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Situé à la lisière du bourg dont il renforce la
défense sur le front Ouest, protégé par les bras de la rivière la Sorgue sur
trois côtés, isolé du tissu urbain par sa propre enceinte, l'ancien château
seigneurial du Thor est un monument particulièrement complexe. L'édifice
originel est indissociable de l'enceinte urbaine fortifiée sur laquelle il
appuie ses façades ouest et sud : même appareil de petits moellons
appareillés en opus spicatum, même enduit à faux-joints creux assisés. Sa
construction peut remonter à l'extrême fin du XIIe siècle ou plus
probablement à la première moitié du XIIIe siècle. Au cours des siècles
suivants (XIVe ou XVe siècle), il est agrandi, surélevé, ses défenses
renforcées et modernisées (archères, mâchicoulis...), ses planchers mis en
place. Le XVIe siècle ajoute un bâtiment de dépendances, la ferme, le XVIIe
siècle un escalier rampe sur rampe, bien documenté par un prixfait (1629).
Le XVIIIe siècle voit une importante mise au goût du jour du château,
conduite en deux étapes princi-pales : 1723-1726 (nombreux prixfaits) et
vers 1770. On restaure l'ensemble, on ouvre la cour intérieu-re, jusqu'alors
fermée et entourée de galeries sur arcades, et on reconstruit les façades
vers la ville. Au XIXe siècle, l'édifice change de fonction, devient usine à
soie (rez-de-chaussée) et à plâtre (bâti-ment construit en 1846 à l'arrière)
; les étages sont réaménagés et décorés dans le goût Napoléon III.
L'ensemble actuel conserve en partie son apparence fortifiée : murs
d'enceinte à chemin de ronde, mâchicoulis (pour la plupart refaits en 1723
et sans fonction défensive réelle), ici une archère cruciforme, là une
canonnière...
Les bâtiments se répartissent autour d'une grande
cour, obtenue par la réunion au XVIIIe siècle de l'avant-cour et de la cour
centrale : au sud-ouest, sur plan en L complété par une aile plus courte et
plus basse au nord, le château proprement dit, comportant rez-de-chaussée,
deux étages et un comble ; au nord-est l'ancienne ferme ; au sud-est le
bâtiment des écuries et remises. Produit de nombreux remaniements et
adaptations, le château du Thor ne présente pas le caractère homogène de
certains grands châteaux médiévaux de la région. Son intérêt est cependant
multiple. Il tient d'abord au témoignage porté sur la longue histoire d'une
importante demeure du Comtat Venaissin, de la fortification médiévale à la
résidence seigneuriale du XVIIIe. Certains détails sont à cet égard
significatifs, comme ce goût pour les mâchicoulis, qu'on n'hésite pas à
refaire en nombre en plein XVIIIe siècle (symbole de puissance et de rang
social sans doute ?), à une époque où, ailleurs en Provence, on adopterait
plus volontiers un répertoire classique. Il est également dû à la place dans
le contexte urbain et surtout à la préservation d'éléments authentiques,
tenant aux matériaux (opus spicatum...), à leur mise en oeuvre (enduits
anciens probablement médiévaux, marques de tâcherons..., aux structures
(piliers porteurs de la ferme, ensemble de plafonds médiévaux conservé dans
le château...), secondairement aux décors. La datation dendrochronologique
effectuée en 2011, confirme une construction du milieu du XIIIe siècle.
L'allée, probablement plantée de 40 platanes dès l'origine, a été
créée au sud du château, entre 1839, date de la réalisation de la route
royale traversant le Thor, et 1846. Cette allée était vouée à l'origine à la
promenade, comme en témoignent les bancs de pierre encore en place. On y
accédait depuis la cour du château par une porte percée à la même époque
dans le mur de courtine sud, et par un petit pont en pierre, enjambant la
petite sorgue, situé à l'ouest du château. Des prairies s'étendaient à
l'ouest et au sud du château tandis que le jardin d'agrément était situé à
l'est, vers la ville, il était pourvu d'un jeu de paume jusqu'en 1813. Elle
devint une voie d'accès vers le château, seulement à partir de 1865, date de
la construction d'un pont en pierre dans son prolongement. Cette nouvelle
communication permettait en priorité de desservir l'usine à plâtre par des
voitures attelées, et de manière secondaire d'aboutir à la cour d'honneur du
château. Cette allée plantée, qui marquait fortement l'axe sud du château,
n' a pas été conçue comme souvent dans l'esprit des châtelains, pour
affirmer un pouvoir ou son prestige, mais d'abord pour son agrément comme
lieu de promenade, puis pour des raisons pragmatiques, en désenclavant
l'usine.
Éléments protégés MH : le château proprement dit ; l'ancienne ferme,
le bâtiment des anciennes écuries et les greniers ; les cours et le parc ;
les éléments de l'enceinte fortifiée : inscription par arrêté du 31 octobre
1996.
château du Thor 84250 Le Thor, propriété privée, ne se visite pas.
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Crédit photos: Marianne Casamance sous
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