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La famille de
Rupierre est déjà établie à Mardilly au XIIIe siècle ainsi que sur plusieurs
fiefs de la vallée de la Touques. Au XIVe siècle, Guillaume de Rupierre est
qualifié de seigneur de Mardilly, Canapville et du Ménil-Hubert, et au XVe
siècle, Jacques de Rupierre, seigneur de Mardilly, s'intitule aussi seigneur
de Ségrie, de Courtonne et d'Ouilly-le-Vicomte. Pourvus de charges
militaires importantes, les Rupierre adoptent des attitudes opposées pendant
la guerre de Cent Ans et embrassent la cause du roi de France pour les uns
ou le parti des Anglais pour les autres, ce qui leur valut quelques
confiscations, lesquelles seront effacées par des mesures d'indulgence.
Gabriel de Rupierre, arrière-petit-fils de Jacques, sera à son tour seigneur
d'Ouilly-le-Vicomte et de Mardilly. Conseiller de Marie de Médicis, et sans
descendance, le fief échoit à son cousin Thibault II et dont le fils, Martin
de Rupierre héritera. Martin de Rupierre s'engage avec conviction en faveur
de la Ligue et connut, lors de ses voyages, de grandes demeures et leurs
commanditaires. Martin de Rupierre va se retirer dans sa seigneurie de
Mardilly et à la suite de son mariage avec Catherine, fille d'Alain de
Hudebert, il entreprend à la place de l'ancienne place forte, la
construction du château de style Henri IV tel qu'on peut le voir encore à
l'heure actuelle. Achevé en 1604 sous le règne d'Henri IV, le corps de logis
du manoir doit son élégance aux quatre poivrières d'angle et aux ouvrages de
maçonnerie de briques et de pierres de grès ocre, nommées localement
roussier, qui rythment sa façade principale. Malgré l'importante dot de son
épouse, Martin de Rupierre doit aliéner ses terres en raison du coût de
construction élevé eu égard à la qualité des matériaux.
Martin de Rupierre devra finalement se résigner à vendre son château en 1622
à Marquis Périer, écuyer, fils cadet de Philipe Périer, écuyer, seigneur de
Launay, gentilhomme ordinaire de la Maison du Roi et de Marguerite Le
Vallois. Son descendant Jacques Périer, écuyer, seigneur et patron d'Orville,
de Launay et de la Bouverie meurt dans descendance en 1747. Sa sœur Marie
Charlotte Périer, épouse de Pierre de Maurey, écuyer, seigneur du Hamel
hérite de la propriété. C'est à leur fils Claude Jean de Maurey que revient
La Bouverie puis à Pierre Claude par son union avec Magdeleine Geneviève
Nicole de Chandebois. La famille Maurey n'habitera pas le château mais s'en
réservera l'usage. À la Révolution, Pierre Claude de Maurey émigre et les
biens de la famille de Maurey dont Orville, le Hamel, Fresnelle et la
Bouverie sont confisqués. Le château de la Bouverie est vendu comme bien
national. Il perd alors son titre de château de Mardilly pour devenir manoir
de la Bouverie, du nom de la ferme à laquelle il est rattaché. Le 15
brumaire an II, des affiches annonçant la vente de la terre de la Bouverie
sont placardées à Mardilly et aux communes voisines. Les enchères ont lieu
en la salle d'audience du district de l'Aigle le 24 brumaire an II. La terre
est démembrée et divisée en plusieurs lots pour être vendus par adjudication
aux enchères à la bougie. Les bâtiments et les cours de la Bouverie sont
adjugés à François Brière, curé des Astelles pour une somme de 158 000
livres. La Bouverie passe ensuite aux familles Fressonnel puis Rault, Godet.
En 1918, Joseph Michel Pottier l'achète pour une somme de 41 000 francs.
Cette ferme sera exploitée par son frère René François qui l'achètera en
1921. Son fils René se marie à Marie Grandin et s'installe en 1928 dans le
logis de la Bouverie qui n'avait pas été habité depuis 1877. Grâce à eux le
manoir de La Bouverie est sauvé de la ruine. La famille Dangelzer l'achète
en 1973. Elle entreprend d'importants travaux de restauration et
particulièrement au niveau de ses toits; le monument retrouve alors sa
splendeur d'antan. L'actuel propriétaire l'achète en 2019 et redonne vie au
château en organisant notamment diverses manifestations et en l'ouvrant au
public.
Le manoir de la Bouverie se présente sous la forme d'un corps de bâtiment de
plan rectangulaire haut de deux niveaux avec dans chaque angle, au niveau de
l'étage, une tourelle cylindrique en encorbellement. Conforme aux nouvelles
règles de l'art de bâtir au début du XVIIe siècle, la façade principale,
orientée à l'est, vers le coteau, est d'une ordonnance régulière et d'une
symétrie parfaite. La taille du logis est modeste mais les matériaux
utilisés sont nobles et coûteux et vont donner à ce bâtiment ampleur et
raffinement. Les fenêtres et baies aveugles de même module s'alternent pour
rythmer la façade et lui donner une belle ampleur. Elles sont toutes
couvertes d'un linteau droit à clef saillante et alignées sur le bandeau. De
même, elles sont toutes pourvues à leur base d'allèges à écoinçons en
quarts-de-rond. Les baies aveugles et allèges adoptent un remplissage de
briques rosées où s'inscrivent trois losanges superposés par des lignes
obliques de briques vernissées plus foncées. Quatre tourelles d'angle sont
posées sur des encorbellements à ressaut et sont dotées de toit en ardoises
campaniforme. La porte principale en arc très surbaissé, précédée d'un
perron de quelques marches, est soulignée d'un encadrement à bossages, d'un
linteau clavé en arc segmentaire et couronné d'un fronton interrompu.
Premier et second niveaux s'articulent par un bandeau plat alors que le
troisième niveau que constitue le toit repose sur une belle corniche à
consoles formant comme un mâchicoulis. Au niveau du grand et haut comble
d'ardoises à quatre versants, il est percé sur le pan est de trois lucarnes
couronnées de frontons triangulaire qui viennent rythmer la façade en
mettant l'accent sur les travées de fenêtres, vraies et fausses, en
alternance. À noter sous les lucarnes la présence d'un vrai mâchicoulis et
la présence à l'intérieur d'un puits aménagé dans un souci de défense. La
façade arrière, tourné vers la vallée, et les murs latéraux très sobres,
construits sans artifice en pierre de roussier, sont percés de rares
ouvertures. Un fossé en eau, vestige probable d'anciennes douves qui
entouraient la motte, reste présent à l'arrière du logis. Le domaine
comprend aussi trois dépendances : une grange, un lavoir et une boulangerie,
d'autres éléments cadastrés en 1850 ayant aujourd'hui disparu.
Éléments protégés MH: les façades et les toitures du manoir :
inscription par arrêté du 9 octobre 1968.
manoir de la Bouverie 61230 Mardilly, tel. 09 86 78 85 54 / 06 60 69 20
01, propose la location intégrale.
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