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Le logis-porte
du manoir de Kerandraou ou la Ville Basse est construit à la fin du XIVe
siècle, vers 1390, par Henri-Philippes de Coëtgoureden, conseiller et
ambassadeur du duc de Bretagne Jean IV. Il vient compléter un ensemble
manorial composé d'une aile sud incluant une salle du XIVe ou XVe siècle et
une ancienne salle du XIIe ou XIIIe siècle ; d'une aile ouest incluant les
vestiges d'une grande salle sous charpente et d'appartements latéraux ;
d'une aile nord comprenant autrefois les écuries. Un premier manoir est
effectivement cité dans l'enquête du procès de canonisation de saint-Yves
(1330), édifié par Typhaine de Pestivien, proche du saint dont la seigneurie
est établie en face, sur l'autre rive du Jaudy, au manoir de Kermartin à
Minihy-Tréguier. Une étude généalogique a permis de vérifier la filiation
qui existe entre Typhaine de Pestivien et Henri Philippes de Coëtgoureden.
Les armoiries sculptées au-dessus du portail du logis-porte ont disparu,
accostées d'un lion à tête de cygne et d'un griffon à tête de crapaud, tous
deux coiffés d'un heaume. Cependant, deux blasons sont encore visibles sur
la base des piédroits de la cheminée de la salle de guet, l'un aux armes des
Coëtgoureden (de gueules à la croix endentée d'argent), l'autre aux armes
des Coëtfrec (d'argent à la fasce de gueules) dont l'héritière est l'épouse
d'Henri-Philippes. Établi près de la rivière maritime du jaudy, sur la voie
de pèlerinage de Tréguier, le logis est conçu pour recevoir des pèlerins
prestigieux comme les ducs de Bretagne pour qui la dévotion à Saint-Yves est
profonde. Le colombier construit au sud-est du manoir serait antérieur au
XVIe siècle. Le logis-porte de Kerandraou fait partie d'un ensemble de
bâtiments protégeant une cour fermée dont il reste des vestiges : l'aile sud
incluant deux anciennes salles dont l'une a conservé cheminée, placard mural
et fenêtre ogivale trilobée ; l'aile ouest incluant les vestiges d'une vaste
salle d'apparat parée d'un côté d'un cellier surmontée d'une chambre et de
l'autre d'une cuisine sur sous-sol probablement surmontée à l'origine d'une
chambre ; l'aile nord comprenant probablement les écuries. Le logis-porte
est du type à plan rectangulaire et tour d'escalier centrale sur cour. Il
est traversé par un passage couvert qui donne accès à la cour close. Ce
passage sépare le rez-de-chaussée en deux zones indépendantes. L'une, au
sud, isolée du reste du logis, est directement accessible depuis la cour.
Elle comprend une salle basse chauffée d'une cheminée, ouvrant dans le
pignon sur des latrines. L'autre pièce, au nord, associée à la tour
d'escalier, également accessible depuis la cour par une porte en tiers point
comprend une seconde salle basse. A l'origine, celle-ci était divisée en
deux par une cloison légère qui ménageait un sas permettant l'accès direct à
l'étage sans passer par la salle. Près de la tour, un petit jour éclairait
ce sas, tandis que sous le passage d'entrée, la porte qui ouvre aujourd'hui
sur la salle basse, ouvrait sur le dit sas. L'étage est occupé par trois
pièces répétant les dispositions du rez-de-chaussée : salle haute et chambre
seigneuriale à l'origine sous charpente ; dans la troisième pièce, au
centre, qui n'est pas chauffée, se trouve la chapelle domestique comme en
témoignent plusieurs éléments telles la niche-crédence trilobée, le sacraire
fermé par un vantail et la baie à remplage de grande qualité accompagnée de
deux corbelets en pyramide renversée destinés à supporter les statues. Cette
chapelle est surmontée d'une petite pièce à feu à usage de salle de guet
comme en témoigne les vestiges d'un hourd (ouvrage défensif en pans de bois)
au sommet de la tour et ceux d'une bretèche en encorbellement au-dessus du
portail d'entrée, tous deux réhabilités. Les doubles pignons nord et sud
abritent des corps de latrines irréguliers. Au-dessus des latrines de
l'étage, sur le pignon nord, un niveau entresolé, accessible par une trappe,
abrite une cachette éclairée par des jours flanquants percés à angle droit.
Construit en moellon de schiste, le logis-porte possède des portes en
tiers-point et des baies à croisée en granite dont la partie supérieure est
découpée en arcs trilobés, forme particulière utilisée dans le Trégor. Tous
les linteaux sont surmontés d'arcs de décharges. Les cheminées portent
également la marque de la mode trégoroise : leur hotte à pans coupés se
prolonge sans rupture jusqu'à la souche octogonale. Le colombier situé au
sud du logis abrite cinq cents trous de boulins correspondant aux 500
hectares du manoir.
Éléments protégés MH : le manoir et son colombier en totalité : classement
par arrêté du 16 octobre 2003.
manoir de Kerandraou
22450 Troguéry, ouvert au public, visites guidées en Juillet-août :
14h30-18h30, ouvert toute l'année sur réservation pour les groupes. Ouvert
également aux Journées du Patrimoine
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