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ORIGINES ET PREMIÈRE PÉRIODE: défenses en bois et
palissades:
Tous les historiens de la ville de
Saint-Lô, qui se sont répétés avec un constant ensemble, reportent ses
origines au temps de Charlemagne, qui dût y faire construire un Château Fort
ou Castrum,afin d'y opposer une résistance sérieuse aux invasions des
pirates Danois et autres barbares venus du Nord. Effectivement on apprend
dans les très anciennes chroniques que ce souverain aux puissantes
conceptions choisit partout de préférence les lieux d'où ses forces
militaires pouvaient commander les passages, intercepter les communications,
diviser les corps d'armée, protéger un territoire, surveiller le cours des
fleuves ou le littoral de la mer. A Saint-Lô, il établit sa forteresse sur
un roc inexpugnable et fort élevé, situé sur la rive droite de la Vire, qui
avait une certaine importance. Le sol de cette contrée plantureuse et
fertile pouvait tenter toutes les convoitises il s'agissait de le défendre.
Bientôt une longue enceinte, entourée de palissades en bois eut circonscrit
la partie la plus considérable et la plus forte du roc. Et au centre, on
établit une large retraite pour les combattants armés. Celle-ci fut formée
de vigoureuses pièces de charpentes capables d'offrir une énergique
résistance, et le Castrum exista. Une bordure de fraîches et verdoyantes
collines encadra ce tableau d'un caractère tout pittoresque. Aussi, vers la
fin du IXe siècle, quand les premiers Normands se présentèrent pour en faire
le siège, ces primitifs retranchements leur opposèrent une résistance qu'ils
ne purent vaincre. Pour bien préciser, ce fut vers l'année 889 que
s'accomplit cet événement. Cependant vingt années plus tard de nouvelles
bandes de leurs peuplades se représentèrent devant cette même enceinte.
Rollon, l'un de leurs chefs, dans les premières années du Xe siècle, dut
user de subterfuge pour vaincre ceux que la force de ses armes n'avait pu
soumettre. Il fit couper l'aqueduc qui portait les eaux dans la forteresse,
et, peu de jours après la garnison capitula. Ce fut selon la tradition, car
l'existence de Rollon est presqu'absolument légendaire, que les envahisseurs
devenus maîtres de la place violèrent la capitulation en égorgeant l'Évêque
de Coutances et les habitants de Saint-Lô, auxquels ils avaient promis la
vie. Les fortifications furent démolies peu après à ras du sol. La durée des
fortifications en bois avait été relativement fort courte; à peine un siècle
ou deux. Il était évident que sous le climat corrosif de la vieille Gale le
bois ne pouvait présenter qu'une résistance fort incertaine et secondaire.
Malgré ses immenses forêts elle n'eut pu longtemps fournir à l'entretien des
citadelles qu'il fallait édifier de tous les côtés. De plus, la province
Normande par la vaste étendue de ses côtes maritimes et de sa température
constamment humide se trouvait dans une situation très défavorable. Les
magnifiques travaux de MM. de Caumont et Viollet-le-Duc, qui font autorité,
ont démontré que nos premières forteresses féodales carlovingiennes furent
partout en bois, et qu'au XIe siècle, spécialement en Normandie, elles
furent remplacées par des donjons carrés ou rectangulaires, mais toujours en
pierres.
DEUXIÈME PÉRIODE: le donjon:
D'après Piganiol de la Force et Toustain de Billy, ce furent Robert 1er
(1025-1048), ou plutôt Geoffroy de Montbray (1049-10P4), évêques de
Coutances, qui firent construire un nouveau château-fort à Saint-Lô.
Cependant la plus grande partie des historiens reporte cet honneur à Henri,
l'un des fils de Guillaume le Conquérant. Ceux-ci précisent même la date de
1090 pour cette réédification, qui plus exactement doit être celle de 1096.
Ces deux sentiments, selon nous, ne doivent susciter aucune divergence. En
fait, le prince Henri était devenu le suzerain de la Normandie, par suite du
traité de cession que lui en avait fait son frère amé, Robert Courteheuze,
en 1096. A ce titre, il était tenu de la défense militaire de la province et
naturellement il dut faire appel pour cette entreprise à ses vassaux. Or,
les évoques de Coutances possédaient en fief propre le territoire de
Saint-Lô depuis déjà plusieurs siècles. Ils avaient donc tout intérêt à le
voir pourvu des forces nécessaires pour sa défense. D'ailleurs, ils ne
pouvaient pas se soustraire aux devoirs féodaux qui leur étaient imposés;
ils y apportèrent leur entier concours. Seulement ce ne furent évidemment ni
Robert 1er, ni Geoffroy de Montbray qui purent le faire, puisqu'ils étaient
morts, l'un en 1048, l'autre en 1094, et ce fut Raoul, évêque de Coutances,
leur successeur, depuis 1094 à 1110 qui put agir utilement à leur place. A
cette époque, l'architecture des forteresses normandes ne fut plus celle des
enceintes formées de palissades et de défenses de bois. Elle comporta, comme
tous les châteaux des XIe et XIIe siècles, un donjon carré ou rectangulaire,
entouré d'un cordon de murailles crénelées avec boulevards, reliant entre
elles quelques tours et quelques ouvrages d'une certaine importance. Le tout
était rendu inaccessible par des fossés profonds, remplis d'eau, et creusés
autour de l'escarpement. Enfin, dans ces enceintes étaient ménagées des
cours et des bâtiments destinés aux services intérieurs, avec des écuries et
des salles de provisions.
Nous connaissons encore divers châteaux de cette époque. Ils nous permettent
de dire ce que devait être celui de Saint-Lô rétabli ainsi aux premières
années du XIIe siècle. Tels paraissent avoir été ceux du Pin (Calvados), de
Saint-Laurent-sur-Mer, de Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir), de Domfront, de
Falaise, de Chamboy(Orne), et encore celui de Mortain ou l'on voit les
assises d'un donjon carré, et enfin celui de Vire. Tous étaient la
sauvegarde des villes bâties sous leurs murs. Ces dispositions pouvaient
donc permettre aux habitants de la contrée, lorsque survenaient des
invasions étrangères ou des soulèvements nationaux, de se réfugier dans le
donjon. Seulement, dans un espace aussi restreint, avec des hommes mal
préparés à combattre, les provisions qui ne pouvaient jamais être très
considérables, se trouvaient bientôt épuisées au bout de quelques semaines,
souvent même de quelques jours, et il fallait nécessairement se rendre à
discrétion. C'est dans de telles conditions, qu'en 1141, le château de
Saint-Lô dut se rendre à Geoffroy Plantagenet, comte d'Anjou, lors de sa
lutte contre Etienne de Blois, pour la possession de la couronne
d'Angleterre. Après trois jours de siège, l'évêque de Coutances, Algare, qui
était enfermé dans "le château, bien fortifié et muny", d'après Dumoulin,
donna l'ordre d'en ouvrir les portes. Il n'en fut plus ainsi, en 1203,
lorsque Philippe-Auguste eut confisqué la Normandie sur le roi
Jean-sans-Terre. Les défenseurs du château de Saint-Lô, dévoués à la France,
n'attendirent pas la capitulation de la place de Caen pour se soumettre, ils
rendirent leur château au roi Philippe, sans résistance aucune, sans même en
recevoir la sommation. Un siècle de paix et de tranquillité,qui suivit cette
conquête de la Normandie, provoqua dans la ville de Saint-Lô une ère de
prospérité. D'après Froissart, sa population s'éleva presqu'à 9.000
habitants et "l'on y put compter une quantité importante de bourgeois
enrichis par une grosse manufacture de draperies".
TROISIÈME PÉRIODE. Au temps du canon et de l'artillerie:
Mais bientôt l'invention de l'artillerie à feu vint détruire à tout jamais
l'importance politique des châteaux féodaux et l'économie du système de leur
défense: ce fut une véritable révolution dans l'art militaire. Aussi la
forteresse de Saint-Lô ne put-elle présenter de résistance lors de la
première invasion anglaise. La vieille forteresse devait toujours subsister.
Cependant tout porte à croire que pour en empêcher les approches on avait dû
établir des avant-postes, garnis de glacis et de gazonnements, afin de tenir
en respect et à une certaine distance les batteries d'artillerie et amortir
les coups portés par les boulets de canon. En1346, Édouard III, roi
d'Angleterre, après avoir débarqué à La Hougue, et avoir pris Barfleur et
brûlé Carentan, s'était hâté de marcher sur Saint-Lô, qu'il savait
insuffisamment fortifié. Il occupa donc le château fort sans grande
difficulté. Puis il pilla la ville de fond en comble, en y faisant un énorme
butin consistant surtout en pièces de drap. Dix ans plus tard, les bandes de
Geoffroy d'Harcourt, se répandant dans la contrée, vinrent y jeter la
désolation et l'épouvante (1356). Puis en 1364, les défenseurs de la
forteresse de Saint-Lô eurent à repousser l'attaque que Jean de Montfort
avait lancé contre eux dans l'intention de les surprendre. Ce prince était
alors en lutte avec Charles de Blois, au sujet de la couronne ducale de
Bretagne. Croyant que son adversaire avait trouvé des auxiliaires jusqu'à
Saint-Lô, il voulut les attaquer; mais ceux-ci anéantirent ses bandes dans
un des faubourgs de la ville.
Le roi Charles V s'attacha bientôt à relever l'importance militaire du
château fort de Saint-Lô. Vers la fin de son règne, il y assigna rendez-vous
aux troupes qu'il destinait à réduire successivement toutes les forteresses
normandes possédées par Charles-le-Mauvais, roi de Navarre(1377). Il fit de
cette forteresse le centre de ses opérations. Nous voyons ensuite que
Bertrand du Guesclin, ayant échoué devant Cherbourg, en 1378, et voulant
surveiller de près les Anglais, maîtres d'une aussi forte position, mit des
garnisons dans toutes les places sûres du Cotentin, entre autres à Saint-Lô.
Enfin quand la même année, Charles V eut résolu d'évacuer la presqu'île,
afin de pouvoir diriger une plus grande masse de troupes vers Le Languedoc,
les villes de Saint-Lô et de Carentan furent les seules qu'il ordonna de ne
point abandonner à la discrétion de l'ennemi. Au contraire, il eut à cœur de
les maintenir en état de suffisante défense. Cependant, plus tard, lorsque
les Anglais voulurent entreprendre la conquête de la Normandie, et qu'ils
jetèrent des troupes puissantes sur divers points de la province, qu'elles
parcoururent en tous sens, le château de Saint-Lô se vit forcé de se
préparer à de nouvelles luttes et de prévoir de sanglants combats. En effet,
vers l'année 1417, la Normandie fut envahie par les armées d'Henri V
d'Angleterre, qui s'avancèrent bientôt jusqu'aux limites extrêmes de la
province. Il faut observer que durant toute la période qui s'écoula depuis
cette nouvelle invasion étrangère jusqu'en 1450, la Normandie fut recouvrée
par les lieutenants du roi Charles VII, et continuellement en guerre.
En 1470, le roi Louis XI assigna les deux châteaux de Valognes et de
Saint-Lô pour résidence à Richard, comte de Warwick,surnommé Le Faiseur de
Rois, et au duc Georges de Clarence, frère du roi Édouard IV d'Angleterre.
Ces deux personnages étaient fugitifs et expatriés. Ils étaient venus
chercher un asile auprès du roi de France, à la suite de graves évènements
qui forment l'un des plus palpitants des luttes de la Guerre des Deux Roses.
Warwick, après avoir élevé Édouard jusqu'au trône, avait voulu l'en
précipiter au profit du duc de Clarence. Leur séjour en France fut de courte
durée, à peine de quelques mois. Bientôt Warwick ayant fait appel au parti
de Lancastre, parvint à former une armée de 60.000 hommes. Vainqueur à
Nottingham, il proclama roi Henri VI, qu'il tira de la tour de Londres.
Mais, l'année suivante (1471), Édouard IV, à la tête d'une armée formidable,
battit à son tour Henri, à Barnet, où Warwick trouva la mort sur le champ de
la bataille. Vers 1487, le roi Charles VIII, au retour de sa campagne de
Bretagne, et après avoir accompli un pèlerinage au Mont Saint-Michel, se
rendit à Saint-Lô en 1489. A son tour, François 1er honora également
Saint-Lô de sa présence, en 1553. Son séjour y fut de deux jours entiers, il
se rendait aux États de Bretagne, qui, dans une séance mémorable, tenue sous
sa présidence, décidèrent que leur province demeurerait unie désormais a la
couronne de France. Le roi fut reçu dans cette ville avec toute la
magnificence dont les habitants étaient capables, selon l'expression de
Toustain de Billy. Il y fit son entrée le dimanche 15 avril 1533, et le
dimanche suivant, 21 avril, il se trouvait à Coutances, et à Cherbourg le 28
du même mois.
Grâce à toute l'aimable bienveillance de notre vénéré Président, M.
Lepingard, qui nous l'a signalée, nous avons pu connaître la description
solennelle que fit à Saint-Lô François 1er auquel l'histoire a décerné le
surnom glorieux de Restaurateur des Belles Lettres. C'est un document de
toute première valeur. Il a été publié en 1868, dans le tome 3 des mémoires
de notre chère Société. Il révèle les noms dune grande partie des
personnages qui constituaient le cortège du Souverain, de son fils aîné, le
Dauphin, et de ceux qui présidaient à leur réception, à l'entrée de la ville
de Saint-Lô, pour lui en présenter les clés. Rien n'y est laissé dans
l'ombre et ce document a le caractère de la plus parfaite authenticité,
puisqu'il provient des anciens registres de l'Hôtel de Ville de Saint-Lô. En
outre il nous persuade de la façon la plus absolue que le Roi et le Dauphin
durent habiter dans le château même de Saint-Lô, avec la plus grande partie
de leur nombreux cortège, entre lesquels on remarquait le cardinal de
Lorraine, le duc de Vendôme, M. de Nemours, M. de Nevers, le maréchal de
Rothelin, M. de Longueville et bien d'autres encore. Les séjours de ces
souverains Charles VIII, François 1er et Charles IX, qu'ils se soient
accomplis dans le château ou dans la ville de Saint-Lô, y furent, à n'en pas
douter, l'occasion de fêtes et de magnifiques réceptions. Quant à la
dernière visite de Charles IX à Saint-Lô, elle est de l'année 1562, année
dans la quelle la régente voulut faire connaître la Normandie à son fils, en
l'y accompagnant.
QUATRIÈME PÉRIODE. Les Guerres de Religion:
Mais bientôt Saint-Lô et sa forteresse si renommée allaient attirer les
regards et les convoitises des partisans de la Réforme, qui au XVIe siècle,
provoquèrent dans toute la Chrétienté une révolution religieuse, qui sépara
de l'église romaine une grande partie de l'Europe. La lutte entre les partis
fut si ardente que, dans l'intervalle d'une quinzaine d'années, on vit le
château de Saint-Lô, qui en était l'enjeu, passer tour à tour cinq ou six
fois aux mains de chacun des adversaires. Loin de la surveillance des
Évêques de Coutances, auxquels depuis les origines de la féodalité
appartenait la seigneurie temporelle de la cité, beaucoup de ses habitants
s'étaient laissé séduire par les propagateurs des doctrines de Luther et de
Calvin. Encouragés par les succès d'un ancien religieux apostat, nommé Soler,
ils établirent des prêches publics à Saint-Lô. Dès 1560, les protestants se
trouvèrent assez forts pour se saisir ouvertement du château et s'y établir.
Au mois de mai 1560, ils mirent "à feu et à sac les églises de Saint-Lô et
les maisons de leurs principaux adversaires. Partout ils brûlèrent les
images, brisèrent les croix, dérobèrent l'argenterie du culte, profanèrent
les vases sacrés et les incendièrent. Ils allèrent jusqu'à incendier une
bibliothèque précieuse formée par l'évêque Boucart". Aucune résistance des
catholiques ne leur fut opposée. Ils travaillèrent avec ardeur à restaurer
les fortifications de la citadelle, dans le but ostensible d'en faire l'un
des boulevards du protestantisme dans le Cotentin et même dans toute la
Normandie. De plus, ils se sentaient encouragés par l'amiral de Coligny, sur
lequel la reine Catherine de Médicis se reposait, d'un autre côté, du soin
d'apaiser les troubles de la Province. Après ces désordres deux édits de
pacification replacèrent Saint-Lô et son château sous l'obéissance du Roi
(1563-1574). Dès lors la paix fut rendue à la Basse-Normandie.
CINQUIÈME ÉPISODE. La Baronnie de Saint-Lô: Matignon reçut de la
Cour l'ordre de démanteler le château et la ville de Saint-Lô: il ne crut
pas devoir le faire. Au contraire, parce qu'il regardait comme indispensable
d'entretenir une garnison dans le château, il fit exécuter presque
immédiatement aux portes et aux murailles les opérations qu'il jugea les
plus urgentes. Puis, profitant bientôt des ressentiments qu'Arthur de Cossé,
évêque de Coutances, avait conservé contre Saint-Lô, qui, en 1562, avait été
témoin des violences et des humiliations que les sectaires Réformistes lui
avaient imposées, en privant ces prédécesseurs depuis une trentaine d'années
déjà des revenus de Saint-Lô, et en lui infligeant à lui-même les plus
odieux outrages, Matignon lui proposa d'échanger cette baronnie contre des
domaines qui seraient dans l'avenir plus profitables à l'Évêché. Arthurde
Cossé ayant consenti à la cession de la Baronnie de Saint-Lô, sous la
réserve toutefois de "la terre, chasteau et seigneurie de La Motte-Lévesque",
il reçut en échange de Matignon les fiefs de Montgardon et de
Moutiers-en-Bauptois, d'un revenu annuel de3.000 livres tournois, et, en
outre, d'une rente de 500 livres. Le contrat fut passé à Caen, le 22 mai
1576, devant Jean Le Maistre et Jean de La Haye, tabellions royaux. Dès
l'année suivante, Matignon, par arrêté daté de Torigny, le 27 février 1577,
enjoignit aux échevins et aux receveurs des finances de Saint-Lô d'employer
uniquement les revenus de leur communauté à la réfection et à la mise en
état des portes et des ponts de la ville. D'après un autre document, il fit
réparer les murailles de tous côtés. Une fois en possession de la baronnie
de Saint-Lô, Matignon s'empressa d'apporter de nombreuses transformations à
la vieille forteresse. Ce fut à ce moment que durent disparaître les
derniers vestiges qui lui donnaient encore un caractère féodal. Ainsi, le
donjon qui devait être au sommet principal du roc fut complètement rasé.
Mais on conserva l'enceinte avec seize tours crénelées.
En dehors de cette enceinte, les fossés furent maintenus et même élargis. Le
pont-levis qui accédait à la rue Torteron fut refait dans des conditions
meilleures et l'on conserva au pied de deux tours, deux portes d'entrées.
Quant au château proprement dit, M. d'O, l'un des favoris du roi Henri III
et l'un de ses conseillers les plus écoutés, voulut prendre l'initiative de
lui demander son démantèlement, afin d'ôter aux ennemis de la tranquillité
publique toute velléité de s'en emparer, de s'y fortifier et d'y constituer
le siège d'une nouvelle guerre. Consulté à ce sujet, de Longaunay, alors
gouverneur de la Basse-Normandie, en écrivit énergiquement au Roi en 1585,
en insistant sur l'urgence de multiplier les moyens de rendre à la
forteresse tous ses plus puissants moyens de résistance. Jean de Gourfalour,
seigneur de Bonfossé, qui était, à ce moment, capitaine du château, se
montra naturellement très hostile au démantèlement dont il avait été
question. Le 18 novembre 1585, le roi envoya une lettre à Longaunay sur sa
vive résistance à cette destruction, qui eut été désastreuse et absolument
contraire aux intérêts du parti catholique. Peu après, de La Haulle-Duchemin
été établi gouverneur de Saint-Lô, la résolution fut prise très sérieusement
d'achever les fortifications du château, en même temps que celles de la
ville, d'après les plans restés inachevés de Matignon, devenu maréchal de
France en 1579. Les travaux furent conduits avec vigueur. Il n'est pas
douteux que Matignon avait multiplié tous ses efforts pour donner à Saint-Lô
tout le plus grand essor et tout l'éclat possible. Du reste, à tous égards,
cette ville le méritait, car si l'on ajoute foi à l'éloquente manifestation
du roi Henri IV, dans son édit de création du collège de cette ville, en
décembre 1609, "Saint-Lô était l'une des principales villes et la troisième
de la province de Normandie".
Sous l'administration des Matignon les prévisions de guerres ne se
réalisèrent pas et les constructions militaires du Maréchal cessèrent d'être
utiles. La Baronnie de Saint-Lô put donc jouir d'une assez grande
tranquillité. Cependant l'énormité des impôts sous lesquels succombaient ses
habitants les entraîna, en 1635, à une violente sédition, tellement grave
qu'elle motiva des lettres de grâce et d'abolition de la part du roi Louis
XIII. En 1639, survint l'insurrection des Nu-Pieds, dont l'étincelle partie
d'Avranches parcourut rapidement le Cotentin et toute la Basse-Normandie.
Mais ce qui contribua à donner un éclat à la baronnie de Saint-Lô durant
toute la dernière période de son existence, ce furent plusieurs de ses
Capitaines gouverneurs, qui furent des hommes de mérite, et, par dessus
tout, cette grande famille de Matignon, dont chacun des membres sut
conquérir les premiers rangs dans l'État. Elle fut également remarquée par
ses alliances avec les familles les plus notables de la France. Entre tous,
Jacques-François-Léonor de Goyon de Matignon obtint du roi le titre de Pair
de France, par lettres patentes de décembre 1715, à l'occasion de son
mariage avec la duchesse de Valentinois, fille d'Antoine de Grimaldi, prince
souverain de Monaco. Ce mariage avait eu lieu le 20 octobre 1715, et l'une
des conditions du contrat fut que lui et leurs enfants seraient substitués
au nom et aux armes de Grimaldi. A la mort de son beau-père (le 12 février
1731) la principauté de Monaco lui fut acquise. Depuis elle est restée à ses
descendants directs, représentés, en ce moment, par S. A. Sérénissime Mgr le
Prince régnant Albert de Monaco, duc de Valentinois, comte de Torigny et
baron de Saint-Lô, grand d'Espagne de 1ère classe et Grand-Croix de la
Légion d'honneur. Elu membre correspondant de l'Institut de France (Académie
des Sciences, dans la section de géographie), le 27 avril 1891, ce prince
s'est fait connaître particulièrement par de remarquables voyages maritimes
et des découvertes scientifiques de premier ordre. C'est un savant d'une
éminente distinction qui a bien voulu prendre rang parmi les membres de la
Société d'Histoire naturelle, d'Agriculture et d'Archéologie de la Manche.
LE CHÂTEAU DE SAINT-LÔ ET SES CAPITAINES GOUVERNEURS:
Il nous a paru indispensable de faire précéder cette dernière partie de
notre long travail par un complément dans lequel nous avons indiqué un
certain nombre de faits nouveaux sur plusieurs des personnages dont nous
avions déjà tenté de reconstituer l'existence. Ces détails, qui nous étaient
révélés par des chartes inédites, offraient de l'intérêt et il nous fallait
les relier à ce qui nous était connu. Nous avons pu retrouver quatre
capitaines de Saint-Lô qui avaient échappé à nos premières recherches; ainsi
le nombre des capitaines de la forteresse de Saint-Lô, pendant la durée de
la guerre de Cent-Ans, s'est trouvé porté à vingt au lieu du chiffre
primitif que nous avions fixé à seize. Nous ne dissimulons pas que nous
avons été étrangement surpris de n'avoir pas pu découvrir un seul de ces
capitaines avant cette période désastreuse de notre histoire nationale. Il y
a là une lacune importante que les Archives Départementales peuvent seules
combler, car nous devons en faire l'aveu, il ne nous a jamais été donné d'en
pouvoir étudier les richesses. De même, il est inévitable pour nous de
laisser également de nombreux vides dans la succession des capitaines de
Saint-Lô depuis le milieu du XVe siècle, jusqu'au déclin du XVIIIe siècle,
quand la Révolution renversa les derniers vestiges de l'antique castellum,
édifié par Charlemagne, à l'aurore de la féodalité. Notre travail n'aura
ainsi esquissé que les grandes lignes de cette longue série de près de dix
siècles, durant lesquels Saint-Lô, justement renommé, sut déployer toujours
un caractère de grande énergie et d'un patriotisme indomptable.
HENRI DE THIÉVILLE 1360-1374:
Déjà, dans la première partie de notre étude sur Les Capi taines et
Gouverneurs du château de Saint-Lô pendant la guerre de Cent-Ans, nous avons
pu, dans quelques grandes lignes rapides, retracer l'existence peu connue de
Henri de Thiéville. Mais nous avons néglige de dire quel fut le point de
départ de son heureuse fortune. Alors que tout jeune encore il avait, en
effet, combattu aux côtés du roi Jean-le-Bon, à la désastreuse bataille de
Poitiers, le 19 septembre 1356, il avait été fait prisonnier et conduit en
Angleterre, en même temps que le Roi, puis contraint de payer une forte
rançon pour recouvrer sa liberté. Thiéville fut l'un des personnages
désignés pour les négociations diplomatiques relatives à la rançon du roi
Jean. Ces circonstances lui valurent bientôt le titre honorifique de maître
d'hôtel du Roi. Plus tard, vers juin ou juillet 1373, lorsqu'il fut question
d'obtenir le retour à la France du très important château de
Saint-Sauveur-le-Vicomte, alors occupé par les anglais, les États de la
Basse-Normandie déléguèrent les deux baillis de Caen et du Cotentin, avec
Louis Tésard, évêque de Bayeux, qui fut appelé l'année suivante au siège
archiépiscopal de Reims, pour être leurs interprètes auprès de Charles V, de
l'absolue nécessité de réoccuper cette place de premier ordre. Dans les
conférences qui suivirent, les députés de la Basse Normandie s'adjoignirent
deux des plus illustres chevaliers du Cotentin et du Bessin, notre Henri de
Thiéville et Henri de Colombières, Charles V disait, du premier dans une
lettre du 4 décembre 1364 C'est un des chevaliers du païs qui mielx nous a
servi et dont nous nous povons mielx aidier". Une lettre de Charles V, datée
de Paris le 7 septembre 1372, en rappelle le souvenir. En 1372 Henri de
Thiéville devait encore être capitaine du château car nous avons vu des
quittances datées de lui en mars 1371, et mars 1372.
JEAN DE LA HAZARDIÈRE, CONNÉTABLE DE SAtNT-LÔ 1384:
Toustain de Billy, dans son Histoire de la Ville de Saint-Lô, mentionne un
connétable de Saint-Lô, du nom de Jean de la Hazardière, au cours de la
première période de la Guerre de Cent-Ans. A tort peut-être, nous avions
négligé de l'inscrire lors de notre précédente étude. Cependant, à la
réflexion, ce guerrier doit être rangé au catalogue des capitaines de notre
citadelle. Son titre de connétable devait lui faire occuper le second rang
dans la défense de la forteresse, c'est à dire qu'en l'absence du capitaine
gouverneur il devait se trouver instantanément substitué à lui. La
commission de cet office par Charles VI, du 18 février 1384, indique d'une
façon positive que le titre de connétable avait été constitué au profit de
Jean de la Hazardiëre sur la demande du capitaine de Saint-Lô, pour le bien
et la sûreté de la place, et avec l'assentiment des bourgeois et des
habitants. Mais bien sur il n'avait pas la suprématie autoritaire sur le
gouverneur lui-même. Par suite, nous pouvons en induire que le rôle du
connétable de la Hazardière put se restreindre aux troupes montées de la
forteresse et de la ville de Saint-Lô. De tous temps on a toujours établi
une distinction entre les fantassins et les cavaliers rangés sous l'autorité
suprême d'un même chef.
REGNAULT WEST 1417-1421:
A coup sûr, nous pouvons étendre la date du commandement de Regnault West
jusqu'au 3 mai 1421, puisque ce jour-là, au nombre des habitants de
Notre-Dame de Saint-Lô, il reçut la soumission que lui fit, comme au
représentant du roi d'Angleterre le nommé Colin Sanson, qui passa sa
déclaration d'homme lige et subjet du Roy". Le vidimus en fut délivré par
Richard de Beuseville, tabellion au siège de Sainte-Mère-Eglise. Les
armoiries de West, en Angleterre, étaient: D'argent à la fasce vivrée ou
denchée de sable.
WILLIAM DE LA POLE, COMTE DE SUFFOLK 1422-1433:
Le dossier de Suffolk, au cabinet des Titres de la Bibliothèque Nationale,
est assez volumineux. Il ne contient qu'un seul détail que nous tenions à
rappeler, car il est particulier à Saint-Lô. C'est la quittance de "1122
livres, ung sol, 8 deniers tournois, pour prêt, et payement des gages et
regars des hommes sous les ordres de Guillaume de la Pole, comte de
Suffolk". La pièce est datée de Saint-Lô, le 4 avril, avant Pâques 1429.
Elle qualifie ce capitaine du titre de lieutenant du Roi, pour le fait de la
guerre "ès bailliages de Caen et du Cotentin". Nous pourrions ajouter que
Suffolk était bien à cette date, capitaine de Saint-Lô.
EDOUART WEURE 1429-1430:
La multiplicité de nos chartes datées de 1429 et de 1430 présenterait
quelques obscurités si l'on ne se rendait pas un compte exact, du désarroi
qu'avait dû subir l'armée anglaise au combat de la Brossinière, où le comte
de Suffolk avait été fait prisonnier. Le duc de Bedford, régent du royaume
de France, s'empressa de désigner de nouveaux capitaines pour occuper les
offices dont Suffolk était pourvu. Une charte datée du 17 novembre 1429,
constate qu'à une époque antérieure, pouvant remonter à quelques mois et
même à plus d'une année, Edouard Weure était venu vers le Régent, qui
l'avait nouvellement fait capitaine de la ville et forteresse de Saint-Lô.
Le 17 novembre, la confirmation de son office lui fut renouvelée au nom du
roi, jusqu'au jour de la Saint-Michel suivante (1430). Mais il est bien
présumable que Weure ne put pas garder ce commandement jusqu'au moment prévu
par ce document, puisque d'abord il fallut en faire expédier un vidimus par
le garde du scel de la vicomté de Carentan, le 8 février suivant (1430), et
qu'ensuite une autre charte du 7 avril 1430 nous fait connaître que Jehan
Harpeley, bailli du Cotentin, fut délégué avec Edouart Wynoc, capitaine de
Saint-Lô, pour faire les revues de la garnison d'Avranches, et des hommes
d'armes, sous les ordres du comte de Suffolk, capitaine, alors, de cette
place forte. Or nous avons constaté que Suffolk avait fait une campagne
active emmenant avec lui le 15 mars 1430, Raoul Tesson, aussi bien que
Edouard Weure, l'un et l'autre successifs capitaines à Saint-Lô, nous sommes
forcément amenés à fixer la cessation du commandement de ce dernier officier
entre les deux dates du 15 mars et du 7 avril 1430.
EDOUART WYNOC: Capitaine anglais de Saint-Lô 1430:
Le nom de ce capitaine nous a été révélé par une charte unique, du 7 avril
1430, qui confie à Edouart Wynoc ou Wynoë, le soin de passer les revues des
garnisons du château d'Avranches. L'année suivante, il ne commandait plus à
Saint-Lô, puisque Jehan Harpeley en avait la capitainerie jointe à son titre
de bailli du Cotentin, le 14 août 1431.
JEHAN HARPELEY, Capitaine anglais de Saint-Lô 1431:
Une vingtaine de chartes mentionnent Jehan Harpeley, lieutenant de la ville
et du château de Rouen, avant octobre 1422, sous le commandement du duc de
Glocester, capitaine de la capitale de la Normandie; il est ensuite
capitaine et bailli d'Evreux, depuis cette époque, ainsi qu'en 1423, bailli
du Cotentin, en 1424, 1426, 1427, 1428, 1429, 1430, et enfin bailli de Caen.
La plus grande partie de ces actes sont des pièces de comptabilité. Une
seule, du 14 août 143, se réfère directement et spécialement à la forteresse
de Saint-Lô.
THOMAS TUNSTALLE, Capitaine anglais de Saint-Lô 1431:
Nous n'avons rencontré aucun document qui concerne ce guerrier. Cependant le
n° 21184 du catalogue de la librairie Saffroy au Pré Saint-Gervais de Paris,
de novembre 1903, a signalé la déclaration par Thomas Tunstalle, chevalier,
bailli de Cotentin et capitaine de Saint-Lô, de sa prise de possession,
saisine et garde de cette ville, à la date du 27 novembre 1431. Il avait
reçu les clefs des mains de Thomas Chisnolle, écuyer, au nom de Jean
Harpeley, précédemment capitaine de cette place. Cet acte fut rédigé à
Saint-Lô même.
JEHAN D'ESTOUTEVILLE, SEIGNEUR DE BRICQUEBEC 1450-1479:
Depuis la publication des Capitaines et Gouverneurs du château de Saint-Lô
pendant la guerre de Cent-Ans, M. de la Morandièrea fait paraître un ouvrage
fort important, sur la maison d'Estouteville (1903). Il y parle très
longuement de Jean d'Estouteville, fils de Louis d'Estouteville, illustre
défenseur du Mont Saint-Michel. Désigné par les chroniqueurs sous la
qualification de sire de Bricquebec, tandis que son aîné, Michel, n'est
connu que sous le nom de M. de Moyon, ce guerrier qui fut admis dans
l'intimité du roi Louis XI, suivit les armées françaises dans les luttes qui
surgirent sous les règnes de ce prince et de son père, Charles VII.
Bricquebec fut donc en grande faveur près de ces deux souverains, et il en
obtint la capitainerie du Mont Saint-Michel, à la mort de son père, le 21
août 1464. M. de la Morandière a même fait le portrait de Bricquebec, qu'il
nous a dépeint comme l'un des héros de la "journée dite des bouteilles (29
août 1475) où le roy Louis XI envoya au roy d'Angleterre trois cents
chariots de vins des meilleurs qu'il fût possible de trouver". En récompense
de ses nombreux services, Bricquebec voit alors ses pensions, qui jusque-là
n'ont été que de 3.000 livres tournois, s'élever à 7.000 livres. Malgré de
nombreux détails sur ce guerrier, M. de la Morandiëre n'a cependant dit
nulle part qu'il ait eu le titre de capitaine de Saint-Lô. Mais le président
Lepingard, d'après les Archives de la Manche, nous en a donné l'affirmation,
et tout nous autorise à croire qu'il en conserva le gouvernement depuis la
pacification de la Normandie (1450) jusqu'à sa mort survenue le 10 décembre
1479.
LES CAPITAINES DE SAINT-LÔ DEPUIS LA GUERRE DE CENT-ANS JUSQU'A LA
SUPPRESSION DE LA FORTERESSE:
GUILLAUME LE JOLIS 1489-1493:
Aucune indication, autre que celle que nous a donnée M. le Président
Lepingard, ne nous est connue sur Guillaume Le Jolis. Il a vu son nom cité,
en 1489 et 1493, dans des actes des Archives de La Manche, avec cette
qualification "d'écuyer, garde et capitaine de Saint-Lô". De notre côté,
nous ne savons sur la famille Le Jolis, rien au delà des lettres
d'anoblissement que le roi Henri IV donna, en janvier 1595, à Guillaume Le
Jolis, sieur du Jonquay. Il y a une remarque à faire sur ces mêmes prénoms
de Guillaume portés par deux personnages du même nom, à cent ans de
distance, et nous nous demandons s'il ne serait pas possible que ce ne fût
qu'un seul et même individu, puisque les dates, sauf celle d'un chiffre,
seraient à peu près les mêmes. Cependant rien n'empêche qu'ils ne soient,
l'un l'aïeul et le second le petit-fils. Sous la réserve de nos
observations, nous maintenons sous les dates de 1489 et 1493, le nom de
Guillaume Le Jolis, sur la liste des capitaines de Saint-Lô.
JEHAN DE CoNTEViLLE 1495:
D'après une communication de M. Lepingard, Jehan de Conteville, fils et
héritier de Jourdain de Conteville, aurait été capitaine gouverneur de
Saint-Lô. Avec cette simple donnée, nous ne pouvons indiquer nulle autre
date que celle de sa mort en 1495. L'abbé Pigeon le signale également dans
le nobiliaire qu'il a composé. D'autre part les Manuscrits de la
Bibliothèque Nationale ne nous révèlent que le nom d'Arthur de Conteville,
écuyer, remplissant aux années 1497, 1503 et 1504, l'office de receveur
ordinaire du domaine de Saint-Sauveur-Lendelin.
FRANÇOIS HERBERT, SEIGNEUR DE BRÉAN 1513-1525:
Une sentence des pleds de Beuzeville, du 22 avril 1513, nous fait connaître
que noble homme François Herbert, seigneur de Bréan et baron de La Hogue,
possesseur d'une va vassorie sise à Saint-Pellerin, canton de Carentan, fut
capi taine de Saint-Lô. Ce gentilhomme appartenait à une famille nombreuse,
venue de Picardie en Normandie, fort riche et dont la situation était très
considérable au début du XVIe siècle, puisque deux de ses frères furent
l'un, Geffroy Herbert, évêque de Coutances, de 1478 à 1510; l'autre, Louis
Herbert, évêque d'Avanches, de 1511 à 1526. Leur généalogie leur donne plus
communément le nom patronymique de Hébert, mais les listes de nos évêques et
divers actes originaux de la Bibliothèque Nationale, y ajoutent la lettre r
et l'orthographient Herbert. Au début de 1525, le capitaine de Saint-Lô
parait avoir fixé sa résidence à Paris, où bien probablement il avait pris
sa retraite, à raison de son âge déjà avancé. Effectivement, d'après un acte
du 17 novembre 1525, qui porte les signatures de deux notaires, il donne à
titre de ferme et moisson de grain, à Jehan Le Sellier, laboureur, demeurant
à Mietry ou Mutry en France, tout un domaine d'une certaine importance
dépendant de la succession de la feue "Damoiselle Jehanne Guérin, sa mère,
et lui appartenant depuis le trépas de celle-ci". Ces biens consistent en
"maison, cour, grange, estables, bergeries et jardin, avec sept vingts dix
arpens de terre, sis au lieu et terroir de Mutry".
RICHARD DU BOIS, SEIGNEUR DE L'EPINEY 1532:
L'unique renseignement que nous possédons sur Richard du Bois, seigneur de
l'Epiney, capitaine de Saint-Lô, nous le fait apparaître au milieu du
brillant cortège qui se forma aux environs de la ville, pour y recevoir avec
un grand apparat le roi François 1er arrivant de Bayeux, le 15 avril 1532.
Le souverain résida deux jours à Saint-Lô, d'où il partit pour Hambye le 21
du même mois, il faisait son entrée à Coutances.
JEAN DE SAINTE-MARIE; SEIGNEUR D'AGNEAUX 1532-1542:
Les documents abondent sur la famille de Sainte-Marie, l'une des principales
de la Basse-Normandie. Nous pouvons croire, d'après les Manuscrits de la
Bibliothèque Nationale, que dans le Cotentin il s'en est trouvé deux
différentes portant ce nom, et qui ont du se différencier par la
dénomination de Sainte-Marie d'Agneaux et de Sainte Marie d'Esquilly. La
généalogie des Sainte-Marie d'Agneaux revendique pour eux Jean de
Sainte-Marie, seigneur d'Agneaux et de Canchy, qui fut lieutenant du
capitaine de Saint-Lô, en 1532 et 1542. En cette qualité, il fit exécuter,
le 5 décembre 1542, par les habitants de cette ville, l'ordre qui lui avait
été donné le 28 novembre précédent, par Charles de Mouy, vice-amiral de
France, et lieutenant général pour le Roi en Normandie. Cette mesure
concernait la réglementation des portes, ponts, chaussées et barrières de
Saint-Lô. Le procès-verbal de la venue de François 1er à Saint-Lo, en avril
1532, le qualifie lieutenant et connétable de Richard du Boys, capitaine de
Saint-Lô.
CHRISTOPHE DE LOSPITAL, SIEUR DE LA ROUARDIÈRE 1553:
D'après les précieuses indications que nous avons reçues de M. Lepingard, et
qu'il a bien certainement puisées aux Archivesde la Manche, Christophe de
Lospital, sieur de la Rouardière, serait mort capitaine de Saint-Lô. Notre
aimable correspondant nous a en même temps indiqué la date du 7 décembre
1553, mais sans préciser si ce serait celle de sa mort, ou bien de la pièce
à laquelle il y a lieu de se reporter. Toujours est-il que nous n'avons vu
nulle part la moindre trace de ce capitaine.
N... DE BRICQUEVLLLE, SEIGNEUR DE LAULNE 1553:
A deux reprises ou plutôt dans trois circonstances notables, le nom de
Bricqueville se trouva mêlé d'une manière intime aux événements qui
concernent le château de Saint-Lô. Notre devoir est donc de faire la part
des incidents qui les accompagnent. S'agit-il d'un seul et même personnage?
Bien que les prénoms soient les mêmes, nous n'osons l'affirmer car il y eut
plusieurs branches dans cette famille. Chacune d'elles fut surtout
distinguée par des dénominations différentes. Ainsi, François de
Bricqueville qui nous a été signalé comme capitaine de Saint-Lô, en 1553,
est désigné sous la spécification de seigneur châtelain de Laulne et
Auzeboscq. Au contraire, François de Bricqueville, le lieutenant de
Montgommery, est plutôt connu sous la qualification de baron de Colombières.
Celui-ci a conquis une certaine célébrité: nous parlerons de lui avec
quelques détails. Pour le seigneur de Laulne, qui nous apparait à la date de
1553, nous ne savons rien, car nous ne voyons quoique ce soit qui puisse
fixer l'attention à son égard.
JEAN DE SAINTE-MARIE D'AGNEAUX 1561-1562:
Pour mémoire, rappelons que Jean de Sainte-Marie d'Agneaux que nous avons
classé précédemment comme lieutenant et connétable de Richard du Boys, fut
capitaine de la citadelle de Saint-Lô pendant très peu de temps, vers
1561-1562. Nous croyons bon de lui donner en conséquence un numéro double.
MICHEL DU BOIS D'ELLE, dit CANTERAYNE 1561-1562:
Une enquête faite vers l'année 1631, dans laquelle figurent Perrette Leroi,
âgée de 84 ans, aussi bien que Jean Louis, âgé de 87 années, révèle qu'au
temps ou les Bretons vinrent faire le siège de la forteresse de Saint-Lô sur
les Calvinistes, qui s'en étaient emparés l'année précédente, un nommé
Cantrainne ou Canterayne était dans cette ville capitaine des insurgés, sous
le seigneur de Montgommery. Perrette Leroi ajouta de plus à sa déposition
que les Huguenots avaient formé le projet de tuer Lucas du Chemin, qui
habitait sa terre de La Vaucelle, près de la cité. Ils incendièrent tous les
ornements de la chapelle Sainte-Pernelle, ou l'on allait beaucoup en
pèlerinage. Jean Louis fut encore plus précis dans ses déclarations. Il
affirma que Miette-Groucy et Cantrainne faisaient à Saint-Lô et dans les
environs toutes sortes d'outrages et de violences aux prêtres et aux
catholiques: "Pourquoi le Roi envoya une armée de Bretagne assiéger la dicte
ville de Saint-Lô qui fut prise d'assaut", mais un an après elle fut
reconquise sur les Bretons par Montgommery. Cela nous reporte parfaitement
au mois de septembre 1562, ou le capitaine Michel du Bois d'Elle, défendit
Saint-Lô contre l'armée royale commandée par le duc d'Etampes et Matignon.
Michel du Bois d'Elle, dit Canterayne était en 1591, capitaine d'une
compagnie d'arquebusiers et faisait partie de la garnison de Saint Valery.
MIETTE DE GROUCY 1561-1562:
Si nous avons admis Michel du Bois d'Elle dit Canterayne au nombre des
capitaines de Saint-Lô, Miette de Groucy, son compagnon d'armes et son
coreligionnaire, doit y figurer au même titre, puisque d'après l'historien
principal de cette ville, Toustain de Billy, ils s'y partagèrent l'autorité,
jusqu'au moment où ils furent expulsés ensemble de cette vaillante
forteresse. Ces deux guerriers ne doivent donc pas être séparés, dès qu'ils
combattirent pour la même cause et unirent leurs efforts.
LE CAPITAINE LA BRETONNIÈRE 1563:
Ici nous devons inscrire le nom du capitaine La Bretonnière, sur la foi
d'Aristide Guilbert qui n'a pas fait connaître les sources auxquelles il a
puisé. D'après cet auteur, ce capitaine prendrait rang après les luttes
ardentes que provoquèrent, dans l'intervalle de deux ou trois années
(1560-1563) l'occupation de la citadelle de Saint-Lô, tour à tour par les
Protestants et les Catholiques; ce fut comme un jeu de paume entre les
divers partis. Cela se passait après la mort du roi François II, et dans les
premiers temps de la minorité de Charles IX. Deux édits de pacification
replacèrent tour à tour Saint-Lô sous l'obéissance du Roi (1563-1570). Il
est regrettable que cet historien n'ait pas fait connaître d'autres détails
sur ce capitaine La Bretonnière.
NICOLAS DE CHAURAIZ 1570:
L'existence du capitaine Nicolas de Chauraiz est révélée par les lettres de
commission délivrées le 19 juin 1570 à Georges de Mathan. Elles disent en
termes formels que la fonction de capitaine de Saint-Lô était vacante par
suite du décès de Nicolas de Chauraiz, sieur de Cherperimé. Les manuscrits
de la Bibliothèque Nationale indiquent bien une famille du même nom,
seulement elle appartient à la Touraine et les peu nombreuses indications
qu'on trouve ne portent sur aucun personnage ayant le prénom de Nicolas, ni
de seigneur de Cherperimé. Quant à ce domaine, nous n'avons rencontré nulle
part de dénomination semblable.
GEORGES DE MATHAN, SEIGNEUR DE SEMILLY 1570-1584:
Georges de Mathan capitaine du château de Saint-Lô, fut l'une des premières
victimes des guerres de religion en Basse-Normandie. Il fut l'objet de l'un
des épisodes les plus imprévus et les plus violents de cette époque féconde
en faits étranges. Fils de Nicolas de Mathan, chevalier, baron de
Saint-Ouen-le-Brisoult, châtelain de Mathan, de Semilly etc, et de
Marguerite d'Espinay, fille de Henri d'Espinay, chambellan du roi Louis XII,
il avait épousé en premier mariage, le 4 juillet 1551, Claude des Asses,
fille de Claude des Asses, conseiller au parlement de Paris; puis en
deuxièmes noces, en 1583, Françoise de Créquy, sœur de Jean de Créquy,
seigneur de Raimboval.
ANTOINE DE THÈRE, SEIGNEUR DE THÈRE ET DE LA MEAUFFE 1574:
C'est le 2 mars 1574 qu'Antoine de Thère, par un audacieux coup de main,
s'empara des clés de la citadelle de Saint-Lô et même de la ville. Auteur du
complot qui chassa de la place Adrien de Mathan et les défenseurs
catholiques au profit des Huguenots auxquels il en ouvrit les portes, Thère
se constitua lui-même capitaine du château et disposa de tout dans la cité,
lorsque Colombière, le lieutenant de Montgommery, eut fait appel à son chef
qui était à Jersey dans l'attente des résultats. Son pouvoir fut de très
courte durée. Il cessa dès que Colombières et Hallot furent entrés à
Saint-Lô, le 7 mars 1574.
FRANÇOIS DE MONTMORENCY, SIEUR DE HALLOT 1574:
Le procès verbal des troubles à Saint-Lô, dressé par Dancel en juin 1574, P.
12, nous apprend que dès le 7 mars précédent, et avant la venue de
Montgommery, dans la forteresse de cette ville, "le filz aisney du seigneur
de Crevecœur, appelé Hallot, surnommey de Mémorency, entra en ladicte ville,
avec 40 ou 50 hommes à cheval, portant armes, ll y fut reçu avecques grant
respec par Colombières. Hallot se déclara aussitôt l'un des chefs des dits
rebelles commandant, et baillant, en son nom, sauvegardes, ordonnances et
mandementz". Quoiqu'un peu confus dans ses termes et manquant de précision,
ce précieux document nous démontre que ce pourfendeur, nouveau venu et
véritable fanfaron, s'empara du titre de capitaine de la forteresse, et
voulut mener à la cravache, multipliant en tous sens ses sauvegardes,
ordonnances et mandements. Tout d'abord, il fit régler par Hommet, receveur
des finances, les appointements du capitaine de Thère, du jour de sa prise
de possession, le 2 mars 1574. Montgommery constitua Colombières pour
capitaine de la forteresse et en reléguant Hallot sur les remparts de
combat. Mais plutôt que d'occuper un rang aussi secondaire, il préféra se
remettre à la tête des recrues qu'il avait amenées à Saint-Lô et de là
prendre la direction d'Angers, et d'après les Chroniques Angevines, qu'il se
livra à de nombreuses prouesses. François de Hallot était, avons nous dit,
le fils aîné de François de Montmorency, baron d'Auteville et de Bouteville.
Plus tard, il se fit accueillir à la Cour et fut fait cheva lier de l'Ordre
du Roi, chambellan de François, duc d'Anjou, frère des rois François II,
Charles IX et Henri III, bailli et gouverneur de Rouen et de Gisors, et
lieutenant général de la Normandie. En 1589, il reçut la charge de
l'arrière-garde des troupes que le duc de Montpensier menait au siège de
Falaise; il combattit à Arques et assista à la prise de Senlis. Il mourut
assassiné à Vernon, le 22 septembre 1592.
FRANÇOIS DE BRICQUEVILLE, BARON DE COLOMBIÈRES 1574:
Disons tout d'abord quelques mots sur le capitaine François de Bricqueville,
baron de Colombières, que les écrivains de son parti ont dépeint comme l'un
des plus grands capitaines de son temps. Il poussa jusqu'aux limites les
plus extrêmes de la témérité, sa valeur militaire. Jamais il ne recula
devant le danger et il en fut la victime. Mais comme il ne reçut un
commandement en chef, ni une direction générale, nous pouvons dire que les
sentiments politiques et religieux de ses panégyristes ont peut-être été
trop loin. Fils de Guillaume de Bricqueville et de Françoise de Blosset,
dame de Torcy, François dut naître vers 1525. Il fut surtout connu sous le
nom de baron de Colombières, et embrassa la carrière des armes. Ses
premières campagnes remontent au temps de François 1er et de Henri II,
commandant une compagnie de cent lances sous François II et de divers corps
séparés sous Charles IX. Il se signala dans les guerres de religion, où il
fit prisonnier Michel de Castelnau, seigneur de Mauvisière, qui commandait
pour le Roi. Dès les premières manifestations des Religionnaires,
Colombières, qui était parent de la princesse de Condé, Eléonore de Roye,
suivit le parti de Louis de Bourbon, son mari, et se mit avec Gabriel de
Montgomery, à la tête des Huguenots, en Normandie. En se déclarant ainsi
contre la Cour, il perdit la part qu'il aurait eue dans le riche héritage de
son oncle paternel, le baron de Torcy. En 1563, Colombières fit aborder au
Havre de Grace, une flottille anglaise portant deux régiments d'infanterie
auxiliaire, 14 pièces de canon, 150 000 ducats et des munitions de guerre
importantes pour son parti. Avec les chefs du parti protestant, il se trouva
au mariage de Marguerite de Valois avec Henri, roi de Navarre. Mais il eut
le bonheur d'échapper aux massacres de la Saint-Barthélémy. Colombières
portait au plus haut degré la bravoure et la fermeté. Après une lutte de
deux années, et sur l'appel de son coreligionnaire Montgomery, il accourut à
Saint-Lô, vers mars 1574. Il en reçut le commandement lorsque Hallot l'eut
abandonné, mais évidemment de concert et sous la direction de Montgomery.
Montgomery crut devoir se rendre à Domfront, puis de là à Alençon. Il
comptait y rejoindre Hallot qui lui avait promis de lui amener des renforts
de partisans du Maine, du Perche, de la Bretagne et de l'Anjou. Son but
était donc de revenir vers Saint-Lô, pour y surprendre Matignon à revers et
le contraindre à quitter la place. On sait le reste: écrasé sous le feu
d'une solide artillerie, Montgomery fut fait prisonnier à Domfront et ramené
sous les murs de Saint-Lô qui résistait toujours. Ce fut alors que Matignon
voulut tenter d'amener les assiégés à une capitulation. La situation était
telle que pour éviter un suprême effort qui devait provoquer des résultats
sanglants et très meurtriers de part et d'autre, Matignon insista auprès de
Montgomery pour le prier d'inviter lui même Colombières à se rendre. Mais il
fusa toute concession et qu'étendant le bras dans un geste homérique, il dit
"Voilà la brèche sur laquelle je me résous à mourir, peut-être demain, entre
mes deux fils auprès de moi. Colombières tint sa parole. Le jour de cette
entrevue, les feux de dix-huit canons des assiégeants firent bientôt deux
larges brèches aux remparts. Trois assauts furent repoussés par le courage
désespéré des assiégés. Enfin, dans une quatrième tentative, Colombières
atteint d'un coup d'arquebuse, tomba mort dans les bras de ses fils. Peu
d'instants après la ville était enlevée par les assaillants. Trois cents
Protestants périrent les armes à la main, au moment de l'entrée des
vainqueurs dans Saint-Lô et dans la première fureur des soldats. Du côté des
Catholiques, il n'y eut dans ce siège, qui avait duré du 1er mai au 10 juin,
jour et fête du Saint-Sacrement, que 60 hommes tués et autant de blessés.
Hiberneau qui avait laissé échapper Montgomery et Sacy, fut du nombre des
premiers. Le sieur de Lavardin, Vitliers-Emmery et le capitaine Hette, ne
reçurent que des blessures.
JEAN DE GOURFALEUR, SIEUR DE BONFOSSÉ 1574-1584:
Une fois maître de la forteresse de Saint-Lô (10 juin 1574), Matignon
accorda huit jours d'un repos bien mérité à son armée. Il fit soigner les
blessés et relever les démolitions faites aux murailles et aux remparts.
Puis il se dirigea vers Carentan, pour en faire le siège; c'était la
dernière place que les Huguenots tinssent dans la province. Avant son
départ, il établit Jean de Gourfaleur, sieur de Bonfossé, pour
capitaine-gouverneur de Saint-Lô. Tel est le sentiment de Toustainde Billy,
opinion qu'a adoptée également M. Le Hardy. L'historien de Saint-Lô rappelle
divers actes de son administration. Ainsi, dans une lettre datée de Bonfossé,
des premiers jours de novembre 1580, il réclama des échevins de la ville un
logis alléguant pour motif que celui qu'ils lui avaient donné appartenait à
M. de Crux, qui s'y était réinstallé. Gourfaleur, selon sa propre
expression, leur disait sans ambages: "De ceste heure me voilà au milieu de
la rue... de sorte que ce m'est une honte et à vous aussi... je ne puis
trouver logis où faire mettre mes meubles, ny mes armes". Le nom de Jean de
Gourfaleur et son titre de gouverneur de Saint-Lô étaient gravés sur l'une
des cloches de l'église de Notre-Dame de Saint-Lô, fondue en 1584. Lorsqu'il
fut question du démantèlement et de l'entière suppression par démolition de
la citadelle de Saint-Lô, Bonfossé appuya de tout son crédit et de son
autorité la délibération de la maison de ville de Saint-Lô, pour faire
obstacle à l'exécution de l'ordonnance royale rendue sur un premier rapport
de Hervé de Longaunay, alors gouverneur de la Basse-Normandie. Que
survint-il à Gourfaleur à cette époque? Nous l'ignorons. Mais le 9 juin
1584, il eut un successeur dans Adrien de Mathan, seigneur de Semilly. Le
motif de ce changement imprévu n'est pas connu. Tient-il à la démission ou à
la mort de Jean de Gourfaleur ou à toute autre cause, ce nous est un
mystère. Nous savons que la Ligue produisit en Normandie des troubles qui ne
furent qu'une reproduction des luttes provoquées déjà par le Protestantisme.
ADRIEN DE MATHAN, SEIGNEUR DE SEMILLY 1584-1585:
Né en 1552, Adrien de Mathan fut l'aîné des enfants de Georges de Mathan et
de demoiselle Claude des Asses. Il contracta deux mariages: l'un le 23 avril
1577, avec Jacqueline Guiton, fille de Gilles Guiton, seigneur de Montaigu.
L'autre, le 16 juillet 1596, avec Françoise d'Acher, petite fille de
Charlotte de Montmorency. C'est de cette union que descendait à la quatrième
génération, Bernardin de Mathan, auquel Louis XV accorda en 1736 des
lettres-patentes d'élévation du domaine de Mathan, en marquisat. Ces lettres
ont été imprimées. Leur date est de Versailles, février 1736. Elles
rappellent que Georges et Adrien de Mathan avaient été gouverneurs des ville
et château de Saint-Lô, depuis 1570 à 1625, et que ces deux ancêtres avaient
donné constamment à la Couronne des marques de fidélité. Lorsqu'Adrien de
Mathan obtint le 9 juin 1584, ses provisions de capitaine de Saint-Lô, il
était gentilhomme servant de Mdame de Longueville. Les lettres datées de
Saint-Maur-des-Fossés, signées sur le repli par Henri III, étaient
contresignées par Saint-Marc. Adrien fit son testament au manoir de Semilly,
le 23 janvier 1625, devant Pierre de la Quièze et Guillaume du Manoir
tabellions a Saint-Clair, manifestant la volonté d'être inhumé dans le
tombeau élevé par son père. Il ne mourut qu'en 1630.
ANTOINE LA BASTIDE 1585:
On ne saurait douter que les lettres patentes de 1736, délivrées par Louis
XV, pour le marquisat de Mathan, contiennent une inexactitude quand elles
affirment qu'Adrien de Mathan resta capitaine de Saint-Lô de 1584 à 1625,
puisque dans ce laps de temps une dizaine de personnages exerceront le même
emploi. Tout autorise à dire que le gouvernement de Mathan fut très court,
et qu'il ne dépassa même pas deux années. En effet, d'après ce qui est
appris par les chroniqueurs, la confiance manquait et l'on craignait que la
ville de Saint-Lô ne fût pas en sûreté sous la sauvegarde seule des
bourgeois. On ordonna la formation de détachements des paroisses voisines de
la ville, afin de renforcer cette garde. Malgré toutes ces précautions la
défense était mal faite, les bourgeois et les détachés refusaient d'obéir au
capitaine de Mathan. Il s'en plaignit par une lettre qu'il écrivit au Maire
et aux Échevins, le 17 octobre 1585. Il leur ordonna de prêter de nouveau le
serment de fidélité, et leur enjoignit de faire un mémoire qui lui serait
envoyé. Il ajouta qu'à l'égard des Religionnaires, il voulait qu'il fissent
monter la garde en leur place par des Catholiques qui seraient payés pour
cela et que lui, capitaine, choisirait. Un mois plus tard, Mathan était
révoqué. D'après la lettre que Longaunay adressa en novembre 1585 aux
échevins de Saint-Lô, Antoine La Bastide fut en effet envoyé par lui pour
prendre le commandement de leur château avec sa compagnie. Cette missive
manifeste tout l'intérêt que le gouverneur de la Basse-Normandie portait à
la conservation de leurs droits. Elle ne faisait au surplus que transmettre
les ordres reçus par lui, le 16 novembre 1585, du duc de Joyeuse, gouverneur
général de la province, lui annonçant que la compagnie de La Bastide devait
aller incessamment tenir garnison à Saint-Lô. Le commandement de La Bastide
à Saint-Lô n'avait donc pas duré très longtemps.
LE CAPITAINE BIDON 1585-1586:
Sur la demande de Longaunay, Henri III avait cru nécessaire d'envoyer à
Saint-Lô une compagnie d'arquebusiers à cheval, d'après sa lettre du 18
novembre 1585. Mais ce secours avait été insuffisant, et une levée de trente
autres arquebusiers avait été ordonnée le 11 mai 1586. La garnison réunie au
château comportait donc un effectif assez respectable d'au moins 250
soldats. Il dut être réduit au départ de La Bastide. Bidon, qui s'y trouvait
déjà le 25 novembre 1585, dut alors s'y trouver seul, pour que probablement
Longaunay ne mit pas à exécution l'autorisation de Joyeuse d'envoyer à
Cherbourg et à Granviile les deux compagnies dont il disposait. Tout porte à
penser que Bidon n'était à ce moment arrivé que récemment puisque l'amiral
donnait à cette date du 25 novembre 1585 l'ordre de commander au bailly du
Cotentin d'ouvrir une information judiciaire contre les "fauteurs de
vollerie et de violences exercées par les habitants du bourg d'Ecouché"
contre les soldats de la compagnie du capitaine Bidon. Joyeuse réclamait un
exemple sévère pour la répression de pareils actes. Bidon dut quitter
définitivement Saint-Lô, d'après les ordres de Henri III, transmis à
Longaunay le 8 juin 1586. Les motifs de son départ sont expliqués par
Joyeuse dans sa dépêche à Longaunay. Il lui dit que Sa Majesté avait ordonné
que la compagnie du capitaine Bidon rejoindrait l'armée de Rouergue dont
Joyeuse avait le commandement général. Il ajoute que Bidon allait
immédiatement la retirer de sa garnison et la conduire au rendez-vous qui
lui était assigné. En conséquence il demandait sa permission pour quitter
Saint-Lô. Une nouvelle dépêche de Joyeuse en date du 17 février 1587 permet
de croire, ou que la précédente n'avait pas reçu d'exécution, ou que la
compagnie d'arquebusiers de Bidon était revenue occuper ses premiers
emplacements. Ces deux alternatives sont fort admissibles.
LE CAPITAINE BONFOSSÉ 1586:
Le 8 juin 1586, le duc de Joyeuse annonçait à Longaunay que le Roi venait de
donner la capitainerie de Saint-Lô à Bonfrisse, ou à Bonfosse, d'après la
lecture de Léopold Delisle. A défaut toutefois d'autre preuve, nous ne
pouvons affirmer s'il s'agit là du retour de l'ancien gouverneur, Jean de
Gourfaleur, seigneur de Bonfossé, capitaine de Saint-Lô de 1574 à 1584, ou
bien d'un autre membre de sa famille, de l'un de ses fils ou neveux par
exemple, sentiment pour lequel nous inclinerions plutôt. Ce qui est certain,
c'est que Jean de Bonfossé qui fit partie du conseil de la ville de
Saint-Lô, jouissait d'une grande considération auprès de ses compatriotes.
Il est regrettable que l'on ne sache pas le prénom de ce capitaine qui fut
nommé par Henri III, en 1586 cette seule indication eût pu nous servir de
fil conducteur. La succession fréquente de ces nombreux gouverneurs et
capitaines de Saint-Lô nous fournit la preuve que leur nomination dans les
châteaux forts et dans les villes fortifiées de la France, appartenait sans
conteste au Roi seul et constituait pour lui l'un des plus précieux
privilèges de la souveraineté. Ce droit lui avait été conquis par Louis XI,
dans sa lutte contre les grands vassaux, qui, jusque-là avaient
contrebalancé l'autorité royale.
CHARLES DE THIÉVILLE, SEIGNEUR DE GRAIGNES 1589:
Tout ce que l'on sait de Charles de Thiéville, capitaine de Saint-Lô, c'est
qu'il était mort le 17 octobre 1589. Il est aussi distingué des autres
membres de sa famille par son titre de seigneur de Graignes. Il n'est pas
douteux qu'il se rattachait à Henri de Thiéville, le second de nos
capitaines de Saint-Lô, mais par une branche collatérale, puisque le rameau
de celui-ci était tombé en quenouille. D'après les registres de la réforme
de la noblesse de la généralité de Caen que l'intendant de Roissy fut chargé
d'instruire en 1598, Charles de Thiéville, fils du seigneur de Graignes,
demeurant à Lasselle, dans l'élection de Carentan, fut en procès devant la
Cour des Aides de Rouen pour le fait de dérogeance de sa noblesse. Il obtint
un délai de deux mois pour avoir un arrêt sur cette contestation. D'un autre
côté, Gilles de Thieuville, seigneur de Bricquebosc, certainement aussi de
la même famille, rendit un aveu devant la Cour des comptes de Normandie,et
fit le dénombrement le 6 janvier 1613, du fief de Salmonville, paroisse de
Bricquebosc, mouvant par un demi fief de chevalier de la châtellenie de Brix,
dépendante de la vicomté de Valognes.
JEAN-LUC Du CHEMIN, SIEUR DE LA HAULLE 1589-1590:
Jean-Luc du Chemin de La Haulle est celui-là même qui fut chargé par Henri
III de se rendre à Granville pour veiller au débarquement des troupes que
lui envoyait la reine Elisabeth d'Angleterre. Comme récompense, Jean-Luc du
Chemin reçut du souverain le gouvernement de Saint-Lô, avec le soin de
remettre les fortifications en bon état. Durant les troubles de la Ligue les
habitants de Saint-Lô et de sa région restèrent fidèles au Roi. Ils le
durent aux soins de de du Chemin, de Charles le Painteur, écuyer sieur de
Boisjugan, de Michel Le Mennicier, écuyer sieur de Martigny, de Jacques de
Sainte-Marie, écuer sieur d'Agneaux, de Jean Dubois, procureur du Roi au
bailliage de Saint-Lô, et de divers autres. Jean-Luc du Chemin fui toujours
l'objectif et la victime des Ligueurs à deux reprises différentes, il fut
enlevé par eux et retenu prisonnier au château de Neuilly-l'Evêque, puis a
Fougères. Il lui en coûta 7.000 livres pour solder ses rançons. Jean du
Chemin épousa, le 23 février 1610, Marthe Le Mazurier, fille de Christophe
Le Mazurier, sieur de Duredent, conseiller au parlement de Rouen. Le blason
des du Chemin était de gueules à un lion d'hermines.
CHARLES DE MATIGNON, COMTE DE THORIGNY 1590:
Charles de Matignon, troisième fils de l'illustre maréchal de Matignon, fut
nommé gouverneur de Saint-Lô en 1590. Le Père Anselme, dans son Histoire de
la Maison de France et des grands dignitaires de la Couronne a fait de lui
un bel éloge que la plupart des chroniqueurs ont reproduit. Il est qualifié
comte de Thorigny, baron de La Roche-Tesson, de Saint-Lô, prince de Mortagne
et sire de l'Esparre. Né à Thorign en 1564, il embrassa la carrière des
armes et combattit en Guyenne, sous les yeux de son père. Il fut capitaine
de 100 hommes d'armes des ordonnances, en 1579, puis gouverneur de Saint-Lô,
capitaine de Cherbourg et de Granville, en 1596, chevalier des ordres du
Roi, le 2 janvier 1590, lieutenant-général au bailliage du Cotentin et au
duché d'Alençon, en 1608 et lieutenant général au gouvernement de Normandie,
en 1609. Il fut élu pour assister, à Paris, aux États généraux qui y étaient
convoqués en 1614, et pour tenir ceux de Rouen, aux années 1616, 1623 et
1624. En considération de ses services, le roi Louis XIII lui accorda le 8
mars 1622, un brevet de retenue de maréchal de France, c'est-à-dire, si nous
ne faisons pas erreur, la promesse de sa nomination à l'une des vacances de
ces hautes fonctions. En outre, il le fit conseiller en ses conseils.
Charles de Matignon avait épousé, en 1596, Eléonore d'Orléans, fille puînée
de Léonor d'Orléans, duc de Longueville et de Marie de Bourbon, duchesse de
Estouteville. Il mourut à Thorigny, où il fut inhumé le 9 juin 1648.
JACQUES DE MATIGNON, MARÉCHAL DE FRANCE 1593:
La grande renommée de Jacques de Matignon dépasse celle de tous ses
collègues au gouvernement de Saint-Lô. Elle tient à ses hautes qualités
personnelles, à ses talents militaires, à son incomparable bravoure et par
dessus tout, à son généreux caractère qui lui conseilla de ne pas faire
exécuter dans Alençon, ni dans Saint-Lô, les ordres odieux qu'il avait reçus
pour la nuit à jamais néfaste de la Saint-Barthélemy de 1572. Il vécut
comblé d'honneurs par tous les rois auxquels il avait su inspirer confiance,
et il sut toujours se maintenir au premier rang au milieu de la
considération universelle. Jacques de Matignon devint possesseur de la
baronnie de Saint-Lô, par l'acquêt qu'il en fit de l'évêque de Coutances
Arthur de Cossé, le 22 mai 1576. Il fut investi du titre de capitaine et de
gouverneur de la citadelle qui était dépendante de l'autorité royale, et
dont la nomination appartenait au souverain. La quittance du 10 août 1593
fournit la preuve de notre affirmation. Fils unique de Jacques de Matignon
et d'Anne de Silly, le futur maréchal de France n'avait que six mois quand
il perdit son père. Sa mère prit soin de son éducation qui fut supérieure,
sous le rapport des études, à celle que les gentilshommes recevaient alors.
N. DES ROZIERS 1594:
Tout ce que l'on sait du capitaine des Roziers, c'est qu'il tenait garnison
pour le Roi à Saint-Lô, le 11 novembre 1594. Nous ignorons qui il était et
d'où il venait. Cependant il existait vers ce temps plusieurs maisons de ce
nom qui toutes avaient des roses, en plus ou moins grand nombre, dans leurs
armoiries. L'une d'elles était représentée aux environs de Clermont an
Auvergne, par Jean des Roziers, sieur de Laval. Il avait épousé Jacquette
Auriouse. Leur fils, Jacques des Roziers, seigneur de Laval, épousa Jeanne
de Villemontée, par contrat du 17 décembre 1584. Il serait bien possible
qu'il fût notre capitaine de Saint-Lô. En 1667, M. de Machault, intendant
d'Orléans, trouva une famille noble des Roziers, demeurant à Etampes...
ODET DE MATIGNON, COMTE DE THORIGNY 1595:
Fils aîné du maréchal de Matignon, Odet, comte de Thorigny, prit part en
1574 au siège de Saint-Lô. Son régiment dont il était mestre de camp, y
donna l'assaut. Dès auparavant, il avait fait ses premiers débuts, en
qualité de capitaine de 50 hommes d'armes des ordonnances et de 100
arquebusiers à cheval. Gentilhomme de la chambre du Roi en 1582, il se
distingua à l'affaire des Gautiers en 1588, à Arques en 1589 et à la
bataille d'Ivry en 1590. Il fut également aux sièges de Rouen, de Lisieux,
d'Alençon et de Laon. Nommé gouverneur de Cherbourg, bailli d'Evreux, et
conseiller d'État le 31 octobre 1591, maréchal de camp, et chevalier des
ordres du Roi, enfin lieutenant-général au gouvernement de la Normandie, sa
fortune militaire pouvait grandir rapidement, lorsqu'il mourut le 7 août
1595. Né en 1559 il n'avait encore que trente-six ans. Odet fut fort
regretté du Roi. Nous n'avons pas la preuve directe qu'il ait été capitaine
de Saint-Lô. Mais on nous l'a indiqué comme devant être inscrit avec cette
qualité, d'après évidemment les Archives départementales de la Manche. De
plus Charles de Matignon, son frère, reçut après sa mort la survivance de
ses charges et lui fut substitué dans ses dignités. Cette preuve est donc
concluante.
CHARLES DE MATIGNON, COMTE DE THORIGNY 1596:
Succédant à son frère aîné, Odet, Charles de Matignon reçut du Roi la
survivance des charges que celui-ci remplissait. Alors il dut avoir le titre
de capitaine de Saint-Lô et se trouver investi de cet honneur une seconde
fois, puisqu'il en avait été déjà pourvu en 1590, d'après le Père Anselme,
La Chesnaye-Desbois et d'autres chroniqueurs. D'après la Nouvelle Biographie
Firmin Didot, Charles de Matignon, frère cadet d'Odet, et mort en 1622,
reçut le bâton de maréchal de France. Ce serait quatre personnages de cette
famille qui auraient été honorés de cette insigne et haute fonction en 1579,
1622, 1708 et 17... Mais ces troisième et quatrième maréchaux,
Charles-Auguste de Matignon, comte de Gacé, non plus que son fils Louis
Jean-Baptiste, nommé maréchal en survivance de son père ne furent pas
capitaines-gouverneurs de Saint-Lô.
TROÏLUS DU MESGOUËZ, MARQUIS DE LA ROCHE 1597:
L'existence de ce capitaine de Saint-Lô dénote chez lui un esprit
d'aventures dignes d'échafauder un véritable roman de cap et d'épée: qu'on
en juge. Appartenant par sa naissance au sol breton, Troïlus du Mesgouëz
comptait au nombre de ses domaines le marquisat de la Roche-Helgomarc'h,
dont il prit le nom. Il possédait en outre les fiefs du Mesgouëz, de
Kermoalec et de Coëtarmoual. Page et favori de la reine Catherine de
Médicis, en 1550, il obtint par elle de multiples faveurs. Ainsi, il devint
capitaine de 50 hommes d'armes de ses ordonnances, gouverneur de Morlaix en
1568, chevalier de l'Ordredu Roi en1569, président de la noblesse de
Bretagne aux états de Nantes en 1574, vice-roi de Terre-Neuve et du Canada
en 1579, gouverneur de Saint-Lô et de Carentan en 1579 et vicomte des mêmes
villes; puis enfin lieutenant-général au nom d'Henri IV, et gouverneur du
Canada. Il fut marié, en 1560, à Claude du Juch, veuve de Rolland de
Lezongar, et en deuxièmes noces, à Marguerite de Tournemine. Sa mort survint
au cours de l'année 1606 il n'eut pas de postérité. Avec la passion des
entreprises, du Mesgouëz n'a pas dû laisser de traces nombreuses dans ses
capitaineries de Saint-Lô et de Carentan, dont il semble avoir voulu se
désintéresser, lorsque dès 1596 et 1598 il prépara ses incessantes
pérégrinations en Amérique, à Terre-Neuve et au Canada.
PIERRE DE MARSEILLES, SIEUR DU PERREY 1597-1602:
Un document des Archives de la Manche, daté du 16 janvier 1597, constate que
noble homme Pierre de Marseilles, sieur du Perrey, occupait alors la
citadelle de Saint-Lô, agissant en qualité de capitaine commandant, pour le
service du Roi. Nul autre détail ne nous renseigne sur ses faits et gestes
jusqu'en 1602, qu'il y était encore. De même, à la Bibliothèque Nationale,
une généalogie qui n'indique aucune date, ni aucune espèce d'origine, se
borne à cette filiation. Pierre de Marseilles, père de Nicolas, épousa
Françoise Chastel. Ils eurent pour fils Pierre de Marseilles qui épousa
Jeanne do Guerville. D'eux naquit François de Marseilles, sieur de la
Chastelliëre. Ce dernier produisit une demande de maintenue dans sa
noblesse. Le dossier n'indique, ni devant quel intendant il se présenta, ni
à quelle époque. Ces de Marseilles avaient pour armes, d'azur à trois gerbes
d'or. Et c'est tout, les généalogistes en général n'en disent pas davantage.
JACQUES DE MATIGNON, COMTE DE THORIGNY 1612-1626:
Le second fils de Charles de Matignon et de Eléonore d'Orléans fut Jacques,
comte de Thorigny, né le 20 mars 1599. Élevé comme enfant d'honneur auprès
du jeune roi Louis XIII, il fut capitaine de 100 hommes d'armes, lieutenant
du gouvernement de Normandie et gouverneur de Cherbourg et de Granville, qui
formaient avec Saint-Lô une véritable trilogie intangible, en survivance à
son père, dès l'année 1612. Tout jeune encore, il exerça par commission la
charge de mestre de camp de cavalerie légère, dans l'armée d'Italie en
1625et fut tué en duel par le comte de Boutteville, le 25 mars 1626. Il
avait épousé Henriette de la Guiche, fille de Philibert de la Guiche, grand
maître de l'artillerie de France et gouverneur du Lyonnais.
JEAN HOUËL, SIEUR DE HOUESVtLLE 1637:
Tout ce que nous savons sur Jean Houël, sieur de Houesville, capitaine de
Saint-Lô en 1637, provient d'un extrait de généalogie Folliot, communiqué
par M. du Boscq de Beaumont, d'où il résulte que Marie Martin (de Saint-Lô),
veuve en premières noces de M. Le Monnier de La Croix, s'était remariée avec
noble homme Jean Houël, sieur de Houesville, capitaine de la citadelle de
Saint-Lô. Jeanne Martin, sœur de Madame Houël, était en 1602 femme de Pierre
Folliot; elles étaient toutes deux filles de Pierre Martin, procureur fiscal
de la baronnie de Saint-Lô.
FRANÇOIS DE MATIGNON, MARQUIS DE LONRAY 1639-1651:
Connu sous le nom de marquis de Lonray, François de Matignon était fils de
Charles de Matignon et d'Eléonore d'Orléans, et le frère de Jacques de
Matignon, comte de Thorigny. François naquit à Saint-Lô le 17mars 1607.
Parti pour les armées, il se distingua dès l'âge de 16 ans aux guerres
d'Italie, sous les ordres de son frère aîné, mestre de camp de cavalerie
légère, et fut blessé en 1625, aux approches de Gavy. En 1628, il prit part
au siège de La Rochelle, l'année d'après il suivit le Roi en Savoie et se
signala au combat de Rouvray en 1632. Gouverneur de Cherbourg en 1638, puis
capitaine de Saint-Lô et de Granville en 1639, il devint mestre de camp d'un
régiment d'infanterie en 1643, appelé aux conseils privés du roi le 21
juillet de la même année; il fut promu lieutenant-général des armées royales
le 10 juillet 1652 et capitaine de 100 hommes d'armes des ordonnances en
septembre 1653. Reçu chevalier des ordres le 31 décembre 1661, François de
Matignon mourut à Thorigny le 19 janvier 1675. Il avait eu 12 enfants d'Anne
Malon de Bercy, fille de Claude Malon de Bercy, président au grand conseil,
qu'il avait épousée en 1631. Suivant un acte des tabellions royaux de
Saint-Lô, du 18 février 1652, François de Matignon acquit, pour le prix de
48.500 livres les fiefs et terres nobles de Bonfossey et de La
Montpinsonnière. Le vendeur était Thomas Loisel.
HENRI DE MATIGNON, COMTE DE THOR1GNY 1651-1665:
Sur la démission de François de Matignon, son père, Henri, sire de Matignon,
comte de Thorigny, né au château de Lonray, reçut son brevet de colonel
d'infanterie en 1643. Huit ans plus tard, en 1651 il fut fait
lieutenant-général de la Basse Normandie et la même année, il devint
gouverneur des villes de Cherbourg, Granville et Saint-Lô, ainsi que de
l'île de Chausey. Il se trouva à l'attaque des lignes d'Arras en 1654, et
aux capitulations de Montmédy, de Dunkerque et de Gravelines en 1658. Peu
après, il obtint des lettres de conseiller d'Etat, et le droit d'avoir ses
entrées au parlement de Rouen. Henri de Matignon rendit foi et hommage au
Roi de son comté de Thorigny le 9 février 1668, et mourut a Caen le 28
décembre 1682. Sa femme fut Marie-Françoise Le Tellier, dame de la
Luthumière. L'une de leurs filles, Charlotte, épousa Jacques de Matignon,
son propre oncle.
RAPHAËL LE PAINTEUR, ÉCUYER, SEIGNEUR DE LAUNAY-BOIS-JUGAN 1668:
Au dire de certains actes des Archives de la Manche, Raphaël le Painteur
était le 26 février 1668 capitaine et gouverneur de Saint-Lô. Nous ne savons
rien de plus. Il appartenait aux Le Painteur de l'Election de Bayeux qui
avaient pour armoiries d'or au chef de gueules, chargés de deux aigles du
premier.
JACQUES DE MATIGNON, COMTE DE THORIGNY 1693-1713:
Jacques de Matignon, comte de Thorigny, naquit à Thorigny le 28 mai 1644.
Seigneur du duché d'Estouteville et baron de Saint-Lô, il fut
lieutenant-général des armées du Roi et de la province de Normandie en 1693,
et gouverneur des villes et châteaux de Cherbourg, de Granville, de Saint-Lô
et de l'île de Chausey. Reçu chevalier de l'Ordre de Saint-Jean de
Jérusalem, au grand prieuré de France à Paris, le 11 mai 1651, et plus tard
chevalier des Ordres du Roi en 1686. Au sacre de Louis XV, il fut de ceux
qui portèrent les honneurs et les insignes royaux. Il mourut à Paris le 14
janvier 1725 et son corps fut transporté à Thorigny, lieu de la sépulture de
sa famille. Sa femme fut Charlotte de Matignon sa nièce, qu'il épousa par
dispense en 1675. Elle lui apportait le comté de Thorigny et ils formèrent
la branche de leur maison désignée sous le nom de Thorigny. En 1687, Jacques
de Matignon habitait à Paris, dans son hôtel rue Saint-Dominique, en la
paroisse de Saint-Sulpice. Le 23 juin de cette année, par devant les
notaires du Châtelet, M. de Majainville, trésorier du duc d'Orléans,
délivrait quittance à Matignon de 2000 livres pour un semestre du loyer de
l'hôtel de la Rocheguyon, rue des Bons-Enfants, près le Palais Royal.
JACQUES DE MATIGNON-GRIMALDI, PRINCE DE MONACO 1713-1731:
Né à Thorigny le 22 novembre 1689, Jacques François Léonor de Matignon fut
pourvu en 1713, par la démission de son père, des charges de gouverneur des
villes et châteaux de Cherbourg, de Granville et de Saint-Lô, et des îles de
Chausey. Jusque là, il avait été colonel d'un régiment d'infanterie en 1702,
mestre de camp du régiment Royal-Etranger (cavalerie) en 1710, à la tête
duquel il fit en Flandre, les campagnes de 1711 et 1712, et se trouva au
combat de Denain et aux sièges du Quesnoy, de Douai et de Bouchain, puis en
Allemagne aux sièges de Landau et de Fribourg en 1713. Il passa ensuite en
Espagne sous les ordres du maréchal, duc de Berwick, en 1719. Son mariage,
le 20 octobre 1715, avec Louise Hippolyte Grimaldi, duchesse de Valentinois,
fille d'Antoine, prince souverain de Monaco, combla sa fortune. Toutefois la
condition d'une substitution de nom lui fut imposée dans cette circonstance
et il dut prendre pour lui et ses héritiers le nom et les armes de Grimaldi.
A cette occasion encore, le Roi en faveur de cette union, par brevet du 27
juillet 1715, accorda à Léonor une nouvelle constitution personnelle du
duché de Valentinois, qu'il éleva en pairie. Après l'accomplissement des
formalités nécessaires et l'enregistrement des lettres patentes qu'il en
avait reçues, il fut admis aux conseils de la pairie, le 14 décembre 1716.
Son beau-père, le prince de Monaco, mort en 1731, il prit possession de la
principauté le 30 mai de cette année. Deux années plus tard, en décembre
1733, il abandonna Monaco à son fils, en reprenant le titre de duc de
Valentinois. Il mourut à Paris le 23 avril 1751.
LUC-FRANÇOIS DU CHEMIN, SEIGNEUR DE LA TOUR 1718-1731:
Déjà nous avons signalé un membre de la famille du Chemin, le sieur de La
Haulle, comme gouverneur de Saint-Lô en 1589 et 1590. Luc-François dont il
est question ici, appartenait à la branche cadette de la même maison,
laquelle s'était divisée dès la première génération qui avait suivi La
Haulle, parce que le fils de ce premier capitaine avait eu deux enfants, Luc
et François. Cette seconde branche des du Chemin fut désignée sous la
dénomination de seigneurs de La Tour; elle y ajouta les domaines de Bahais
et de la Vaucelle. Quant à Luc-François, chevalier de Saint-Louis,
commandeur des ordres de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare de
Jérusalem, il fut lieutenant-général d'épée du bailli de Coutances et
lieutenant des maréchaux de France depuis 1725, et grand bailli de Coutances
en 1718. Né le 22 janvier 1684, du Chemin avait en considération de ses
services, obtenu du Roi Louis XIV, le 1er avril 1704, une commission de
colonel d'un régiment d'infanterie. Pourvu le 19 mai 1708 de l'office de
lieutenant-général du baillage du Cotentin, au siège de Saint-Lô, il y avait
été reçu au parlement de Rouen le 5 juin 1705. Luc-François du Chemin avait
épousé à Paris le 23 décembre 1713, Marie-Anne-Henriette Pellé, fille de
Edme Pellé, secrétaire du Roi, maison et couronne de France.
CHARLES-MAURICE GRIMALDI, CHEVALIER DE MONACO 1751-1771:
Frère cadet du prince de Monaco, Charles-Maurice Grimaldi dit chevalier de
Monaco, fut connu sous le nom de comte de Valentinois et de sire de
Matignon, qualités qui lui sont données dans l'acte d'acquêt passé à Paris,
devant Delaleu et Leclerc, notaires, d'un hôtel, rue du Faubourg
Saint-Honoré, comprenant jardin et dépendances. Dans cet acte, il prenait
les titres de grand d'Espagne de 1re classe, chevalier de Saint-Louis,
brigadier des armées royales, et lieutenant-général de ia Normandie. De
plus, il était gouverneur des villes et citadelles de Saint-Lô, de
Cherbourg, de Granville et des îles de Chausey. Né à Paris, le 14 mai 1727,
il n'avait que 18 ans lorsqu'il prit part, en qualité de guidon de
gendarmerie, à la bataille de Fontenoy, où il fut blessé ainsi que son
frère. A Paris, il avait épousé Marie-Christine-Chrétienne de Rouvroy de
Saint-Simon, fille unique de Jacques-Louis, duc de Saint-Simon, dit le duc
de Ruffec, pair de France, chevalier de la Toison d'Or et maréchal de camp
des armées du Roi.
HONORÉ-GABRIEL DE GRIMALDI, PRINCE DE MONACO 1771-1793:
Succédant à son père, Honoré-Gabriel de Grimaldi prit les titres de prince
souverain de Monaco, duc de Valentinois et d'Estouteville, comte de Thorigny
et baron de Saint-Lô. Il dut de plus recevoir en 1771, le gouvernement du
château de Saint-Lô après la mort ou la démission de Charles Maurice
Grimaldi, son oncle. Ce prince est le dernier que Saint-Lô et Thorigny
virent jouir avec éclat des dignités et de l'immense fortune que lui avaient
acquis et légués ses ancêtres. Très jeune encore, il avait été blessé à
Fontenoy le 11 mai 1745, en chargeant à la tête de quatre escadrons de
gendarmerie, une colonne de la coalition des Anglais, des Autrichiens et des
Hollandais. Dans cette bataille, l'une des plus mémorables des annales de
France, le maréchal de Saxe se couvrit de gloire. C'est du duc de
Valentinois que Voltaire a dit dans son poème sur cette journée: Monaco perd
son sang, et l'amour en soupire. Il était doué, en effet, d'un beau
physique, plein de grâce et d'une aménité qui lui faisait une renommée
universelle. Son portrait existe et il égale tout au moins les figures de
Louis XV, dans sa jeunesse, du chevalier d'Aydie, et du duc de Penthièvre,
qui sont les types les plus ravissants que nous ayons rencontrés. Mais mieux
que ces avantages dus à la nature, il était instruit, spirituel et possédait
un cœur charitable. Honoré atteignit au grade de maréchal de camp dans
l'armée française. Tour à tour, il habitait Paris, Monaco et Thorigny. En
1789, le prince de Monaco se montra favorable aux idées nouvelles qui se
manifestèrent alors. Il eut le courage et la loyauté d'accompagner Louis XVI
au Champ-de-Mars, à la Fédération du 14 juillet 1790. Il n'émigra pas et se
vit, malgré tout, confisquer tous ses biens et incarcérer. Les populations
de Thorigny et de Saint-Lô réclamèrent en vain sa liberté. Il mourut en
prison avant d'avoir été appelé devant le tribunal révolutionnaire. Les
traités de Vienne (1815) restituèrent à ses fils la partie de sa fortune qui
n'avait pas été aliénée, avec l'État indépendant de Monaco. La principauté
est actuellement, rappelons-le ici, entre les mains de S. A. S. le prince
Albert, un savant de premier ordre, qui, en mémoire de ses ancêtres, a
daigné accepter le titre de membre honoraire de notre Société. (1)
Éléments protégés MH: les vestiges des remparts : inscription par
arrêté du 12 décembre 1945. La poterne : inscription par arrêté du 22
octobre 1937.
remparts de Saint-Lô 50000 Saint-Lô, propriété de la commune, visites
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