de terre ladicte Michelette s’est depuis désaisy au prouffit du dict
hospital pour et moyennant vingt livres de rente héritable que je luy ay
baillié et transportée en rescompense.
Item, je donne par ce mien testament à Monsieur Jacques de Luxembourg, sieur
de Ricquebourque, un fief et noble tènement qui est à Liestres, tenu en
régal du sieur de Maugrée, qui s’estend ès villes de Liestres, Wittrenes et
Rely, tout ainsy qu'il se comprent et parillement ung fief tenu des
religieux abbé et couvent de Corbie, séant à Liestres, lequel se comprendt
en trois mesures de prey ou environ, pour d'iceulx deux fief joyr par ledict
monsieur Jacques héritablement à tousjours, luy et ses hoirs masles nez et
procréés en mariage. Par sy que lediet Monsieur Jacques aloit de vie à
trespas sans hoirs mâsle nés et procréés en mariage, je vœulx et ordonne que
les dis deux fiefs retournent à Estienne de Luxembourgue, mon fils
illégitime, auquel Estienne je les donne en ce cas pour en joyr, luy et ses
hoirs aiant cause de luy.
Item, je donne audict monsieur Jacques ung fief que je tiens de monsieur
d'Estrées, lequel fief joingnant ledict hospital de Liestres, et se comprent
en six mesures de prey ou environ parmy les fossés d'entour: lesdits preys à
la charge toutteffois que ledict monsieur Jacques sera tenu payer
héritablement et à tousjours à l'hospital dudict Liestres cent sols monoie
courant, pour aider à soustenir les pouvres quy seront journellement receux
audict hospital, ou les aïans cause de luy, pourveu toutteffois que ledict
monsieur Jacques porra achepter ailleurs ladicte rente de cent soubs, monoie
que dessus, en deschargeant ledict fief.
Item, je donne à mondict sieur Jacques la haulte justice que j'ay à
Liestres, tenue en fief du Roy à cause de son chasteau d'Amiens, et de
laquelle haulte justice sont tenus tous les alleus que j'ay en la terre
dudict Liestres, pour en joyr luy et ses hoirs héritablement et à tousjours,
comme de la terre dudict Liestres, tenu de Lillers et dont il est déjà saisy
et mis à sieur pour en joyir après mon trespas. Et pour accomplir cest mon
présent testament j'ellis mes exécuteurs monsieur Jacques de Luxembourg,
Jacques de Renty, Jean de Tramecourt, mon frère dessus nommé, Morlet de
Fermantel et sieur Pierre Stalin, prebire. En marge dudict testament estoit
escript: "ou lieu duquel de Thorigny que j'ai revocqué et faict tracher
exécuteur avecque les aultres maistie Robert Hanon, mon confrère et canon de
Théroanne, sains pour ce riens nommer, ausquels je prie qu'ils vœulent bien
en prendre la charge de ceste mienne dernière volontée. Et en approbation de
ce ay signé chacune paige de ma main et se seller du seel aux causes de ma
dict personne ay mis avecq les signes desdis les moins l'an et jour que
dessus dis. En tesmoing de ce avons mis le scel de la dicte advouerie de
Théroanne à ces présentes faictes, passées et recognues, le XVe jour du mois
de février l'an mil quaitre cent soixante et dix nœuf. Et estoit ainsy
signée, à la fin dudict testament: Simon de Luxembourque, pruvost de
Sainct-Omer, Jean de Martin, sieur de Holingues. Sur le replis estoit signée
Wendin avecq le scel pendant en sire verde à double queuwe. Collation faict
et trouvée concorde à l'original, le pénultième de Février 1609. Signé: Le
Grand. Archives du château de Liettres, A. 156 et D. 7; copie du XVIIe
siècle.
13 Mars 1573. — Décret de vente de la terre et Baronnie de Liettres sur Jean
de Trazégnies. Philippe, par la grâce de Dieu, Roy de Castille, etc. Comme
dorz le XIe jour de Novembre de l’An XVe soixante et quatre, Jehan de
Trasignies, baron de Liètres, s’estoit avec... barons de Trasignies et de
Sepmeries, ses frères, et chascun d’eulx à part et pour le tout, laissié
condempnié vers ledict deffunct Jeronimo Mayer, par ceulx de nostre conseil
en Flandres, en la somme de trente mille six cens livres de gros la livre à
payer à certain terme piécha expiré, ensemble ès intérest d’icelle somme, en
cas de faulte de payement, à raison de dix pour cent par an, et comme loy
n’avoit sceu parvenir au payement de la dite debte autrement ne plus avant
que de la somme de vingt deux mil florins payée environ le premier jour de
febvrier XVe soixante dix, avoit esté nécessaire aus dits supplians obtenir
des dits de nostre conseil en Flandres lettres exécutoires sur la dite
condempnation afin de consuyvre le reste et parfaict de leur dict deu...
iceus impétrans auroient... fait saisir et mettre en nos mains la terre,
seigneurie et baronnie de Litre, scituez en notre pays et conté d’Arthois,
avec ses appartenances et dépendances, laquelle après deux information et
inquisition par le dit huissier, en prinse au dit sieur de Liètre et à ses
receveur, il avoit trouvé consister en haulte justice, moyenne et basse,
eten six mesures de terre nommée la Bricterie, en sept quartiers de terre
séans à La Hayette, en quatorze mesures trois quartiers nommée La Motte;
item onze quartiers de prey séans à la ditte Motte, trois quartiers de terre
séans au lieu de la ditte Bricterie: item onze mesures de lerre séans à
Courtye, deux mesures aux Vauchaur, quatre mesures séans au chemin du Pret;
item six quartiers séans à Moulin-d-vent, six quartiers séans au Bois de
Corsguière; item huit mesures demy et quartier, pour le présent à labeur
nommé le Bois de Corsgieure; item encore deux mesures nommées La Hayette;
item sept mesures gisans à Avesnes; item quatre mesures gisans à La
Cauchette; item deux mesures gisans au Bois de Herlin; item vingt et une
mesures séans à Grands Camps; item douze mesures ou environ de pastures. Le
tout suyvant le bail de cens de Jehan Losse. Item un molin à eaue à mouldre
bled rendant par an trente huyt rasières à payer de trois mois en trois mois
et en mêmes rentes quatre vingts dix sept ou dix huyt florins par an. La
dicte terre et seigneurie de Liètres tenue en partie et à raison de la
haulte justice, de nous, et, en partie, du duc d’Arschot, appartenant au
dict Jehan de Trasignies, baron dudit Liètres, ung desdicts condempnez pour
la dicte seigneurie. Donné en nostre ville de Malines le tréziesme jour de
mars l’an de grace mil cinq cens soixante treize, de noz règnes des
Espangnes, Cecille, le dix neufviesme et de Naples le vingt-uniesme.
Archives du château de Liettres, A. 152.
6 Novemsre 1574. — Acte d'acquisition de la baronnie de Liettres par Jean de
Zomberghe. Aujourd'hui sixiesme de novembre anno quinze cens soixante
quatorze... après plusieurs renchers, même que le marché de la dite terre et
seigneurie de Liètres avec ses appartenance et dépendances cy devant
reprinses fut par Maître Jehan Le Bailly, procureur servant par devers le
grand conseil du Roy, mis et haulehé à la somme de seize mil cent livres de
XL gros monnoye de Flandres la livres, finablement est ledict marché au
lever du scel de ces présentes lettres, demeuré au dit Le Bailly, aux
devises et conditions reprinses en celles lettres, et déclara ledict Le
Bailly en tous tant qu'il avoit fait ledict achat par charge de Jehan de
Somberghe, escuier, y présent et l’acceptant et requérant luy en estre
accordé et depesché cest acte pour luy valoir à l’effet d'adhéritement,
comme de raison; d’oultre avoir fact l'achapt pour en joyr par luy et
damoiselle Jacqueline Picavet, sa compaigne, comme de leur acquest, à
condition néantmoins que si ledict de Somberghe terminoit vie par mort,
vivant sa dicte compaigne, sans délaisser enfant vivant ou apparant à
naistre de sa dicte coinjoinction, au dit cas la dicte terre et seigneurie
de Liètres appartiendra à icelle sa compaigne pour en joyr sa vie durant de
la moictié en usufruict et de l’aultre moictié en propriété. Archives du
château de Liettres, A. 152.
26 Septembre 1665. — Vente de la terre de Liettres par Marie-Florence de
Catrix à Lucrèce de Harchies, sa mère. A tous ceulx etc. Sçachent tous que
par devant Jean Henry Vasseur et Pierre Rogier, notaires royaux en la ville
d'Aire, comparurent en leur personnes dame Lucresse d'Archy, vefve de
Messire Robert de Catris, vivant chevalier, seigneur de Liestres, etc.
maistre de camp entretenu pour le service de Sa Majesté, de présent en cette
ville d’Aire, d’une part; damoiselle Florence de Catris, fille et héritière
universelle dudit messire Robert, d’aultre part, et recogneut comme ainsy
soit que ladicte dame première comparante pressoit ladicte damoiselle, sa
fille, en sa qualité avant dicte, pour avoir paiement et solution de la
somme de soixante mille trois cent trente florins à elle deubs par la maison
mortuaire et héritiers ou ayans cause dudit feu seignieur pour ses portemens
et dot de mariage... A cette cause, par la meilleure voie que faire se
peult, voire aussy par celle de pauvreté jurée ès mains des nottaires royaux
soubsignés et que témoignié et enssinié atesté par le mesme serment de maîre
François Paiell, docteur, pensionnaire de laditte ville, et Adrien Heuce,
maître cordonnier, y demeurans, gens de foy et crédence, cognoissant les
affaires de laditte damoiselle comparante, avoir, et à plain ce, vendus,
cédé et transportez bien justement et léallement sans fraude ni collusion
quelconque au proffit de la ditte dame acceptante en personne, toutte la
terre et seigneurie eschue à la dite damoiselle par le trespas dudit feu
seigneur de Catris, son père, du village de Liestres, se consistante en
haulte, moienne et basse justice, seigneurie viscontière et fonssière, à
cause de laquelle y at aussi plusieurs hommes, tant fief que cottiers,
tenant héritages, chargez de rentes fonssières seigneuriales, tant au dit
village qu'aultres à l'environ, le gros de laquelle seigneurie se consiste
en cent dis mesures; sçavoir quatorze mesures de manoir avec le chasteau du
dit lieu et soixante-six mesures de terres à labour tenues du seigneur de
Lillers. Ausquels gros sont aussy avecques aultres pastures el preys avec
plusieurs terres à labour tenu et mouvantes de la ditte terre et seigneurie
de Liestres et aultres en nombre de quatre-vingt cincq mesures et demie ou
environ, sçavoir: tant en preys que manoirs, vingt-six mesures trois
quartiers ou environ, et en terres à labour, cinquante huict mesures demi ou
environ.
Item, toute la terre et seigneurie de Lambre, mouvante de la dilte
seigneurie de Liestres... Item, tout un fief, dit Cambrin, en Lambre...
Item, le fief de Banet, au terroir de Rély, etc... En tesmoingt de ce,
avons, à la relation desdits nottaires, mis aux présentes ledit scel, quy
furent faictes et passées audit Aire le vingt sixiesme de septembre seize
cent soixante et cincq. Archives du château de Liettres, A. 330, copie.
2 Mars 1684. — Acte de mariage de Jean-Baptiste Théry de Nortbécourt et de
Marie Lucrèce de Catrix. Omnibus has visuris lecturisve, salutem in Domino.
Ego infrascriptus parochialis ecclesie Sancti Petri de Liestres, diocesis
Boloniensis, notum facio quod 2 mars 1684 conjugi matrimonio Joannem
Baptistum Therry, dominum de Norbecourt et domicellam Mariam Lucretiam de
Catris, filiam nobilium Joannis Pauli et Marie Lavieuville conjugum, etiam
cum parentum consensu el testibus requisitis. Actum in nostro pago de
Liestres ut supra. Ita est. GILLO, presbyter. Archives du château de
Liettres, A. 307. Extrait signé.
1718. — Noms des seigneurs de Liettres depuis 1210 jusqu’à 1718. On voit par
archives du prioré de Saint-André-lez-Aire les seigneurs à qui appartenoit
la ditte terre au douziesme et treiziesme siecle, dont s'ensuit la fondation
desdits seigneurs et leurs noms et leurs tiltres, tiré desdites archives:
1210. — Jean, chevalier, seigneur de Liestre, at donné au prioré de Saint
André une disme à Norrent et une partye de la disme de Rély.
1222. — Jean, chevalier, seigneur de Liètre et vicomte des alleux de
Beaumont, accorda audit prioré plusieurs droits et privilèges.
1287. — Jean de Liètres, chevalier, at donné, comme dessus, cincq mesures de
terre à Quernes.
1242. — Willemme, chevalier, seigneur de Liètre at donné comme dessus et
donné diverses coses séant à Blessy.
1349.— Marie, dame de Liestre, at esté vefve de Jean, chevalier, seigneur de
Liestre et Estrée, et, du consentement de Jean, son fils, at donné audit
prioré plusieurs rentes, droits et privilèges. Monseigneur le Cardinal
d’Estré dit descendre de laditte dame de Liestre et d'Estré.
L'an 1479 la terre de Liestre appartenoit à sire Simon de Luxembourcgq,
archidiacre de Flandre en Thérouanne, prevost de Saint-Omer et d’Aire. Il
laissa cette terre par son testament à Jacques de Luxemboureq, seigneur de
Ricquebourg, en datte du huit d'octobre 1479. Ledit Jacques la laissa à
Yolande de Luxembourg, laquelle s’est mariée à Nicolas de Werchin, séneschal
de Hainaut. Nicolas de Verchin laissa une fille nommée Isabeau qui at épousé
Jean de Trezegnie.
La terre de Liestre fut vendu par decret au parlement de Malines et acheté
par Jean de Zombergue, fils d'Arnoult, capitaine de Rupelmonde, qui avoit
épousé damoiselle Jacqueline Picavet, fille de Jean Picavet et de damoiselle
Marie Monart, sœur d'Antoine Monart, sieur de Coquelle, gouverneur d’Hesdin.
Jean de Zombergue laissa deux fils, sçavoir Hugues et Robert, tout deux
morts à marier, et une fille nommée Marie, qui fut héritière de la dite
terre et épousa Nicolas de Catrix, colonel du régiment Luxembourgeois après
le sieur de Bourlotte. Ledit Nicolas de Catrix mourut en 1604 des blessures
qu’il avoit receu au siège d'Ostende. Il laissa plusieurs enfants et deux
fils: Antoine, mort en Bohème, au service de l'Empereur, et Robert, mort à
Bruxelle en 1664, qui avoit épousé Lucresse d'Orchie, fille de Jean-Paul
d'Orchy. Nicolas laissa encore des filles, savoir Marie Florence, qui avoit
épousé le sieur d’Ennelière, baron de Beaumetz, et Albertine qui avoit
épousé en premières nopces le sieur de Ferquin, tué à la bataille de ..., et
en secondes nopces le sieur Andréada, italien. Robert de Catrix laissa de sa
femme Jean-Paul, Emmanuel et François-Joseph, Marie-Florence, Marie-Thérèse,
Albertine et Isabelle. Jean-Paul, aîné, épousa Marie-Isabelle de La
Viefville et laissa trois filles: Marie Lucresce, qui at épousé
Jean-Baptiste Théry, seigneur de Norbécourt; Claude-Théresse et
Marie-Florenne de Catrix. Archives du château de Liettres, A. 477.
1er Mars1742. — Aveu et dénombrement de la seigneurie de Liettres rendu au
baillage de Lillers par Martine de La Woestine de Becelaere, baronne de
Liettres. Ce jourd'huy premier de mars mil sept cens quarante deux et
pardevant nous lieutenant général et hommes de fiefs des ville et bailliage
de Lillers... comparut le sieur Jean-Baptiste Dilly, agent et neveu de la
dame Magdelaine Martine de la Voostine de Bezelaer, Baronne de Litres, veuve
de messire Jean-Baptiste Therry, Baron dudit Litres, demeurant au château
dudit lieu, mère et ayant la garde noble de Messire Maximilien, Alexis et
damoiselle Marie Catherine Louise Théry, enfants mineurs qu'elle a retenus
dudit seigneurs, demeurants au dit château de Liètres..., propriétaires de
deux fiefs se consistant, le premier desdits fiefs, en la terre et
seigneurie de Liètres, tenus en pairie de la terre, seigneurie et marquisat
de Lillers à cens sols parisis de relief, cambellage... Et desirant ledit
seigneur Jean-Baptiste Dilly, en sa dite qualité, faire la foy et hommage de
la dite terre et seigneurie à messire Louis-Jacques de Calonne, chevalier,
marquis de Courtebournes, brigadier des armées du Roy, et à Madame
Isabelle-Claire-Joseph-Guislaine de la Tour Saint-Quentin, son espouse,
paravant veuve de messire Jacques-Gilles-Bonaventure de Carnin, chevalier,
marquis de Lillers, tuteur et tutrice légitime de damoiselle
Guislaine-Charlotte-Bonaventure de Carnin, fille mineure du feu Marquis de
Lillers, etc. Archives du château de Liettres, A. 152.
Décembre 1766. — Lettres patentes érigeant de nouveau la terre de Liettres
en baronnie. Louis par la grace de Dieu, Roy de France et de Navarre, à tous
présens et a venir, salut. N'y ayant rien de plus juste que de reconnoitre
et récompenser les actions vertueuses de ceux qui ont bien mérité de nous et
du public par leur affection à notre Etat et leurs services et ceux de leurs
parents en la profession des armes et mettant en considération que le sieur
Marie Maximilien François Théry, seigneur de Liettre, Lambre en Artois, est
d’une famille distinguée, étant alliée aux familles nobles de Melun, La
Viefville, de Vostine, Castrix, Thieulaine et autres des Pays--Bas, et les
bons services militaires de sa famille, entre autres ceux d'Alexis Théry de
Liettres, son frère, capitaine au régiment du Rohan-Prince, mort en 1759,
des blessures qu’il avait reçues à la tête de sa compagnie à la bataille de
Bergen et ceux que son oncle paternel Eugène Joseph Théry de Norbécourt nous
a rendus pendant une longue suite d'années dans le régiment de cavalerie de
Lambesc et du Colonel-Général, et ne pouvant mieux reconnoitre tous ces
services qu’en honorant le sieur Théry d'un titre d'honneur qui passe à ses
successeurs et les engage à suivre les bons exemples de leur auteur et
prédécesseurs, bien informé que sa terre, justice et seigneurie de Liettre
est un ancien fief de notre province d'Artois ayant plusieurs fiefs en
relevants et tous les droits honorifiques et féodaux appartenants suivant la
coutume à terres nobles, étant d'ailleurs ledit fief et seigneurie d’un
revenu considérable, capable de supporter le titre de baronnie dont il étoit
anciennement décoré, ce dont les lettres et enseignements ont été perdus ou
égarés par les guerres dont les Pays-Bas ont été affligés dans les derniers
siècles, de notre grâce spéciale, pleine puissance et autorité royale, nous
avons et décorons par ces présentes signées de notre main ladite terre, fief
et seigneurie de Liettre, ses appartenances et dépendances, en titre, nom et
dignité de baronnie de Liettres, pour en jouir par ledit sieur Théry, ses
successeurs et ayans cause et les descendans d’iceux en légitime mariage,
avec seule foy et hommage, aveu et dénombrement, droits et devoirs requis
par la coutume audit titre, nom et dignité de baron; voulons que ils se
puissent dire, nommer et qualifier en tous actes, tant en jugement que
dehors; qu’ils jouissent des droits d'armes, blazon, honneurs, prérogatives,
rang, prééminence en fait de guerres, assemblée de noblesse et autres, ainsy
que les autres barons de notre royaume et province d'Artois, que les
vassaux, arrière-vassaux et autres tenans noblement et en roture les
reconnaissent pour barons, fassent leur foy et hommage, baillent leurs aveux
et dénombrement et déclaration le cas y échéant, sous ledit nom de baron de
Liettre, sans que pour raison de la présente érection et changement de titre
ils soient tenus à autres plus grands droits que ceux qu’ils doivent à
présent, et que les officiers exerçant la justice en ladite baronnie
intitulent d’icelle à l'avenir leurs sentences et jugements et qu'ils
jouissent des mêmes pouvoirs aux corvées et droits que les officiers des
autres barons, sans aucun changement de ressore, ny contrevenir aux cas
royaux et la charge que ladite baronnie ne pourra à l'avenir être partagée
ni démembrée entre cohéritiers qu'au cas de la coutume du lieu... Si donnons
en mandement, etc... Registrées au grèfe de la cour... à Arras, au Conseil
provincial et supérieur d'Artois, le cinq mai mil sept cent soixante sept.
Signé: DENYS.
Archives pu Pas-ne-CaLais, B. 30 ; 23e registre aux Commissions, f° 349. (1)
Éléments protégés MH: le château en totalité : inscription par arrêté
du 11 février 1929. (2)
château de Liettres 62145 Liettres, visite guidée extérieur uniquement,
le samedi et dimanche de 14h à 18h.
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