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Le château de Terre-Neuve est un manoir de la fin du
XVIe siècle, profondément remanié au milieu du XIXe siècle. A l'origine,
existe une métairie, achetée en 1584 par Nicolas Rapin, grand prévôt de la
Connétablie de France, à Jacques Poictier, frère ou du moins parent de son
épouse Marie Poictier. Rien ne prouve, contrairement à ce qu'affirme
Benjamin Fillon, qu'elle fut incendiée lors du siège de Fontenay par Henri
de Navarre en mai 1587 ; nous savons seulement par les textes que des
maisons du faubourg Saint-Martin furent détruites à cette occasion. La terre
fut anoblie par André Gallier, seigneur de Guinefolle, le 5 novembre 1594 ;
ces informations, données par B. Fillon, sont confirmées par les archives
des Lazaristes. En réalité, Terre-Neuve dépendait du fief de Grissais, non
de celui de Guinefolle, mais les deux fiefs appartenaient au même seigneur.
A la fin du XVIe siècle, N. Rapin fait édifier un manoir dont la datation
précise et les auteurs restent à déterminer. On peut s'interroger sur les
raisons de l'anoblissement de Terre-Neuve en 1594, peut-être lié à
l'achèvement des travaux et non à leur commencement comme le suppose B.
Fillon. De toutes façons, ce manoir est achevé en 1600, date à laquelle
Rapin y organise une brillante réception, évoquée dans ses oeuvres
littéraires. L'attribution de l'oeuvre à l'hypothétique Jean Morison par B.
Fillon est de pure fantaisie. En revanche, on pourrait envisager la
participation de Jacques Poictier, parent des Rapin, auxquels il vend la
métairie ; celui-ci est qualifié d'" architecteur " dans un marché en 1578,
est témoin lors d'un marché de construction passé par les Rapin en 1583,
effectue des visites de bâtiments en 1590 et possède une carrière. Les
inventaires du mobilier de Terre-Neuve, dressés en 1608, 1617 et 1638, ainsi
que des visites détaillées des lieux effectuées en 1645 et 1675, donnent une
idée du manoir et de sa distribution. Nous savons en outre qu'en 1614 et
1632, deux marchés sont passés pour la réfection d'une galerie.
En 1701,
les Pères de la Mission, les Lazaristes, achètent le manoir et s'y
installent. Un document dressé par eux en 1756 et comportant des additifs
énumère les travaux réalisés. La clôture est refaite, les écuries et le
cellier sont rebâtis à un nouvel emplacement. Sous la direction du père
Hesnard, une chapelle est aménagée en 1711 dans une salle du rez-de-chaussée
et bénie par le curé de Notre-Dame. On peut supposer qu'un clocher,
représenté sur la gravure d'O. de Rochebrune, est édifié avant 1727, date de
bénédiction des trois cloches. Des travaux sont effectués à la cuisine en
1757, date visible au bas du pignon de l'aile nord-est. En 1760, le puits
est refait. En 1761, le fenil est surélevé et la fuie réparée ; il s'agit du
bâtiment en prolongement du pignon de l'aile nord-est et de la tour qui le
jouxte ; la date 1761 est d'ailleurs sculptée sur le fronton d'une lucarne
de ce bâtiment. Pendant la Révolution, Terre-Neuve est vendu comme bien
national ; l'acquéreur en est Jacques Chevalier, en décembre 1797. En avril
1805, la propriété est achetée par Claude Tendron de Vassé, grand-père de
l'aquafortiste Octave de Rochebrune. Ce dernier conçoit et dirige de très
importantes transformations, exécutant parfois lui-même les sculptures. Ces
entreprises sont attestées par les états de section du cadastre de 1843. En
1848, l'impôt est diminué en raison d'une démolition partielle pour la
famille Tendron de Vassé; la demeure est achevée en 1848, imposable en 1851
et imposée en 1859 pour la famille Guillaume de Rochebrune. L'inscription
"Octave de Rochebrune fecit 1848" est visible sur l'échauguette située à
l'angle des deux ailes, "1849 Octave de Rochebrune sculpsit" sur le pignon
de l'aile nord-est ; les dates 1848 et 1849, les armes des Tendron de Vassé,
des Guillaume de Rochebrune et celles d'Alix Grelier de Fougeroux, qui
épouse O. de Rochebrune en 1849, figurent sur la façade de l'aile nord-est ;
la devise d'Octave de Rochebrune est sculptée à la base des lucarnes de
cette même façade, en écho de la devise de Nicolas Rapin sculptée à la fin
du XVIe siècle sur la façade de l'aile nord-ouest.
Lors de cette importante campagne, la distribution est modifiée, l'escalier
est reconstruit, les façades sont reprises, surtout celles de l'aile
nord-est, comme le montre la gravure de Rochebrune. La façade principale de
cette aile est refaite dans l'esprit de la façade de l'autre aile ; sur les
deux élévations sont plaqués des pilastres surmontés de statues et de
médaillons. L'inscription placée par Nicolas Rapin sur le portail est mise
au-dessus de la porte d'entrée. Toutes les toitures sont refaites en
ardoise, alors qu'auparavant elles étaient en tuile, à l'exception de celles
des tours. Lors de la réfection de Terre-Neuve, Rochebrune réutilisa un
grand nombre d'éléments architecturaux de très haute qualité. L'ensemble le
plus important provient du château de Coulonges-sur-l'Autize, dans les
Deux-Sèvres, édifié vers 1550 pour Louis d'Estissac ; il comprend notamment
plusieurs séries de caissons, la porte de la chapelle, une cheminée, le
porche précédant l'escalier, placé vers 1860 devant la porte de Terre-Neuve
et la voûte de l'escalier, remontée en 1866 dans un bâtiment construit à cet
effet en prolongement de l'aile nord-ouest. Enfin, les communs sont repris
et agrandis en 1876, comme l'indique une date sculptée.
Le château de
Terre-Neuve est constitué de deux ailes perpendiculaires flanquées de tours
et d'échauguettes. Ces ailes, l'une au nord-ouest, l'autre au nord-est,
possèdent deux étages et deux niveaux de sous-sol, dont un voûté en berceau.
L'aile nord-est est prolongée, en retour, d'un bâtiment plus bas flanqué
d'une tour. L'aile nord-ouest est prolongée d'un bâtiment en rez-de-chaussée
qui abrite les voûtes d'ogives de l'escalier de Coulonges. Les maçonneries
sont en pierre de taille pour le bâtiment en rez-de-chaussée, la façade
principale et les échauguettes de l'aile nord-ouest, le pignon et les
échauguettes de l'aile nord-est ; le reste est en moellon, la plupart du
temps enduit, avec ou sans chaînes en pierre de taille. Toutes les toitures
sont en ardoise : des toits à longs pans à pignon découvert pour les deux
ailes et le bâtiment en rez-de-chaussée, des toits coniques pour les tours
et échauguettes. L'accès aux étages se fait par un escalier tournant en
charpente, celui au sous-sol par un escalier droit en maçonnerie. Les
communs sont couverts en tuile.
Éléments protégés MH: le porche précédant l'entrée principale ; le bâtiment
contenant la lanterne de l'escalier provenant du château de Coulonges ; le
hall ; l'ancien atelier de Rochebrune (actuellement salle à manger) y
compris la porte en menuiserie du côté de la galerie ; le grand et le petit
salons avec les éléments de décor provenant des châteaux de Chambord,
Coulonges et de l'Hermenault: classement par arrêté du 13 décembre 1978. Les
façades et les toitures: inscription par arrêté du 13 décembre 1978.
château de Terre Neuve 85200 Fontenay le Comte, tel. 02 51 69 17 75,
ouvert au public du 1er mai au 30 septembre de 9h à 12h et 14h à 18h45.
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