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La terre de
Blandy appartenait depuis un temps immémorial à cette illustre maison de
Melun, qui prit une part considérable aux croisades et aux principaux
événements de notre histoire. Le premier acte où nous trouvons l'indication
de la terre de Blandy est une lettre du pape Innocent III, du 16 mars 1206.
Un différend s'était élevé entre les moines du monastère de Saint-Martin des
Champs, à Paris, et Adam, vicomte de Melun, à l'occasion du droit très
ancien que ces moines prétendaient avoir sur la huitième partie tant de la
propriété du bois de Blandy et du miel que les abeilles y produisaient que
sur la huitième partie de la dîme et du champart des terres essartées
attenant à ce bois, lequel, pour les sept autres parties, appartenait à
Adam; mais ce seigneur repoussait la prétention des moines. Le pape Innocent
III fut pris pour juge de ce procès; et par sa lettre du 16 mars 1206, il
délégua l'abbé de Saint Jean en Vallée, le doyen et l'archidiacre de
Chartres, pour remplir cette mission. On fit une enquête, dans la quelle
furent entendus beaucoup de témoins. Parmi leurs dépositions, nous
remarquons celle de Robert Marc, qui déclara que, du temps des deux vicomtes
Josselin et Louis, il vit que les prieurs de Saint-Martin des Champs et de
Saint-Sauveur de Melun avaient, ainsi que ces vicomtes, leurs gardes dans le
bois de Blandy, objet de litige, et que ce que l'un d'eux faisait était
ratifié par les deux
autres. Il ajoute que le vicomte Louis avait vendu le bois en question à
Bernard de Luterne sans le consentement des moines de Saint-Martin des
Champs; ce que ces moines ayant appris, ils vinrent vers ceux qui coupaient
le bois, s'emparèrent de ce qu'ils avaient coupé, et ensuite ils prirent des
gages, et se retirèrent vers le roi de France Louis VII, se plaignant du
dommage qui leur était fait. Le témoin dit encore que l'acquéreur,se
conformant au jugement du roi, donna caution aux moines pour la huitième
partie du bois. On lui demande à qui ces gages ont été remis; il répond que
c'est à M. chambrier. On lui demande encore dans quel lieu; il répond que
c'est à Fontaine.
La veuve de Louis 1er déposa aussi contre les prétentions du vicomte Adam,
son fils. A la suite de cette enquête intervint une sentence par défaut, qui
donna gain de cause au monastère de Saint-Martin des Champs. Il résulte des
recherches de M. Duchalais que, la branche masculine de la première maison
de Melun s'étant éteinte, Mahaut, fille du dernier des vicomtes de cette
branche, épousa un seigneur, nommé Adam de Chailly, qui devint ainsi le chef
de la seconde maison de Melun. C'est cet Adam de Chailly qui, en 1138, donna
la charte aux habitants de Moisenay. Il vivait encore en 1141. Il avait eu
un fils, nommé Gilles, qui mourut avant lui, laissant deux fils, Josselin et
Adam. L'aîné de ces fils, Josselin, succéda à son grand-père dans la vicomté
de Melun. En 1156 il donna la moitié de la forêt de Féreus (probablement
Féricy) à l'abbaye de Barbeaux. Josselin avait épousé une femme nommée Alaïs,
et il en eut un fils appelé Louis, qui lui succéda comme vicomte de Melun.
On ne sait presque rien sur la vie du vicomte Louis. Il fut présent à
l'accord que le roi Louis VII fit entre Gauthier, seigneur de Nemours, son
chambellan, et l'abbé de Barbeaux, en 1172. Il est encore nommé dans une
charte de l'abbaye de Saint-Denis, en 1183. Il avait épousé Gisle, dont le
surnom est ignoré. Plusieurs enfants naquirent de ce mariage. L'aîné fut
Adam II, et le second Jean de Melun, nommé évêque de Poitiers en 1235. On
ignore l'époque de la mort du vicomte Louis, et par conséquent celle à
laquelle son fils, Adam II, lui succéda. Nous voyons seulement celui-ci
possesseur en 1206 de la vicomté de Melun et de la terre de Blandy, puisque
ce fut alors qu'il eut le différend dont nous avons parlé avec les moines de
Saint-Martin des Champs. Adam II fit un arrangement avec Milon de Courtry,
relativement à des droits de chasse que celui-ci avait, comme ses
prédécesseurs, dans le bois de Blandy, qu'il tenait en fief du vicomte.
Par un échange du mois de février 1213, le seigneur donna à Milon le bois
Guarin, qui provenait de Robert Cornut. Adam II avait été envoyé, par le roi
Philippe-Auguste, en 1207, contre Aimery VII, vicomte de Thouars, commandant
les armées de Jean, roi d'Angleterre, qu'il battit et fit prisonnier. Il se
signala aussi à la bataille de Bouvines, en 1214; accompagna, l'année
suivante, Louis de France, fils aîné du roi, en Languedoc, pour faire la
guerre aux Albigeois, et passa avec lui en Angleterre lorsque ce prince y
alla pour se faire couronner roi, en 1216. Il fit, avant de partir,
plusieurs dons à l'abbaye du Jard; et, se trouvant à Calais, le dimanche
après la fête de Saint-Nicolas, au mois de décembre de la même année, il fit
son testament, par lequel il légua au curé de Blandy deux setiers par an de
grains d'hiver, à charge de célébrer à perpétuité des messes le jour
anniversaire de sa mort, tant dans la chapelle qu'il fondait dans le
château, en l'honneur de la sainte Vierge, que dans l'église paroissiale.
Adam Il avait nommé pour ses exécuteurs testamentaires Jean de Melun, alors
archidiacre de Sens, son frère, et Gauthier II, seigneur de Nemours, son
cousin germain. Il mourut en Angleterre, le 22 septembre 1217. Adam II avait
épousé Aremburge, qui vivait encore en 1220. Il en eut plusieurs enfants,
entre autres, Guillaume II, qui lui succéda dans la vicomte de Melun, et une
fille, nommée Héloïse, appellée Héloïse de Blandy, et qui épousa Jean de
Garlande, chevalier. Il paraît, en effet, qu'Héloïse hérita, sinon de la
totalité, du moins d'une partie de la terre de Blandy; car nous voyons que,
par son testament, elle laissa quatre vingts arpents de bois et douze de
terres arables, situés sur Blandy à l'abbaye du Jard. La délivrance en fut
faite au mois de février 1225.
Guillaume II mourut le 4 mai 1221, et fut inhumé à l'abbaye du Jard. Il
avait épousé Agnès, dame de Montreuil-Bellay en Anjou. Quatre enfants
naquirent de ce mariage, dont l'aîné,Adam III, lui succéda. Il prit, outre
le titre de vicomte de Melun, celui de seigneur de Montreuil-Bellay. Adam
III, avant de partir pour la croisade, fit au mois de juillet 1247, son
testament, par lequel il fit un legs à l'église de Blandy. Il mourut le 9
février 1250. Le fait le plus mémorable qui se rapporte à l'histoire de
Blandy, pendant qu'Adam III en était seigneur, est le séjour que le roi
Louis VIII fit au château, qu'il visita en 1225. Louis VIII tint une grande
assemblée à Melun en cette même année 1225. Ce fut probablement en cette
occasion qu'il se rendit à Blandy et coucha au château. Adam III avait été
marié deux fois: la première à Gertrude, dont il n'eut pas d'enfants, et la
seconde à Comtesse, de Sancerre, dont il eut neuf enfants. Cette vicomtesse
de Melun habita Blandy, ainsi que l'attestent ses lettres datées de ce lieu,
au mois de juin 1258, par les quelles elle fit un don à l'abbaye de
Barbeaux, et par d'autres lettres d'elle et de son fils Guillaume, datées
aussi de Blandy, au mois de juin 1259, en faveur de Saint-Martin de
Champeaux. En 1269 elle donna des bois situés sur Blandy à l'abbaye du Jard.
Plus tard elle fit à la même abbaye une autre donation de quarante -deux
arpents de terre situés entre Blandy et Fouju, dont la délivrance fut opérée
en vertu des lettres du roi Philippe le Hardi, en date du mois de mai 1284.
Enfin, la même vicomtesse légua par son testament, à l'abbaye du Jard, vingt
livres, qui lui furent délivrées, en 1279, par Adam et par son frère Jean,
sur leurs terres de Blandy, Vaux le Vicomte et Fourches. Le premier fils
d'Adam III, appelé Guillaume, succéda à son père. Il est connu sous le nom
de Guillaume III, seigneur de Montreuil-Bellay, dans la chronologie des
vicomtes de Melun. Il épousa, en 1260, Alix, dame de Chacenay, et accompagna
saint Louis à la croisade, en 1270, avec trois bannières et douze
chevaliers. Il mourut en 1278, et fut enterré à l'abbaye du Jard.
Son frère cadet, Adam IV, lui succéda; mais on voit par un acte du 2 avril
1285, qui était déposé aux archives du château de la Borde le Vicomte, qu'un
partage avait eu lieu entre Adam et son frère Jean, seigneur d'Eprunes et de
la Borde. Celui-ci eut pour sa part la moitié de la vicomté, ainsi que celle
des bois de Blandy qui avoisinaient le plus la Borde, les dîmes et terrages
de Blandy, la maison de la Bergerie, avec le jardinet qui était derrière,
lesquels se trouvaient en la maison au Magneu de Blandy, six setiers de blé
et d'avoine pris en la dîme de Sivry. Chacun des deux frères avait toute
justice et toute seigneurie en tous les lieux; et les blés ainsi que les
avoines récoltés à Blandy et à la Borde étaient communs. Adam IV avait
épousé, avant l'an 1280, Jeanne de Sully, fille de Henry, sire de Sully et
de Pernelle de Joigny, dame de Château-Renaud. Le vicomte Adam IV eut pour
successeur son fils aîné, Jean 1er, qui devint ainsi vicomte de Melun et
seigneur de Montreuil-Bellay. Jean 1er épousa, vers 1316, en premières
noces, Jeanne, fille de Robert, seigneur de Tancarville, chambellan
héréditaire de Normandie. Jean de Melun se trouva ainsi réunir sur sa tête
la seigneurie de Tancarville et la qualité de grand chambellan héréditaire
de Normandie, qu'il joignit à celle de grand chambellan de France. Jean 1er
servit dans les guerres de Gascogne et du Rouergue, et fut exécuteur
testamentaire du roi Philippe VI, dit de Valois. Ce fut au mois de juin 1321
que le roi Philippe le Long accorda, à la demande de Jean 1er,
l'établissement d'un marché dans la ville de Blandy, le jeudi de chaque
semaine. Quelques années après, Jean 1er, ayant perdu sa première femme,
épousa le 3 novembre 1327, Isabelle, dame d'Antoing; il lui donna pour
douaire, sa vie durant, son château de Blandy, avec des terres pour une
valeur de 2,000 livres tournois. A la mort de la vicomtesse, l'aîné des
enfants nés de ce mariage avait le droit de garder le château de Blandy, ou
de prendre à sa place la maison que Jean 1er possédait à Melunet des terres
pour 2,000 livres.
Jean 1er mourut en 350. Isabelle d'Antoing, son épouse mourut le 6 décembre
1354. Elle laissa trois enfants, dont un fils, qui fut Hugues de Melun,
seigneur d'Antoing et d'Epinoy, de qui sont issus les seigneurs d'Antoing,
princes d'Epinoy, et le duc de Joyeuse. Il est vraisemblable que Hugues
choisit la maison de ville; car Jean II, vicomte de Melun, fils aîné de Jean
1er et de Jeanne de Tancarville, devint seigneur dé Blandy. Jean II avait
épousé, vers l'année 1334, Jeanne Crespin, dame de Warenguebec, d'Estrépagny
et de Neauffie. Elle lui avait apporté, avec la grande fortune de la famille
du Bec-Crespin, le titre de connétable héréditaire de Normandie. Il en eut
deux fils, et une fille, nommée Marguerite. Jean II hérita de tous les
titres de son père, et fut, comme lui, grand chambellan héréditaire de
Normandie, et grand chambellan de France. Il combattit à la bataille de
Poitiers, le 19 septembre 1356, avec son fils aîné Jean et son frère
Guillaume de Melun, archevêque de Sens. Ils furent faits prisonniers avec le
roi, à cette funeste bataille gagnée par les Anglais, sous les ordres du
prince de Galles, et conduits en Angleterre. Que devint le château de Blandy
pendant la captivité du seigneur et lorsque Melun eut été livré (1358) par
la reine Blanche, veuve de Philippe VI, à son frère Charles II, roi de
Navarre, dit le Mauvais? C'est ce que nous n'avons pu découvrir. Après la
mort du roi Jean, au mois de mai 1364, le roi Charles V fut sacré à Reims.
Le comte de Tancarville assista à cette cérémonie, et continua d'avoir une
grande part aux affaires sous le règne de ce sage monarque. Il agrandit son
domaine de Blandy, et acquit de Simon de Roucy, en 1368, soixante-dix
arpents de bois, appelé le bois d'Agripet, situé dans les bois de Blandy.
Mais, au point de vue de l'histoire de Blandy, ce que ce seigneur fit de
plus important fut la construction du château tel qu'il existe encore
aujourd'hui. Nous allons faire connaître en quelle circonstance le château
qui s'y trouvait auparavant fut fortifié. On sait que la guerre avec les
Anglais recommença en 1369 avec plus d'acharnement encore qu'elle n'en avait
eu sous le roi Jean. Le 19 mars 1371, Charles V rendit un mandement par
lequel il enjoignit au comte de Tancarville de fortifier sa terre de Blandy,
s'engageant de concourir pour sa part aux frais de ces fortifications. Jean
II eut pour successeur dans la vicomté de Melun et le comté de Tancarville
son fils aîné, Jean III, qui fut grand chambellan de Normandie. Jean III
s'était marié à Ide, dame de Marigny, dont il n'eut pas d'enfants. Il fut
lieutenant du roi dans les provinces de Cham pagne et de Brie, et mourut
avant 1385; ainsi il ne jouit pas longtemps des propriétés et des titres
qu'il tenait de son père. Le second fils de Jean II, comte de Tancarville,
succéda à son frère Jean III. Il s'appelait Guillaume, et fut le quatrième
de ce nom dans la liste chronologique des vicomtes de Melun. Un des premiers
actes de ce seigneur, lorsqu'il fut devenu vicomte de Melun et comte de
Tancarville, fut l'hommage qu'il fit au roi Charles VI de la terre de Blandy.
Le 12 novembre1385, le roi alloua au vicomte Guillaume IV une somme de cinq
cents livres pour "restablir son chastel de Blandy". Ce seigneur épousa, le
21 janvier 1390, Jeanne de Parthenay, et habita souvent Blandy lorsqu'il
n'était pas à la guerre ou à la cour. Décédé en 1415, Guillaume IV ne laissa
qu'une fille, Marguerite, vicomtesse de Melun, comtesse de Tancarville,
baronne de Warenguebec, dame de Montreuil-Bellay, d'Estrépagny, de Blandy,
de Château-Renaud, etc. Elle épousa, en 1417, Jacques II de Harcourt, baron
de Montgommery.
Lorsque Henri V et Philippe le Bon, duc de Bourgogne, vinrent faire le siège
de Melun, en 1420, traînant à leur suite le malheureux Charles VI, le duc
Philippe logea dans la forteresse de Blandy. Nous ignorons si ce fut à la
suite d'un siège, ou si ceux qui la défendaient s'étaient rendus
volontairement. Quoi qu'il en soit, la terre de Blandy fut, en 1422, donnée
par le roi d'Angleterre à Jean de Courcelles, seigneur de Saint-Liébaut, son
conseiller. Pendant que ces événements se passaient, Jacques de Harcourt
était retranché dans la place du Crotoy, fidèle au parti du dauphin et à sa
haine pour les Anglais, qu'il harcelait sans cesse. Tout le pays ayant été
soumis, en 1422, au roi d'Angleterre, le Crotoy seul restait encore
français. Guillaume de Harcourt, fils de Jacques, eut du chef de sa mère, le
comté de Tancarville, la vicomté de Melun et la seigneurie de Blandy. Il ne
rentra dans la possession de cette vicomte et de ses dépendances qu'après
1435, époque où les Anglais eurent été chassés de Melun et de cette partie
du royaume, et bien certainement avant 1444; car nous voyons qu'il fit
hommage au roi, le 7 juin de cette année, de la vicomté de Melun et du
château de Blandy, qu'il possédait en sa qualité d'héritier de défunte
Marguerite de Melun, sa mère. Guillaume de Harcourt mourut le 27 octobre
1484, ne laissant qu'une fille, Jeanne, comtesse de Tancarville, née de son
second mariage. Cette fille avait épousé, en 1471, René, duc de Lorraine,
roi titulaire de Sicile. Ce prince la répudia parce qu'elle était petite,
bossue, contrefaite, et telle que les médecins l'avaient jugée inhabile à
jamais avoir d'enfants. Elle n'en eut pas en effet. Elle hérita, à la mort
de son père et de sa mère, de tous leurs biens, parmi lesquels se trouvait
la terre de Blandy. Mais elle n'en jouit pas longtemps car elle décéda en
1488 après avoir fait son testament, par lequel elle confirmait les
dispositions prises par son père et sa mère.
Il semblerait qu'à la mort de Jeanne de Harcourt cette terre, ainsi que la
vicomté de Melun, aurait été partagée en deux parties, dont l'une serait
échue à François 1er d'Orléans, comte de Dunois et de Longueville, et dont
l'autre aurait été dévolue à sa sœur Catherine d'Orléans. François 1er
d'Orléans, comte de Dunois, qui fut le principal auteur du mariage de
Charles VIII avec la duchesse Anne, devint gouverneur de Normandie et du
Dauphiné, et fut grand chambellan de France, il mourut le 15 novembre 1491.
Son fils aîné, François II d'Orléans, comte de Dunois, lui succéda. Mais,
comme il était encore mineur, ainsi que son frère Louis 1er d'Orléans, ils
furent placés sous la garde noble d'Agnès de Savoie, leur mère. Agnès devint
ainsi dame de Blandy, titre qu'elle conserva lorsque François II d'Orléans
eut été émancipé, par lettres du 20 janvier 1501, parce qu'elle avait eu
Blandy dans son douaire. La comtesse de Dunois mourut le 15 mars 1508.
François II d'Orléans, duc de Longueville, accompagna Louis XII, en 1507,
dans ses campagnes contre les Génois et les Vénitiens, et commanda
l'arrière-garde à la bataille d'Aignadel, en 1512. Il décéda le 12 avril de
cette même année. Le duc de Longueville avait épousé, le 6 avril 1505,
Françoise d'Alençon, dont il eut deux enfants. L'aîné mourut en bas âge; le
duc eut dès lors pour unique héritière sa fille, Renée d'Orléans, qui resta
sous la garde de Françoise d'Alençon, sa mère, jusqu'au second mariage de
celle-ci avec Charles, comte de Vendôme. Renée d'Orléans, qui était dame de
Blandy depuis 1512, mourut le 23 mai 1515 n'étant âgée que de sept ans. Ce
fut Louis 1er d'Orléans, oncle de Renée, qui devint l'héritier de la maison
de Longueville, et fut seigneur de Blandy. Louis 1er d'Orléans, duc de
Longueville, assista à la bataille de Marignan, et mourut le 1er août 1516,
laissant trois enfants qui furent placés, pendant leur minorité, sous la
garde de Jeanne de Hochberg, leur mère.
Depuis Guillaume IV, comte de Tancarville, jusqu'à Louis 1er d'Orléans, nous
ne savons pas si les seigneurs de Blandy habitèrent le château qu'ils
possédaient dans ce bourg. Nous ignorons donc si Guillaume de Harcourt, si
Jeanne, sa fille, François 1er et François II d'Orléans-Longueville, encore
moins si la jeune Renée résidèrent dans la forteresse des vicomtes de Melun;
mais, arrivé à Louis 1er, nous avons la preuve du séjour qu'il y fit avec
Jeanne de Hochberg, sa femme. Ainsi leurs trois enfants y naquirent. Nous
voyons que Claude, leur fils aîné, vint au monde à Blandy vers 1508. Leur
second fils Louis II et leur troisième, François d'Orléans y naquirent
également. Nous allons voir ces trois fils succéder, l'un après l'autre, à
la vicomté de Melun et à la seigneurie de Blandy. Claude, fils aîné, hérita
du titre de duc de Longueville mais il fut tué à la bataille de Pavie. Ce
fut Louis II d'Orléans, frère puîné de Claude, qui devint duc de
Longueville, vicomte de Melun et seigneur de Blandy. Mais après la mort de
Louis II on avait fait partage de la succession paternelle entre le marquis
de Rothelin et son neveu, François III, le petit duc de Longueville. On
avait adjoint, en cette occasion, à Marie de Lorraine, pour veiller aux
intérêts de son jeune fils et pupille, Marguerite, reine de Navarre, sœur du
roi François 1er. En vertu de ce partage du 13 février 1536, le marquis de
Rothelin eut la vicomté de Melun et la seigneurie de Blandy. Celui-ci avait
épousé le 19 juillet 1536, Jacqueline de Rohan. Le marquis de Rothelin,
après avoir servi dans les guerres que François 1er , mourut le 25 octobre
1548. Lors de son veuvage, Jacqueline de Rohan eut pour son douaire la
jouissance de la terre de Blandy. Sa fille, Françoise d'Orléans, épousa le 8
novembre 1565, Louis de Bourbon prince de Condé. Trois enfants naquirent de
ce mariage; deux moururent jeunes, et un seul, Charles de Bourbon.
Le prince de Condé était le chef du parti protestant. Il parcourait la
France à la tête de son armée, guerroyant contre les catholiques. Pendant ce
temps, la marquise de Rothelin vivait solitaire à Blandy, ayant auprès
d'elle les enfants nés du premier mariage de son gendre. Mais le 13 mars
1569, le prince de Condé fut tué ou plutôt assassiné, à la bataille de
Jarnac, par Montesquiou. Trois ans après la mort du prince de Condé, une
grande solennité se prépare au château de Blandy. La marquise de Rothelin et
la princesse douairière de Condé présidèrent au mariage de Henri 1er, prince
de Condé, beau-fils de la princesse, avec Marie de Clèves qui inspira une
passion si violente au roi Henri III. Blandy appartint, après la mort de la
marquise de Rothelin au mois de juillet 1587, à la princesse de Condé, sa
fille, et au décès de celle-ci au duc de Bourbon-Soissons, petit-fils de la
marquise. Le fils de Henri 1er de Bourbon, prince de Condé, devenu veuf de
sa première femme, Marie de Clèvès, avait épousé, en secondes noces,
Charlotte-Catherinede la Trimouille. Il mourut le 5 mars 1588, avec tous les
symptômes d'un empoisonnement. Françoise d'Orléans, princesse douairière de
Condé, mourut à Paris le 11 juin 1601, laissant tous ses biens, et par
conséquent la seigneurie de Blandy, à son fils, Charles de Bourbon, comte de
Soissons et de Dreux. Ce prince était né à Nogent-le-Rotrou le 3 novembre
1566. Le comte de Soissons épousa, le 27 décembre 1601, Anne, comtesse de
Montafié, qui était connue sous le nom de Mademoiselle de Lucé. C'était une
des plus belles personnes de la cour. Dans le cours de sa vie agitée, le
comte de Soissons n'en habita pas moins, de temps en temps, sa terre de
Blandy. Le 19 octobre 1612, on eut avis que M. le comte de Soissons était
tombé malade à sa maison de Blandy. Le 25 et le 27, M. le prince de Condé
lui alla rendre visite, et l'on apprit qu'il était mort au grand regret de
tous les bons Français.
Du mariage du comte de Bourbon-Soissons avec Anne de Montafié était né un
fils, Louis de Bourbon-Soissons, qui fut tué à la bataille de la Marfée,
près de Sedan, le 6 juillet 1641, ne laissant que des enfants naturels.
Durant son veuvage la comtesse de Sois sons prenait le titre de dame de
Blandy; ce qui indique qu'elle eut cette seigneurie dans son douaire. La
comtesse de Soissons mourut le 17 juin 1644. La terre de Blandy appartint
indivisément à mademoiselle de Longueville, par représentation de sa mère,
et à la princesse de Carignan. Pendant la minorité de sa fille, et en
qualité de son tuteur, le duc de Longueville administra cette terre
conjointement avec le prince de Carignan, son beau-frère, stipulant au nom
de sa femme. Celui-ci rendit hommage au roi de la seigneurie de Blandy le 26
septembre 1644. Les troubles de la Fronde étaient venus agiter le pays, la
tradition rapporte que, pour échapper à cette dévastation, les habitants se
réfugièrent dans le château, et cachèrent leurs effets les plus précieux
dans le souterrain de la grosse tour. Après la mort de son mari, la
princesse de Carignan résida souvent à Blandy, où son souvenir n'est pas
encore effacé. Elle avait eu deux fils, dont l'aîné, Emmanuel Philibert,
continua la branche des Carignan, et le cadet, Eugène-Maurice, épousa, au
mois de mars 1657, Olympe Mancini, une nièce du cardinal Mazarin. La
princesse de Carignan mourut le 3 juin 1692, dans sa quatre-vingt-septième
année. La princesse de Carignan, avait été copropriétaire avec la duchesse
de Nemours de la terre de Blandy; mais cette indivision avait cessé par un
partage, en date du 5 avril 1688, qui attribua la terre de Blandy à la
duchesse de Nemours. Cette princesse, qui voyait s'éteindre en elle la
maison d'Orléans-Longueville, avait fait quitter l'ordre de Malte à son
cousin germain, Louis-Henri, fils naturel de Louis de Bourbon, comte de
Soissons, lequel était né au mois d'août 1640, et avait été légitimé par
lettres du roi Louis XIV, du mois d'août 1643.
Il épousa en 1694 Angélique-Cunégonde de Montmorency-Luxembourg, et la
duchesse de Nemours lui donna, par son contrat de mariage du 6 octobre de la
même année, la terre de Blandy, mais en nue propriété seulement et en s'en
réservant l'usufruit. Aussi continua-t-elle jusqu'à sa mort de prendre le
titre et d'exercer les prérogatives de dame de Blandy. A peine la duchesse
de Nemours fut elle décédée que la terre de Blandy fut vendue par ses
héritiers au maréchal duc de Villars. Cette princesse a donc été la dernière
propriétaire de cette terre se rattachant par des liens de parenté à
l'ancienne maison des vicomtes de Melun, et il nous paraît digne de remarque
que, depuis le milieu du XIIe siècle et probablement en remontant plus haut
encore, cette châtellenie soit restée jusqu'en 1707 dans la même fa mille,
sans avoir subi aucune aliénation. Le maréchal de Villars avait acheté en
1705, des héritiers Fouquet, le
château de Vaux le Vicomte.
Pour agrandir ce domaine, il y réunit en 1707 la terre de Blandy, et avec
les autres terres qu'il y ajouta il en composa son duché-pairie. Le maréchal
de Villars fit subir des d'importantes dégradations au château de Blandy
lors qu'il le transforma en ferme. Le maréchal de Villars, presque toujours
à la guerre ou à la cour, ne paraît pas avoir habité souvent sa terre. Il ne
s'était pas au surplus contenté de démolir en partie le château de Blandy,
il détruisit aussi les belles cascades qui ornaient le parc de Vaux, et
vendit pour 490,000 francs de plomb qui en provenait. Il mourut le 17 juin
1734, laissant son vaste et riche duché-pairie à son fils, Honoré Armand,
duc de Villars et prince de Martigues, qui de vint ainsi seigneur de Blandy.
Honoré-Armand de Villars, vendit sa terre de Vaux le 27 août 1764, à
César-Gabriel de Choiseul, duc de Praslin, ministre des affaires étrangères,
et elle prit alors le nom de "Praslin". Cette terre devint le siège du
duché-pairie dont le duc de Praslin avait obtenu le titre en 1762. Il mourut
le 15 octobre 1785. Le dernier seigneur de Blandy fut Charles-Regnard
Laure-Félix, duc de Choiseul-Praslin, fils et héritier de César-Gabriel.
Mais on peut dire que depuis 1707 la châtellenie de Blandy avait perdu son
caractère historique.
Description du château de Blandy les Tours:
Le château, qui domine le village et semble l'absorber à lui seul, est un
pentagone irrégulier, flanqué de cinq tours de grosseur et de hauteur
inégales. D'après le cadastre, son enceinte intérieure comprend
cinquante-quatre ares quatre-vingt-sept centiares, et les fossés ont une
étendue de soixante-sept ares vingt-huit centiares; ce qui forme un total
d'un hectare vingt-deux ares quinze centiares. Il est construit en pierres
siliceuses, avec soutènements et parements en grès; le tout lié ensemble au
moyen d'un ciment de chaux et de sable, faisant corps avec la pierre et en
ayant la dureté. On peut partager l'histoire de l'architecture du château de
Blandy en quatre époques. La première époque comprend le château tel qu'il
existait avant les fortifications construites dans la seconde moitié du XIVe
siècle. La seconde époque est relative au château fortifié par Jean II et
par Guillaume IV, comtes de Tancarville et vicomtes de Melun, de 1371 à
1388; puis vient, pour la troisième époque, le château remanié au XVIe
siècle et transformé en habitation plus moderne; et enfin, la quatrième
époque nous présente le triste spectacle du château démantelé et converti en
ferme, au commencement du XVIIIe siècle, par le maréchal de Villars. Nous
allons rechercher ce qu'il est possible de savoir sur ces quatre époques. De
la première époque il ne reste presque plus rien de l'ancien château de
Blandy, tel qu'il existait antérieurement au XIVe siècle. La seule trace que
nous en apercevions consiste dans une belle crypte servant aujourd'hui de
cave. Cette crypte est surmontée d'une voûte en plein cintre soutenue par un
seul pilier avec une grande hardiesse. Elle nous paraît présenter l'aspect
de l'architecture de la fin du XIIe ou du commencement du XIIIe siècle. Bien
qu'il existe dans un certain nombre d'édifices de ce temps des caves offrant
le même caractère, nous sommes porté à croire que la crypte du château de
Blandy était une chapelle souterraine, au-dessus de laquelle se trouvait une
autre chapelle qui existait au centre de la grande cour.
La seconde époque est celle qui nous montre ce qu'était la forteresse
reconstruite de 1371 à 1388, par les deux vicomtes Jean II et Guillaume IV,
sous les rois Charles V et Charles VI. Conformément aux principes de
l'architecture militaire du moyen âge, le château présentait un ensemble
d'ouvrages destinés à se protéger les uns les autres, et cependant
susceptibles d'être isolés, en sorte que la prise de l'un n'entraînât pas
celle des ouvrages voisins; d'où il résultait que les ouvrages intérieurs
devaient commander les ouvrages extérieurs. Aussi, comme les places
fortifiées du même temps, le château de Blandy se composait d'un fossé
continu, d'une enceinte aussi continue et d'un réduit où la garnison pouvait
trouver un refuge, en cas de prise de l'enceinte. Ce réduit était la grosse
tour ou donjon. Les fossés, aujourd'hui à sec et en partie comblés, avaient
alors une largeur de seize à vingt mètres, et ils étaient remplis d'eau qui
y était amenée par des aqueducs qui n'existent plus. On pénétrait dans la
place au moyen d'un pont-levis. On voit encore les traces des chaînes qui le
faisaient mouvoir, aux longues ouvertures percées dans le mur, au dessus
d'une porte cintrée. Le pont-levis était défendu d'abord par une tour car
rée, qui depuis longtemps ne s'élevait plus au-dessus du rempart, et ensuite
par deux contreforts, placés de chaque côté, dans lesquels on avait pratiqué
deux meurtrières. La porte du château, qui se trouvait placée immédiatement
après le pont-levis, était surmontée d'une forte herse en fer. On élevait
cette herse à l'aide d'une machine, et à l'approche du danger on la laissait
tomber. Il était impossible de la relever à l'extérieur, et il fallait la
briser pour pénétrer plus avant. Indépendamment de la première porte, qui
était en bois parsemé de clous, il en existait une seconde, après la herse,
à l'entrée de là grande cour.
L'enceinte continue, composée de murs très élevés et épais de trois mètres,
était défendue par cinq tours, dont chacune était placée à un des angles du
pentagone. Ces tours, bien conservées à l'extérieur, présentaient la forme
pyramidale; elles étaient garnies de créneaux et de merlons faisant
boucliers en maçonnerie, élevés sur un parapet, et espacés de manière à
couvrir les hommes qui bordaient le rempart, et à leur permettre de se
servir de leurs armes, dans les intervalles qui séparaient ces boucliers;
elles étaient surmontées aussi de mâchicoulis. On arrivait au sommet des
trois tours les moins élevées par des escaliers intérieurs en spirale. Les
remparts de l'enceinte, entre chaque tour, avaient des courtines qui
protégeaient un chemin de ronde, permettant de circuler le long de ces
remparts. La grosse tour, ou donjon, est celle qui garantissait le château
du côté de la plaine; elle présente une circonférence de douze mètres à
l'intérieur, et une hauteur d'environ trente-cinq mètres au niveau des
créneaux. On ne pouvait pénétrer au pied de la grosse tour qu'après avoir
franchi une enceinte particulière en maçonnerie, dans laquelle se trouvait
un puits recouvert d'une voûte. Une forte herse, que l'on aperçoit encore,
défendait la porte d'entrée, à forme ogivale, qui est telle qu'elle existait
alors, basse et épaisse comme la porte d'une prison. Au rez-de-chaussée
était la salle des gardes, voûtée et en ogive; elle ne recevait d'autre jour
que celui de quelques meurtrières. On y voit une énorme cheminée; il y en
avait de moins vastes aux quatre étages supérieurs, éclairées par des
croisées, de chaque côté desquelles sont des bancs de pierre. La cage de
l'escalier était accolée à l'extérieur de la tour, du côté de la cour, et
était sur montée d'un lanternon, servant aussi de guérite. Un escalier et un
lanternon semblables existaient aussi à la seconde des tours sous le rapport
de la force, laquelle avait aussi quatre étages et le comble.
Sur la courtine, située au couchant de la grosse tour, à la hauteur du
second étage, se trouvait un espace vide que l'on ne pouvait franchir qu'à
l'aide d'un petit pont-levis; en sorte que, si l'ennemi était maître du
rempart et du bas de la tour, les assiégés qui se trouvaient au sommet
pouvaient encore se défendre. Les principales tours étaient destinées à
l'habitation des seigneurs, qui demeuraient à Blandy, et la garnison y était
également logée. L'une des tours avait pour destination spéciale la
conservation des archives et du trésor. Chacun de ses trois étages était
garni de grandes armoires, ou les objets les plus précieux étaient
renfermés. La chapelle s'élevait au milieu de la cour; au-des sous se
trouvait la crypte, qui nous semble offrir les caractères d'une chapelle
souterraine. Une grande pièce était située au rez-de-chaussée à gauche en
entrant dans le château. Elle sert aujourd'hui de bergerie. C'était au XIVe
siècle la salle principale. Les comtes de Tancarville devaient y tenir leur
cour. Elle est dans le même style que celui que l'on remarque dans les plus
belles salles de l'hôtel de Cluny à Paris. Au milieu de la cour était un jet
d'eau, alimenté par une source qui se trouve dans la plaine, et que l'on
appelle "la fontaine Chopin". L'aspect général du château de Blandy, à
l'époque dont nous nous occupons, était fort sévère. A peine y aperçoit-on
quelques traces de l'architecture ogivale, et il était entièrement dénué
d'ornements. Toutes les fenêtres étaient garnies de meneaux de pierre, en
forme de croix, qui servaient à maintenir des panneaux de verres, à petits
carreaux, liés ensemble par des lames de plomb.
La troisième époque correspond au moment ou la féodalité eut été ébranlée,
et que des mœurs plus douces devinrent le partage des classes élevées, les
forteresses du moyen âge subirent une notable transformation. Les remparts,
qui ne devaient plus servir à protéger les seigneurs contre les tentatives
de l'étranger ou de leurs voisins, furent affaiblis par l'adossement de
bâtiments destinés à offrir des habitations plus commodes et moins tristes.
Les tours furent surmontées de toits à formes coniques, recouverts de plomb
ou d'ardoises; ce qui donnait une certaine élégance à ces constructions,
généralement lourdes et massives. Le château de Blandy reçut ces
changements. Nous ignorons l'époque précise où ils eurent lieu, mais nous
sommes porté à croire que ce fut au commencement du XVIe siècle, lorsque la
famille des d'Orléans-Longueville en fit son séjour habituel. Le document le
plus ancien que nous ayons trouvé, nous donnant la description de ce
château, est un état, dressé par deux experts, des réparations qui étaient à
y faire, au mois d'avril 1688. Nous avons étudié avec soin ce document,
déposé anciennement au bailliage de Blandy, et qui est conservé au greffe du
tribunal de Melun. Nous commencerons cette description en entrant à gauche
dans la cour, et en faisant ensuite le tour des mu railles intérieures.
Après le pont-levis sous la porte, était le corps de garde. Puis se trouvait
un escalier qui existe encore, conduisant à un pavillon situé au-dessus de
la porte, et de l'autre côté à des chambres adossées au rempart. Venait
ensuite le haut pavillon, c'est à dire la tour carrée servant à défendre le
pont. Après le haut pavillon, on voyait, au rez-de-chaussée, de vastes
salles. La plus grande était celle dont nous avons parlé en indiquant ce qui
concerne l'époque précédente Au-dessus étaient plusieurs chambres. L'une
servait d'auditoire; c'est là que la justice seigneuriale était rendue. Les
autres étaient, en 1688, occupées par un sieur Gimat et par une dame de la
Tour, qui étaient devenus, nous ne savons à quel titre, habitants du
château.
Nous trouvons ensuite les appartements seigneuriaux, ils étaient séparés des
salles dont nous venons de parler par la tour qui fait face à l'église. Le
corps de bâtiment qui renfermait les appartements seigneuriaux était alors
partagé en deux pavillons, au milieu desquels était le grand escalier , qui
existe encore. A gauche, au rez-de-chaussée, on voit la salle où la
tradition du pays rapporte que serait né le prince Eugène. Ce corps de logis
était surmonté d'un troisième étage, où se trouvaient les greniers; il
aboutissait à la tour servant de prison. Entre cette tour et celle qui est
désignée sous le nom de "tour aux papiers" était au premier étage une grande
galerie, au-dessous de laquelle on avait placé les remises et les écuries du
château. Le corps de logis des appartements seigneuriaux était lié au
bâtiment qui se trouve au milieu de la grande cour par un passage dont on
n'aperçoit maintenant aucune trace, non plus que de la galerie placée entre
les deux tours. Ce bâtiment renfermait, au rez-de-chaussée, la chapelle,
dont le portail devait faire face à la grande porte du château. Un passage
conduisait de la chapelle à la tour aux papiers. Puis venait, à la suite de
la chapelle, une grande cuisine ayant dix mètres de long sur huit de large
et deux grandes cheminées; après était la salle du commun ayant quatorze
mètres de long sur huit mètres vingt-cinq centimètres de large; à
l'extrémité de ce bâtiment, au rez-de-chaussée, se trouvait une pièce
servant de garde-manger. Au premier, au-dessus de la chapelle, était une
chambre à cheminée, ayant aussi servi de chapelle. Nous supposons que cette
seconde chapelle fut créée pour obéir à la volonté des fondateurs, lorsque
celle qui existait dans la crypte fut transformée en cave. Après la chapelle
supérieure et au-dessus de la cuisine se trouvait la grande salle à manger,
ayant quatorze mètres de long sur huit mètres vingt-cinq centimètres de
large. L'état de 1688 montre aussi qu'il y avait bien peu de luxe dans les
habitations de cette époque.
Quatrième époque: tant que les descendants des anciens vicomtes de Melun
possédèrent le château de Blandy, il fut conservé à peu près intact et tel
que nous venons de le dépeindre. Mais la duchesse de Nemours, dernier anneau
de cette longue chaîne, étant décédée en 1707, le maréchal de Villars acquit
la terre de Blandy pour la réunir à son duché-pàirie de Vaux le Villars; et,
voulant transformer en ferme l'antique manoir de tant de seigneurs et de
princes, il fit découronner les tours, et se servit des charpentes qui
soutenaient leur toiture pointue pour les combles des granges et des autres
bâtiments d'exploitation qu'il mettait à la place des anciens. Il abandonna
les appartements seigneuriaux au fermier, et défigura entièrement cette
vieille forteresse. L'abbé Bertin qui visitait Blandy le 20 septembre 1717,
mentionnait ainsi l'état dans lequel il trouvait le château: "Le bourg de
Blandy, ci-devant à madame la duchesse de Nemours, appartient à M. le duc de
Villars, qui en a fait découvrir les tours pour laisser ruiner le château et
le réduire en ferme". Mais ce fut particulièrement en 1730 que les
dévastations eurent lieu. Nous trouvons, dans le même volume manuscrit qui
contient le voyage de l'abbé Bertin, la description que donnait un autre
voyageur, du château de Blandy, au mois de septembre 1730: "Le château de
Blandy, écrit-il, est totalement en ruines, et le maréchal y a fait
construire depuis peu des granges et des logements pour ses fermiers. On
voit encore sur la porte les armes d'Orléans-Rothelin et celles de
Nemours-Savoie". Ces armes elles-mêmes ont été détruites au moment de la
révolution, et on n'aperçoit plus que la trace de l'écusson complètement
effacé. Les dégradations déplorables qui se sont succédé depuis que le
maréchal de Villars était devenu propriétaire du château de Blandy en
marquent le dernier âge, et la main des hommes en a fait un monceau de
ruines, qui bravera longtemps encore l'outrage du temps. (1)
Cette enceinte ruinée et vide de tout bâtiment est alors classée Monument
Historique en totalité en 1889. A partir des années 1970, des associations
de bénévoles engagent les premiers travaux de sauvegarde du château. Acquis
par le Conseil général de Seine et Marne en 1992, le château de Blandy a
fait l'objet depuis cette date d'un projet complet de restauration tout en
respectant les principales étapes historiques du monument. En septembre
2007, pendant les journées du patrimoine, le château-fort a été rouvert au
public après deux ans de travaux.
Éléments protégés MH :
le château de Blandy les Tours en totalité: classement par liste de 1889.
(2)
château de Blandy les Tours 77115 Blandy les Tours, tél. 01 60 59 17 80,
ouvert au public du 1er avril au 31 octobre de 10h à 12h30 et de 13h30 à 18h
et du 1er novembre au 31 mars de 10h à 12h30 et de 13h 30 à 17h
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jour dans ce département. |
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