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Château de Blandy les Tours (Seine et Marne)
 
 

        La terre de Blandy appartenait depuis un temps immémorial à cette illustre maison de Melun, qui prit une part considérable aux croisades et aux principaux événements de notre histoire. Le premier acte où nous trouvons l'indication de la terre de Blandy est une lettre du pape Innocent III, du 16 mars 1206. Un différend s'était élevé entre les moines du monastère de Saint-Martin des Champs, à Paris, et Adam, vicomte de Melun, à l'occasion du droit très ancien que ces moines prétendaient avoir sur la huitième partie tant de la propriété du bois de Blandy et du miel que les abeilles y produisaient que sur la huitième partie de la dîme et du champart des terres essartées attenant à ce bois, lequel, pour les sept autres parties, appartenait à Adam; mais ce seigneur repoussait la prétention des moines. Le pape Innocent III fut pris pour juge de ce procès; et par sa lettre du 16 mars 1206, il délégua l'abbé de Saint Jean en Vallée, le doyen et l'archidiacre de Chartres, pour remplir cette mission. On fit une enquête, dans la quelle furent entendus beaucoup de témoins. Parmi leurs dépositions, nous remarquons celle de Robert Marc, qui déclara que, du temps des deux vicomtes Josselin et Louis, il vit que les prieurs de Saint-Martin des Champs et de Saint-Sauveur de Melun avaient, ainsi que ces vicomtes, leurs gardes dans le bois de Blandy, objet de litige, et que ce que l'un d'eux faisait était ratifié par les deux
autres. Il ajoute que le vicomte Louis avait vendu le bois en question à Bernard de Luterne sans le consentement des moines de Saint-Martin des Champs; ce que ces moines ayant appris, ils vinrent vers ceux qui coupaient le bois, s'emparèrent de ce qu'ils avaient coupé, et ensuite ils prirent des gages, et se retirèrent vers le roi de France Louis VII, se plaignant du dommage qui leur était fait. Le témoin dit encore que l'acquéreur,se conformant au jugement du roi, donna caution aux moines pour la huitième partie du bois. On lui demande à qui ces gages ont été remis; il répond que c'est à M. chambrier. On lui demande encore dans quel lieu; il répond que c'est à Fontaine.

La veuve de Louis 1er déposa aussi contre les prétentions du vicomte Adam, son fils. A la suite de cette enquête intervint une sentence par défaut, qui donna gain de cause au monastère de Saint-Martin des Champs. Il résulte des recherches de M. Duchalais que, la branche masculine de la première maison de Melun s'étant éteinte, Mahaut, fille du dernier des vicomtes de cette branche, épousa un seigneur, nommé Adam de Chailly, qui devint ainsi le chef de la seconde maison de Melun. C'est cet Adam de Chailly qui, en 1138, donna la charte aux habitants de Moisenay. Il vivait encore en 1141. Il avait eu un fils, nommé Gilles, qui mourut avant lui, laissant deux fils, Josselin et Adam. L'aîné de ces fils, Josselin, succéda à son grand-père dans la vicomté de Melun. En 1156 il donna la moitié de la forêt de Féreus (probablement Féricy) à l'abbaye de Barbeaux. Josselin avait épousé une femme nommée Alaïs, et il en eut un fils appelé Louis, qui lui succéda comme vicomte de Melun. On ne sait presque rien sur la vie du vicomte Louis. Il fut présent à l'accord que le roi Louis VII fit entre Gauthier, seigneur de Nemours, son chambellan, et l'abbé de Barbeaux, en 1172. Il est encore nommé dans une charte de l'abbaye de Saint-Denis, en 1183. Il avait épousé Gisle, dont le surnom est ignoré. Plusieurs enfants naquirent de ce mariage. L'aîné fut Adam II, et le second Jean de Melun, nommé évêque de Poitiers en 1235. On ignore l'époque de la mort du vicomte Louis, et par conséquent celle à laquelle son fils, Adam II, lui succéda. Nous voyons seulement celui-ci possesseur en 1206 de la vicomté de Melun et de la terre de Blandy, puisque ce fut alors qu'il eut le différend dont nous avons parlé avec les moines de Saint-Martin des Champs. Adam II fit un arrangement avec Milon de Courtry, relativement à des droits de chasse que celui-ci avait, comme ses prédécesseurs, dans le bois de Blandy, qu'il tenait en fief du vicomte.

Par un échange du mois de février 1213, le seigneur donna à Milon le bois Guarin, qui provenait de Robert Cornut. Adam II avait été envoyé, par le roi Philippe-Auguste, en 1207, contre Aimery VII, vicomte de Thouars, commandant les armées de Jean, roi d'Angleterre, qu'il battit et fit prisonnier. Il se signala aussi à la bataille de Bouvines, en 1214; accompagna, l'année suivante, Louis de France, fils aîné du roi, en Languedoc, pour faire la guerre aux Albigeois, et passa avec lui en Angleterre lorsque ce prince y alla pour se faire couronner roi, en 1216. Il fit, avant de partir, plusieurs dons à l'abbaye du Jard; et, se trouvant à Calais, le dimanche après la fête de Saint-Nicolas, au mois de décembre de la même année, il fit son testament, par lequel il légua au curé de Blandy deux setiers par an de grains d'hiver, à charge de célébrer à perpétuité des messes le jour anniversaire de sa mort, tant dans la chapelle qu'il fondait dans le château, en l'honneur de la sainte Vierge, que dans l'église paroissiale. Adam Il avait nommé pour ses exécuteurs testamentaires Jean de Melun, alors archidiacre de Sens, son frère, et Gauthier II, seigneur de Nemours, son cousin germain. Il mourut en Angleterre, le 22 septembre 1217. Adam II avait épousé Aremburge, qui vivait encore en 1220. Il en eut plusieurs enfants, entre autres, Guillaume II, qui lui succéda dans la vicomte de Melun, et une fille, nommée Héloïse, appellée Héloïse de Blandy, et qui épousa Jean de Garlande, chevalier. Il paraît, en effet, qu'Héloïse hérita, sinon de la totalité, du moins d'une partie de la terre de Blandy; car nous voyons que, par son testament, elle laissa quatre vingts arpents de bois et douze de terres arables, situés sur Blandy à l'abbaye du Jard. La délivrance en fut faite au mois de février 1225.

Guillaume II mourut le 4 mai 1221, et fut inhumé à l'abbaye du Jard. Il avait épousé Agnès, dame de Montreuil-Bellay en Anjou. Quatre enfants naquirent de ce mariage, dont l'aîné,Adam III, lui succéda. Il prit, outre le titre de vicomte de Melun, celui de seigneur de Montreuil-Bellay. Adam III, avant de partir pour la croisade, fit au mois de juillet 1247, son testament, par lequel il fit un legs à l'église de Blandy. Il mourut le 9 février 1250. Le fait le plus mémorable qui se rapporte à l'histoire de Blandy, pendant qu'Adam III en était seigneur, est le séjour que le roi Louis VIII fit au château, qu'il visita en 1225. Louis VIII tint une grande assemblée à Melun en cette même année 1225. Ce fut probablement en cette occasion qu'il se rendit à Blandy et coucha au château. Adam III avait été marié deux fois: la première à Gertrude, dont il n'eut pas d'enfants, et la seconde à Comtesse, de Sancerre, dont il eut neuf enfants. Cette vicomtesse de Melun habita Blandy, ainsi que l'attestent ses lettres datées de ce lieu, au mois de juin 1258, par les quelles elle fit un don à l'abbaye de Barbeaux, et par d'autres lettres d'elle et de son fils Guillaume, datées aussi de Blandy, au mois de juin 1259, en faveur de Saint-Martin de Champeaux. En 1269 elle donna des bois situés sur Blandy à l'abbaye du Jard. Plus tard elle fit à la même abbaye une autre donation de quarante -deux arpents de terre situés entre Blandy et Fouju, dont la délivrance fut opérée en vertu des lettres du roi Philippe le Hardi, en date du mois de mai 1284. Enfin, la même vicomtesse légua par son testament, à l'abbaye du Jard, vingt livres, qui lui furent délivrées, en 1279, par Adam et par son frère Jean, sur leurs terres de Blandy, Vaux le Vicomte et Fourches. Le premier fils d'Adam III, appelé Guillaume, succéda à son père. Il est connu sous le nom de Guillaume III, seigneur de Montreuil-Bellay, dans la chronologie des vicomtes de Melun. Il épousa, en 1260, Alix, dame de Chacenay, et accompagna saint Louis à la croisade, en 1270, avec trois bannières et douze chevaliers. Il mourut en 1278, et fut enterré à l'abbaye du Jard.

Son frère cadet, Adam IV, lui succéda; mais on voit par un acte du 2 avril 1285, qui était déposé aux archives du château de la Borde le Vicomte, qu'un partage avait eu lieu entre Adam et son frère Jean, seigneur d'Eprunes et de la Borde. Celui-ci eut pour sa part la moitié de la vicomté, ainsi que celle des bois de Blandy qui avoisinaient le plus la Borde, les dîmes et terrages de Blandy, la maison de la Bergerie, avec le jardinet qui était derrière, lesquels se trouvaient en la maison au Magneu de Blandy, six setiers de blé et d'avoine pris en la dîme de Sivry. Chacun des deux frères avait toute justice et toute seigneurie en tous les lieux; et les blés ainsi que les avoines récoltés à Blandy et à la Borde étaient communs. Adam IV avait épousé, avant l'an 1280, Jeanne de Sully, fille de Henry, sire de Sully et de Pernelle de Joigny, dame de Château-Renaud. Le vicomte Adam IV eut pour successeur son fils aîné, Jean 1er, qui devint ainsi vicomte de Melun et seigneur de Montreuil-Bellay. Jean 1er épousa, vers 1316, en premières noces, Jeanne, fille de Robert, seigneur de Tancarville, chambellan héréditaire de Normandie. Jean de Melun se trouva ainsi réunir sur sa tête la seigneurie de Tancarville et la qualité de grand chambellan héréditaire de Normandie, qu'il joignit à celle de grand chambellan de France. Jean 1er servit dans les guerres de Gascogne et du Rouergue, et fut exécuteur testamentaire du roi Philippe VI, dit de Valois. Ce fut au mois de juin 1321 que le roi Philippe le Long accorda, à la demande de Jean 1er, l'établissement d'un marché dans la ville de Blandy, le jeudi de chaque semaine. Quelques années après, Jean 1er, ayant perdu sa première femme, épousa le 3 novembre 1327, Isabelle, dame d'Antoing; il lui donna pour douaire, sa vie durant, son château de Blandy, avec des terres pour une valeur de 2,000 livres tournois. A la mort de la vicomtesse, l'aîné des enfants nés de ce mariage avait le droit de garder le château de Blandy, ou de prendre à sa place la maison que Jean 1er possédait à Melunet des terres pour 2,000 livres.

Jean 1er mourut en 350. Isabelle d'Antoing, son épouse mourut le 6 décembre 1354. Elle laissa trois enfants, dont un fils, qui fut Hugues de Melun, seigneur d'Antoing et d'Epinoy, de qui sont issus les seigneurs d'Antoing, princes d'Epinoy, et le duc de Joyeuse. Il est vraisemblable que Hugues choisit la maison de ville; car Jean II, vicomte de Melun, fils aîné de Jean 1er et de Jeanne de Tancarville, devint seigneur dé Blandy. Jean II avait épousé, vers l'année 1334, Jeanne Crespin, dame de Warenguebec, d'Estrépagny et de Neauffie. Elle lui avait apporté, avec la grande fortune de la famille du Bec-Crespin, le titre de connétable héréditaire de Normandie. Il en eut deux fils, et une fille, nommée Marguerite. Jean II hérita de tous les titres de son père, et fut, comme lui, grand chambellan héréditaire de Normandie, et grand chambellan de France. Il combattit à la bataille de Poitiers, le 19 septembre 1356, avec son fils aîné Jean et son frère Guillaume de Melun, archevêque de Sens. Ils furent faits prisonniers avec le roi, à cette funeste bataille gagnée par les Anglais, sous les ordres du prince de Galles, et conduits en Angleterre. Que devint le château de Blandy pendant la captivité du seigneur et lorsque Melun eut été livré (1358) par la reine Blanche, veuve de Philippe VI, à son frère Charles II, roi de Navarre, dit le Mauvais? C'est ce que nous n'avons pu découvrir. Après la mort du roi Jean, au mois de mai 1364, le roi Charles V fut sacré à Reims. Le comte de Tancarville assista à cette cérémonie, et continua d'avoir une grande part aux affaires sous le règne de ce sage monarque. Il agrandit son domaine de Blandy, et acquit de Simon de Roucy, en 1368, soixante-dix arpents de bois, appelé le bois d'Agripet, situé dans les bois de Blandy.

Mais, au point de vue de l'histoire de Blandy, ce que ce seigneur fit de plus important fut la construction du château tel qu'il existe encore aujourd'hui. Nous allons faire connaître en quelle circonstance le château qui s'y trouvait auparavant fut fortifié. On sait que la guerre avec les Anglais recommença en 1369 avec plus d'acharnement encore qu'elle n'en avait eu sous le roi Jean. Le 19 mars 1371, Charles V rendit un mandement par lequel il enjoignit au comte de Tancarville de fortifier sa terre de Blandy, s'engageant de concourir pour sa part aux frais de ces fortifications. Jean II eut pour successeur dans la vicomté de Melun et le comté de Tancarville son fils aîné, Jean III, qui fut grand chambellan de Normandie. Jean III s'était marié à Ide, dame de Marigny, dont il n'eut pas d'enfants. Il fut lieutenant du roi dans les provinces de Cham pagne et de Brie, et mourut avant 1385; ainsi il ne jouit pas longtemps des propriétés et des titres qu'il tenait de son père. Le second fils de Jean II, comte de Tancarville, succéda à son frère Jean III. Il s'appelait Guillaume, et fut le quatrième de ce nom dans la liste chronologique des vicomtes de Melun. Un des premiers actes de ce seigneur, lorsqu'il fut devenu vicomte de Melun et comte de Tancarville, fut l'hommage qu'il fit au roi Charles VI de la terre de Blandy. Le 12 novembre1385, le roi alloua au vicomte Guillaume IV une somme de cinq cents livres pour "restablir son chastel de Blandy". Ce seigneur épousa, le 21 janvier 1390, Jeanne de Parthenay, et habita souvent Blandy lorsqu'il n'était pas à la guerre ou à la cour. Décédé en 1415, Guillaume IV ne laissa qu'une fille, Marguerite, vicomtesse de Melun, comtesse de Tancarville, baronne de Warenguebec, dame de Montreuil-Bellay, d'Estrépagny, de Blandy, de Château-Renaud, etc. Elle épousa, en 1417, Jacques II de Harcourt, baron de Montgommery.

Lorsque Henri V et Philippe le Bon, duc de Bourgogne, vinrent faire le siège de Melun, en 1420, traînant à leur suite le malheureux Charles VI, le duc Philippe logea dans la forteresse de Blandy. Nous ignorons si ce fut à la suite d'un siège, ou si ceux qui la défendaient s'étaient rendus volontairement. Quoi qu'il en soit, la terre de Blandy fut, en 1422, donnée par le roi d'Angleterre à Jean de Courcelles, seigneur de Saint-Liébaut, son conseiller. Pendant que ces événements se passaient, Jacques de Harcourt était retranché dans la place du Crotoy, fidèle au parti du dauphin et à sa haine pour les Anglais, qu'il harcelait sans cesse. Tout le pays ayant été soumis, en 1422, au roi d'Angleterre, le Crotoy seul restait encore français. Guillaume de Harcourt, fils de Jacques, eut du chef de sa mère, le comté de Tancarville, la vicomté de Melun et la seigneurie de Blandy. Il ne rentra dans la possession de cette vicomte et de ses dépendances qu'après 1435, époque où les Anglais eurent été chassés de Melun et de cette partie du royaume, et bien certainement avant 1444; car nous voyons qu'il fit hommage au roi, le 7 juin de cette année, de la vicomté de Melun et du château de Blandy, qu'il possédait en sa qualité d'héritier de défunte Marguerite de Melun, sa mère. Guillaume de Harcourt mourut le 27 octobre 1484, ne laissant qu'une fille, Jeanne, comtesse de Tancarville, née de son second mariage. Cette fille avait épousé, en 1471, René, duc de Lorraine, roi titulaire de Sicile. Ce prince la répudia parce qu'elle était petite, bossue, contrefaite, et telle que les médecins l'avaient jugée inhabile à jamais avoir d'enfants. Elle n'en eut pas en effet. Elle hérita, à la mort de son père et de sa mère, de tous leurs biens, parmi lesquels se trouvait la terre de Blandy. Mais elle n'en jouit pas longtemps car elle décéda en 1488 après avoir fait son testament, par lequel elle confirmait les dispositions prises par son père et sa mère.

Il semblerait qu'à la mort de Jeanne de Harcourt cette terre, ainsi que la vicomté de Melun, aurait été partagée en deux parties, dont l'une serait échue à François 1er d'Orléans, comte de Dunois et de Longueville, et dont l'autre aurait été dévolue à sa sœur Catherine d'Orléans. François 1er d'Orléans, comte de Dunois, qui fut le principal auteur du mariage de Charles VIII avec la duchesse Anne, devint gouverneur de Normandie et du Dauphiné, et fut grand chambellan de France, il mourut le 15 novembre 1491. Son fils aîné, François II d'Orléans, comte de Dunois, lui succéda. Mais, comme il était encore mineur, ainsi que son frère Louis 1er d'Orléans, ils furent placés sous la garde noble d'Agnès de Savoie, leur mère. Agnès devint ainsi dame de Blandy, titre qu'elle conserva lorsque François II d'Orléans eut été émancipé, par lettres du 20 janvier 1501, parce qu'elle avait eu Blandy dans son douaire. La comtesse de Dunois mourut le 15 mars 1508. François II d'Orléans, duc de Longueville, accompagna Louis XII, en 1507, dans ses campagnes contre les Génois et les Vénitiens, et commanda l'arrière-garde à la bataille d'Aignadel, en 1512. Il décéda le 12 avril de cette même année. Le duc de Longueville avait épousé, le 6 avril 1505, Françoise d'Alençon, dont il eut deux enfants. L'aîné mourut en bas âge; le duc eut dès lors pour unique héritière sa fille, Renée d'Orléans, qui resta sous la garde de Françoise d'Alençon, sa mère, jusqu'au second mariage de celle-ci avec Charles, comte de Vendôme. Renée d'Orléans, qui était dame de Blandy depuis 1512, mourut le 23 mai 1515 n'étant âgée que de sept ans. Ce fut Louis 1er d'Orléans, oncle de Renée, qui devint l'héritier de la maison de Longueville, et fut seigneur de Blandy. Louis 1er d'Orléans, duc de Longueville, assista à la bataille de Marignan, et mourut le 1er août 1516, laissant trois enfants qui furent placés, pendant leur minorité, sous la garde de Jeanne de Hochberg, leur mère.

Depuis Guillaume IV, comte de Tancarville, jusqu'à Louis 1er d'Orléans, nous ne savons pas si les seigneurs de Blandy habitèrent le château qu'ils possédaient dans ce bourg. Nous ignorons donc si Guillaume de Harcourt, si Jeanne, sa fille, François 1er et François II d'Orléans-Longueville, encore moins si la jeune Renée résidèrent dans la forteresse des vicomtes de Melun; mais, arrivé à Louis 1er, nous avons la preuve du séjour qu'il y fit avec Jeanne de Hochberg, sa femme. Ainsi leurs trois enfants y naquirent. Nous voyons que Claude, leur fils aîné, vint au monde à Blandy vers 1508. Leur second fils Louis II et leur troisième, François d'Orléans y naquirent également. Nous allons voir ces trois fils succéder, l'un après l'autre, à la vicomté de Melun et à la seigneurie de Blandy. Claude, fils aîné, hérita du titre de duc de Longueville mais il fut tué à la bataille de Pavie. Ce fut Louis II d'Orléans, frère puîné de Claude, qui devint duc de Longueville, vicomte de Melun et seigneur de Blandy. Mais après la mort de Louis II on avait fait partage de la succession paternelle entre le marquis de Rothelin et son neveu, François III, le petit duc de Longueville. On avait adjoint, en cette occasion, à Marie de Lorraine, pour veiller aux intérêts de son jeune fils et pupille, Marguerite, reine de Navarre, sœur du roi François 1er. En vertu de ce partage du 13 février 1536, le marquis de Rothelin eut la vicomté de Melun et la seigneurie de Blandy. Celui-ci avait épousé le 19 juillet 1536, Jacqueline de Rohan. Le marquis de Rothelin, après avoir servi dans les guerres que François 1er , mourut le 25 octobre 1548. Lors de son veuvage, Jacqueline de Rohan eut pour son douaire la jouissance de la terre de Blandy. Sa fille, Françoise d'Orléans, épousa le 8 novembre 1565, Louis de Bourbon prince de Condé. Trois enfants naquirent de ce mariage; deux moururent jeunes, et un seul, Charles de Bourbon.

Le prince de Condé était le chef du parti protestant. Il parcourait la France à la tête de son armée, guerroyant contre les catholiques. Pendant ce temps, la marquise de Rothelin vivait solitaire à Blandy, ayant auprès d'elle les enfants nés du premier mariage de son gendre. Mais le 13 mars 1569, le prince de Condé fut tué ou plutôt assassiné, à la bataille de Jarnac, par Montesquiou. Trois ans après la mort du prince de Condé, une grande solennité se prépare au château de Blandy. La marquise de Rothelin et la princesse douairière de Condé présidèrent au mariage de Henri 1er, prince de Condé, beau-fils de la princesse, avec Marie de Clèves qui inspira une passion si violente au roi Henri III. Blandy appartint, après la mort de la marquise de Rothelin au mois de juillet 1587, à la princesse de Condé, sa fille, et au décès de celle-ci au duc de Bourbon-Soissons, petit-fils de la marquise. Le fils de Henri 1er de Bourbon, prince de Condé, devenu veuf de sa première femme, Marie de Clèvès, avait épousé, en secondes noces, Charlotte-Catherinede la Trimouille. Il mourut le 5 mars 1588, avec tous les symptômes d'un empoisonnement. Françoise d'Orléans, princesse douairière de Condé, mourut à Paris le 11 juin 1601, laissant tous ses biens, et par conséquent la seigneurie de Blandy, à son fils, Charles de Bourbon, comte de Soissons et de Dreux. Ce prince était né à Nogent-le-Rotrou le 3 novembre 1566. Le comte de Soissons épousa, le 27 décembre 1601, Anne, comtesse de Montafié, qui était connue sous le nom de Mademoiselle de Lucé. C'était une des plus belles personnes de la cour. Dans le cours de sa vie agitée, le comte de Soissons n'en habita pas moins, de temps en temps, sa terre de Blandy. Le 19 octobre 1612, on eut avis que M. le comte de Soissons était tombé malade à sa maison de Blandy. Le 25 et le 27, M. le prince de Condé lui alla rendre visite, et l'on apprit qu'il était mort au grand regret de tous les bons Français.

Du mariage du comte de Bourbon-Soissons avec Anne de Montafié était né un fils, Louis de Bourbon-Soissons, qui fut tué à la bataille de la Marfée, près de Sedan, le 6 juillet 1641, ne laissant que des enfants naturels. Durant son veuvage la comtesse de Sois sons prenait le titre de dame de Blandy; ce qui indique qu'elle eut cette seigneurie dans son douaire. La comtesse de Soissons mourut le 17 juin 1644. La terre de Blandy appartint indivisément à mademoiselle de Longueville, par représentation de sa mère, et à la princesse de Carignan. Pendant la minorité de sa fille, et en qualité de son tuteur, le duc de Longueville administra cette terre conjointement avec le prince de Carignan, son beau-frère, stipulant au nom de sa femme. Celui-ci rendit hommage au roi de la seigneurie de Blandy le 26 septembre 1644. Les troubles de la Fronde étaient venus agiter le pays, la tradition rapporte que, pour échapper à cette dévastation, les habitants se réfugièrent dans le château, et cachèrent leurs effets les plus précieux dans le souterrain de la grosse tour. Après la mort de son mari, la princesse de Carignan résida souvent à Blandy, où son souvenir n'est pas encore effacé. Elle avait eu deux fils, dont l'aîné, Emmanuel Philibert, continua la branche des Carignan, et le cadet, Eugène-Maurice, épousa, au mois de mars 1657, Olympe Mancini, une nièce du cardinal Mazarin. La princesse de Carignan mourut le 3 juin 1692, dans sa quatre-vingt-septième année. La princesse de Carignan, avait été copropriétaire avec la duchesse de Nemours de la terre de Blandy; mais cette indivision avait cessé par un partage, en date du 5 avril 1688, qui attribua la terre de Blandy à la duchesse de Nemours. Cette princesse, qui voyait s'éteindre en elle la maison d'Orléans-Longueville, avait fait quitter l'ordre de Malte à son cousin germain, Louis-Henri, fils naturel de Louis de Bourbon, comte de Soissons, lequel était né au mois d'août 1640, et avait été légitimé par lettres du roi Louis XIV, du mois d'août 1643.

Il épousa en 1694 Angélique-Cunégonde de Montmorency-Luxembourg, et la duchesse de Nemours lui donna, par son contrat de mariage du 6 octobre de la même année, la terre de Blandy, mais en nue propriété seulement et en s'en réservant l'usufruit. Aussi continua-t-elle jusqu'à sa mort de prendre le titre et d'exercer les prérogatives de dame de Blandy. A peine la duchesse de Nemours fut elle décédée que la terre de Blandy fut vendue par ses héritiers au maréchal duc de Villars. Cette princesse a donc été la dernière propriétaire de cette terre se rattachant par des liens de parenté à l'ancienne maison des vicomtes de Melun, et il nous paraît digne de remarque que, depuis le milieu du XIIe siècle et probablement en remontant plus haut encore, cette châtellenie soit restée jusqu'en 1707 dans la même fa mille, sans avoir subi aucune aliénation. Le maréchal de Villars avait acheté en 1705, des héritiers Fouquet, le château de Vaux le Vicomte. Pour agrandir ce domaine, il y réunit en 1707 la terre de Blandy, et avec les autres terres qu'il y ajouta il en composa son duché-pairie. Le maréchal de Villars fit subir des d'importantes dégradations au château de Blandy lors qu'il le transforma en ferme. Le maréchal de Villars, presque toujours à la guerre ou à la cour, ne paraît pas avoir habité souvent sa terre. Il ne s'était pas au surplus contenté de démolir en partie le château de Blandy, il détruisit aussi les belles cascades qui ornaient le parc de Vaux, et vendit pour 490,000 francs de plomb qui en provenait. Il mourut le 17 juin 1734, laissant son vaste et riche duché-pairie à son fils, Honoré Armand, duc de Villars et prince de Martigues, qui de vint ainsi seigneur de Blandy. Honoré-Armand de Villars, vendit sa terre de Vaux le 27 août 1764, à César-Gabriel de Choiseul, duc de Praslin, ministre des affaires étrangères, et elle prit alors le nom de "Praslin". Cette terre devint le siège du duché-pairie dont le duc de Praslin avait obtenu le titre en 1762. Il mourut le 15 octobre 1785. Le dernier seigneur de Blandy fut Charles-Regnard Laure-Félix, duc de Choiseul-Praslin, fils et héritier de César-Gabriel. Mais on peut dire que depuis 1707 la châtellenie de Blandy avait perdu son caractère historique.

Description du château de Blandy les Tours:

Le château, qui domine le village et semble l'absorber à lui seul, est un pentagone irrégulier, flanqué de cinq tours de grosseur et de hauteur inégales. D'après le cadastre, son enceinte intérieure comprend cinquante-quatre ares quatre-vingt-sept centiares, et les fossés ont une étendue de soixante-sept ares vingt-huit centiares; ce qui forme un total d'un hectare vingt-deux ares quinze centiares. Il est construit en pierres siliceuses, avec soutènements et parements en grès; le tout lié ensemble au moyen d'un ciment de chaux et de sable, faisant corps avec la pierre et en ayant la dureté. On peut partager l'histoire de l'architecture du château de Blandy en quatre époques. La première époque comprend le château tel qu'il existait avant les fortifications construites dans la seconde moitié du XIVe siècle. La seconde époque est relative au château fortifié par Jean II et par Guillaume IV, comtes de Tancarville et vicomtes de Melun, de 1371 à 1388; puis vient, pour la troisième époque, le château remanié au XVIe siècle et transformé en habitation plus moderne; et enfin, la quatrième époque nous présente le triste spectacle du château démantelé et converti en ferme, au commencement du XVIIIe siècle, par le maréchal de Villars. Nous allons rechercher ce qu'il est possible de savoir sur ces quatre époques. De la première époque il ne reste presque plus rien de l'ancien château de Blandy, tel qu'il existait antérieurement au XIVe siècle. La seule trace que nous en apercevions consiste dans une belle crypte servant aujourd'hui de cave. Cette crypte est surmontée d'une voûte en plein cintre soutenue par un seul pilier avec une grande hardiesse. Elle nous paraît présenter l'aspect de l'architecture de la fin du XIIe ou du commencement du XIIIe siècle. Bien qu'il existe dans un certain nombre d'édifices de ce temps des caves offrant le même caractère, nous sommes porté à croire que la crypte du château de Blandy était une chapelle souterraine, au-dessus de laquelle se trouvait une autre chapelle qui existait au centre de la grande cour.

La seconde époque est celle qui nous montre ce qu'était la forteresse reconstruite de 1371 à 1388, par les deux vicomtes Jean II et Guillaume IV, sous les rois Charles V et Charles VI. Conformément aux principes de l'architecture militaire du moyen âge, le château présentait un ensemble d'ouvrages destinés à se protéger les uns les autres, et cependant susceptibles d'être isolés, en sorte que la prise de l'un n'entraînât pas celle des ouvrages voisins; d'où il résultait que les ouvrages intérieurs devaient commander les ouvrages extérieurs. Aussi, comme les places fortifiées du même temps, le château de Blandy se composait d'un fossé continu, d'une enceinte aussi continue et d'un réduit où la garnison pouvait trouver un refuge, en cas de prise de l'enceinte. Ce réduit était la grosse tour ou donjon. Les fossés, aujourd'hui à sec et en partie comblés, avaient alors une largeur de seize à vingt mètres, et ils étaient remplis d'eau qui y était amenée par des aqueducs qui n'existent plus. On pénétrait dans la place au moyen d'un pont-levis. On voit encore les traces des chaînes qui le faisaient mouvoir, aux longues ouvertures percées dans le mur, au dessus d'une porte cintrée. Le pont-levis était défendu d'abord par une tour car rée, qui depuis longtemps ne s'élevait plus au-dessus du rempart, et ensuite par deux contreforts, placés de chaque côté, dans lesquels on avait pratiqué deux meurtrières. La porte du château, qui se trouvait placée immédiatement après le pont-levis, était surmontée d'une forte herse en fer. On élevait cette herse à l'aide d'une machine, et à l'approche du danger on la laissait tomber. Il était impossible de la relever à l'extérieur, et il fallait la briser pour pénétrer plus avant. Indépendamment de la première porte, qui était en bois parsemé de clous, il en existait une seconde, après la herse, à l'entrée de là grande cour.

L'enceinte continue, composée de murs très élevés et épais de trois mètres, était défendue par cinq tours, dont chacune était placée à un des angles du pentagone. Ces tours, bien conservées à l'extérieur, présentaient la forme pyramidale; elles étaient garnies de créneaux et de merlons faisant boucliers en maçonnerie, élevés sur un parapet, et espacés de manière à couvrir les hommes qui bordaient le rempart, et à leur permettre de se servir de leurs armes, dans les intervalles qui séparaient ces boucliers; elles étaient surmontées aussi de mâchicoulis. On arrivait au sommet des trois tours les moins élevées par des escaliers intérieurs en spirale. Les remparts de l'enceinte, entre chaque tour, avaient des courtines qui protégeaient un chemin de ronde, permettant de circuler le long de ces remparts. La grosse tour, ou donjon, est celle qui garantissait le château du côté de la plaine; elle présente une circonférence de douze mètres à l'intérieur, et une hauteur d'environ trente-cinq mètres au niveau des créneaux. On ne pouvait pénétrer au pied de la grosse tour qu'après avoir franchi une enceinte particulière en maçonnerie, dans laquelle se trouvait un puits recouvert d'une voûte. Une forte herse, que l'on aperçoit encore, défendait la porte d'entrée, à forme ogivale, qui est telle qu'elle existait alors, basse et épaisse comme la porte d'une prison. Au rez-de-chaussée était la salle des gardes, voûtée et en ogive; elle ne recevait d'autre jour que celui de quelques meurtrières. On y voit une énorme cheminée; il y en avait de moins vastes aux quatre étages supérieurs, éclairées par des croisées, de chaque côté desquelles sont des bancs de pierre. La cage de l'escalier était accolée à l'extérieur de la tour, du côté de la cour, et était sur montée d'un lanternon, servant aussi de guérite. Un escalier et un lanternon semblables existaient aussi à la seconde des tours sous le rapport de la force, laquelle avait aussi quatre étages et le comble.

Sur la courtine, située au couchant de la grosse tour, à la hauteur du second étage, se trouvait un espace vide que l'on ne pouvait franchir qu'à l'aide d'un petit pont-levis; en sorte que, si l'ennemi était maître du rempart et du bas de la tour, les assiégés qui se trouvaient au sommet pouvaient encore se défendre. Les principales tours étaient destinées à l'habitation des seigneurs, qui demeuraient à Blandy, et la garnison y était également logée. L'une des tours avait pour destination spéciale la conservation des archives et du trésor. Chacun de ses trois étages était garni de grandes armoires, ou les objets les plus précieux étaient renfermés. La chapelle s'élevait au milieu de la cour; au-des sous se trouvait la crypte, qui nous semble offrir les caractères d'une chapelle souterraine. Une grande pièce était située au rez-de-chaussée à gauche en entrant dans le château. Elle sert aujourd'hui de bergerie. C'était au XIVe siècle la salle principale. Les comtes de Tancarville devaient y tenir leur cour. Elle est dans le même style que celui que l'on remarque dans les plus belles salles de l'hôtel de Cluny à Paris. Au milieu de la cour était un jet d'eau, alimenté par une source qui se trouve dans la plaine, et que l'on appelle "la fontaine Chopin". L'aspect général du château de Blandy, à l'époque dont nous nous occupons, était fort sévère. A peine y aperçoit-on quelques traces de l'architecture ogivale, et il était entièrement dénué d'ornements. Toutes les fenêtres étaient garnies de meneaux de pierre, en forme de croix, qui servaient à maintenir des panneaux de verres, à petits carreaux, liés ensemble par des lames de plomb.

La troisième époque correspond au moment ou la féodalité eut été ébranlée, et que des mœurs plus douces devinrent le partage des classes élevées, les forteresses du moyen âge subirent une notable transformation. Les remparts, qui ne devaient plus servir à protéger les seigneurs contre les tentatives de l'étranger ou de leurs voisins, furent affaiblis par l'adossement de bâtiments destinés à offrir des habitations plus commodes et moins tristes. Les tours furent surmontées de toits à formes coniques, recouverts de plomb ou d'ardoises; ce qui donnait une certaine élégance à ces constructions, généralement lourdes et massives. Le château de Blandy reçut ces changements. Nous ignorons l'époque précise où ils eurent lieu, mais nous sommes porté à croire que ce fut au commencement du XVIe siècle, lorsque la famille des d'Orléans-Longueville en fit son séjour habituel. Le document le plus ancien que nous ayons trouvé, nous donnant la description de ce château, est un état, dressé par deux experts, des réparations qui étaient à y faire, au mois d'avril 1688. Nous avons étudié avec soin ce document, déposé anciennement au bailliage de Blandy, et qui est conservé au greffe du tribunal de Melun. Nous commencerons cette description en entrant à gauche dans la cour, et en faisant ensuite le tour des mu railles intérieures. Après le pont-levis sous la porte, était le corps de garde. Puis se trouvait un escalier qui existe encore, conduisant à un pavillon situé au-dessus de la porte, et de l'autre côté à des chambres adossées au rempart. Venait ensuite le haut pavillon, c'est à dire la tour carrée servant à défendre le pont. Après le haut pavillon, on voyait, au rez-de-chaussée, de vastes salles. La plus grande était celle dont nous avons parlé en indiquant ce qui concerne l'époque précédente Au-dessus étaient plusieurs chambres. L'une servait d'auditoire; c'est là que la justice seigneuriale était rendue. Les autres étaient, en 1688, occupées par un sieur Gimat et par une dame de la Tour, qui étaient devenus, nous ne savons à quel titre, habitants du château.

Nous trouvons ensuite les appartements seigneuriaux, ils étaient séparés des salles dont nous venons de parler par la tour qui fait face à l'église. Le corps de bâtiment qui renfermait les appartements seigneuriaux était alors partagé en deux pavillons, au milieu desquels était le grand escalier , qui existe encore. A gauche, au rez-de-chaussée, on voit la salle où la tradition du pays rapporte que serait né le prince Eugène. Ce corps de logis était surmonté d'un troisième étage, où se trouvaient les greniers; il aboutissait à la tour servant de prison. Entre cette tour et celle qui est désignée sous le nom de "tour aux papiers" était au premier étage une grande galerie, au-dessous de laquelle on avait placé les remises et les écuries du château. Le corps de logis des appartements seigneuriaux était lié au bâtiment qui se trouve au milieu de la grande cour par un passage dont on n'aperçoit maintenant aucune trace, non plus que de la galerie placée entre les deux tours. Ce bâtiment renfermait, au rez-de-chaussée, la chapelle, dont le portail devait faire face à la grande porte du château. Un passage conduisait de la chapelle à la tour aux papiers. Puis venait, à la suite de la chapelle, une grande cuisine ayant dix mètres de long sur huit de large et deux grandes cheminées; après était la salle du commun ayant quatorze mètres de long sur huit mètres vingt-cinq centimètres de large; à l'extrémité de ce bâtiment, au rez-de-chaussée, se trouvait une pièce servant de garde-manger. Au premier, au-dessus de la chapelle, était une chambre à cheminée, ayant aussi servi de chapelle. Nous supposons que cette seconde chapelle fut créée pour obéir à la volonté des fondateurs, lorsque celle qui existait dans la crypte fut transformée en cave. Après la chapelle supérieure et au-dessus de la cuisine se trouvait la grande salle à manger, ayant quatorze mètres de long sur huit mètres vingt-cinq centimètres de large. L'état de 1688 montre aussi qu'il y avait bien peu de luxe dans les habitations de cette époque.

Quatrième époque: tant que les descendants des anciens vicomtes de Melun possédèrent le château de Blandy, il fut conservé à peu près intact et tel que nous venons de le dépeindre. Mais la duchesse de Nemours, dernier anneau de cette longue chaîne, étant décédée en 1707, le maréchal de Villars acquit la terre de Blandy pour la réunir à son duché-pàirie de Vaux le Villars; et, voulant transformer en ferme l'antique manoir de tant de seigneurs et de princes, il fit découronner les tours, et se servit des charpentes qui soutenaient leur toiture pointue pour les combles des granges et des autres bâtiments d'exploitation qu'il mettait à la place des anciens. Il abandonna les appartements seigneuriaux au fermier, et défigura entièrement cette vieille forteresse. L'abbé Bertin qui visitait Blandy le 20 septembre 1717, mentionnait ainsi l'état dans lequel il trouvait le château: "Le bourg de Blandy, ci-devant à madame la duchesse de Nemours, appartient à M. le duc de Villars, qui en a fait découvrir les tours pour laisser ruiner le château et le réduire en ferme". Mais ce fut particulièrement en 1730 que les dévastations eurent lieu. Nous trouvons, dans le même volume manuscrit qui contient le voyage de l'abbé Bertin, la description que donnait un autre voyageur, du château de Blandy, au mois de septembre 1730: "Le château de Blandy, écrit-il, est totalement en ruines, et le maréchal y a fait construire depuis peu des granges et des logements pour ses fermiers. On voit encore sur la porte les armes d'Orléans-Rothelin et celles de Nemours-Savoie". Ces armes elles-mêmes ont été détruites au moment de la révolution, et on n'aperçoit plus que la trace de l'écusson complètement effacé. Les dégradations déplorables qui se sont succédé depuis que le maréchal de Villars était devenu propriétaire du château de Blandy en marquent le dernier âge, et la main des hommes en a fait un monceau de ruines, qui bravera longtemps encore l'outrage du temps. (1)
Cette enceinte ruinée et vide de tout bâtiment est alors classée Monument Historique en totalité en 1889. A partir des années 1970, des associations de bénévoles engagent les premiers travaux de sauvegarde du château. Acquis par le Conseil général de Seine et Marne en 1992, le château de Blandy a fait l'objet depuis cette date d'un projet complet de restauration tout en respectant les principales étapes historiques du monument. En septembre 2007, pendant les journées du patrimoine, le château-fort a été rouvert au public après deux ans de travaux.

Éléments protégés MH : le château de Blandy les Tours en totalité: classement par liste de 1889. (2)

château de Blandy les Tours 77115 Blandy les Tours, tél. 01 60 59 17 80, ouvert au public du 1er avril au 31 octobre de 10h à 12h30 et de 13h30 à 18h et du 1er novembre au 31 mars de 10h à 12h30 et de 13h 30 à 17h


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(1)      Histoire du château et du bourg de Blandy en Brie par Alphonse-Honoré Taillandier. Éditeur : J.-B. Dumoulin, Paris (1854)
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   source :  https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/

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