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Le château de
Cornusson, situé dans la commune de Parisot, doit moins sa réputation à son
architecture qu'à la famille des La Valette, qui lui est associée. Le plus
illustre représentant, Jean de La Valette-Parisot, né au château voisin de
Labro, devient grand maître de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem le 21 août
1557 et se distingue en défendant Malte contre les Turcs, en 1565. Il fonde
la cité de La Valette et y meurt peu après en 1568. La branche des La
Valette-Cornusson s'est formée à la fin du XVe siècle, à partir du premier
Guilhot de La Valette, qui meurt en 1513. Ses membres exercent des fonctions
importantes dans l'Etat et l'Eglise. Certains servent glorieusement pendant
les guerres d'Italie ou les guerres de Religion. Le lieu de Cornusson
apparaît en 1157 dans l'acte déterminant l'une des quatre parts du castel de
Parisot. Il est une nouvelle fois mentionné en 1214 dans la donation faite à
l'abbaye de Beaulieu par Pierre Austorc de tous ses biens situés dans
l'honneur de Cornusson. En 1391, la terre de Gérald Cornus figure parmi les
"confronts" de la seigneurie de Parisot, dans un acte d'hommage rendu par
Pierre Valette à Bernard d'Armagnac, comte de Rodez. Dès le milieu du XVe
siècle, elle passe dans la maison des La Valette. Les historiens
s'accordent, sans avancer d'arguments décisifs, pour attribuer la
construction du château au quatrième fils de Guilhot, François de La
Valette-Cornusson, évêque de Vabres en 1560 et qui meurt en 1585 à
Saint-Izaire en Aveyron. L'édifice aurait été agrandi et achevé par son
petit neveu François, évêque de Vabres également, mort en 1622 à Cornusson.
Louis Guirondet, à l'origine de ces attributions, cite en référence une
généalogie manuscrite des La Valette établie au XVIIIe siècle par Cabroi;
toutefois, ces informations n'ont pu être retrouvées dans le seul manuscrit
de ce document conservé à la Société des Lettres, Sciences et Arts de
L'Aveyron.
En revanche, la construction du château y est attribuée au premier Guilhot
de La Valette, dans la seconde moitié du XVe siècle. En réalité, divers
actes, contrats de mariages ou testaments, contredisent ces attributions,
car à partir de Guilhot II, et pendant plus d'un siècle, la seigneurie et le
château appartiennent successivement aux aînés de la famille, dont plusieurs
occupent la charge de sénéchal et gouverneur de Toulouse, tandis que les
cadets sont tour à tour abbé de Beaulieu, abbé de Moissac ou évêque de
Vabres. Une seule certitude demeure: en 1552, un château existe déjà à
Cornusson, puisqu'un acte notarié y est signé en présence de Guilhot II.
Pendant les guerres de Religion, le château se trouve au coeur des
affrontements qui déchirent le pays: une trêve y est négociée en 1589 et il
résiste plusieurs fois aux attaques des protestants, notamment en 1591. Les
La Valette s'engagent avec conviction dès le début du conflit. Guilhot II,
chevalier de l'ordre de Saint-Michel et gouverneur de Rouergue, prend part à
la lutte du côté des catholiques. Son fils François 1er, qui s'illustre à
Malte auprès de son oncle, puis à la bataille de Moncontour en 1569,
participe activement aux combats qui ensanglantent cette partie du Rouergue
et du Quercy; devenu sénéchal et gouverneur de Toulouse en 1572, il prend
les armes aux côtés du vicomte de Joyeuse. Dès 1576 il se trouve à la tête
de la Ligue en Languedoc et en Albigeois. Il est reçu dans l'ordre du
Saint-Esprit dès 1583. Après son décès survenu en 1586, son fils Jean de La
Valette, lui succède immédiatement dans la charge de sénéchal et gouverneur
de Toulouse. Durant cette même année, les ligueurs le nomment sénéchal de
Rouergue. A la mort de Henri III, il se range du côté des ligueurs contre
les royalistes commandés par le duc de Montmorency. Après la conversion du
futur Henri IV, il demeure fidèle au roi et reprend les armes pour assiéger
Montauban en 1621. Il meurt l'année suivante au siège de Tonneins. En 1683,
le château passe par mariage dans la famille de Vignes de Puylaroque qui le
conserve jusqu'au commencement du XIXe siècle. Quelques travaux y sont
attestés dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle. Au moment de la
révolution, le bâtiment connaît bien des vicissitudes: à l'intérieur, tout
avait été dévasté et pillé, le corps de logis écrasé, les terrasses ruinées
et presque détruites, les balcons démolis, les rampes en fer renversées et
brisées, les vitres cassées, les portes enfoncées, d'autres meubles précieux
entièrement détruits. En 1802, Jean-Antoine Cambe acquiert le château. Sa
petite-fille Caroline Cambe épouse en 1864 Eugène Trutat, photographe,
explorateur et écrivain, premier conservateur du Muséum d'histoire naturelle
de Toulouse, qui a vécu à Cornusson.
Le château occupe l'extrémité d'un plateau situé au confluent de la Seye et
du ruisseau de Fonpeyrouse d'où il domine l'ancien hameau de Cornusson et
son église établis à la jonction des deux vallées. Les pentes abruptes au
sud et à l'ouest, qui contribuaient à le défense de l'édifice, sont
actuellement très boisées. L'édifice comprend: des communs, long bâtiment
flanqué de deux pavillons demi-hors-oeuvre. Une avant-cour limitée par un
mur au nord et un mur de soutènement au sud, un ouvrage d'entrée formé de
deux tours précédant un ponceau qui franchit le fossé. Un logis de plan
rectangulaire à trois corps de bâtiment en U cantonnés de tours. Une cour
limitée à l'ouest par un mur situé dans l'alignement des extrémités des deux
ailes en retour sur le corps principal; une citerne recueillait les eaux du
toit. Des fossés au nord et à l'ouest, envahis par la végétation et les
pierres. La largeur du fossé nord se situe entre 8 et 14 mètres. Il n'est
plus guère possible d'évaluer sa profondeur (3,50 mètres environ), un
cimetière ayant été établi au XIXe siècle; il subsiste un tombeau et les
vestiges de quelques dalles funéraires. Des terrasses en terre-plein
soutenues par des murs de soutènement à l'est et au sud. Une échauguette. Un
bâtiment, actuellement garage (reconstruit après 1814). Une croix en fer
forgé située devant les communs; elle porte la date 1843 et l'inscription
"ELEVEE/PAR/MERE CAUGIRAN/PRIEZ POUR ELLE" elle est décorée d'une couronne
d'épines, de trois clous et d'un calice. Un pigeonnier représenté sur le
plan cadastral de 1814 (parcelle 1671) et des photographies anciennes, se
trouvait à côté de la croix.
Les communs, avec leurs deux pavillons couronnés de mâchicoulis
s'apparentent à la tour de Monteils (Aveyron), dont la seigneurie
appartenait aux La Valette depuis le mariage en 1563 de François de La
Valette avec Gabrielle de Murat-Lestang qui en ont fait reconstruire le
château. Comme à Monteils, les communs de Cornusson pourraient donc être
l'oeuvre de François de La Valette ou de son fils Jean et de son épouse
Ursule de Loubens-Verdalle, dont la dot est en partie destinée à "l'acquêt
et descharge de la maison desdites dame et sieur de Cornusson". Le portail
d'entrée ouvragé est sans doute plus récent; il pourrait n'être qu'un
embellissement intervenu au cours du XVIIe siècle. Entre les deux tours, la
couverture en terrasse était à l'origine bordée d'une balustrade en pierre,
en grande partie détruite à la Révolution. L'ouvrage d'entrée: avec sa porte
en plein-cintre et sa bretèche dont les linteaux sont ornés d'arcs trilobés,
également en plein-cintre, ce "curieux châtelet" d'entrée pourrait ne dater
que de la première moitié du XVIe siècle (et non du XIVe siècle comme cela
est généralement avancé).
Le plan d'ensemble du corps de logis cantonné de tours rondes d'angle
reproduit un schéma largement répandu au XVIe siècle. Quelques grands
châteaux voisins de la Renaissance, tous plus anciens, ont pu servir de
modèle: Montai, Assier et surtout Graves. De la même façon, en 1575, Jean
III de Morlhon, sénéchal du Quercy, fait encore élever non loin, à Sanvensa,
un château avec d'énormes tours rondes, qui sont couronnées de mâchicoulis.
Les trois corps de bâtiments sont couverts de toits à deux versants qui
étaient en pierre, mais à la fin du XIXe siècle, l'ardoise en écaille fut
adoptée et la charpente remaniée. Une photographie prise par Eugène Trutat
dans la seconde moitié du XIXe siècle présente une vue partielle de la
toiture d'origine. Les tours n'ont pas encore été modifiées: trois sont
couvertes de toits coniques; la quatrième, au sud-ouest, est couverte en
terrasse. Les mâchicoulis sont portés par des consoles à deux ressauts en
quart-de-rond reliées entre elles par un parapet formé de petits arcs en
plein cintre monolithes. La seule pierre de ce parapet actuellement
conservée est percée d'une canonnière. Une guette, prolongeant un escalier
en vis intérieur, domine l'ensemble. L'austérité actuelle des façades
construites en moellons est la conséquence des dévastations intervenues lors
de la révolution, car les élévations ont perdu une grande partie de leur
ornementation. La porte d'entrée, qui s'ouvre à droite dans la façade sur
cour du corps principal, a conservé deux consoles portant un entablement,
mais elle a perdu son couronnement surmonté d'un fronton; les armes de la
famille devaient y être sculptées au centre. Deux portes du château de
Cénevières dans le Lot, l'une est datée 1585, s'apparentent à celle-ci par
leurs compositions et leurs décors.
Comme à Cénevières, les croisées, dont les croisillons furent refaits au
XIXe siècle, étaient couronnées de frontons triangulaires, dont les traces
sont encore visibles. Un cordon mouluré, qui subsiste sur 50 cm environ,
régnait sur toute la façade au niveau des appuis des fenêtres du
rez-de-chaussée et de l'étage. Cette composition était reprise en partie
dans l'aile sud, comme en témoigne la seule croisée conservée qui donne un
aperçu du décor d'origine. Le portail monumental, situé juste au-dessous de
cette baie, ne semble pas en place; il pourrait bien correspondre à celui du
château de Pechrodil, acquis en 1888 pour cent francs par Hippolyte Cambe et
placé dans la cour à l'entrée des cuisines: sa porte en plein cintre
s'inscrit dans une travée ionique couronnée d'un fronton brisé; des bossages
continus à larges chanfreins s'étendent sur toute sa largeur, pilastres
compris. L'étroite similitude du décor des élévations du château de
Cornusson avec celui de Cénevières daté de 1585, permet d'en situer la
construction dans le dernier quart du XVIe siècle. Il convient dès lors d'en
attribuer la paternité non pas au François, évêque de Vabres, qui n'aurait
pas manqué de timbrer ses armes des insignes épiscopaux comme le fait son
petit neveu entre 1600 et 1622 à son château de Saint-Izaire, mais au
François sénéchal et gouverneur de Toulouse, fils aîné de Guilhot II qui,
comme son père, fut décoré de l'ordre de Saint Michel dont on retrouve le
collier peint sur l'une des cheminées de la grande salle du rez-de-chaussée.
Il faut aussi admettre, pour comprendre certains éléments de l'aile sud
comme l'escalier en vis dans la tourelle en demi-hors-oeuvre sur la cour et
la tour d'angle sud-ouest se distinguant des autres par son couronnement de
mâchicoulis, que le nouveau château à englobé un édifice plus ancien et plus
modeste construit par son père ou son grand-père.
Les trois corps de bâtiment sont simples en profondeur et comportent un
étage. Un escalier rampe-sur-rampe à mur noyau est établi sur toute la
profondeur du corps principal; il est décentré et commande quatre
appartements. Chacun regroupe une chambre de plan carré et dans la tour
d'angle, une garde-robe équipée d'une cheminée engagée. Des cabinets étroits
et voûtés sont ménagés dans l'épaisseur des murs au rez-de-chaussée et au
premier étage de chaque tour. Les deux appartements situés à gauche sont
précédés d'une grande salle. La distribution de l'aile sud fut remaniée au
XIXe siècle avec la création d'un long couloir au rez-de-chaussée et à
l'étage. Seuls le corps principal et une partie de l'aile sud sont établis
sur un étage de soubassement dans lequel se développe une série de salles
voûtées en berceau, destinées aux communs, cuisines et office notamment. Les
deux petits couloirs, qui y améliorent la distribution, correspondent à des
remaniements de la seconde moitié du XVIIIe siècle, comme l'indiquent la
date 1756 gravée sur une porte de l'élévation est, et la date 1777 peinte
sur le couvrement d'une cheminée. Les trois cheminées décorées de stuc,
l'une au rez-de-chaussée, les deux autres à l'étage, sont difficiles à
dater. A cause de la présence du collier de l'ordre de Saint-Michel qui
entoure les armoiries de celle du rez-de-chaussée, elles pourraient être
antérieures à 1583 (après 1583 François de La Valette n'aurait pas manqué de
représenter aussi l'ordre du Saint-Esprit qu'il a reçu à cette date). Par
leurs compositions architecturales et la profusion de leurs ornements,
cadres moulurés, cartouches ou têtes d'anges, elles reprennent des formules
élaborées dans les années 1620 et s'apparentent notamment à celles dessinées
par Gentilhâtre. Mais l'on sait que ces formes connaissent une diffusion
plus large durant les décennies suivantes grâce aux recueils de modèles.
Elles ne sont pas encore passées de mode en province à la fin du XVIIe
siècle.
Une quatrième cheminée provenant d'une autre pièce du château est remployée
dans la grande salle du rez-de-chaussée; elle est en bois sculpté et
s'inspire du dessin d'une cheminée publié en 1633 par Jean Barbet dans son
Livre d'architecture d'autels et de cheminées. La même décoration figurée et
ornementale y est reproduite sur une structure analogue, mais à Cornusson le
cadre ornant la hotte est circulaire et renferme un tableau représentant
l'Enlèvement d'Hélène, copie d'une peinture exécutée par Guido Reni en 1627
et 1629. Au musée de Tours, il existe une cheminée sensiblement identique
qui s'inspire de la même planche de J. Barbet, mais elle est peinte et dorée
comme devait l'être celle de Cornusson. Cette cheminée, datable par son
style des années 1640, pourrait bien être plus tardive et se révéler
sensiblement contemporaine de l'achat du château par Marie-Anne de la Garde
de Saignes en 1683, à la veille de son mariage. Le même décor de figures
féminines, dont la partie inférieure du corps se termine par une chute de
feuillages, est sculpté en effet sur les piédroits d'une porte datée 1683 au
château de Bruniquel dans le Tarn-et-Garonne. On le voit, les bribes de
décor intérieur sont fort difficiles à interpréter et traduisent apparemment
des réalisations de différentes époques. L'examen de l'architecture révèle
en revanche une construction cohérente, ample et austère, édifiée pour
l'essentiel dans le dernier quart du XVIe siècle, pendant les guerres de
Religion dont les La Valette ont été les acteurs essentiels dans la région,
qu'il s'agisse de François, qui meurt en 1586, ou de son fils Jean, qui
décède en 1622, tout deux sénéchaux de Toulouse et du Rouergue et tout deux
sans doute impliqués dans l'édification du château. Encore faut-il pour bien
en apprécier la qualité et l'intérêt architectural, restituer sur les
façades du logis les rigoureuses ordonnances classiques qui ont aujourd'hui
disparu et qui caractérisaient les châteaux de la Renaissance à cette
époque.
Éléments protégés MH: le château, avec ses pavillons d'entrée, ses
terrasses et ses douves : inscription par arrêté du 20 août 2012.
château de Cornusson 82160 Parisot, propriété d'une société, ne se visite
pas, visible de l'extérieur.
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